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À TORT OU À TRAVERS

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Laurent Fialaix

 

Laurent Fialaix, ne sachant pas mentir, avoue volontiers être né juste avant l’invention du MP3, des téléphones portables, de l’internet, des lecteurs DVD, de la téléréalité et de la livraison de pizzas à domicile. Ses premières années, il les passa donc à attendre que quelqu’un veuille bien inventer tout ça. Et ça lui a paru long, très très long…
Depuis ? Devenu journaliste, entre autres occupations il lit, écoute des disques, voit des films avant tout le monde… ce qui lui permet de frimer un peu de temps en temps (mais toujours raisonnablement !). Il rencontre aussi des people. Des stars vieilles ou jeunes, vraies ou fausses, en devenir ou déjà oubliées… Et il arrive même que ça le fasse rire ou que ça l’émeuve !
Par ailleurs, auteur, il a publié un premier livre, entre roman et récit : Nos Bonheurs fragiles (éd. Léo Scheer) sorti à la rentrée 2009. D’ailleurs, il se pourrait bien qu’à l’époque, Les Toiles Roses vous en aient parlé…

 

03.

Les Lits en diagonale  d'Anne Icart :

un hymne à la différence...

 

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Je sais bien que je vais enfoncer une porte ouverte, mais il est bon parfois de rappeler quelques évidences : certaines rencontres changent nos vies. Durablement. Peut-être même pour toujours. Celle que j’ai faite une nuit de l’été 2009 est de cet ordre. C’était avec un livre. De ceux dont la presse nationale n’a pas beaucoup parlé parce que traiter de la différence, du handicap (même de façon tendre, émouvante, mais jamais triste), ça gêne nos petits conforts, ça chamboule, ce n’est pas glamour, pas très vendeur. Ils se trompent, bien sûr. Le succès de ce livre est là pour leur prouver ! Mais comment leur faire comprendre ?… Comment leur dire la nécessité de ce témoignage ? L’uppercut que j’ai reçu cette nuit-là a sans doute été le plus doux que j’ai jamais connu. Le plus rassurant, surtout. Presqu’une caresse. 

Cette caresse s’appelle Les Lits en diagonales, le premier roman d’Anne Icart (éd. Robert Laffont). Un livre plein d’amour, de générosité, d’immensités… Une ode à la différence, à toutes les différences. Une leçon de tolérance qu’il faut absolument lire. Et faire lire.

L’histoire ? Celle d’Anne qui, dans les années 70, vit dans l’admiration de son frère aîné, Philo. Son modèle, son double, sa référence. Jusqu’au jour – de ces jours qu’on n’oublie jamais puisqu’ils nous transforment pour toujours – où elle apprend que Philo ne grandira jamais comme les autres. Qu’il est « différent ». Une différence qu’on ne dit pas, qu’on cache trop souvent, qu’on regarde de travers. Comme toutes les autres, ou presque. Forcément, l’annonce est ravageuse. La fillette devra s’en débrouiller. Seule. Parce qu’on est toujours seul face à une telle vérité, même entouré par la chaleur des siens. Puis, le temps passe. En même temps que la petite sœur se transforme en grande protectrice, Anne devient femme. Avec une vie à construire, Philo toujours près d’elle. Comment pourrait-il en être autrement ?...

« J’ai quitté Thomas le lendemain de mes trente ans. (…) Je n’aimais pas la manière dont il te regardait. La manière dont il ne te regardait pas », écrit Anne Icart aux premiers instants de son livre. Tout est dit dans ce premier paragraphe. Tout du poids du regard des autres, des jugements à l’emporte-pièce, des silences qui toisent.

Allez, je vais tout vous dire. En refermant ce livre, les larmes sur mes joues, pour la première fois de ma vie j’ai éprouvé l’irrépressible besoin d’écrire à un auteur. Juste pour lui dire merci d’avoir écrit ce qui se dit si rarement, ce qui ne se lit jamais. Tellement d’échos. Elle sait lesquels. À 4 heures du matin, je me suis mis devant mon ordinateur, et via la boîte mail de son éditrice j’ai fait ce que j’avais à faire. Depuis, Anne Icart est entrée dans ma vie. Son éditrice aussi, d’ailleurs. Elles y auront une place pour toujours.

Pour conclure, avant de la laisser répondre aux questions que je lui ai posées pour Les Toiles Roses, je voulais dire à Anne une nouvelle fois merci. Publiquement, cette fois. Au nom de tous ceux qui sont jugés « différents ». Au nom de tous les parents d’enfants qu’on considère « hors normes ». Au nom de leurs frères ou de leurs sœurs. Les Lits en diagonale est un si beau repère pour tous ceux que le sujet concerne.

En lisant l’interview qui suit vous comprendrez, j’en suis sûr, pourquoi je suis fier qu’elle m’ait offert son amitié. Je suis même prêt à parier que vous m’envierez. Au moins un peu. Anne Icart est une si belle, si grande personne…

 

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INTERVIEW D’ANNE ICART

Par Laurent Fialaix

 

Les Toiles Roses : Comment est née l’idée de ce livre ?

Anne Icart : Une impulsion, ou une pulsion, incontrôlable. Un besoin subit de dire à mon frère Philippe que je l’aimais comme il était, qu’il existait à mes yeux, et que j’étais fière d’être sa sœur.

 

Pourquoi maintenant ?

Je n’ai pas de réponse. Mais peut-être que le temps de comprendre et d’accepter cette situation particulière était passé, et que celui de dire était venu. J’ai obéi à un ordre totalement viscéral et sentimental. Qui ne m’a pas donné le choix de l’heure !

 

Pourquoi un roman et pas un récit ?

Peut-être parce que le roman est plus « universel » que le récit. Même si je racontais mon histoire et celle de Philippe je voulais surtout raconter une histoire, celle d’un frère et d’une sœur qui s’aiment malgré leurs différences. Sans penser qu’elle pouvait être unique. Mais, là non plus, je n’ai pas vraiment choisi ni réfléchi à la forme. Les mots sont venus comme ça.

 

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Les Lits en diagonale est le témoignage d’une femme qui doit se construire aux côtés d’un frère aîné jugé « différent ». Quelles émotions, quelles peurs peut-être, traverse-t-on lorsqu’on est enfant ?

Tout se fait par étapes. Il y a d’abord la petite enfance, très heureuse et très protégée. Je ne savais pas à, cette époque, que Philippe était différent. Et je ne le voyais pas. Pour moi, il était mon grand frère et donc, forcément, mon héros. Puis, il y a l’étape où l’on apprend et où il faut assimiler et comprendre, ce qui n’est pas forcément facile à 7 ans. C’est peut-être l’étape la plus longue et la plus compliquée. Pour moi, ça s’est concrétisé par la fin du monde, la fin de mon monde d’enfant, le début d’un monde sans héros. Je pense que je me suis sentie très seule (et je crois que j’ai gardé de cette époque une capacité immense à me satisfaire de la solitude), sans doute frustrée et très en colère. J’en ai aussi beaucoup voulu à ma mère, que j’ai rendue responsable de ce « malheur » puisque c’est elle qui m’a expliqué la différence de Philippe.

 

Et à l’adolescence ?

C’est une étape difficile, une période où l’on veut être comme les autres, ne surtout pas être différent, se fondre dans la masse. Moi, à la question « Et ton frère ? », j’avais toujours du mal à répondre. La honte s’est beaucoup dissimulée là, derrière cette petite phrase anodine qu’on se pose les uns les autres sans faire attention. Pour moi, elle était terrible. Sans doute que beaucoup de choses se sont cristallisées à ce moment-là mais je n’en ai eu conscience que des années plus tard. Quand j’ai compris que je n’étais pas allée jusqu’au bout des rêves que j’avais à cet âge-là. Je le dis sans regrets.

 

Le début est très fort. A-t-on parfois le sentiment de « sacrifier » sa propre vie pour celle de son frère ?

Non, je n’ai jamais eu le sentiment d’avoir sacrifié ma vie pour Philippe. D’ailleurs, j’ai une vie en dehors de lui ! Je me suis juste dit ‒ et je me dis toujours ‒ que c’est comme ça, que c’est ma vie. La vie. On peut toujours se dire qu’elle aurait pu être différente. Je pense que beaucoup le font. Mais ça ne sert pas à grand-chose. Le mieux étant quand même de se satisfaire de ce qu’on a, surtout quand on se dit que ça aurait pu être pire. Et le plus à plaindre, si toutefois on veut plaindre quelqu’un, ce n’est quand même pas moi !

 

Le regard des autres a-t-il parfois été pesant ?

Oui. Souvent. Encore maintenant. C’est d’ailleurs de l’extérieur que sont toujours venus les moments les plus durs et les plus cruels. Mais au fond je me dis que je tiens peut-être trop compte du regard des autres. Après tout, que nous importe ce que les autres pensent ? Au pire, ils pensent du mal de Philippe et ce sont des cons. Au mieux, ils le regardent avec indulgence, et c’est sur ceux-là qu’il faut se concentrer. Donc, c’est aussi à soi de faire la part des choses.


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Et la culpabilité ?

Elle a été lourde à porter pendant longtemps mais aujourd’hui, j’en ai terminée avec elle. J’ai arrêté de m’interdire d’avoir des sentiments partagés vis-à-vis de Philippe. Je suis parfois excédée par lui, parfois jalouse de lui, mais je me dis que ce sont-là des sentiments humains que tous frères et sœurs qui se respectent ont les uns pour les autres. Finalement, c’est en ayant ces sentiments-là et en les assumant que je l’aime le plus, puisque je le traite comme un frère « normal », en me fichant pas mal de sa différence !

 

J’imagine que ce livre a changé des choses en toi…

Oui, bien sûr, certaines choses ont changé, mais peu finalement. Le quotidien reste le même, Philippe surtout reste le même, et c’est très équilibrant. Les Lits en diagonale n’ont rien changé à mes rapports avec lui, parce que lui se fout royalement que j’ai écrit un livre ! Ça ne change pas sa vie, même si ça a un peu changé la mienne. Moi, j’ai retrouvé une certaine paix, une sorte de sérénité face à la vie en général. Je n’ai plus rien à dire de mon histoire, je lui ai rendu justice, j’ai réglé mes comptes avec elle, je peux passer à autre chose.

 

Et avec tes parents, tes amis ou connaissances ?

C’est surtout par rapport à mes parents que je sens une différence. Je crois qu’ils sont heureux que j’aie parlé de Philippe, que je lui aie (en quelque sorte) rendu cet « hommage », que j’en aie refait un héros. Ils sont heureux aussi que j’aie parlé tout court. De ce qu’on ne s’était jamais dit et qui nous a soulagés. Du handicap. Ils ont aussi pris conscience de beaucoup de choses qui les aident peut-être à mieux comprendre ma vie, mes choix, pourquoi j’ai eu tant de mal à trouver l’équilibre. Ils savent maintenant que si je ne faisais pas les choses, ce n’était pas par paresse mais parce que j’avais les « pieds dans le béton ».

Vis-à-vis des autres, je me sens toujours la même et je crois être toujours la même pour eux. Pour ceux que j’aime et qui m’aiment. Certains m’ont dit que j’étais courageuse d’avoir écrit cette histoire, d’autres que j’étais une fille bien. Je souris. Je ne me crois ni courageuse ni meilleure que les autres. Je suis une femme tout ce qu’il y a de banal ! Mais très sentimentale c’est vrai. Et très optimiste.

 

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As-tu eu des réactions des différences associations liées aux handicaps ?

Oui, j’ai reçu des lettres très émouvantes des directeurs de l’Unapei, de l’Apei, du CAT de Philippe. C’est d’autant plus touchant que je me sens vraiment toute petite à côté d’eux qui consacrent leur vie aux personnes handicapées avec une bonté et une patience admirables.

 

Comment, selon toi, peut-on aider à l’acceptation de la différence dans notre société où il reste encore tant à faire en ce domaine ?

Tu as raison Laurent, il reste beaucoup de progrès à faire en la matière. Les mentalités évoluent doucement, mais on est encore tellement loin d’un monde où la différence serait considérée comme « naturelle ». Parce qu’elle l’est. Ça me fait penser à la discrimination positive. Il y a quand même le mot « discrimination » dans cette formule. Tant qu’on aura besoin de mesures en ce sens, tant qu’on aura besoin de rappeler aux gens que les femmes existent, que les homosexuels existent, que les immigrés existent, que les handicapés existent, c’est que la société ne les aura pas encore acceptés à part entière. Tout ce qui est différent inquiète, ce n’est pas nouveau. Et les discours sur l’eugénisme prouvent aussi que la majorité souhaiterait un monde bien lisse et bien uniformisé. Un monde parfait où tout le monde se ressemble, où chacun ne pense qu’à son pré carré. Ça me rend vraiment perplexe sur la capacité que l’homme peut avoir d’accepter son prochain tel qu’il est. La nature n’est pas parfaite et c’est tant mieux, sinon, on s’emmerderait ferme !

Alors quelle solution à ça ? Tu avoueras que ce n’est pas facile de répondre ! J’aurais tendance à croire que plus on parlera du handicap, plus on le mettra en avant (au travail, au quotidien), plus les mentalités auront une chance d’évoluer. Il y a des avancées en ce sens, et c’est bien… même si c’est encore trop peu. Alors il ne faut pas se décourager.  Ce que je pense, c’est qu’un monde sans Philippe aurait été certainement bien moins beau et bien moins riche.

 

Daniel et Laurent remercie Anne Icart de nous avoir offert des photos familiales et personnelles pour illustrer cet article. Nous vous demandons, au cas où vous voudriez en reproduire une pour un billet sur ce livre ou cet article, de demander l’autorisation écrite de l’auteur. Merci d’avance.

 

Lire les précédents billets

 

Laurent Fialaix (9 mars 2010)

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Laurent Fialaix

 

 


Laurent Fialaix, ne sachant pas mentir, avoue volontiers être né juste avant l’invention du MP3, des téléphones portables, de l’internet, des lecteurs DVD, de la téléréalité et de la livraison de pizzas à domicile. Ses premières années, il les passa donc à attendre que quelqu’un veuille bien inventer tout ça. Et ça lui a paru long, très très long…
Depuis ? Devenu journaliste, entre autres occupations il lit, écoute des disques, voit des films avant tout le monde… ce qui lui permet de frimer un peu de temps en temps (mais toujours raisonnablement !). Il rencontre aussi des people. Des stars vieilles ou jeunes, vraies ou fausses, en devenir ou déjà oubliées… Et il arrive même que ça le fasse rire ou que ça l’émeuve !
Par ailleurs, auteur, il a publié un premier livre, entre roman et récit : Nos Bonheurs fragiles (éd. Léo Scheer) sorti à la rentrée 2009. D’ailleurs, il se pourrait bien qu’à l’époque, Les Toiles Roses vous en aient parlé…

 

02.

Le jour où j'ai changé d'avis...

 

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Pour ce deuxième post j’avais prévu de vous parler de l’une de mes belles rencontres. Avec un livre. Avec son auteur. Et aussi de ce besoin de légèreté qui pèse sur nos quotidiens si lourds de combats et de batailles à mener ces derniers temps. Je l’avoue, j’étais tout prêt de prôner l’idée (certes contestable, mais qui donne tellement envie !) du : « Baissons les bras un moment, voulez-vous ?… Et VIVONS ! »

Mais voilà, ce matin, au réveil, j’ai changé d’avis. Deux facteurs m’y ont poussé. Deux événements qui se résument en quelques mots : la bêtise, l’ignorance, la haine, la peur sans doute, la rancœur ; dans tous les cas… une immense connerie.

C’est d’abord un article sur le site d’un grand quotidien qui m’a fait réagir. Il concerne Le Refuge, cette association qui vient en aide aux jeunes gays rejetés par leur famille. Une association que Les Toiles Roses soutiennent avec force et vigueur, et à laquelle Jean-Marie Perrier consacre son dernier livre, Casse-toi. Figurez-vous qu’à Montpellier où Le Refuge se situe, on a reçu du courrier. Anonyme, forcément. C’est tellement plus facile… L’objet du message ? Quand bien même on ne connaît pas ces jeunes, on veut les voir mourir, on les menace. « Avant, toutes ces personnes on les enfermait dans les asiles vu qu'il leur manque des neurones, ils ont la tête creuse, ils préfèrent aimer contre-nature », écrit le courageux expéditeur masqué, avant de terminer sa prose d’un post-scriptum qui donne la nausée : « On connaît toutes les habitudes de vos protégés et croyez-nous on va les criblé de plombs et les mettre en pièces détachées pour les punir ». Chacun de nos neurones saura apprécier cette littérature à sa juste mesure !…

 

Quelques minutes après cette édifiante lecture, moi aussi j’ai reçu du courrier. Moins grave (si j’ose dire), mais pas léger pour autant. Une lettre (anonyme, également) envoyée chez mon éditeur et réexpédiée par celui-ci.

L’écriture est celle d’une femme âgée, d’une mère broyée par le chagrin. Et qui semble m’en vouloir beaucoup. De quoi ? Devinez !

Pour argumenter elle use de telles armes que je n’ai pu m’empêcher de penser aux souffrances de son fils, au poids terrible qu’ont du être toutes ces années aux côtés des siens, avec le regard qui juge, les mots qui tuent. À lire ce courrier, je ne peux rien m’imaginer d’autre. Puisqu’il est anonyme, j’ai décidé de vous le livrer seulement expurgé de deux ou trois phrases qui pourraient aider à identifier son expéditrice… On ne sait jamais !

Ni bonjour ni le « Cher Monsieur » d’usage, ma correspondante entre directement dans le vif du sujet.

« À l’instant je viens de terminer votre livre. Je ne peux pas dire que ce fut des heures de plaisir, plutôt des moments de souffrance, parfois j’ai eu envie de le jeter par la fenêtre.

Je ne sais pas, mais je le crois, vous êtes sûrement homosexuel, s’il en est ainsi je vous plains !

Je disais « c’est une tare », mon époux « une maladie ». Il disait également « j’aurais dû faire médecine. J’aurais travaillé pour trouver un remède à cela dans les gênes ».

Je n’ai jamais rencontré « un homo » heureux. Sa vie est en « dents de scie », faite de déceptions, souvent de regrets et de honte…

Je vous dis cela parce que mon fils était homosexuel, il est mort à 39 ans. Depuis l’âge de 10 ans ses penchants se sont révélés. J’ai compris que sa vie serait un calvaire… et elle l’a été. Parce qu’aujourd’hui c’est pire qu’hier, il y a le sida ! Tous le savent mais leur pulsion est si forte qu’ils oublient tous les risques. Affronter le sida c’est autre chose qu’hier où il n’existait pas. Mon fils, pendant quatre ans je l’ai aidé à vivre avec le sida. (…)

Être « homo » est vraiment une maladie, pire que le cancer. Le cancer, on peut l’avoir un jour, on le soigne ou on en meurt. L’homosexualité, on l’a en naissant, on vit malheureux, et on finit par en mourir. Je compare la vie qu’a aujourd’hui son frère, entouré d’une épouse merveilleuse, de deux enfants heureux de vivre…

C’est pour tout cela que votre livre m’a écœuré.

Ce n’est pas une lettre anonyme, mes pensées viennent du cœur. »

 

Honnêtement ? Cette femme, dans son désespoir, m’a bouleversé en même temps qu’elle m’a horrifié.

Je n’ai jamais eu véritablement à souffrir d’homophobie. Jamais directement, en tout cas. Je n’ai jamais été renié ou rejeté comme le sont les jeunes du Refuge. Je n’ai jamais été menacé physiquement, hormis par quelques gamins imbéciles lors des années collège. À 12 ou 13 ans, ils pratiquaient les raccourcis et véhiculaient les idées toutes faites qu’ils entendaient à la maison. Avec le recul, comment leur en vouloir ?

Bref, je n’ai jamais eu à me plaindre vraiment. Mais j’ai eu de la chance. Beaucoup de chance. Sauf que voilà… Quand je lis de tels propos, je me dis que peut-être les chanceux comme moi pourraient-ils aujourd’hui ouvrir enfin les yeux. Face à ces propos extrêmes, ces ignorances, ces violences insoutenables, ne serait-il pas enfin temps d’agir ? D’agir vraiment. Intelligemment. En oubliant un peu le militantisme « tête baissée » qui (les résultats le prouvent) ne sert plus à rien, si ce n’est à braquer un peu plus les « étroits d’esprit ». J’ai l’intime conviction qu’avant d’aller violenter les certitudes des plus frileux et des extrémistes, avant de tenter de faire bouger les consciences par la provocation (comme celle, certes amusante et légère, des fameux Kiss in devant Notre-Dame de Paris), il faut prendre le temps de parler, d’expliquer, et – osons le mot – de rassurer. Alors, peut-être finiront-ils un jour par se taire. Ou par avoir honte de penser ce qu’ils pensent !

 

« C’est pas gagné !», dites-vous, à ce moment de votre lecture ?  Bien sûr que si. À condition d’être aidés par les plus puissants que nous. Et chacun sait qu’on peut compter sur le soutien des pouvoirs publics. À commencer par celui du gouvernement. Ben oui, regardez Martin Hirsch, le Haut Commissaire à la Jeunesse et à la Solidarité ! C’est lui qui a eu la bonne idée de commander ce dessin animé, Le Baiser de la lune. Pour expliquer l’homosexualité aux enfants du primaire. Pour les habituer. Pour banaliser, en finalité, pour rendre la vie plus facile aux garçons qui aiment les garçons et aux filles qui aiment les filles. Bon, d’accord, il avait juste oublié que ses collègues n’étaient pas aussi ouverts que lui.

Sérieusement, vous trouvez que j’ai tort d’être optimiste ? Entendu, je vous le concède. Mais laissez-moi espérer un peu, un tout petit peu…

Oh, tiens, et si on commençait par diffuser Le Baiser de la lune à l’Assemblée Nationale ?… Il y en a certains qui seraient étonnés. Même pas sûr qu’ils savent que ça existe, ça !… Quoi ? Ben l’amour ! Quoi d’autre ?…

 

Imprimez et envoyez l'appel au Président de la République : http://www.le-refuge.org/courrier/lettre_au_president.pdf

 

Laurent Fialaix (20 février 2010)

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Laurent Fialaix

 

 


Laurent Fialaix, ne sachant pas mentir, avoue volontiers être né juste avant l’invention du MP3, des téléphones portables, de l’internet, des lecteurs DVD, de la téléréalité et de la livraison de pizzas à domicile. Ses premières années, il les passa donc à attendre que quelqu’un veuille bien inventer tout ça. Et ça lui a paru long, très très long…
Depuis ? Devenu journaliste, entre autres occupations il lit, écoute des disques, voit des films avant tout le monde… ce qui lui permet de frimer un peu de temps en temps (mais toujours raisonnablement !). Il rencontre aussi des people. Des stars vieilles ou jeunes, vraies ou fausses, en devenir ou déjà oubliées… Et il arrive même que ça le fasse rire ou que ça l’émeuve !
Par ailleurs, auteur, il a publié un premier livre, entre roman et récit : Nos Bonheurs fragiles (éd. Léo Scheer) sorti à la rentrée 2009. D’ailleurs, il se pourrait bien qu’à l’époque, Les Toiles Roses vous en aient parlé…

 

01.

« À tort ou à travers », première !

 

J’espère que le big boss de cet honorable blog ne m’en voudra pas trop : j’ai mis du temps à répondre à son invitation. Ce n’est pas que je me faisais désirer. Au contraire… Se voir offrir une tribune libre, avouez que ça donne plutôt envie de sauter sur l’occasion ! Seulement voilà, mon cerveau était happé ailleurs. Dans d’impossibles calculs. Avant d’être capable d’aimer, de détester, de m’emporter, et donc d’écrire quelques lignes supposément pertinentes, il me fallait attendre que les fêtes de fin d’année veuillent bien nous « lâcher la grappe ». Désolé, mais je n’ai jamais su faire semblant. Dans ces moments-là, je me mets entre parenthèses ; j’attends que ça passe. Le temps aidant, maintenant que tout est fini et que plus rien (ou à peu près) ne m’empêche, alors la vie peut enfin reprendre. Et me voici donc, d’un coup de post magique, transformé en contributeur des Toiles Roses. Pour tout vous dire, je n’en suis pas peu fier…

Mais revenons à nos moutons, voulez-vous ?

C’est ici donc, confortablement hébergé par Les Toiles Roses, que je viendrai régulièrement évoquer « à tort et à travers » mes coups de cœur, mes coups de gueule, mes belles surprises et mes grandes déceptions. Il sera question de livres, de musique, de films, de télé, de faits d’actu, que sais-je encore ?… En vérité, vous donner un sommaire même vague ne sert à rien puisque tout ceci ne sera jamais que prétexte. Derrière chaque page, chaque note, chaque image ou chaque fait d’actualité, se cache toujours un homme ou une femme, donc une rencontre potentielle. Justement, c’est pour cela qu’on vit, non ? Pour aller au-devant de l’autre ou se laisser surprendre par un(e) plus rapide que nous. Pour se laisser émouvoir, toucher, irriter, bousculer, déranger.

Le hasard faisant bien les choses, il ne sera donc question que de cela ici. De rencontres, réelles ou fictives, fantasmées ou sacrément vécues. De déclarations d’amour ou de colère, de désirs ou de dégoût. Surtout il s’agira d’immense impatience à vous convaincre ! Et de subjectivité, forcément.

 

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Pour cette première, je serai bref. Lorsque j’ai sorti mon premier « roman » à la rentrée de septembre, je m’attendais certes à quelques réactions, mais j’étais loin d’imaginer l’ampleur des messages reçus : des dizaines et des dizaines de mails, des courriers, quelques appels et sms aussi. Je n’oublierai pas la beauté des témoignages que je continue de recevoir, encore moins la confiance si précieuse qui m’est faite lorsqu’on me confie petits ou grands secrets. Depuis fin août, j’ai entendu (et écouté j’espère) des coming out, des solitudes, des culpabilités, des doutes oppressants, des peurs, quelques regrets, des douleurs terribles et (heureusement !) d’autres plus légères. Des bonheurs tangibles également, des amours naissantes, d’autres qu’on ne saurait même plus dater et sur lesquelles planent l’habitude et les questions qui l’accompagnent. Autant de tranches de vie que – m’a-t-on souvent assuré – même les proches ignorent.

Je ne pouvais pas entamer ma collaboration à ce blog sous-titré « De l’art de faire évoluer les mentalités » sans remercier tous ceux (gays, lesbiennes, bi, hétéros, gay-friendly ou pas forcément) qui me parlent, et parfois se racontent. Ils s’appellent Michel, Fanny, Anne, Jérémy, Marc, Vincent, Norah ou Isabelle, pour ne citer qu’eux… Je ne les connais pas, mais – en quelques mots, et en profondeur – ils ont changé ma vie. S’ils passent par là, il faut leur dire qu’ils ont raison : malgré les apparences parfois confortables, il reste encore du chemin avant l’acceptation et les regards qui ne jugent jamais. En attendant, pour s’alléger, pour se sentir compris, faut-il encore parler et se laisser entendre : le chemin est tellement moins difficile, ensuite ! Puissent tous ceux-là un jour avoir la chance d’y parvenir d’une manière ou d’une autre. C’est tout le bien que je leur souhaite…

Enfin, je ne pouvais pas davantage commencer ici sans me souvenir aussi que tout a commencé le 26 août 2009 par un article signé Philippe Besson dans Têtu, et par un post signé Vincy Thomas sur Les Toiles Roses. Il m’était impossible de ne pas les remercier encore de l’émotion indescriptible qu’ils m’ont offerte ce jour-là, et pour longtemps.

Maintenant que toutes ces choses sont dites, c’est parti… « à tort ou à travers » !

 

Laurent Fialaix (11 janvier 2010)

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