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Fiche technique :

Avec Marcia Cross, Teri Hatcher, Felicity Huffman, Eva Longoria, James Denton, Steven Culp, Ricardo Chavira, Mark Moses, Nicolette Sheridan, Andrea Bowen. Réalisation : Larry Shoaw, Arlene Sanford... Scénaristes : Marc Cherry, tom Specialy...
Saison : 24 épisodes.
Durée des épisodes : 42 mn. Toujours en production (4 saisons). Disponible en VO, VOST et VF.


Résumé :

Wisteria Lane est un lieu paisible où les habitants semblent mener une vie heureuse... en apparence seulement ! Car en y regardant de plus près, on découvre bien vite, dans l'intimité de chacun, que le bonheur n'est pas toujours au rendez-vous. Et peu à peu, les secrets remontent inévitablement à la surface, risquant de faire voler en éclat le vernis lisse de leur tranquille existence...


L’avis de Mérovingien02 :
Tous les doutes étaient permis concernant l'avenir de Desperate Housewives au terme d'une deuxième année montrant d'évidents signes d'essoufflement de la part de Marc Cherry et de son staff de scénaristes. Intrigues faisant du surplace, transformation de Susan en boulet de compétition, manque d'interactions entre les héroïnes de Wisteria Lane, mystère ridicule des Applewhite en guise de fil rouge... Pas forcément de quoi enterrer un show toujours aussi hilarant et incisif mais largement de quoi relativiser les louanges chantées lors de la découverte de la saison 1. Qu'on se rasure : le créateur de la série a entendu les critiques du public et s'est bien décidé à redresser la barre au niveau où elle aurait toujours dû être.

Le premier épisode de la saison 3 affiche clairement les intentions louables puisque après une introduction fortement marquée par celle du pilote où Mary Alice se suicidait (scène choc + ménagère désespérée + humour noir + mystère), nous retrouvons Bree, Susan, Gabrielle et Lynette six mois après qu'on les ait quitté. Il pleut sur les maisons de banlieue et la voix off nous indique que l'eau va venir purifier ce qui était sale. Comprendre par là que les auteurs vont nettoyer la série de ses erreurs passées sans pour autant les renier, l'idée étant de transformer les situations énervantes mises en place précédemment pour les rendre intéressantes. On aurait alors pu craindre que le saut dans le temps soit utilisé pour zapper les boulettes récentes (voir la saison 4 de Nip/Tuck qui n'évoque pas une seule fois le Carver de la saison 3) mais il n'en sera rien. Mike est toujours plongé dans le coma, Bree a noué une vraie relation avec Orson, Lynette ne s'est pas débarrassée de Keyla et Gaby ne s'est pas rabibochée avec Carlos. Installés dans leur nouvelle situation, les personnage acceptent d'aller de l'avant, ce qui permet de les faire considérablement évoluer et d'apporter le vent de fraîcheur et de nouveauté indispensable à toute série après trois années d'existence.

Première satisfaction : Susan n'est plus une grosse crétine qu'on rêve de voir mourir dans d'atroces souffrances mais est redevenue l'adorable petite maladroite des débuts, apportant un vrai souffle romantique via sa liaison avec Ian, un riche homme d'affaires anglais qu'elle a rencontré à l'hôpital au chevet de Mike. Émouvant, tendre, déchiré par la perte de leur moitié respective, le couple est incroyablement attachant et on en viendrait presque à regretter le réveil du plombier sexy précipitant l'intrigue vers un triangle amoureux plus convenu, même si remarquablement bien géré puisque étroitement lié au mystère de la saison. Certes, on en est un peu toujours au même point avec Susan mais la fin de saison marquant une avancée considérable dans sa liaison avec Mike, on se dit que des perspectives inédites s'ouvrent enfin pour elle et que cela valait bien le coup d'attendre.

Plus ancrée dans la réalité, Lynette voit sa vie subir de violentes secousses avec le rêve de Tom qui souhaite ouvrir une pizzeria. Alors que la saison 1 tournait exclusivement autour de sa difficulté à assumer son rôle de mère au foyer et après que la saison 2 la présentait comme une femme active accomplie, la saison 3 tente de concilier les deux bouts puisque famille et travail se retrouvent plus que jamais étroitement mêlés. Gagnant en profondeur en laissant apparaître des failles jusqu'alors dissimulées (la tentation de l'adultère), le personnage mène des luttes ordinaires (soutenir son époux, éduquer une gamine qui n'est pas d'elle et qui ne veut pas d'elle) et s'impose plus que jamais comme une héroïne du quotidien, rôle admirablement revendiqué dans le tétanisant épisode « Bang » (de loin le meilleur épisode de la série et qui relate une prise d'otage dans une supérette transformée en spectacle par les médias) ainsi que dans le face à face malsain avec un nouveau voisin soupçonné de pédophilie. Avec Lynette, c'est toute la verve critique de la série qui revient en force, quand les jolies barrières blanches du rêve américain dissimulent un profond mal de vivre.


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Un mal de vivre qu'on retrouve également chez Gabrielle qui tente difficilement d'exister sans Carlos. Si l'on pouvait légitimement craindre de se lasser des minauderies d'une Eva Longoria déconnectée de l'excellent Ricardo Chavira qui l'avait toujours mise en valeur, les errements scénaristiques de mi-saison (un club de mannequinat pour gamine et le retour de Zach Youn) permettront surtout de critiquer la superficialité du mode de vie basé sur le luxe, l'argent et la beauté. Plus que jamais, Desperate Housewives fustige les ploucs tentant de passer pour des canons d'élégance, condamne un monde où l'argent permet d'acheter l'amour ou l'amitié et rappelle que la beauté est un sésame qui ne dure pas. L'argent et la beauté sont d'ailleurs deux sources d'un pouvoir largement remis en cause dans le dernier tiers de saison s'aventurant dans les affres politiques de Fairvew. Un pouvoir corrompu qui casse le mythe de la success story, laissant une Gabrielle plus désespérée que jamais dans sa robe de mariée. Arrachée à son conte de fée, il va bien falloir qu'elle grandisse.
Comment clôturer ce tour d'horizon de Desperate Housewives saison 3 sans évoquer le cas Bree Van de Kamp devenue, dès le second épisode, Bree Hodge ? Pilier phare de la série qu'elle a toujours tiré vers le haut par sa simple présence, elle est au centre du grand suspens annuel impliquant son nouveau mari ainsi que Mike Delfino. Une manière impeccable de faciliter les interactions entre les personnages et de renforcer l'intensité dramatique puisque, contrairement à l'intrigue des Applewhite, tout le monde est directement concerné par les faits. On pourra évidemment tiquer sur la remarquable coïncidence qui veut que Orson et Mike se retrouvent liés par un passé commun et débarquent tous deux à Wisteria Lane, tout comme on pourra s'agacer de la facilité scénaristique qui veut que beaucoup de monde ait côtoyé la mystérieuse Monique. Heureusement, tout cela est vite éclipsé par des séquences d'une remarquable perversité impliquant la mère d'Orson et son ex-femme, incarnation virulente d'une Amérique conservatrice totalement monstrueuse. De quoi tempérer les critiques adressées à Marc Cherry, souvent accusé de véhiculer ses idées républicaines à travers sa création.
Si les deux premiers tiers de la saison parviennent à se hisser sans peine au niveau d'excellence de la saison 1 en retrouvant le parfait équilibre entre l'humour, l'émotion et le suspens, c'était sans compter sur un évènement de taille dans les coulisses du tournage qui allait sensiblement influer sur les derniers épisodes : la grossesse de Marcia Cross. Attendant un nouvel enfant, la comédienne s'est mise à enfler aux alentours de l'épisode 10, contraignant les réalisateurs à user de subterfuges grossiers pour dissimuler son ventre énorme (on ne compte plus les plans où Bree apparaît derrière une télé ou un ustensile de cuisine) avant d'employer d'affreuses doublures cadrées de dos. Congé maternité oblige, Marcia Cross finit par disparaître de la série dès l'épisode 16 et ne reviendra que pour le grand final, entraînant une sensible baisse d'intérêt du spectateur baladé entre des intrigues plus ou moins sympathiques mais auxquelles il manque ce petit supplément de folie psychorigide et de suspens (ce n'est pas la mini intrigue McCluskey qui y changera quoi ce soit) qui fait toute la différence.
En dépit de toute la bonne volonté des auteurs (dont un amusant épisode centré sur les hommes et narré par la voix off du défunt Rex Van de Kamp) Desperate Housewives sans Bree, ce n'est plus tout à fait Desperate Housewives et il est regrettable que cette absence prolongée soit venue freiner une saison qui avait tout pour s'imposer comme la meilleure du show. Il faudra donc se contenter d'apprécier cette troisième fournée d'épisodes comme un savoureux retour aux sources permettant de boucler un cycle (Mike et Susan enfin ensemble, le suicide d'Eddie en écho à celui de Mary-Alice) tout en ouvrant des portes sur une suite qui, on l'espère, confirmera le regain de qualité amorcé ici.

Pour plus d’informations :

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Fiche technique :

Avec Marcia Cross, Teri Hatcher, Felicity Huffman, Eva Longoria, James Denton, Steven Culp, Ricardo Chavira, Mark Moses, Nicolette Sheridan, Andrea Bowen. Réalisation : Larry Shoaw, Arlene Sanford... Scénaristes : Marc Cherry, tom Specialy...
Saison : 24 épisodes.
Durée des épisodes : 42 mn. Toujours en production (4 saisons). Disponible en VO, VOST et VF.


Résumé :

Wisteria Lane est un lieu paisible où les habitants semblent mener une vie heureuse... en apparence seulement ! Car en y regardant de plus près, on découvre bien vite, dans l'intimité de chacun, que le bonheur n'est pas toujours au rendez-vous. Et peu à peu, les secrets remontent inévitablement à la surface, risquant de faire voler en éclat le vernis lisse de leur tranquille existence...


L’avis de Mérovingien02 :
La vie suit son cours à Wisteria Lane. Pour sa deuxième saison, Desperate Housewives ne change pas sa formule gagnante à base de mystères et d'humour grinçant, quitte à tomber dans la redite. Susan n'en finit plus de nous exaspérer en faisant sa Susan, Gaby est toujours la bomba latina qui dynamite les bonnes valeurs morales, Bree demeure la mère de famille psychorigide et complexe qu'on aime tant et Lynette quitte enfin ses mouflets pour revenir dans le monde du travail. Pendant ce temps, Marie-Alice continue d'énoncer des banalités au début et à la fin de chaque épisode et des nouveaux voisins dont on se fiche éperdument emménagent.

Difficile pari que de trouver un nouveau fil conducteur pour une seconde saison alors que celui de la première a été largement épuisé et qu'il avait contribué à la réputation de la série. Le mystère planant sur le suicide de Marie-Alice était la parfaite astuce pour relier les différentes habitantes entres elles et pour raconter l'histoire de cette banlieue américaine typique. Le point de vue de la défunte servait de guide lors de l'introduction à cet univers déjanté ; l'amitié qui la liait aux héroïnes justifiait que celles-ci dénichent les secrets enfouis par leur voisin, la présence intrigante de Mike donnait plus de poids à sa relation avec Susan, idem pour sa fille découvrant un amour naissant avec Zach... Une atmosphère à la Twin Peaks, pleine de coups de théâtre et de fausses pistes captivantes qui transcendaient l'aspect « soap opéra » de l'ensemble.

Malheureusement, les pistes amorcées par le « season final » n'auront pas servies à grand chose. Zach est absent pendant une bonne moitié des épisodes et son déchirement entre ses différents pères (père biologique qu'il ne connaît pas mais qui vit sous ses yeux, père de substitution accessoirement meurtrier) est trop souvent mis de côté. Les personnages semblent faire du surplace, dans l'attente d'un éventuel rebondissement. Il faudra attendre la dernière partie de la saison pour que sa rencontre avec son grand-père et les manigances sournoises de Felicia Tilman fassent avancer le schmilblick. Les scénaristes étirent au maximum les intrigues pour garder des cartouches en vue des prochaines saisons mais le risque est de finir par égarer le public ou, pire, par le lasser.

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L'ennui, c'est que l'intrigue principale de cette année fait pâle figure face au mystère Marie-Alice. On pouvait déjà le deviner à la vue de l'épisode 23 de la saison 1, c'est confirmé : les nouveaux voisins, les Applewhite, cachent quelque chose derrière les murs bien propres de leur maison. Apparemment, ils ont emprisonné un homme dans leur cave. Oui… et ? Et alors… on s'en fout. On s'en fout parce que cette intrigue n'apparaît que pour boucher les trous de temps en temps. On s'en fout parce qu'elle est rachitique et ultra prévisible (Caleb n'a pas tué la copine de Matthew : sans blague !!!). On s'en fout parce qu'elle est hyper mal menée (le coup de la veste déposée sur le corps de la victime : on croit rêver !)... Mais surtout, on s'en fout parce qu'elle n'a aucune incidence sur le reste des Housewives. Cloisonnée dans son intrigue, cette famille noire ne rentre jamais dans le cercle Bree/Susan/Lynette/Gabrielle, semblant évoluer dans une série parallèle. Il y a bien quelques tentatives pour maintenir l'illusion (la relation entre Danielle et Matthew, la rencontre entre Gabrielle et Caleb) mais rien n'y fait. Les héroïnes semblent porter autant d'intérêt à ces personnages que le spectateur et l'absence flagrante d'interaction entre les protagonistes finit par nous convaincre que les auteurs ne savaient ni où ils allaient ni comment ils y allaient. Espérons qu'ils parviennent à mieux gérer le fil rouge de la saison 3, ce qui n'est pas gagné au vu du final nous promettant un nouvel arrivant à Wisteria Lane : un dentiste veillant au chevet d'un femme internée en psychiatrie et incapable de parler (comprendre par là : elle garde un terrible secret sur ce dentiste qui est certainement un psychopathe : bref, ça va être très chiant).

En dehors de cette ridicule intrigue Applewhite visiblement calculée pour respecter le quota de blacks, on doit malheureusement constater que les crêpages de chignons entre les différentes vedettes dans les coulisses du show ont certainement poussé le créateur Marc Cherry à isoler encore plus les Housewives les unes des autres en livrant des intrigues ne se recoupant jamais. L'éloignement des quatre amies met donc encore plus en lumière la qualité variable des storylines ; la sensation d'assister à une sitcom de luxe devient insistant, les quiproquos et les dialogues percutants tombant comme des bombes. On perd en suspense, on perd en émotion, on gagne en rires. On jubile à voir l'explosion de la cellule familiale d'une Bree Van de Kamp refusant d'admettre ses problèmes et qui ne fait que récolter ce qu'elle a semé (ses enfants sont aussi manipulateurs et aussi faussement détachés qu'elle). On est soulagé de voir que Lynette n'a plus droit à son « intrigue mouflet » du jour mais qu'elle s'épanouit au contraire dans le travail, développant par la même occasion des rapports passionnants avec son mari Tom qui s'interroge sur sa place d'homme de la maison. Gabi et Carlos tentent de leur côté d'avoir un enfant par tous les moyens et retrouvent une complicité qu'ils avaient perdu depuis bien longtemps. Seule Susan n'est pas particulièrement bien exploitée cette année, ce qui n'est pas une surprise, la « Ally Mc Beal » pour quadragénaire ayant toujours tapé sur le système avec sa moue boudeuse et ses gaffes incessantes (si seulement ce brave chien Bongo lui avait bouffé la tête dans le second épisode de la saison 1 !).

Si l'on ne devait retenir qu'une seule chose dans cette saison, ce serait certainement la place grandissante et le soin accordés aux seconds rôles qui, loin de faire de la simple figuration, parviennent à conférer une certaine réalité à cette banlieue fictive. Si la saison 1 s'attachait principalement à décrire le parcours de quatre femmes au foyer désespérées, la seconde fournée monte d'un cran en figeant toute la cellule familiale dans la névrose. Tom Scavo n'est plus le mari toujours en vadrouille, les enfants de Bree sont les architectes de sa chute (les tensions mère/fils avec Andrew valent à elles seules le détour et assurent le parfait équilibre entre l'humour, la cruauté et les larmes), le désir de paternité de Carlos finit par convaincre Gabrielle, les rêves de mariage d'Eddie volent en éclat à cause de Carl... La plume des auteurs est toujours aussi acérée et plus personne n'est épargné dans ce jeu de massacre où médecins et policiers se révèlent aussi psychotiques que les personnes qu'ils sont censés aider. Une femme de bonne famille retient une esclave dans sa cuisine, une strip-teaseuse tombe enceinte d'un teenager catholique, une nonne masque la garce qui en elle sous des airs béats de Sœur sourire, un adolescent mineur couche avec le petit ami de sa mère pour se venger d'elle...

Un véritable étalage de perversions à peine désamorcé par un emballage rose bonbon qui rend juste l'audace subversive et le mordant plus acceptable pour le grand public. L'Amérique, qu'elle soit républicaine ou démocrate, est brocardée dans toute sa folie et son hypocrisie bourgeoise et c'est bien là qu'est la force jubilatoire de ce show s'apparentant à une partie de Cluedo où tout le monde serait coupable. Mais attention ! À force de surenchérir dans les rebondissements chocs et la galerie de personnages cramés de la tête, Desperate Housewives risque de franchir la barrière entre fun et ridicule.

L'épisode final, plutôt raté, vient corroborer cette impression en démontrant, flash-back à l'appui, que les personnages sont incapables d'évoluer. Bree ne reconnaît toujours pas ses problèmes, Lynette se retrouve avec un nouveau gosse sur les bras, Susan ne finit toujours pas avec Mike, un dentiste taré remplace le pharmacien fou... Un surplace inquiétant qui témoigne des premiers symptômes d'un essoufflement risquant d'aller en empirant.

Pour plus d’informations :
Fiche technique : 
Avec Marcia Cross, Teri Hatcher, Felicity Huffman, Eva Longoria, James Denton, Steven Culp, Ricardo Chavira, Mark Moses, Nicolette Sheridan, Andrea Bowen. Réalisation : Larry Shoaw, Arlene Sanford... Scénaristes : Marc Cherry, tom Specialy...
Saison : 23 épisodes.
Durée des épisodes : 42 mn. Toujours en production (4 saisons). Disponible en VO, VOST et VF.



Résumé :

Wisteria Lane est un lieu paisible où les habitants semblent mener une vie heureuse... en apparence seulement ! Car en y regardant de plus près, on découvre bien vite, dans l'intimité de chacun, que le bonheur n'est pas toujours au rendez-vous. Et peu à peu, les secrets remontent inévitablement à la surface, risquant de faire voler en éclat le vernis lisse de leur tranquille existence...


L’avis de Mérovingien02 :
Y a pas à tortiller du cul : la cuvée 2004/2005 fut un très bon cru en matière de séries télévisées ! Pas forcément en terme de renouvellement des standards habituels mais plutôt au niveau de la naissance de petites perles enclines à mettre la courbe d'audience dans tous ses états. C’est du côté des ménagères bourgeoises que la Palme du plaisir hebdomadaire est attribuée !
Alors que personne ne l'attendait, Marc Cherry, condamné à l'oubli après une série d'échecs, est revenu en force avec dans ses cartons un projet excitant né à la suite du procès d'Andrea Yates, une femme de 37 ans condamnée pour avoir noyé ses enfants. C'est au cours de cette affaire sordide que la mère de Cherry lui révéla qu'elle aussi, en proie à une violente détresse, avait un jour songé à commettre l'irréparable. Un choc pour le scénariste (Bree s'inspirera grandement de sa mère) qui eut alors l'idée d'une série prenant pour cadre une banlieue WASP bon chic bon genre dans laquelle évolueraient plusieurs femmes au bord de la crise de nerfs. Son bébé sous le bras, Cherry s'en alla frapper pendant 7 ans aux portes de différentes chaînes qui lui indiquèrent immédiatement la sortie, y compris la peu farouche HBO. C'est finalement ABC qui accepta de produire la série car la chaîne était à la recherche d'un programme fort. Autant dire que les grandes chaînes doivent encore être en train de sabrer le champagne car ils ont touché le gros lot en lançant en même temps Lost ! Deux hits d'un seul coup, c'est ce qui s'appelle avoir du nez !
Les premiers épisodes sont rapidement mis en boîte et le triomphe est immédiat dès le lancement du drama le 3 octobre 2004 : les femmes désespérées seront suivies en moyenne par 24 millions de spectateurs, entrant directement à la 4e place des séries les plus regardées outre-Atlantique (à titre de comparaison, Lost ne rassemblera « que » 16 millions de fidèles). Succès public mais pas seulement, puisque ce sont deux prix qui seront remportés aux prestigieux Golden Globes (et pas des moindres : meilleure actrice de comédie et meilleure série comique), suivis par 15 nominations aux Emmy Award, les oscars de la télévision américaine. Une déferlante qui n'a pas tardé à toucher de plein fouet la France, ainsi que tous les pays ayant acheté les droits de diffusion.
Mais d'où vient donc la recette de ce triomphe ? Comment expliquer qu'un divertissement prenant pour vedette quatre femmes blanches symbole de l'América Way of Life ait pu rallier à ce point tous les suffrages ? Comment justifier la popularité de ce qui se présentait comme un énième passe-temps repassage pour ménagères de moins de 50 ans et qui a fini par être suivi par toutes les tranches d'âge, les hommes comme les femmes, les hétéros comme les homos ? La réponse est finalement assez évidente : Desperate Housewives défie la loi des apparences et se révèle bien vite (dès la première scène en fait) comme une série n'étant jamais là où on l'attend. En débutant par une scène choc, un suicide, prenant le spectateur pour témoin (la voix-off s'adresse à nous), Marc Cherry lance d'emblée une ambiance dramatique qui nous fait dire qu'on ne sera pas là pour rigoler. Sauf que si. À peine le coup de revolver claquant à nos oreilles, une bonne dose d'humour noir viendra désamorcer la situation qui n'est de toute façon pas mal vécue par la défunte (le fantôme de Marie-Alice a l'air de bien s'amuser à contempler les habitants de Wisteria Lane et à commenter leur vie à chaque épisode). Le style est pour le moins caustique, grinçant, mais aussi lucide. À la manière d'American Beauty, Desperate Housewives mettra un point d'honneur à saloper les jolies barrières blanches de cette banlieue, incarnant à elle seule le rêve américain. La réussite sociale n'est qu'un beau verni de surface (couleur acajou) que les scénarii incisifs se chargeront d'écailler au maximum. Les quatre héroïnes éblouiront chacune une facette du spectacle, apportant chaque fois une énergie différente et complémentaire aux autres. Tandis que les malheurs de Susan lorgnent à la fois vers la comédie romantique avec le beau Mike et vers la sitcom, Gabrielle marque une touche sexy pendant que Lynette se fait plus proche des vraies mère larguées, tandis que Bree (de loin le personnage le plus intéressant) voit ses convictions républicaines voler en éclats tout en essayant de maintenir son monde aseptisée reflétant l'illusion de la famille modèle.
Abordant des thèmes aussi vastes que l'amour, la mort, les héros du quotidien, les enfants ou la confiance, Desperate Housewives prend presque des allures de leçons du jour avec, à chaque fin d'épisode, une « morale » résumant toutes les possibilités qui animent l'être humain par le biais de Mary-Alice. Mary-Alice qui est par ailleurs le fil rouge de la saison puisque, outre les intrigues de chaque héroïne, il y a une dose de suspense machiavélique qui fait tenir en haleine l'audience afin de comprendre pourquoi cette femme s'est suicidée. Pièges, assassinat, trahison, ancien prisonnier... Les pièces du puzzle se mettront en place petit à petit, achevant de faire de la série une immense toile dont la vision d'ensemble prend chaque fois un peu plus d'ampleur. Marc Cherry est parvenu à accomplir une prouesse en offrant une vision un rien fantaisiste du monde, et dans laquelle chacun pourra se retrouver. Les républicains et les démocrates ont autant leur mot à dire, les jeunes ont autant d'importance que les vieux, les hommes sont totalement complémentaires des femmes et les hétéros prendront autant de plaisir que les homos. Il n'est guère étonnant d'apprendre que le créateur de la série est gay, car au-delà du look un rien coloré de l'ensemble et du cynisme brut, il n'y avait vraiment qu'un homo pour imaginer une femme en tenue de soirée tondre une pelouse ! Et il n'y avait aussi qu'un homo pour déclarer sa flamme à peine voilée aux icônes has been en leur offrant un come back remarqué (et remarquable) ! Teri Hatcher (Lois et Clark) fait une superbe divorcée maladroite, Nicollette Sheridan (Côte Ouest) joue la trentenaire vieillissante et croqueuse d'hommes grâce à sa nouvelle paire de seins, Felicity Huffman (épouse de William H. Macey) est une ex femme d'affaires convertie au « plus beau métier du monde », Eva Longoria (la femme de Tony Parker depuis peu) trompe son magouilleur de mari avec le jeune jardinier en embrasant l'écran et Maria Cross est tout simplement la révélation de la décennie.
N'hésitant pas à aligner les répliques cultes (« Tu devrais faire un peu plus confiance aux pauvres ! ») ainsi que les sujets tabous (le sadomasochisme, le voyeurisme du voisinage), le cocktail explosif n'en finit pas de se répandre au fil d'une musique en adéquation totale avec le grain de folie générale, découlant souvent d'une réalisation réfléchis (les mouvement de caméra se répétant en fixant une même situation déclinée, la scène de Susan au téléphone dans le final...). Le générique du début est signé par Danny Elfman (compositeur attitré de Burton choisit ici pour mieux refléter l'inspiration revendiqué d'Edward aux Mains d'Argent) et les morceaux additionnels, tout aussi magistraux, sont essentiellement l'œuvre de Steve Bartek. L'emballage est donc luxueux, généreux et maîtrisé. Néanmoins, cette première saison de Desperate Housewives n’est pas un sans faute pour autant. D'une certaine façon, la série a subit exactement les mêmes problèmes de gestion que Lost, à savoir que la première moitié de saison été une période d'essai qui fut ensuite prolongée en réponse au succès gigantesque. Par conséquent, et Marc Cherry le reconnaît lui-même, seuls les premiers épisodes avaient une ligne directrice pré-établie, ce qui implique que la suite dû être inventée en peu de temps afin de rallonger la sauce. Si la baisse de régime s'est nettement moins fait ressentir que sur Lost (où l'on finissait par se faire tout simplement chier à partir de la mi-saison), cela n'a pas empêché les scénaristes de prouver qu'ils ne savaient pas toujours où ils allaient. En dehors de l'intrigue phare (les mystères de Mary-Alice) mise en veilleuse pendant quelques temps, on a pu souvent remarquer un manque de cohésion entre les différents épisodes, certains effets chocs étant souvent désamorcés la semaine suivante ou bien certaines story line étant expédiées d'un seul coup. Dans l'impasse scénaristique, les auteurs ont souvent joué la carte du tour de passe-passe, comme lorsque Gabrielle brûle le passeport de Carlos à la fin du 1.10 et le présente miraculeusement « intact » dans le 1.11 ou encore l'intrigue liée à la maman de Carlos qui finira en eau de boudin, les enjeux que le personnage représentait étant encore trop décisif pour être exposés avant la fin de saison. Autre (relative) déception : la mise en avant de révélations passionnantes qui aurait méritées un développement conséquent et qui seront hélas passées sous silence : comme les premiers pas de Bree dans le sadomasochisme ou encore la nouvelle d'un adultère commis par Tom.
Ce ne sont bien sûr que des exemples mais ils donnent souvent l'impression que Marc Cherry ne savait pas encore tout à fait où il allait pour cette première fournée, préférant opter pour des personnages assez statiques. Cela n'entache en rien le tour de force qui consiste à toucher absolument tous les publics avec une palette riche d'émotions parfaitement orchestrées, allant du rire aux larmes, de la peur à la stupéfaction. Tout simplement LA bonne surprise télévisuelle de cette année-là mais aussi une des plus réjouissantes analyses sociales, capable de refléter nos plus profonds sentiments. Indispensable !
Pour plus d’informations :

Fiche technique :
Avec
Rikki Beadle-Blair, Mat Fraser, Karl Collins, Noel Clarke, Paul Keating Pui, Fan Lee, Frances Lima, Michael Dotchin, David Fairbanks, Carleen Beadle,Dee-Dee Samuels, Matt Harris, Gavin Delaney, Lisa Harmer, Preeya Kalidas, Silas Carson, Helen Sheals, Joni Levinson, Danielle Murphy, Marianne Sheenan, Jonathon Pembrocke, Paddy Glym, David Squire, Rebecca Varney, Deobia Oparei et Josh Moran. Créateur : Rikki Beadle-Blair. Réalisation et scénario : Rikki Beadle-Blair. Producteur : Carol Hardin.
Durée : 6 épisodes de 26 mn. Disponible en VO et VOST.



Vidéo des six génériques différents pour les six épisodes.

Paroles du générique :
Je sais qu’ils disent que je suis fou
Qu’ils disent que je suis louche
Qu’on devrait m’enfermer
Qu’on devrait me retirer mon enfant.
Mon unique enfant !
C’est lui, ma fierté, ma joie, mon bébé !
Mon sourire, ma vie, mon garçon, mon bébé !
Ils auront beau dire,
Nous on sait que c’est l’amour
Ça c’est notre vérité
Nous on sait que c’est l’amour !

 


Résumé :
Après Queer as Folks, la chaîne anglaise Channel Four renouvelle son exploit avec une série extravagante en six épisodes. La vie, les amours d'un groupe d'ami(e)s, d'amant(e)s mêlant toutes les cultures, toutes les couleurs, toutes les tendances. Ils habitent le quartier branché de Notting Hill à Londres, ils s'aiment, ils se détestent, ils se réconcilient, ils sont inséparables, unis par un seul et même désir : l'amour. Avec Kwame et tout le petit monde de Notting Hill, Metrosexuality s'aventure dans la famille du XXIe siècle : une famille avec un enfant, deux papas, une soeur, des amis et plein d'amour.
La vie à Londres est déconcertante quand vous avez 17 ans et que vos deux pères gays sont séparés. Pour ajouter à la confusion, le nouveau petit ami de papa Jordan est parachutiste, votre meilleur ami est amoureux de papa Max, un autre de vos amis a des problèmes avec son copain, quant à vous, vous ne parvenez pas à séduire la fille de vos rêves !



L’avis de Delphine :
Bienvenue dans le quartier de Nothing Hill à Londres où vivent un groupe de personnages tous plus délirants les uns que les autres !  Dans Metrosexuality, chaque combinaison est possible : un mec rencontre des mecs, les filles des filles mais des mecs rencontrent aussi des filles et des filles des mecs. Certains ont des problèmes de couples, d'autre de drogues… Mais tous ont un point commun : ils recherchent l'amour, le grand le vrai !
Le personnage central est Kwane, super bien foutu et aux hormones déchainées ; il essaie par tous les moyens de remettre ses pères ensemble comme le ferait un autre adolescent dans un monde aux amours moins débridées ! Kwane essaie aussi de conquérir Asha, un petit ange de 17 ans qui a pour meilleure amie une lesbienne.


Bref, on suit la vie trépidante de tous ces personnages au rythme d'un montage énergique, d'un langage technoïde argotique dans un monde bariolé où les couleurs ternes sont banies !
Metrosexuality est un bol de fraicheur, une série décoiffante ; elle a le mérite de revendiquer la tolérance et la vie en communauté. Cependant, tout va très vite, trop vite, ça part dans tous les sens ! Certains sujets graves (parents alcooliques,...) sont abordés mais de façon superficielle et donc la série reste lègère ! Il n'y a pas de quoi en faire une série culte à moins que l'on soit passionné de fringues !


L’avis d’Isabelle B. Price :
Metrosexuality est une série anglaise dans la même veine que Queer As Folk (UK) qui compte 6 épisodes. Comme sa grande sœur, elle est totalement désinhibée, complètement extravagante et définitivement gay. Elle s'intéresse à la vie d'un groupe d'ami(e)s et d'amant(e)s vivant dans le quartier très tendance de Notting Hill à Londres.


Le héros, Kwame (Noel Clarke) a 17 ans et deux pères, Max (Rikki Beadle Blair) et Jordan (Karl Collins) qui sont séparés et qu'il essaye de rabibocher. Mais Jordan est amoureux d'un autre, Jonno (Silas Carson) et Max tente de passer à autre chose et de faire de nouvelles rencontres. Les deux meilleurs amis de l'adolescent sont gays. Bambi (Davey Fairbanks) est très amoureux d'un homme allergique à tout engagement qu'il souhaite épouser alors que Dean (Paul Keating) est toujours vierge. Kwame, quant à lui, est amoureux d'Asha (Rebecca Varney), mais ils se sont séparés après une première expérience sexuelle désastreuse. La meilleure amie d'Asha, Jaye (Pui Fan Lee) est lesbienne et très attirée par Flora (Preeya Kalidas) qui vient se faire coiffer dans leur salon. Il ne faut pas non plus oublier la sour de Max, Cindy (Carleen Beadle) qui vit en couple avec Doris (Dee Dee Samuels) et leurs deux enfants. Ainsi que de nombreux autres protagoniste dont le frère dealer de Dean, les parents hippies de Bambi, le père d'Asha qui est amoureux de Gerri (Frances Lima), Madame S.O.S. Conseils mariée mais malheureuse.


Dès le début, le ton est donné. Les costumes extravagants et flashs, les dialogues incisifs et crus, les personnages multiethniques et un seul et même désir : la recherche de l'amour.
Lors du premier épisode, Kwame donne rendez-vous à ses deux pères dans l'espoir de les réconcilier et de les voir se remettre ensemble. En effet, il souhaite vivre dans un foyer uni. Après ce plan, l'adolescent se rend devant le salon de coiffure où travaille Asha, son ex-petite amie. Accompagné de Dean, son meilleure ami, perché sur le toit d'une voiture, il observe la femme qu'il aime avec des jumelles.


À l'arrivée d'une jeune femme, Flora, dans le salon de coiffure, on découvre Jaye, la meilleure amie d'Asha, complètement paniquée. Jaye installe Flora sur un fauteuil et lui propose une coupe ou une couleur. Hystérique, elle se retourne ensuite vers Asha et lui demande son aide.
JAYE  : Asha, vite, un conseil ! Rappelle-moi ce qu'on avait dit !
ASHA  : C'est juste une nana. (Jaye paniquée fait semblant de pleurer) Ok, le plan. Si elle vient, tu lui dis ?
JAYE  : Mon ange, tu t'es fait mal en tombant du ciel ? J'ai de quoi te soigner, suis-moi. Et là, elle répond.
FLORA  : Pas trop tôt. Encore une séance ici et je deviens chauve. Voilà mon numéro. Appelle-moi.
Et Flora sort de la boutique alors que Jaye est aux anges. On revient alors à Kwame puis on le quitte pour passer à ses parents et finalement arriver à deux femmes disant au revoir à leurs enfants qui partent en voiture avec leur oncle. Elle se précipitent ensuite dans leur maison et se jettent littéralement l'une sur l'autre dans les escaliers. Elles s'embrassent passionnément lorsque Cindy se lève brusquement et déclare :
CINDY  : Chut !
DORIS  : J'ai rien dit.
CINDY  : Ecoute ! Ce silence me rend folle !
[...] Cindy se précipite sur le téléphone pour appeler son frère Max, qui est parti avec leurs enfants.
DORIS  : Ca fait 10 minutes ! Ils sont pas arrivés ! Arrête de jouer à la mère juive !
CINDY  : On se croirait dans une morgue. Ce n'est pas naturel. On est des parents ! Il faut des cris, des gosses qui courent, du bruit, de la vie. Là, c'est vide !
DORIS  : Notre vie familiale est bruyante et notre vie sexuelle silencieuse à cause des gosses. J'aime notre famille mais pour une fois, tu vas pas te servir de mes seins pour étouffer tes cris. Dans une semaine, on retrouve notre vie, les gosses, etc. En attendant, je veux sortir, aller au ciné et te faire jouir à gorge déployée. On va pas oublier les gosses mais on va un peu penser à nous. Alors ?
CINDY  (qui a posé le téléphone et se rapproche de Doris, séduite) : À gorge déployée ?
Elles s'embrassent, font l'amour et Cindy hurle de plaisir à gorge déployée. On les retrouve enlacée, nues sur le sol du salon, endormies. Doris, ouvre les yeux, s'empare d'un jouet en plastique et le fait couiner. Non, elle n'a définitivement pas oublié ses enfants !


Durant les épisodes 2 et 3, Jaye et Flora continuent à se voir. Flora apparaît exigeante, jalouse et possessive. Elle demande des comptes à Jaye pour leur rendez-vous manqué. Elle cherche à savoir pourquoi Jaye n'est pas venue et n'a même pas appelé pour s'excuser. Jaye lui ment et cherche à se justifier avec difficulté. Elle fait ensuite une crise de jalousie lorsqu'elle découvre que Jaye a appris à Asha à se masturber. Une représentation certes excessive mais plus proche de la réalité que bien d'autres.
En parallèle, Doris est jalouse de découvrir que Cindy a couché avec un homme avant de la rencontrer. Les deux femmes se disputent d'ailleurs plusieurs fois à ce sujet.
CINDY  : On est un vieux couple de lesbiennes rangées. Vachement rebelle !
DORIS  : C'est toi qui voulais des gosses.
CINDY  : Je voulais un million de choses !
L'accent n'est pas mis sur le couple Doris-Cindy. On ne retrouvera les deux jeunes femmes que peu de fois après ce passage. Et leurs principales discussions concerneront cet homme qui a eu une courte liaison avec Cindy. Doris, veillant jalousement sur sa femme lorsqu'elle celle-ci s'amusera en boîte.


Par contre, le couple Jaye-Flora aura le droit à plus d'attention lors des derniers épisodes. Toutes les deux finissent par trouver le temps de faire l'amour. Mais en pleine action, Jaye est soudain interrompue par Flora qui lui demande si elle a une digue dentaire. Jaye fait celle qui connaît et lui répond qu'elle va en chercher une. Une fois seule, elle se précipite sur le téléphone et appelle S.O.S. Conseils pour avoir des précisions.
JAYE  : C'est quoi une digue dentaire ?
GERRI (S.O.S. Conseils)  : Un carré de latex placé sur le sexe féminin qui empêche la contamination par le Sida ou les MST. Surtout utilisé par les lesbiennes.
JAYE  : On est les élues ! On peut pas attraper le Sida !
GERRI (S.O.S. Conseils)  : Si vous utilisez une digue dentaire.
JAYE  : Où en trouver en pleine nuit ?
Jaye part donc à la recherche d'un préservatif pour fabriquer une digue dentaire. Lorsqu'enfin elle trouve et qu'elle revient auprès de Flora, elle reprend où toutes les deux s'étaient arrêtées. C'est alors que Kwame arrive à la recherche d'Asha. Jaye lui précise qu'elle ne fait pas les parties à trois et lui referme la fenêtre au nez.
Lors de l'épisode suivant, Flora est endormie dans les bras de Jaye et celle-ci s'interroge. Elle se pose des questions qui aborde le « C'était génial » et le « Et maintenant » et ne parvient pas à dormir. La jeune femme finit par se lever, s'enferme dans la pièce à côté et appelle S.O.S. Conseils.
JAYE  : OK. C'est pas moi. Je suis une fille libérée et rebelle, une lesbienne du 21e siècle.
GERRI (S.O.S. Conseils)  : D'accord.
JAYE  : Après une semaine avec elle, je rêve de me ranger, je planifie nos vacances, j'envisage de cuisiner. L'aliénation totale ! Je peux pas être amoureuse. Je suis irresponsable, fantasque. Gerri, Gerri, Gerri ! Comment savoir si c'est de l'amour ?
Un peu plus tard, alors que chacune est dans sa famille pour fêter la fête des mères, Jaye et Flora se téléphonent.
FLORA  : Tu peux parler ? T'es où ?
JAYE  : Dans le jardin. Et toi ?
FLORA  : Dans le débarras. Tu me manques.
JAYE  : Nous, c'est du sérieux ?
FLORA  : Ahhh !
JAYE  : C'est pas comme si on était amoureuses, hein ?
FLORA  : Pas question ! Pas de sentiments, comme les mecs.
JAYE  : D'accord. Moi non plus. Cool.
FLORA  : Réglé. On peut avoir envie de se voir ?
JAYE  : Mais on n'en parle pas.
FLORA  : OK, on fait comme si de rien n'était.
JAYE  : Cool.

Alors que tout le long de la série, les hommes passent leur temps à courir après l'amour, les deux femmes de celle-ci, refuse d'y succomber. Elles veulent être libres et faire « comme les mecs » alors que c'est précisément ce que ces derniers ne veulent plus : être seuls et libres. Comique.
Le personnage de Jaye est fantastique. Il est rare de voir de jeunes lesbiennes refuser tout engagement, tomber amoureuse mais le nier et s'interroger sur leur avenir tout en refusant de changer. Elle est fantasque, imprévisible et légèrement hystérique. Elle porte des couleurs flashs à longueur de journée et des bonnets étranges. Elle est perdue par ses sentiments. Elle n'est pas perdue parce qu'elle aime une femme mais tout simplement parce qu'elle est amoureuse. Or elle n'était pas du tout préparée à cela. Et elle ne veut absolument pas être dépendante de qui que ce soit, et elle ne veut absolument pas changer quoi que ce soit à sa vie. Un personnage comme vous n'en avez jamais vu.


Metrosexuality est une série qui met définitivement en avant un autre mode vie, une autre manière d'imaginer la famille. Ricki Beadle Blair, le scénariste, réalisateur, acteur (il interprète le rôle de Max) qui chante le générique qu'il a écrit tient cette série comique à bout de bras grâce à son talent et à sa fougue. Les acteurs sont géniaux dans des rôles originaux, exceptionnels et rares. On peut reprocher à la série une réalisation sans surprise, des dialogues pas toujours à la hauteur et des scénarios parfois confus mais elle n'en reste pas moins un appel à la tolérance et à la découverte de ce que l'on nomme régulièrement « l'anormalité ».
Cette série a pris le parti de faire évoluer les mentalités des personnes bien-pensantes qui jugent sans connaître. Il est juste dommage que les personnages lesbiens soient si peu représentés en fin de compte. Et également dommage qu'il y ait encore un couple de lesbiennes-mères de famille. Bien que Doris et Cindy ne ressemblent en rien à Kerry et Sandy (Urgences) ou Melanie et Lindsay (Queer as Folk US) tant du point de vue physique que psychologique, elles ont également des enfants. Et même si ces derniers ne sont pas au centre de leur vie, elles ont du mal à les oublier et ils sont présents dans les conversations. Heureusement Jaye et sa douce folie contrebalance le conformisme de Doris et Cindy et son histoire avec Flora est aussi intéressante que celle de Bambi (avec son mec) ou celle de Dean (toujours à la recherche du sien).
Pour terminer, je voulais finir sur le générique de présentation, un bijou d'audace ou tous les acteurs sont en sous-vêtements, dansent, s'amusent et s'écrivent dessus et donne envie de découvrir la série et cette famille du XXIe siècle.
Pour plus d’informations :
Lire l’interview de Rikki Beadle-Blair


Fiche technique :
Avec Aidan Gillen, Craig Kelly, Charlie Hunnam, Denise Bla
ck et Jason Merrells. Réalisé par Charles McDougall et sarah Harding.
Disponible en VO, VOST et VF.

 


Le dossier de Thierry Le Peut (Arrêt sur Séries) :
Dire que Queer as Folk a soulevé un petit scandale avant même sa diffusion sur Channel Four, en Angleterre, est un euphémisme. Deux ans plus tard, la tension est retombée : passée la surprise du premier épisode, délibérément « démonstratif », le feuilleton a réussi à convaincre même certains de ses détracteurs. Aujourd'hui, s'il est inévitable que certains continuent de crier au scandale, de nombreux téléspectateurs, homos et hétéros, plébiscitent le programme revenu sur Channel Four pour un nouvel épisode d’une heure trente. En France, c'est Canal+, la chaîne cryptée, qui a diffusé la télésuite, remontant les huit épisodes originaux en deux téléfilms de deux heures. Une diffusion un peu confidentielle, sans doute, mais quelle autre chaîne nationale pouvait s'y coller ? En attendant qu’une chaîne hertzienne et non cryptée se décide à le diffuser (on peut toujours attendre !), cet excellent feuilleton mérite bien un dossier. Let’s go... and see, folks !
Pour un grand amateur de séries US (comme moi), Queer as Folk est une bouffée d'air frais. Si la fiction de l'Oncle Sam a su trouver un nouveau style depuis une bonne dizaine d'années (les puristes diront vingt en rappelant l'importance de Hill Street Blues dès 1980), elle n'a encore rien produit d'aussi radical que ce 8 x 30', et ce ne sont pas les quelques baisers échangés par Ally et ses collègues de bureau qui contrediront ce constat. D'accord, Friends met en scène (épisodiquement) un couple lesbien élevant un enfant « normalement » conçu, mais Queer as Folk va plus loin en montrant un couple lesbien élevant un enfant conçu... avec un homosexuel. Qui plus est, les gays ne sont pas des personnages épisodiques mais les héros de Queer as Folk, qui refuse autant l'étiquette de « série documentaire » que celle de « série à message » ou de programme socio-polémique. Écrit par un gay, produit et réalisé par des hétéros, joué par une distribution mêlant les différentes orientations sexuelles mais dont les têtes d'affiche sont hétéros, Queer as Folk ressemble à un soap mais présente une histoire bouclée ; il paraît provocant mais suit finalement plusieurs personnages dans un quotidien parfaitement crédible ; il a ému la critique mais enthousiasmé le public, qui en redemande. Bref, Queer as Folk est simplement un bon feuilleton, qui permet à chacun de s'identifier à des personnages parfois sympathiques parfois dégueulasses mais somme toute attachants.

AU COMMENCEMENT ÉTAIT LA VILLE

La Ville, c'est Manchester, une cité culturelle du Nord-ouest de l'Angleterre, siège du journal du parti libéral, le Guardian, et décor de plusieurs séries anglaises dont le populaire Coronation Street qui passionne les foules depuis 1960. Russell T. Davies y a planté aussi le décor de sa série The Grand, qui se déroule dans un hôtel (1997), et comme il y habite (de même d'ailleurs que la productrice Nicola Shindler et le script editor Matt Jones) c'est là, tout naturellement, qu'il a imaginé de faire vivre les héros de Queer as Folk. D'autant que la ville possède son « Village » homosexuel, dont le cœur est la fameuse Canal Street dans laquelle commence l'action du feuilleton. Plusieurs semaines durant, le lundi et le mardi, la production y plantera son attirail technique et y déploiera son armée de maquilleurs, coiffeurs, électriciens et cameramen afin d'assurer à la série une authenticité qui fera plus tard la joie des habitués (réels) des lieux, invités à prêter leur concours comme autant de figurants enthousiastes. La pluie ne parviendra pas à décourager les curieux, d'abord intrigués (même quand il faudra la recréer artificiellement pour des raisons de continuité, les scènes étant tournées à plusieurs jours d'intervalle).
Davies, qui a déjà croisé ses futurs partenaires Shindler et Jones dans les couloirs de la compagnie Granada, déclare n'avoir reçu aucun cahier des charges particulier de Channel Four. Pour lui, tout a commencé en novembre 1997, lors d'une conversation avec Catriona McKenzie, chargée de la fiction à Channel Four. Elle voulait une série calquée sur le populaire This Life, une sorte de « clone » british de Friends lancé en 1996, où cinq jeunes gens partagent un appartement et découvrent ensemble les joies de la vie active. La différence résidait dans les personnages, ceux de la nouvelle série devant tous être gays. L'idée d'amis homos partageant un appartement ne parut pas très satisfaisante à Davies, d'abord parce que les personnages risquaient de se ressembler un peu trop, ensuite parce que le concept n'aurait été qu'un This Life gay. À la place, il écrivit donc Queer as Folk, dans lequel il mit beaucoup de lui-même tout en s'attachant à créer des personnages originaux, capables de gagner la sympathie ou du moins de susciter l'intérêt du public.
« Personne ne m'a dit qu'il y avait un cahier des charges », certifie le scénariste. « La création de la série fut entièrement personnelle. Personne à Channel Four n'a dit : 'Il nous faut un  gay drama'. Simplement, les responsables de la fiction de la chaîne, Gub Neal et Catriona McKenzie, ont lu le script et ont dit : 'C'est ça que tu devrais écrire'. » C'est donc ce qu'il a fait, sans se préoccuper de ce qui pouvait choquer l'élite bien-pensante ou le public. « Je savais que je devais inventer des personnages avec leur vie bien spécifique, et non peindre la prétendue communauté tout entière. »
Du coup, le scénariste ne s'embarrasse pas de considérations « politiquement correctes » et aborde pêle-mêle des thèmes que la presse percevra comme autant de sujets de société traités dans la provocation : le « ghetto » homosexuel, la consommation de drogue, la drague sauvage et, bien sûr, l'âge de la majorité sexuelle à travers le personnage de Nathan, un ado de quinze ans qui découvre les plaisirs du sexe gay sans honte et sans pudeur. « Je l'ai fait (comprenez, bien entendu : « J'ai baisé ») dès ma première sortie », déclare fièrement le teenager devant la caméra au bout de quelques minutes de film, un large sourire aux lèvres, avant de laisser le public découvrir son dépucelage en direct, toujours sans fausse pudeur. Tranchant avec l'innocence de la comédie sentimentale genre Beautiful Thing (où deux ados bravent l'interdit en ayant une relation homosexuelle), la caméra ne recule pas devant la nudité ou les gros plans des deux hommes échangeant de fougueux baisers. Point non plus de clair-obscur complice à la manière de My Beautiful Laundrette, de Stephen Frears : la scène d'amour est explicite et se termine sur le lit après un désapage en règle ponctué de caresses passionnées.
Une scène qui n'a pas effarouché les acteurs, selon leurs propres commentaires, mais qui a plutôt posé problème au réalisateur, peu habitué à filmer l'amour entre hommes : « Nos deux fabuleux réalisateurs sont hétéros », commente Matt Jones avec humour. « Les seules fois où ils se sont tournés vers moi et m'ont demandé de chorégraphier une scène, ç'a été durant les scènes de sexe, parce qu'ils ne savaient pas comment s'y prendre. Notre fabuleux assistant maquilleur et moi, le script editor, avons mimé l'amour gay sur le lit de Stuart pour montrer aux hétéros comment on s'y prenait. Les acteurs nous regardaient, nus mais en robes de chambre, et une fois qu'ils ont su comment faire l'amour entre hommes ils l'ont approché en bons professionnels qu'ils sont. » Selon Charlie Hunnam, tout de même (le jeune acteur chargé de rendre convaincant le personnage de Nathan), le réalisateur faisait le vide sur le plateau de manière à diminuer la gêne des acteurs : tourner une scène d'amour peut déjà être embarrassant entre un homme et une femme, alors entre deux hommes hétéros, on imagine assez bien la difficulté !



UN PARFUM DE SCANDALE

À l'époque où la série était diffusée sur Channel Four, les parlementaires anglais devaient se prononcer sur l'âge de la majorité sexuelle pour les homos, fixée par la loi à 18 ans, soit deux ans de plus que pour les hétéros (« une abomination ! », selon Davies). Pure coïncidence, disent les auteurs, pour qui l'âge du personnage était avant tout une question de cohérence : « Nous lui avons donné quinze ans non pour provoquer », déclare Davies, « puisque je suis sûr que beaucoup de gens éteignent leur poste parce qu'il a quinze ans, et j'ai toujours su que ce serait le cas. Il a quinze ans parce qu'à quinze ans on est ‘impuissant’ (sic). S'il avait seize ans il pourrait quitter sa maison et faire sa vie tout seul. Alors que Nathan est piégé... » De fait, le feuilleton explore la situation de l'adolescent face à son environnement familial autant que scolaire : il fait l'expérience de la moquerie et du mépris, sans pour autant renoncer à chercher sa voie. Il trouve une alliée de taille en la personne de sa copine Donna, elle-même forcée de supporter un beau-père détestable mais moins fermée que la plupart de leurs camarades aux expériences « insolites ». Sa mère, également, après un moment de doute et de peur, s'efforcera d'accepter sa différence et de l'aider à l'assumer, au contraire du père qui, fermé à toute discussion, ne voit en lui qu'un « déviant », une sorte de dépravé qui lui fait honte.
Porte-parole d'une Angleterre bien-pensante, c'est le journal Daily Mail qui s'insurge contre la « décadence » symbolisée par le programme, criant au scandale et appelant au boycott de la chaîne et des annonceurs qui s'aviseraient de placer leurs publicités pendant sa diffusion. Il n'en faut pas plus, sans doute, pour éveiller la curiosité du public et, du coup, attirer les annonceurs vilipendés, mais l'un des partenaires du programme, la marque de bière Becks, se retirera tout de même au bout de trois épisodes. Ce qui n'empêchera pas le feuilleton de toucher un vaste public, plus de deux millions de téléspectateurs s'asseyant devant leur poste les meilleurs soirs, pour une moyenne de trois millions et demi sur l'ensemble de la diffusion.
Si l'on peut difficilement nier que le premier épisode est fait pour détourner de leur téléviseur les esprits frileux et bien-pensants, le reste de la série s'avère bien moins « provocateur » et s'intéresse davantage aux personnages qu'aux scènes de sexe explicites. Commentant avec humour le qualificatif de live sex show attribué au programme par le Daily Mail, Charlie Hunnam dira que « au moins ils admettent la qualité de l'interprétation », résumant ce que l'on peut dire de la polémique soulevée en pure perte par certains journalistes (mais qui n’est pas sans évoquer la polémique nationale autour du Pacs...). Hunnam, qui avait tout juste dix-huit ans au moment du tournage, ajoutera d'ailleurs que sa propre mère n'a pas été choquée outre mesure par sa prestation, déplorant seulement d'entendre le mot « enculé » dans la bouche de son innocente progéniture. Bref, le scandale fera long feu, même si l'arrivée en France de la série sera accompagnée d'un petit parfum sulfureux (sans entraîner le tollé provoqué chez nos voisins - après tout, Canal+ est une chaîne payante, et puis c'est la chaîne du porno mensuel, donc il n'y a pas de quoi fouetter une chatte... euh, un chat).

SCÈNES DE LA VIE D'UN VILLAGE GAY

Loin de la polémique, Russell Davies avance que les scènes de sexe du premier épisode étaient essentielles, « parce que cela affectait le comportement de Nathan pour le reste de la série. » Ayant découvert au cours d'une nuit de folle escapade le plaisir de l'amour avec Stuart, l'ado s'accroche en effet à son initiateur et acquiert peu à peu une indépendance et une assurance qui lui font défaut au départ. S'il a d'autres aventures, notamment avec Dazz, à peine plus âgé que lui mais plus expérimenté, c'est Stuart qu'il a dans la peau et en le poursuivant il est amené à s'affranchir de la tutelle parentale pour s'intégrer à son nouvel univers. S'il peut paraître bien innocent au début de l'histoire, la suite le montre déterminé et aussi manipulateur que peut l'être son modèle, qui a le double de son âge. L'épisode quatre lui offre une nouvelle scène « chaude » (une fellation), mais il n'a plus grand chose alors du gamin perdu dans Canal Street et Vince, qui a suivi son évolution (ses parents ayant même donné asile au jeune garçon), ne se fait guère d'illusion sur sa prétendue innocence.
Nathan n'est d'ailleurs pas le personnage central de Queer as Folk, qui suit également les destinées de Stuart et de Vince, les amis d'enfance, dont les caractères sont très différents. Autant Stuart est l'incarnation du chasseur, toujours en quête d'une nouvelle aventure, l'esprit tourné vers l'avant et jamais vers l'arrière (les anciennes conquêtes sont vite oubliées et les années perdues sont un rappel désagréable de la trentaine bien sonnée), autant son compagnon de sortie est un romantique égaré dans un monde glauque, tiraillé entre le désir de séduire et la peur de se « ranger ». Stuart est volontiers cynique, insensible voire détestable, jaloux du bonheur d'autrui mais incapable de le souhaiter pour lui-même. Il sait que son ami est amoureux de lui depuis qu'ils ont quatorze ans et se sert de cette faiblesse pour en faire un peu ce qu'il veut, le gardant près de lui sans pour autant lui accorder ce dont il rêve. Dans l'avant-dernier épisode, il pousse même la vilenie jusqu'à s'acharner sur cet ami trop proche, révélant son homosexualité à une collègue de travail qui a des vues sur lui, alors qu'il s'est toujours efforcé de cacher sa « tare » (vous avez remarqué le nombre de guillemets qu’il faut mettre dans cet article ?).
À l'opposé, Vince est certainement le plus sympathique des trois protagonistes, à défaut d'être le plus jeune ou le plus séduisant. Il est le seul, aussi, à connaître une histoire d'amour un peu plus sérieuse, ou tout au moins à essayer, en vivant un temps avec Cameron, un séduisant Australien (un peu vieux, certes, puisqu'il a déjà parcouru la moitié de sa trentaine, mais bon...). Stuart fera d'ailleurs ce qu'il pourra, après avoir poussé Vince dans les bras du bonhomme, pour apporter quelques nuages dans le couple. Une attitude finalement salutaire puisque Vince prendra conscience de n'être qu'un gamin aux yeux de Cameron, plus mûr, extérieur au milieu homo du Village, et rompra in extremis afin de retrouver Stuart, l'ami de toujours, dans leur boîte fétiche.
L'immaturité consentie de Vince est en quelque sorte stigmatisée par sa passion démesurée pour Docteur Who, LA série de science-fiction de nos voisins les Anglais, véritable mythe dans son pays mais que les frères Bogdanoff ont vainement essayé de faire adopter chez nous en présentant ses aventures romancées (celles de la télé n'ayant fait qu'un passage éclair au sein de l'émission dominicale de Dorothée, il y a déjà un bout de temps). Les mordus des exploits psychédéliques de Who seront d'ailleurs verts de jalousie en découvrant le cadeau de Stuart à son ami dans le septième épisode : une réplique télécommandée du chien-robot K-9 ! Sa passion télévisuelle (Russell Davies est lui-même un fan de Docteur Who et n'a pas eu à faire beaucoup de recherches pour citer des répliques de la série) ne fait finalement qu'isoler plus encore Vince, qui passe ses soirées à dire les répliques avant les acteurs eux-mêmes, pendant que Stuart lève un partenaire sur Internet et que Nathan traîne dans les bars de Canal Street. Paradoxalement, c'est cette passion qui le rapproche (superficiellement) de sa collègue Rosalie, elle aussi fan de séries. (Décidément, ce feuilleton est plein d'ados attardés !)
Autour des trois protagonistes, Davies a développé quelques figures attachantes ou colorées : Phil, l'un des amis de Vince, aussi solitaire et peu extravagant que lui, mais qui meurt d'une overdose à la fin du troisième épisode, Donna, l'amie fidèle, qui adore le monde de Canal Street que lui fait découvrir Nathan, et surtout Alexander et Dane, un couple londonien en vadrouille à Manchester, qui a le chic pour se fourrer dans des situations délicates et ridicules. Et puis il y a les familles des héros : la mère de Vince, Hazel, est un roman à elle toute seule, ou un poster coloré, c'est selon. Ennemie des préjugés, elle est une sorte de mère universelle débarrassée des oripeaux de la maman-poule mais pleine de compassion. Les parents de Nathan sont moins attachants, mais sa mère tient aussi une place non négligeable dans l'histoire, prête à se muer en Hazel bis pour accompagner son enfant chéri dans ses errances nocturnes inédites ! La famille de Stuart, si elle est moins pittoresque, n'en joue pas moins elle aussi un rôle dans l'histoire par les rapports problématiques que Stuart entretient avec elle.
Enfin, il ne faudrait pas oublier Romey et Lisa, les lesbiennes qui élèvent le fils de Stuart, dont la naissance est l'un des événements du premier épisode. La suite de l'histoire accorde une grande place à cette paternité qui met Stuart face à de nouvelles responsabilités et développe chez lui une fibre paternelle inattendue, le poussant à comploter avec le concours de Nathan afin d'évincer un « rival », que Romey (la mère) veut épouser pour donner un père officiel à l'enfant tout en assurant audit père la nationalité anglaise (pfou ! vous vous y retrouvez ?).
Bref, la série s'appuie sur une galerie de personnages assez riche (rappelons qu'elle n'occupe que huit épisodes de trente minutes) qui lui donnent une ampleur bien éloignée du simple « scandale » lié au personnage de Nathan. Ce sont avant tout ces destinées individuelles que l'histoire nous propose de suivre, révélant un visage sans doute méconnu de Manchester (voire de l'Angleterre) mais dans lequel le public gay prétend s'être en partie reconnu. Au contraire, bien entendu, de certains journalistes pour qui ce monde relève probablement de la pure fiction, délétère qui plus est et absolument insoutenable.

RÉALISME A L'ANGLAISE

Queer as Folk possède au moins une qualité que l'on reconnaît habituellement au cinéma et à la télévision d'outre-Manche : un réalisme parfois cru mais tout à fait bienvenu. Si les bars de Canal Street sont des lieux trop peu fréquentés par la majorité du public pour n'être pas perçus comme (parfois) insolites, les allées du supermarché où travaille Vince ou les rues bordées de maisons rouges sont en revanche un paysage familier, comme la grisaille anglaise. Cela étant dit, le réalisme s'applique avant tout aux personnages : certes, on a pu voir en Stuart un caractère un peu excessif, mais qui peut dire que les Stuart n'existent pas ? Au contraire, ses craintes et ses angoisses (car il en a) sont parfaitement crédibles, autant que l'immaturité de Vince (c'est ce qui le rend sympathique) et l'appétit dévorant de Nathan, projeté sans préparation dans un univers pour le moins « étrange » (c'est l'origine du mot queer qui signifie tante, pédé en argot anglais). Comme l'écrivait un journaliste du magazine Gay Times en janvier 1999, « les personnages de Queer as Folk font tout ce que vous et moi connaissons et tenons pour la vraie vie, mais que le petit monde hétéro de la télé voit comme étrange. » Et le journaliste d'ajouter que « ce que les gens du Daily Mail vont trouver si choquant, c'est que tout ça est joué simplement comme quelque chose de foutrement normal. »
De fait, l'homosexualité est la normalité dans Queer as Folk, ce qui bien sûr peut choquer si l'on n'a pas intégré l'homosexualité comme l'un des possibles de la vie amoureuse et sexuelle. C'est là sans doute que le bât blesse : sans être polémique au départ, la série le devient précisément parce qu'elle ne montre que des homos dans un programme destiné à un large public. Surtout, même si elle n'évite pas quelques clichés (le « chasseur » d'hommes, l'homo complexé, la grande folle), elle peint les homos comme des gens normaux, avec leurs soucis, leurs craintes et leurs désirs, mais aussi dans leur vie quotidienne, finalement aussi banale que celle de n'importe qui. « Franchement je suis fatigué de voir les homos hommes et ados comme des victimes constamment passives », déclarait Russell Davies. « Soyons honnêtes, on trouve ce genre d'intrigues dans les soap operas. J'essaie de faire quelque chose de différent. Nathan est un survivant, un optimiste, il est à l'opposé de l'image qu'on pourrait avoir du lycéen gay. » Queer as Folk se veut donc à l'opposé des comédies sentimentales comme (déjà cité) Beautiful Thing sorti en 1996 et Comme un garçon sorti en 1999. Ce qui disparaît, c'est la volonté didactique et la pudeur grand public, en même temps qu'une certaine mièvrerie (même si elle n'est que passagère). Il reste en définitive les personnages, à prendre tels quels, sympathiques ou pas mais bien campés, pris dans des intrigues mi-amères mi-comiques qui mêlent le superficiel et le plus profond (sans jeu de mot), les moments de folie et de repos, les couleurs bigarrées et les ombres intimistes. « Il n'y a pas de message dans la série, vraiment, mis à part le fait que les gays sont merveilleux, que leurs vies devraient être célébrées et qu'on devrait en voir plus à la télévision », résume Davies avec humour. Et Matt Jones d'ajouter : « Nous espérons que Queer as Folk est la preuve que l'on peut faire de la fiction de qualité avec des homosexuels que tout le monde aimera. »
De fait, ces homos-là ont une qualité que présentent peu de leurs homologues de séries : ils sont crédibles. Pour la première fois peut-être, le monde gay est montré à la télévision sans verre correcteur, tel que les auteurs le connaissent et ont pu le voir sur les lieux mêmes du tournage. Pour la première fois aussi, le sexe gay est abordé sans déguisement, autrement que par des allusions perçues comme grivoises par un public trop peu habitué au politiquement incorrect. On a beau s'extasier devant la liberté de ton d'Ally McBeal (que d’aucuns disent dépassée, déjà, par le réalisme de Sex and the City...), série au demeurant agréable et intéressante à plus d'un titre, cette liberté n'en reste pas moins très codifiée et vaut surtout par une apparente transgression, le sexe étant traité sur le mode de la dérision et de la provocation sans être réellement abordé de front.
Au contraire, l'absence de provocation de Queer as Folk (que l'on peut discuter mais qui me paraît sincère), le fait que la série soit écrite par un homosexuel familier des personnages qu'il dépeint, l'évidente primauté accordée aux personnages en dehors de toute considération mercantile (franchement, iriez-vous faire une série comme celle-là si vous visiez le consensus le plus large ?) font de ce produit télévisuel une œuvre attachante et pour l'instant unique, qui se revoit avec plaisir. Dans cette optique, les scènes de sexe sont non seulement indispensables mais parfaitement cohérentes, elles entrent dans une peinture aussi honnête que possible de la condition homosexuelle (il y a quelques années, on parlait de condition féminine : les mêmes combats se répètent, simplement déplacés). Enfin les homos sont des êtres de sentiment ET de sexe au lieu d'afficher une sensibilité factice et une sexualité inexistante ou au moins problématique. Rien que pour ça, je vais revoir la série, tiens ! Souhaitez-moi une bonne soirée...
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Fiche technique :

Avec Gale Harold, Randy Harrison, Scott Lowell, Peter Paige, Chris Potter, Hal Sparks, Sharon Gless, Robert Gant, Michelle Clunie et Thea Gill. Créée par Russel T. Davies.

1999/2005. 5 saisons. 83 épisodes. Durée moyenne d’un épisode : 44 mn.

Durée : 990 mn. Disponible en en VO, VOST et VF.

 

 


L’avis de Voisin Blogueur :

À l'origine, Queer as Folk était une série anglaise (qui a connu deux saisons). Le succès aidant, nos amis américains n'ont pas tardé à en faire un remake, avec plus de moyens et surtout beaucoup plus de sexe. Diffusée de 2000 à 2005, Queer as Folk US a contribué à lutter contre les clichés dont la communauté gay était victime et à favoriser leur intégration dans la société et les mœurs. Un show utile donc, mais est-ce que la qualité était toujours au rendez vous ?



De quoi ça parle déjà ? Nous suivons la vie à Pittsburgh d'une bande d'amis gays qui passent leur temps à se raconter leur vie et leurs problèmes entre deux séances de sport et virées en boite. Il y a d'abord Brian (Gale Harold), le beau gosse qui ne pense qu'avec son sexe. Brian est publicitaire, s'aime beaucoup lui-même et passe son temps à traîner dans les backrooms et autres saunas à la recherche de nouveaux « plan cul ». Égocentrique, égoïste, charismatique, Brian est une véritable icône et un objet de fascination ou de répulsion pour tous les garçons du coin comme pour ses amis. Mais Brian ne serait pas Brian sans son acolyte de toujours, le gentil Michael (Hal Sparks). Amis depuis l'adolescence, les deux garçons partagent une relation aussi forte qu'ambiguë. Michael est la bonne pâte de service, un garçon toujours gentil et dévoué à ses amis. Il travaille dans un supermarché, entouré d'hétéros un peu beaufs qui veulent le caser avec la vendeuse d'à côté. À force de suivre son ami Brian comme un petit chien, Michael néglige souvent sa propre vie privée. Autre élément important dans sa vie : son excentrique mère, Debbie (Sharon Gless), une sorte de mère de substitution pour tous les gays de la ville. Cette dernière, pour qui style rime constamment avec mauvais goût, travaille comme serveuse dans un snack où viennent se restaurer les homos de Liberty Avenue.



Autres membres de la bande, Emmett (Peter Paige) et Ted (Scott Lowell). Le premier est un peu la folle de service, aussi excentrique que doté d'un grand cœur. Le deuxième est un peu le cliché de l'homo "moyen", qui n'a pas la chance d'avoir une tête de minet, un physique de magazine et qui du coup enchaîne les râteaux comme les déceptions sentimentales. Enfin, à côté du milieu gay masculin, nous retrouvons Mélanie (Michelle Clunie) et Lindsay (Thea Gill), un couple de lesbiennes qui ont décidé de fonder une famille. Le géniteur n'est autre que Brian, qui de par son manque d'engagement et son égoïsme ne loupera pas de créer de nombreux conflits.

La série suit donc l'évolution de ce petit monde, évolution aussi bien sentimentale que professionnelle, et introduit dès le premier épisode un élément perturbateur. Et cet élément s'appelle Justin (Randy Harrison). Encore mineur, blond, qui sent le sexe à des kilomètres : ce minet premier choix va rapidement tomber dans les bras de Brian. Il ne devait être qu'un coup d'un soir, mais il va tellement coller notre bel éphèbe qu'il va devenir un membre à part entière de la bande.



La première saison de la série démarre très fort. Les scénaristes ont décidé de passer en revue tous les clichés qui collent à la peau des gays et de les détourner avec humour et intelligence. Les personnages sont très typés (le beau gosse, le gentil, la folle, le minet, le complexé) et permettent de dresser un portrait à la fois large et souvent juste de la communauté gay, sans jamais trop tomber dans la facilité ou les stéréotypes. Cette habileté à s'amuser des clichés pour mieux les détourner, associée à une liberté de ton particulièrement jouissive font le charme de ce show aussi osé que divertissant. Sans complexes, les épisodes dévoilent des scènes très sexe où plans à plusieurs, sado masochisme, vibromasseurs et autres pratiques trouvent leurs heures de gloire. Si dans les premiers temps certains seront choqués, force est de constater que plus les épisodes passent et plus cette surenchère de sexe ne nous choque plus du tout.



Le sexe est donc un des thèmes majeurs du show. Tous les personnages à un moment ou un autre s'abandonne aveuglément au plaisir de la chair, reléguant les hommes rencontrés à de vulgaires bouts de viande que l'on consomme et zappe à loisir. Ce n'est pas un hasard si Brian évolue dans le monde superficiel de la publicité. Très clipesque, à tendance érotique, la réalisation s'attarde sur les physiques des acteurs du casting tout en se permettant quelques effets de style plus ou moins réussis. Mais si tout le monde ici cherche à trouver le meilleur coup du samedi soir après une soirée délurée en boite, la quête de l'amour n'est bien entendu pas oubliée. Excepté Brian, qui tient plus que tout à sa liberté et son statut de « serial fucker », tous les personnages vont donc tenter avec plus ou moins de succès de trouver l'âme sœur. Michael s'amourachera d'un chiropracteur ancien hétéro et père d'un enfant avant de tomber fou amoureux d'un homme ultra sexy et atteint du sida. Emmett aura une liaison très sentimentale avec un vieil homme richissime avant de tomber amoureux de son meilleur ami Ted puis d'un joueur de football américain qui ne parvient pas à sortir du placard. Ted tombera amoureux d'un junkie avant d'en devenir un lui-même et de peiner à trouver un partenaire qui lui corresponde. Mélanie et Lindsay, le couple lesbien et stable, traversera de nombreuses crises pour mener une vie de famille épanouie.



Aux histoires individuelles se rajoute le thème essentiel de l'égalité des droits pour les gays et lesbiennes. Tout le long de la série, les personnages vont être confrontés aux préjugés et à l'homophobie des hétérosexuels. Licenciement abusif, difficulté pour adopter ou se marier, discriminations en tous genres, actes de violences : pas facile de s'assumer et d'avoir le droit d'être soi-même. Militante, Queer as folk l'est indiscutablement, sans jamais toutefois tomber dans un côté moralisateur qui lasserait au bout d'un moment.

La série tient-elle sur la durée ? S'il faut bien reconnaitre que le show brasse des tas de sujets intéressants (la difficulté à être fidèle, le rapport sexe/amour, la drogue, le sida, l'égalité des droits, le coming out, l'homosexualité au travail, la société de consommation, les coulisses de Hollywood, de la télévision et du sport...), il faut tout de même admettre que plus le temps passe et plus le charme s'estompe. Certes, les personnages font du chemin du début à la fin, mais sur les deux dernières saisons, cela manque d'enjeux émotionnels. Les nouveaux personnages (celui d'Hunter surtout) sont souvent fades et n'apportent rien de neuf à la série et certains personnages tournent en rond. D'icône gay, objet de tous les désirs, le personnage de Brian devient à force ridicule avec cette obstination à vouloir baiser et ne penser qu'à lui (même si on nous rabâche que dans le fond, forcément, il a bon cœur). De même, le personnage de Justin manque cruellement d'épaisseur. Oui, je l'avoue, le couple Brian/Justin m'a franchement gonflé sur la durée : trop répétitif.



Si elle s'essouffle avec le temps, Queer as folk n'en reste pas moins une série importante qui permet une belle représentation des gays à la télévision, avec une certaine justesse et certains personnages vraiment attachants (Lindsay et Mélanie, Debbie, Michael, Ted).

Pour plus d’informations :

Site officiel : http://www.qaf.fr/


Fiche technique :
Créateur : Alan Ball. Production : Produit en association avec "The Greenblatt Janollari Studio". Producteur exécutif : Alan Ball, Robert Greenblatt, David Janollari, Alan Poul. Co-producteur exécutif : Bruce Eric Kaplan.
Avec : PETER KRAUSE (Nate Fisher), MICHAEL C. HALL (David Fisher), FRANCES CONROY (Ruth Fisher), LAUREN AMBROSE (Claire Fisher), FREDDY RODRIGUEZ (Federico Diaz), MATHEW ST. PATRICK (Keith Charles), RACHEL GRIFFITHS as Brenda Chenowith.

 


L'avis de mérovingien02
:


 

 

Le corbillard coloré de Claire Fisher roule sur une route au milieu du désert californien. Au bout du chemin : une lumière éblouissante. Le Paradis ? Un symbole d'apaisement comme si la jeune fille était enfin capable d'aller de l'avant ? Sans doute les deux. Quoiqu'il en soit, cette image évocatrice utilisée pour l'affiche promotionnelle de la saison 5 de Six Feet Under (et largement développée dans une magnifique bande-annonce) préfigure déjà une sorte d'accomplissement pour la série... mais aussi sa conclusion, comme le souligne le slogan sobre et émouvant : chaque chose, chaque personne, chaque endroit finit par disparaître.
Trop souvent à la télévision, quand une série s'arrête, c'est qu'elle n'attire plus les spectateurs. C'est qu'elle a été étirée inutilement jusqu'à perdre toute sa saveur, la faute à des chaînes moins soucieuses de l'inspiration des auteurs que de presser le citron jusqu'à la dernière goutte. Combien de monuments télévisuels ont-ils finit par disparaître dans l'indifférence générale après plusieurs saisons de trop ? Qui s'intéresse encore aux problèmes des Urgences et qui n'a pas lâché le fil des X-Files après (ou bien avant) le départ de David Duchovny ? Dans ce contexte de course à l'audimat, Six Feet Under fait figure d'exception. Parce que l'annonce de la fin de la série ne découle ni d'une perte de reconnaissance publique et critique, ni du départ de certains membres du casting, ni même d'une volonté d'HBO d'arrêter les frais. Non, ici, la décision incombe entièrement au créateur du show, Alan Ball, qui a préféré partir en pleine gloire au lieu d'épuiser sa créativité. Un choix courageux mais somme toute logique pour peu que l'on ait suivi attentivement l'évolution des personnages au fil des quatre premières (et sublimes) saisons. À force d'être confrontés quotidiennement à la Mort, il fallait qu'un jour ou l'autre ils finissent tous par l'accepter comme faisant partie intégrante de la vie.
C'est donc autour de cette acceptation finale que le scénariste d'American Beauty a bâti la dernière année de Six Feet Under, condensant en 12 épisodes tout ce qu'il avait encore à dire, jonglant avec certains impératifs indépendants de sa volonté (Rachel Griffith, alias Brenda, véritablement enceinte pendant le tournage) et mettant les bouchées doubles pour boucler sa thématique existentialiste par une véritable apothéose artistique. Le résultat est d'une perfection de chaque instant, un chef-d'œuvre d'intelligence et d'émotion. C'est tout simplement la meilleure saison de la série.
Aspirant tous à une certaine idée du conformisme après de nombreux égarements et remises en question, les Fisher se heurtent au regard des autres et sont freinés dans leur quête d'accomplissement par les aléas de la vie. Alors que Claire n'aspire qu'à être une artiste reconnue, la voilà mise en face de sa plus grande angoisse : et si elle n'avait pas de talent, cette étincelle qu'on appelle le génie ? Après s'être laissée bercer par la hype attitude pendant deux années de cours, la petite dernière de la famille décide de quitter sa clique de camarades branchés et se dégote un boulot d'intérim dans une boîte aux antipodes de sa personnalité. De leur côté, Keith et David aimeraient goûter aux joies de la paternité mais doivent batailler pour qu'on les reconnaisse en tant que gays ET parents. Pendant ce temps, Nate et Brenda, le couple en apparence fusionnel et parfait vole en éclats, mettent à mal le cliché de l'harmonie amoureuse. La saison débute par un mariage où la façade joyeuse cache de profonds malaises, le troisième épisode voit Nate célébrer ses 40 ans avant de virer au règlement de comptes. Dans les deux cas, un oiseau viendra perturber la fête, figure quasi-surnaturelle rappelant aussi bien l'ombre fantomatique de Lisa (Brenda n'est-elle pas forcée d'accepter d'élever l'enfant d'une autre ?) qu'un avertissement du divin renvoyant évidemment au corbeau du générique.
Plus que jamais, Six Feet Under nous parle du spleen de l'existence écrasée par la fatalité (le parallèle entre Ruth et sa fille, toutes deux en couple avec des hommes victimes de troubles psychologiques), de cette difficulté à vivre avec les autres et à se dévoiler. Les séquences les plus fortes et lourdes de sens sont d'ailleurs celles qui se passent de dialogues comme ces réunions de quakers où le silence renvoie autant au malaise qu'à la méditation. À plusieurs reprises, la réalisation offre plusieurs points de vue sur un personnage : celui du concerné et celui qui le voit sans vraiment le connaître. On pense entre autre à l'enfance de George, assistant au suicide de sa mère, ce que Ruth ignore, ou bien cette vision de Ruth sur ses années à s'occuper d'une grand-mère invalide.
Comme si Alan Ball cherchait à boucler la boucle, il confère à la cinquième saison de sa série une construction symétrique à la première. Outre de nombreux rappels bienvenus comme la réapparition de la pétillante Angela qui couche ici avec Rico ou le retour du coiffeur permettant à Ruth de mettre ses histoires d'amour passées en perspective (délirant fantasme de tir à la carabine sur les hommes de son cœur), le décès de Nathaniel Fisher Jr dans le dernier tiers de la saison opère comme un écho à celui du pater qui mourrait dans l'épisode pilote. Mais alors que chacun tentait de nier autrefois cette disparition tragique, le deuil servira cette fois de déclencheur à une prise de conscience : il faut savoir profiter au maximum de la vie tant qu'il est encore temps. Alors que la série s'ouvrait sur des pubs promouvant une mort clean et aseptisée, les Fisher seront contraints de regarder la Mort en face (le corps de Nate défiguré par les dons d'organes, enterrement naturel) quitte à se prendre une décharge électrique en pleine face. Totalement bouleversés pendant plusieurs semaines (l'avant-dernier épisode filmé caméra à l'épaule en recourant à des longues focales traduit bien cette perte de repères), les membres de la famille finiront par accepter d'aller de l'avant, rompant le cercle dans lequel ils s'étaient enfermés. Ruth finit par concevoir le mariage sans vivre avec son mari et décide d'aller vivre là où elle était la plus heureuse ; David affronte enfin sa peur panique de la mort (incarné par une vision de son agresseur sous une capuche rouge) et Claire s'en va pour New York, débarrassée de ce besoin vital de se sentir artiste et d'être « cool » (superbe métaphore de l'accident du corbillard coloré). Sa relation avec un avocat de son travail est une des plus belles de la série parce qu'elle montre une Claire capable de s'ouvrir à des choses qu'elle aurait fustigé quelques mois auparavant. Le beau gosse n'est pas le monolithe réac’ et pro-Bush que semble suggérer une discussion autour de la guerre en Irak. Derrière les personnalités apparemment contradictoires des deux jeunes gens, il y a une attirance et un amour simple, cet amour qui nous pousse à se soutenir dans l'adversité ou à se faire découvrir de nouvelles musiques. C'est d'ailleurs ce besoin d'être tout simplement heureux qui rend la mort de Nate si belle, parce que dépourvue de jugement puritain : si le mari de Brenda décède violemment, il aura au moins connu le bonheur pur dans les bras d'une autre femme avec laquelle il était en phase. La façon dont il rejette sa femme à l'hôpital n'apparaît alors pas comme une grosse ficelle lacrymale mais tout simplement comme la délivrance de deux personnes qui n'avaient, en fin de compte, rien à faire ensemble.
On ne répètera jamais assez à quel point le final de la série est un pur joyau qui synthétise à merveille toute la sève des 5 saisons. Débutant par une naissance (l'épitaphe suspendue comme un sursis), accompagnant les Fisher jusqu'à leur mort en passant par tous ces passages obligés de l'existence (anniversaires, mariages), l'épisode est un crève-cœur déchirant en même temps qu'une invitation à sauter dans le grand vide de la Vie. Alors acceptons nous aussi de parcourir la route qui s'étend devant nous. La voiture calera peut-être, il faudra sûrement faire des choix aux différents carrefours mais l'essentiel est de profiter de chaque instant du voyage... jusqu'au bout du chemin.

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Fiche technique :
Créateur : Alan Ball. Production : Produit en association avec "The Greenblatt Janollari Studio". Producteur exécutif : Alan Ball, Robert Greenblatt, David Janollari, Alan Poul. Co-producteur exécutif : Bruce Eric Kaplan.
Avec : PETER KRAUSE (Nate Fisher), MICHAEL C. HALL (David Fisher), FRANCES CONROY (Ruth Fisher), LAUREN AMBROSE (Claire Fisher), FREDDY RODRIGUEZ (Federico Diaz), MATHEW ST. PATRICK (Keith Charles), RACHEL GRIFFITHS as Brenda Chenowith.



L'avis de mérovingien02 :


 


Dès l'apparition des premières images promotionnelles de la 4e année de Six Feet Under, il ne faisait aucun doute qu'un vent de fraîcheur s'apprêtait à souffler chez les Fisher. La bande-annonce tournée dans un supermarché annonçait clairement un recentrage sur l'harmonie dans la cellule familiale, l'affiche teaser s'éloignait radicalement de la morosité de la saison 3 en montrant chaque protagoniste sautant gaiement sur la fameuse colline du générique... Plus de légèreté et de décontraction, moins de prises de tête et d'antidépresseurs... Il n'est jamais trop tard pour être heureux !
Avant de nous plonger dans les multiples trésors de cette avant-dernière fournée d'épisodes, commençons cette critique par quelque chose de très inhabituel : faire des reproches à ce monument télévisuel généreusement offert par HBO ! En effet, en essayant de prendre le contre-pied de la précédente saison, critiquée pour son manque de rebondissements et d'intensité (choix narratif pourtant parfaitement cohérent puisqu'il s'agissait de traiter de l'immobilisme et de l'ennui d'une vie rangée), Alan Ball et son équipe se sont peut-être un peu laissés aller à la facilité, multipliant les moments forts de façon parfois artificielle voire même carrément grotesque. Certains rebondissements, par exemple, ne manquent pas de laisser dubitatifs, telles les escapades sexuelles de Keith avec Céleste, une simili Britney Spears capricieuse, ou encore son marché avec un riche producteur que David a agressé (on pourrait presque parler de prostitution). On déplorera également la mauvaise voie prise par Claire, étudiante en plein trip d'artiste branchouille libérée, inspirée par les drogues et les expériences lesbiennes ; tout comme on pourra trouver que les dérives de Ricco dans les bras d'une strip-teaseuse manquent un tantinet de subtilité et d'originalité.
Recourant à un montage de saynètes très courtes pour dynamiser la narration et être plus en phase avec la dimension comique revendiquée cette année, les auteurs ont certainement privilégié le rythme au détriment de la profondeur des personnages, lesquels semblent parfois moins consistants que par le passé. Quelques ellipses brutales, des dilemmes intérieurs survolés, une dramatisation trop appuyées (notamment la résolution de l'affaire Lisa), des morts du jour en retrait et parfois même sans lien apparent avec le reste... Par intermittence, la série manque de tomber dans la superficialité qu'elle prétend dénoncer et semble étaler un vernis tendance (qui a dit « prétentieux » ?) en convoquant un paquet de guest comme Ellen Mirren dans son propre rôle. Et pourtant...
...Pourtant, au bout de quatre ans, le plaisir est toujours là, immense et sincère. Parce que l'on aime les Fisher pour ce qu'ils révèlent de nos propres névroses et que par conséquent, on leur pardonne (presque) tout. Parce que l'interprétation est irréprochable et que la réalisation est encore plus soignée qu'auparavant, naviguant à des années-lumière des séries traditionnelles. Mais aussi parce que la vue d'ensemble de la saison demeure, quoiqu'on en pense, d'une étonnante cohérence thématique. Après avoir passé trois années à se faire du mal, se refouler et à se déchirer, il est temps pour les personnages de ramasser les morceaux et de se reconstruire. Alan Ball a terminé d'atomiser les conventions qui étouffent la famille américaine et de scruter ce qui se cachait derrière les apparences. Il est désormais temps de bâtir quelque chose de nouveau et de plus solide. Avec le premier épisode de la saison, nous assistons à l'épilogue bouleversant de la troisième saison, l'enterrement de Lisa et le cri libérateur de Nate annonçant la nécessité de faire son deuil pour passer à autre chose.
En donnant une seconde chance à leur couple, Keith et David évitent de répéter les erreurs du passé et sont désormais capables de tout se dire, assumant parfaitement leurs aventures extraconjugales sans remettre en cause l'amour de l'autre. En intégrant un groupe d'étudiants hype, Claire libère l'artiste qui est en elle et ne semble plus autant effrayée à l'idée d'avancer, se moquant même éperdument de ce que peut vivre son ex Russel avec une de ses amies (on notera que le personnage de Mena Suvari a le même impact libérateur sur Claire que sur le héros d'American Beauty). Dans le but d'oublier Lisa, Nate repasse par les étapes de l'adolescence pour reposer les bases de ses choix d'adulte, enlevant la chape de plomb qui lui pesait autrefois et revenant naturellement vers Brenda avec laquelle il redémarre une relation plus saine... Chacun a appris à tirer des leçons de ses erreurs et tous envisagent l'avenir plus sereinement. Le couple gay commence à parler d'adoption, Brenda est en quête d'un certain conformisme... Toute la substance de la saison se retrouve symbolisée par le final de l'épisode 3, lorsque le clan Fisher se réunit autour d'un feu consumant les vestiges du passé.
Mais ce n'est pas parce qu'on a décidé d'aller mieux que la vie va forcément devenir lumineuse. Jugement de valeur (Brenda dénigrée par la sœur de Lisa), discrimination sournoise (on sent poindre les difficultés de l'adoption pour les couples gays), monotonie du quotidien, ambition personnelle... Tous se heurtent à des palissades qui devront obligatoirement être abattues. Et la première d'entre elle est bien entendu la Mort en personne, celle autour de laquelle s'articule tout le parti pris existentialiste de la série. Pour Nate, elle s'incarne dans l'identité du meurtrier de sa femme, individu dévoilant son acte dans une séquence éprouvante où le mimétisme avec Nate est poussé au maximum, suggérant l'idée que c'est peut-être ce dernier qui est (en partie) responsable de la disparition de Lisa. Les apparitions oniriques de celle-ci ne reflètent-elles pas une certaine culpabilité dont on ne peut se débarrasser que par un suicide symbolique ? Même impression chez Ruth qui, toute heureuse de son mariage tout frais, s'apercevra qu'elle a épousé un inconnu, avant de claquer la porte de sa maison. C'est seulement en quittant ses proches que ceux-ci mesureront la place capitale qu'elle occupe dans le cercle familial. Et quand elle reviendra, ce sera pour découvrir la vérité sur George, dans une fin de saison annonciatrice de nouveaux soucis avec lesquels il faudra apprendre à vivre.
Mais c'est surtout chez David que l'évolution se fera la plus frappante. Dans l'éprouvant « That's my Dog » (un des musts de la saison, ce qui, pour une série aussi brillante que Six Feet Under ne veut pas dire grand chose), le jeune homme est violemment agressé par un auto-stoppeur qui lui fera sucer un flingue et l'arrosera d'essence, non sans l'avoir frappé au préalable et obligé à prendre de la cocaïne. Alors que le début de l'épisode est on ne peut plus classique, un point de rupture va insister sur ces moments où la vie peut basculer dans l'horreur. Incompréhensible, inattendue, sauvage, la longue partie de tortures physiques et psychologiques rappellera que la faucheuse peut frapper n'importe qui n'importe quand. Ce qui plongera David dans une profonde dépression, sondant alors toutes les failles de sa vie avant d'accepter de se confronter au visage de la mort (représenté par l'agresseur).
Il aura fallu un choc de cette intensité pour comprendre enfin à quel point la Vie pouvait être fragile et qu'elle méritait d'être appréciée à chaque bouffée d'air. Pour la première fois dans Six Feet Under, on perçoit une ouverture vers un futur optimiste : la mort n'est plus niée, ni rejetée, elle ne met plus en colère et n'entraîne plus autant la déprime qu'auparavant. Elle est presque acceptée, comme si elle faisait partie intégrante de l'existence et qu'elle la mettait en valeur. La scène finale de la saison, sous une pluie purificatrice, ne trompe pas : lorsque David demandera à son père à quoi sert la souffrance, celui-ci lui répondra qu'elle permet d'apprécier le fait d'être vivant. « Ça ne peut pas être si simple que ça ». Et si ça l'était ?

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Fiche technique :
Créateur : Alan Ball. Production : Produit en association avec "The Greenblatt Janollari Studio". Producteur exécutif : Alan Ball, Robert Greenblatt, David Janollari, Alan Poul. Co-producteur exécutif : Bruce Eric Kaplan.
Avec : PETER KRAUSE (Nate Fisher), MICHAEL C. HALL (David Fisher), FRANCES CONROY (Ruth Fisher), LAUREN AMBROSE (Claire Fisher), FREDDY RODRIGUEZ (Federico Diaz), MATHEW ST. PATRICK (Keith Charles), RACHEL GRIFFITHS as Brenda Chenowith.



L'avis de mérovingien02 :
Nathaniel Fisher Junior est mort. La mort qui ouvre la troisième année de Six Feet Under n'a rien d'une surprise puisqu'elle fait écho au terrible épilogue qui clôturait la saison précédente. Un épilogue cafardeux puisque le jeune homme allait subir une opération chirurgicale dangereuse pendant que tout le reste de la famille était en plein désarroi. Le dernier plan laissait Nathaniel face à un choix éprouvant : grimper dans le bus qui avait tué son père ou bien rester sur le bas côté de la route ? Se laisser mourir ou accepter la Vie ?
La réponse, nous l'obtiendrons dans les 10 premières minutes de l'épisode d'ouverture, au terme d'un voyage aux confins du fantastique révélant les diverses possibilités que l'avenir réserve à l'être humain. Nous pourrions disparaître à n'importe quel instant, nous pourrions être victime d'un accident qui nous clouerait dans un fauteuil roulant, nous pourrions simplement être en couple. Être en bonne santé n'est-ce pas une chance ? Cette chance, Nathaniel va la saisir, la date de sa mort finissant par disparaître de son épitaphe. Une seconde tentative pour mener son existence du mieux possible. Un second souffle pour la série aussi, puisque Alan Ball n'a pas eu peur de rompre avec la plupart des repères des spectateurs. Le format télévisuel 1.33 est devenu un superbe 1.77, la photographie a été soignée pour se rapprocher des qualités esthétiques du cinéma, les « facilités » narratives consistant à faire dialoguer un héros avec un mort pour exprimer des questionnements ont pratiquement été effacées, les morts du jour sont plus en retrait... Mais il y a surtout cette énorme prise de risque qui consiste à faire un saut de 6 mois en avant pour redémarrer sur de nouvelles bases. Nous ne verrons rien du rétablissement de Nate, nous ne verrons rien de l'entrée en fac de Claire, nous ne verrons rien de la détérioration progressive des rapports entre Keith et David (évolution de toute manière clairement suggérée à la fin de la saison 2). Quand on retrouve les personnages, ils poursuivent leur route et mène leur petit train-train quotidien. Nate est désormais marié à Lisa, Keith et David ont débuté une thérapie de couple, Ruth retrouve son rôle dans la cellule familiale en s'occupant de Maya et Claire suit des études d'Art. Un certain épanouissement pour chacun qui se traduit par un manque d'intensité dans la première moitié de saison. Les épisodes sont plus courts, les rebondissements se font rares. Une baisse d'inspiration chez les auteurs ?
Absolument pas. Il s'agit au contraire de capturer toute la difficulté à mûrir et la lassitude du temps qui passe. En surface, il ne se passe rien. Tout est implicite. Nathaniel tente bien de suivre une vie bien rangée mais s'aperçoit peu à peu qu'il reproduit exactement le même schéma que son père qui s'était marié avec Ruth suite à sa grossesse (après tout, ne portent-ils pas le même prénom ?). Aime-t-il vraiment sa femme ou bien s'est-il laissé berner par ce qu'on imagine être un chantage de Lisa ? Lisa a-t-elle si peur que son époux ne l'aime pas pour se fermer autant à lui ? La naissance de Maya leur a-t-elle offert un nouveau bonheur ou bien les a-t-elle privés de leur liberté ? Le réalisme avec lequel sont dépeints les sentiments provoque un malaise latent. Tous les deux aspirent à être heureux mais quelque chose ne marche pas. Brenda manque terriblement à Nate qui regrette son grain de folie (il se masturbe en cachette et finira par baiser sa femme comme s'il s'agissait de son ex). Lisa ballade son regard triste, consciente de sa propre banalité. Les deux s'emmerdent dans leur vie, préférant se voiler la face en critiquant leurs couples d'amis.



David et Keith suivent la même pente douce et leur réconciliation par le sexe à la fin de la saison 2 n'aura été qu'une accalmie puisque l'origine de leur conflit n'était toujours pas réglée. Keith souffre toujours des relations tumultueuses avec sa famille (notamment son père borné dans la certitude qu'il n'a pas battu ses enfants) et déteste son nouveau travail. Son humeur inquiète David qui, s'il s'efforce d'être compréhensif, craint les accès de violence. Les deux hommes peinent à consolider leur couple et se lancent dans de nouvelles expériences pour raviver le désir (notamment le triolisme). Pas de dialogues pesants pour exprimer la complexité des émotions, juste des jeux de regards qui en disent long (lorsque Keth invite un homme dans le lit), des détails pas si anodins (la télé allumée au retour du boulot) et des situations permettant de régler les comptes (voir la partie de paint-ball où chacun tente de tuer l'autre).
L'éloignement progressif dans un couple ne se fait pas en un jour et semble même être un passage obligé pour avancer (et mieux se retrouver ?). Frederico, personnage de second plan jusque là, en fait l'expérience avec sa femme Vanessa. Leur amour fusionnel est mis à mal quand Vanessa perd sa mère et entre dans une profonde dépression. S'enfermant dans son chagrin et la solitude (les plans de la maison désormais crasseuse et bruyante, signe que la mère du foyer a coupé les ponts), elle se détache de son mari qui fait pourtant tout son possible pour l'aider. On n'est pas près d'oublier cette magnifique conversation téléphonique où la mise en scène, dans une sorte de faux champ/contrechamp, opère un travelling circulaire autour des personnages (situés au bord du cadre) pour les laisser dos à dos. De toute évidence, il ne s'agit pas seulement pour Vanessa de faire le deuil de sa mère mais bien de faire le bilan de sa propre vie en refusant d'admettre ce qui ne va pas.
Les questionnements qui animent les protagonistes sont les mêmes pour tout le monde : « Ai-je fait les bons choix dans la Vie ? », « Quelle est ma place dans la société ? », « Où vais-je ? ». Ainsi, bien que Claire semble enfin affranchie des codes pesants du lycée et qu'elle parvienne enfin à développer sa créativité, la jeune fille est toujours bloquée dans ses relations amoureuses d'adolescente et remet en cause le monde de l'art auquel elle aspire. Elle ne ressemble en rien à l'image que son professeur Oliver donne de l'artiste. Elle n'est pas violente, ni politique, sa sexualité ne déborde pas de partout. Elle est juste paumée et contente d'avoir trouvé un garçon comme elle. De son côté, Ruth se détache enfin un peu de ses enfants en vivant pour elle-même. Elle tente de rattraper sa jeunesse perdue (mariée et maman à 19 ans) en prenant du bon temps avec Bettina, une amie de sa sœur qui l'oblige à voler du rouge à lèvres, puis vit un vrai drame adolescent avec Arthur, stagiaire maniaque des Pompes Funèbres Fisher & Diaz. À leur manière, tous les personnages sont en quête de stabilité, chose qu'ils n'atteindront jamais puisque la Vie est par essence instable.
Dans la deuxième moitié de saison, les scénaristes opèrent un virage bien négocié vers une noirceur étouffante en montrant comment le destin finit toujours par nous rattraper. Nate paye le prix fort de son incapacité à profiter du bonheur qu'il avait sous les yeux. Il aura eu beau ignorer les avertissements de la Mort (refus de la voir en face dans la saison 1, en colère face à sa maladie dans la saison 2) qui ne cessait de lui rappeler qu'il fallait chérir chaque instant, il aura encore raté sa chance. Les trois morts successives dans l'épisode 11 et l'introduction hilarante du final rappellent que la mort peut frapper n'importe qui n'importe quand. La roue tourne et l'être humain perd une énergie incroyable à chercher toujours mieux que ce qu'il a déjà. La disparition de Lisa rappellera à quel point un être que l'on ne supportait plus peut nous dévorer l'âme quand il n'est plus là. La réalité des faits est souvent difficile une fois que l'on y est confronté. Toute la colère que Nate refoulait finira par exploser dans des comportements destructeurs où l'envie d'en finir se heurtera à la peur de mourir. Idem pour Frederico qui noie ses frustrations dans le sexe et l'alcool, ou encore Keith qui aura du attendre que David le quitte pour comprendre ce qu'il risquait de perdre et trouver la force de se donner (encore) une nouvelle chance.
Face à tous ces hommes en plein désarroi, les femmes apportent un souffle d'espoir. En découvrant qu'elle est enceinte, Claire évite de réitérer le parcours de sa mère et choisit sa propre voie à explorer, en dépit de la douleur que représente l'avortement. Elle rejette également les théories surannées sur l'Art de son professeur pour essayer d'être une artiste à part entière n'entrant pas dans une case. Ruth s'engage enfin dans une vraie relation et n'a plus besoin d'être au service de ses enfants pour exister par elle-même, consciente tout de même que son histoire avec George peut parfaitement prendre fin d'un moment à l'autre. Quand à Brenda, après sa déchéance dans la saison 2, elle trouve le courage et la force de s'accrocher à la vie, tout en admettant qu'être « normal » la rend nettement moins pétillante.
Si chaque saison de Six Feet Under marquait une progression dans nos rapports vis-à-vis de la mort, alors la saison 3 serait cette étape qu'on appelle le « marchandage » (suivant le déni de la saison 1 et la colère de la saison 2). Ce moment où chacun fait semblant de profiter de la vie en se complaisant dans un spleen risquant de se muer en dépression à la prochaine attaque de la Faucheuse. On ne pouvait pas trouver meilleure évocation de l'essence de la série que cette affiche représentant la famille Fisher dans une maison remplie de fleurs, chaque personnage au regard fuyant semblant déconnecté du groupe. Un nouveau seuil dans la maturité et la subtilité a été franchi. Jamais les petites névroses de nos vies n'avaient sonné aussi justes.

Pour plus d’informations :
Le site officiel de la série (US)
Le site officiel de la série (F)

 


Fiche technique :
Créateur : Alan Ball. Production : Produit en association avec "The Greenblatt Janollari Studio". Producteur exécutif : Alan Ball, Robert Greenblatt, David Janollari, Alan Poul. Co-producteur exécutif : Bruce Eric Kaplan.
Avec : PETER KRAUSE (Nate Fisher), MICHAEL C. HALL (David Fisher), FRANCES CONROY (Ruth Fisher), LAUREN AMBROSE (Claire Fisher), FREDDY RODRIGUEZ (Federico Diaz), MATHEW ST. PATRICK (Keith Charles), RACHEL GRIFFITHS as Brenda Chenowith.



L'avis de mérovingien02 :
Aussi surprenant que cela puisse paraître, la première saison de Six Feet Under fut loin d'être un carton plein pour la chaîne HBO. Du moins au début de la diffusion. Que le show ait un peu peiné à trouver son public passe encore (4 millions de spectateurs ont suivi les premiers épisodes et un million de plus étaient devant leur poste pour les derniers). Il est en revanche nettement plus étrange que la critique ait fait la fine bouche. Jugée trop brouillonne, sombre et prétentieuse, la série d'Alan Ball fut victime du succès de l'autre événement d'HBO, Les Sopranos, avant de voir sa popularité s'envoler au fil des semaines, finissant même par décrocher le Golden Globe de la Meilleure Série Dramatique.
C'est donc dans cette ambiance triomphale que revient la famille Fisher, avec une saison 2 mettant un point d'honneur à explorer plus en profondeur les névroses et le mal de vivre de ses personnages. Si la première année de Six Feet Under était très marquée par l'influence du script d'American Beauty sur la carrière d'Alan Ball qui continuait à scruter derrière les apparences des jolies banlieues américaines, cela passait néanmoins par d'une phase d'exposition nécessitant de caractériser chacun des héros avec un lot de clichés destinés à être atomisés. Nous avions l'adolescente rebelle, le trentenaire largué, l'homo de service, le flic black et gay comme on les fantasme, la mère coincée... Au fil des épisodes, nous creusions la surface des choses pour découvrir des personnages terrifiés par la peur de s'assumer, la peur de la solitude, la peur du regard des autres... Et tout simplement la peur de mourir. Et celle de vivre. Le superbe « season final » se concluait sur une image faussement rassurante d'une famille soudée où chacun avait vaincu ses angoisses. Mais quand on se décide enfin à vivre pleinement, cela signifie aussi accepter de prendre des coups et avoir le courage de se regarder en face. Le problème, c'est que le reflet est rarement joli.
C'est ce que découvre Ruth cette saison en décidant de refaire les fondements de sa maison mentale. Mais en essayant de s'occuper des problèmes de ses enfants (et de Nikolaï), elle refuse de se confronter à elle-même. Son bien-être individuel ne passe que par les membres de son foyer et dès qu'il n'y a plus personne, elle cesse purement d'exister. Comment avancer quand les personnes dont on s'est toujours occupé n'ont plus besoin de nous ? Sans arrêt isolée du reste du groupe, Ruth nous renvoie à notre propre solitude par toute une série de scènes aussi simples que bouleversantes, tel ce repas dans une cuisine bien trop grande ou ces photos joliment encadrées comme le bilan d'une vie révolue.
C'est un peu au même problème qu'est confrontée Brenda dans cette saison où elle n'est plus qu'un second rôle luxueux. Incarnation dans la saison 1 de la petite copine idéale (intelligente, mystérieuse, caustique et mignonne), la compagne de Nate voit désormais ses névroses exposées au grand jour. Maintenant qu'elle n'a plus le problème Billy sur les bras, celui-là même qui lui servait d'excuse pour ne pas s'occuper d'elle et qui avait permis à Nate de devenir le preux chevalier sauveur, comment va-t-elle réagir face au désert de son quotidien ? Elle décide de se lancer dans l'écriture d'un nouveau livre pour exorciser son mal-être mais est confrontée au manque d'inspiration. C'est le début de la descente aux enfers, des expériences sexuelles les plus scabreuses (fantasmes, voyeurisme, partouze), celles qui nous excitent et qui nous rappellent qu'on est bien vivant. Celles qui peuvent néanmoins finir par détruire.



Autre personnage secondaire à prendre de l'importance cette saison : Keith, le petit ami de David qui n'est plus simplement le beau back en uniforme. Celui qui reprochait autrefois à son compagnon d'être le cœur du problème de leur relation (il refusait de faire son coming-out) est contraint de reconnaître que sa colère et son agressivité découlent d'un problème prenant place dans sa famille (sa sœur est une droguée qui ne s'occupe pas de son enfant) et trouvant ses racines très lointaines dans l'enfance (leur père les battait). En emménageant avec Keith, David accepte quant à lui les difficultés de la vie en couple et s'expose aux hauts et bas journaliers. Il lutte pour Keith (renouer avec l'âme sœur, tentative pour obtenir la garde de la fille de Karla) et il lutte pour sa propre survie. Un combat perdu d'avance, puisqu'au final se trouve inévitablement la mort.
C'est un peu le constat que semble avoir fait Claire, la plus jeune de la famille Fisher, en renonçant pour de bon aux comportements autodestructeurs de Gabe. La fausse rebelle est-elle aussi rattrapée par les évènements lorsqu'elle est forcée de se projeter dans l'avenir, la fin du lycée entraînant les perspectives de la fac ? Elle est peut-être la plus jeune mais ses craintes existentielles sont les mêmes que tout le monde : Qui suis-je ? Où vais-je ?
Des questions qu'est bien contraint de se poser Nate depuis qu'il a appris l'existence d'une tumeur et que la peur de mourir demain s'est emparée de lui. D'une ficelle dramatique apparemment lourdingue, les scénaristes tirent une brillante démonstration sur la nécessité de profiter du temps qui nous reste. Si les autres membres de la famille Fisher peuvent se permettre de repousser l'échéance, Nate n'a plus ce luxe. Face à une maladie galopante, l'aîné se repositionne par rapport à son couple (il demande Brenda en mariage), par rapport à sa famille et par rapport à son travail (il rejette violemment les nouvelles attaques de Khroener). Un désir de liberté l'envahit (superbe séquence de purification dans la mer à la fin du premier épisode, rencontre avec la femme d'un motard), l'heure du bilan a sonné, on tremble en se consolant avec une petite amie du passé, on tente de bâtir rapidement un avenir avant qu'il ne soit trop tard, on enrage de ne pas pouvoir prendre son temps... Et comme dans la saison 1 où tout le monde évitait de parler de la mort du père Fisher, on essaye de masquer sa propre mortalité représentée par tous nos défauts (ne pas être parfait, c'est être humain donc mortel). Mais un moment arrive toujours où l'on finit par craquer, comme Claire durant son entretient d'admission où le fantôme du patriarche surgira sans raison apparente.
La thématique de toute la saison 2 était déjà largement suggérée par la bande-annonce qui accompagnait la diffusion sur HBO et qui présentait chacun des personnages sous deux regards. Un en noir et blanc évoquant l'image que l'on renvoie aux autres (Ruth avec un faux sourire, David engoncé dans un costume trop cintré, Claire en ado coincée), et un autre en couleur traduisant les vraies émotions refoulées (des larmes pour Ruth, de l'énergie bondissante pour Claire...). On ne pouvait pas mieux exprimer toute la sève de Six Feet Under, série universelle qui rappelle que quelque soit son sexe, son âge, sa couleur ou sa sexualité, un être humain sera toujours mû par la peur de la solitude, de la misère affective ou de passer à côté de sa vie.
Si la première saison se servait de l'image du père pour pousser chaque personnage à s'accepter tel qu'il est et à vivre sa vie, la seconde montre à quel point il est difficile de la mener pleinement, l'attachement à quelqu'un ou le décalage dans l'existence des individus faisant de chaque jour un combat. On ne peut plus nier la mort et on est en colère contre la fatalité. Jamais le sentiment d'impuissance n'avait été aussi écrasant, culminant dans un final dépressif nous laissant au bord du gouffre. Et avec nous-même.

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Fiche technique :
Créateur : Alan Ball. Production : Produit en association avec "The Greenblatt Janollari Studio". Producteur exécutif : Alan Ball, Robert Greenblatt, David Janollari, Alan Poul. Co-producteur exécutif : Bruce Eric Kaplan. 1ère diffusion USA : 3 juin 2001 sur HBO. 1ère diffusion France : 8 décembre 2001 sur Jimmy.
Avec : PETER KRAUSE (Nate Fisher), MICHAEL C. HALL (David Fisher), FRANCES CONROY (Ruth Fisher), LAUREN AMBROSE (Claire Fisher), FREDDY RODRIGUEZ (Federico Diaz), MATHEW ST. PATRICK (Keith Charles), RACHEL GRIFFITHS as Brenda Chenowith.



L'avis de mérovingien02 :
Peut-on rire de la mort en la plaçant au centre d'un divertissement populaire régulier diffusé sur la prestigieuse chaîne HBO ? Peut-on franchement créer une série prenant pour vedette une famille spécialisée dans les pompes funèbres ? Plus globalement, peut-on sortir des diktats télévisuels pour offrir un programme frais, intelligent et pouvant tenir la dragée haute aux plus grandes histoires du grand écran ? Oui, 100 fois oui même. Il suffit juste d'avoir un homme de talent aux commandes !
Ce génie, c'est Alan Ball, scénariste du brillant American Beauty. Ne nous leurrons pas : malgré tout le talent de réalisateur de Sam Mendés et sa direction d'acteur sans faille, ce grand film de 1999 devait aussi beaucoup à la perfection du script et à la subtilité de son auteur. Perfection que l'on retrouve dans Six Feet Under, lancé juste après le triomphe aux Golden Globe et aux Oscars en 2000. Il faut dire qu'avec sa flopée de récompenses précoces, le bonhomme devient très courtisé par les studios. C'est pourtant vers la télévision qu'il se tourne, avec la farouche volonté de se venger d'un système de production qui l'avait autrefois broyé en imposant sa série personnelle. HBO étant réputée pour ses évènements télévisuels de luxe (la chaîne câblée diffuse également les Sopranos), elle accepte de laisser faire Alan Ball pour offrir une série anticonformiste et profonde. Le sujet principal est la mort ? OK. Les héros sont croque-morts de père en fils ? Pourquoi pas. Les épisodes n'ont pas de durée calculée pour s'insérer parfaitement dans la grille de programme ? Pas grave, on aménage les diffusions. Un véritable souci d'intégrité artistique qui offre même le luxe à Six Feet Under d'être diffusée sans coupure publicitaire ! Chaque épisode devient donc un petit film en puissance, avec une équipe de réalisateurs autorisés à apporter une touche personnelle (il n'y a pas moule visuel et de vraies prises de risques esthétiques) et des auteurs capables de parler de mort ou de sexe sans tabou.
Et ça, la série d'Alan Ball en profite bien ! Chaque épisode débute par la mort amusante ou tragique d'une personne (ça va du nouveau né à la victime d'un accident de la route ou de crime raciste), les héros sont loin des standards bien pensants, des fausses publicités pour enterrements saupoudrent le pilote, le sexe est abordé sans chichi... Les névroses américaines sont donc mises à nu avec une délicatesse inimaginable, les clichés sur la cellule familiale volant en éclat dès le premier épisode. Tout commence avec la mort accidentelle de Monsieur Fisher, responsable d'une entreprise familiale de pompes funèbres qui laisse une famille endeuillée. La mère est tiraillée entre la culpabilité de l'adultère et le désir de poursuivre sa vie, la fille est en pleine crise d'adolescence et se balade en corbillard, le fils modèle tente tant bien que mal de masquer son homosexualité... Des personnages tracassés et torturés qui ont tous fuit leur place et sont forcés de briser le silence dans lequel ils ont grandi toute leur vie.



Dans un sens, c'est un peu à la version télévisée (et donc plus complète et dense) d'American Beauty qu'Alan Ball nous convie. Claire n'est pas bien loin de Jane, Parker est un double à peine voilé d'Angela, Ruth est une version plus accessible de Barbara Fitts... Le sujet même de Six Feet Under est proche de celui d'American Beauty : un joli mode de vie américain mis à mal où les non-dits et les conventions noient tellement les protagonistes que ceux-ci cherchent une renaissance. La mort permet de donner toute sa valeur à la vie.
Alan Ball a investi énormément de lui-même dans cette série et cela se sent en permanence. Ayant vu sa sœur mourir à l'âge de 13 ans dans un accident de voiture, le scénariste entretient de toute évidence des liens profonds avec la mort et a de nombreuses questions auxquelles il aimerait donner des réponses. De même, son homosexualité longtemps refoulée permet d'injecter à David des expériences aussi personnelles que le coming-out ou les plans culs d'un soir. Résultat, chaque thème est abordé de front sans pour autant tomber dans le graveleux. La mort d'un nourrisson est présentée en plan séquence subjectif extrêmement doux, les cérémonies d'enterrements sont présentées dans toute leur nature grotesque (les fausses pubs du pilote), les désirs de chacun s'expriment par des virages brutaux dans la comédie musicale ou les imageries iconiques de films, la sexualité des cinquantenaires est présentée avec réalisme, le milieu gay est présenté dans toute sa diversité, la prise de drogue n'est pas accompagnée de couplets moralisateurs lourdingues...
Tout au long des 13 épisodes de la première saison, le spectateur peut se projeter, les thèmes universels comme l'abandon, la solitude, le désir affectif et sexuel ou le secret étant exploités intelligemment. Les personnages nous touchent parce qu'ils se cherchent, s'interrogent sur le sens de leur vie, sur ce qu'ils veulent... Il ne s'agit aucunement d'intrigues aux rebondissements obligés pour pousser le public à revenir chaque semaine et assurer l'audience mais bien d'une vision à peine scénarisée de la réalité, où les scènes les plus anodines (Ruth trouvant un vieux pot de compote pour bébé, David regardant un cadavre sur la table d'opération, Nate courant à perdre haleine) finissent par former un grand tout, bouleversant parce que proche du quotidien.
La saison 1 est d'une infinie cohérence parce qu'elle est la seule à presque se suffire à elle-même, car contenant un début et une fin. L'architecture des épisodes permet d'aller à un point A (une famille brisée) à un point B (le foyer réunit prêt à affronter les épreuves) en passant par une multitude d'équations à résoudre au plus vite. Le silence dans lequel chacun a grandi doit être brisé peu à peu pour que tous puissent sortir de l'ombre du père qui ne cesse de planer. Le paternel ne cesse de hanter les héros, comme s'il était la voix de leur conscience les tourmentant par le biais de détours dans la réalité altérée. Qu'il s'agisse de David voyant son père le regardant faire l'amour avec un homme en s'interrogeant sur celui qui fait la femme ou de Claire frustrée de ne pas avoir eu de liens plus proches avec ses parents, tous doivent apprendre à se connaître eux-mêmes pour s'accepter et se faire accepter des autres. Ruth se sent délaissée par ses enfants et veut retrouver le goût de la vie libre, Nate estime que sa vie à Philadelphie est ratée et retrouve le goût au plaisir dans les bras de Brenda, David essaye d'accepter son homosexualité et Claire est en proie à la classique crise d'adolescence en cherchant sa place parmi les camarades de lycée et se demandant ce qu'elle veut faire comme études.
Ces dilemmes intérieurs résolus, le season final pourra alors se conclure sur l'image positive d'une famille reconstituée et unie, où chacun a accepté l'autre. Le fantôme du patriarche peut alors s'en aller : il n'a plus besoin de veiller sur les autres qui sont désormais capables de prendre soin d'eux et de prendre le contrôle de leur vie. Le deuil de leurs doutes passés est terminé...
« Pourquoi faut-il mourir ? » demandera une femme à Nathaniel dans le dernier épisode de la saison. « Parce que cela rend la vie plus belle » rétorquera-t-il. Si le message paraît un rien convenu et déjà vu à ce stade de la série, il y a fort à parier qu'Alan Ball ne faisait là qu'exposer le début d'une longue réflexion à venir sur le sens de l'existence. Témoins ces portes ouvertes sur une suite (le braquage de Gabriel, la découverte de Nat sur sa santé) qui annoncent qu'après avoir accepter de vivre la vie, il faut aussi accepter l'idée de se prendre des coups et finir par mourir.

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Le site officiel de la série (F)

 

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Fiche technique :
Avec Edie Falco, Scott William Winters, Robert Clohessy, Kristin Rohde, Adewale Akinnuoye-Agbaje, Rita Moreno, Tom Mardirosian, Christopher Meloni, Chuck Zito, Michael Wright, David Zayas, J.K. Simmons, Zeljko Ivanek, Terry Kinney, Eammon Walker, Lee Tergessen, Dean Winters… Réalisateurs : Adam Bernstein, Alex Zakrzewski, Jean de Segonzac… Scéanario : Tom Fontana, James Thorpe, Sean Whitesell…, sur une idée originale de Tom Fontana et Ethlie Ann Vare. Créateur : Tom Fontana.
Saison 1 : huit épisodes de 50 mn. Disponibles en VO, VOST et VF.


Résumé :

Emerald city. Quartier expérimental de la prison créé par le visionnaire Tim McManus qui souhaite améliorer les conditions de vie des détenus. Mais dans cet univers clos et étouffant se recrée une société terrifiante où dominent la haine, la violence, la peur, la mort. Où tout espoir est vain, où la rédemption est impossible. « Oz est l'endroit où je vis. Oz est l'endroit où je vais mourir, où la plupart d'entre nous vont mourir. Ce que nous sommes importe peu. Ce que nous allons devenir ne compte pas »explique le narrateur depuis sa cage en verre. Bienvenue dans l'antichambre de l'enfer.

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L’avis de
Mérovingien02 :
Avant le triomphe de Six Feet Under et des Sopranos, HBO s'était déjà démarquée de la concurrence en matière de série télé en produisant Oz, véritable tremblement de terre dans le paysage audiovisuel car conçue avec une liberté de ton jusqu'alors inédite. Une évocation sans concession du milieu carcéral, avec un langage ordurier, une violence exacerbée et de la nudité frontale, le tout au service d'un propos pour le moins subversif. Un véritable travail d'auteur né de l'imagination de Tom Fontana, scénariste tellement investi dans sa création qu'il est allé jusqu'à se faire tatouer le nom de son œuvre, réemployant ensuite les images de cet acte dans le générique d'ouverture.
À la manière d'un conte ou d'un récit mythologique (la prison d'Oswald est comparée au détour d'une réplique au Mont de l'Olympe), le spectateur est invité à pénétrer dans un univers singulier par un narrateur à la fois omniscient et faisant partie intégrante de l'action. Enfermé dans une cellule carrée en verre, le personnage d'Augustus, un ancien junkie en fauteuil roulant, surplombe les décors et s'adresse directement à la caméra pour nous signaler la thématique de chaque épisode, en résumer la morale (ou son absence) en guise de conclusion ou pour présenter le passif de chacun des détenus. Des apparitions oniriques et cyniques qui renforcent l'implication émotionnelle car tutoyant directement le public, comme pour lui tendre le miroir de sa propre vie et questionner les fondements mêmes de ses idéaux. Oz n'est donc pas un divertissement sans conséquence comme le récent Prison Break. En s'y aventurant, il faut accepter d'être malmené et de ne pas en ressortir indemne. Ainsi, le parcours de Tobias Beecher résumera à lui seul l'effondrement psychologique du spectateur puisque c'est avec lui que nous découvrirons la vie du pénitencier au cours du premier épisode rythmé par l'affichage des horaires répétitifs et aliénants.
Contrairement à la majorité des prisonniers, Tobias n'est pas un meurtrier ou un psychopathe mais simplement un avocat qui aura commis accidentellement la mort d'une jeune fille en prenant le volant de sa voiture après avoir bu un verre de trop. Il est de loin le référent le plus attachant puisque issu d'un quotidien familier et dont la vie a basculé après un drame qui aurait pu survenir à n'importe qui. Rapidement, il est la victime de Vernon Schilliger, un néonazi qui le réduit au rang d'objet soumis, le violant fréquemment, l'obligeant à se travestir pour l'humilier ou le forçant à lécher ses chaussures. Ces séquences dérangeantes ne feront que placer un peu plus le public face à sa morale, lui faisant ressentir une véritable haine pour le dominant avant que le basculement de Tobias vers la démence (il ira jusqu'à déféquer sur le visage de son bourreau) et la question du Pardon ne vienne le mettre en face de l'horrible vérité : l'être humain n'est qu'un animal sauvage prêt à retourner à des instincts primitifs dès que des situations extrêmes se présentent à lui.
Car la prison d'Ozwald n'est pas le genre d'environnement où il fait bon traîner. Bien que sa fonction première est de remettre les coupables sur le droit chemin, elle ne fait que les repousser dans leurs derniers retranchements car omettant tout simplement qu'il est impossible d'avoir une vie normale quand on est enfermé et entouré de violeurs, dealers ou cannibales. Le monde extérieur n'existe pas, seule la télévision servant de fenêtre ouverte (alors que les seules infos diffusées seront celles évoquant la situation catastrophique à Oz). Même les visions du passé en flash-back revêtent un aspect surréaliste, baignant dans des filtres bleus ou orangés comme si tout n'était qu'un mauvais souvenir ou un mauvais rêve. On pourra aussi évoquer cette discussion au parloir dans le premier épisode où un détenu parle avec sa femme alors qu'une glace vient scinder l'image en deux comme si le couple ne partageaient plus le même espace.
Véritable tombeau où l'on est condamné à mourir à petit feu sans aucune résurrection possible (voir dans l'épisode 2 le fondu enchaîné passant d'un cadavre brûlé au personnage de Nino Schilbetta, qui finira lui aussi assassiné), le département de Haute Sécurité d'Emerald City contamine jusqu'aux plus respectables des membres de l'équipe chargée du bien-être des détenus. Ainsi, au détour d'un épisode centré sur Dieu, un prêtre verra ses convictions les plus nobles être mises à rude épreuve lorsqu'un malade mental ayant dévoré ses parents acceptera de se convertir au catholicisme dans le simple but de pouvoir manger « le corps du Christ ». De même, quand se posera l'épineuse question de la peine de mort, il lui sera bien difficile de conserver une opposition aussi claire quand il se retrouvera face à un être particulièrement abject. Le Mal affecte le cœur de chacun comme un poison et les rapports amoureux, véritables pulsions de vie, se retrouvent dominés par le sentiment de mort. Ainsi, à deux reprises dans la saison, une scène de sexe sera montée en parallèle avec un acte de violence (des policiers cognant contre une porte, une mort par injection), comme si chaque nouveau né comportait déjà en lui les plus vils instincts. On notera d'ailleurs qu'un des détenus perdra son bébé juste après la naissance, renforçant le pessimisme du tableau décrit par Tom Fontana.

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Bien que la galerie de salopards ne soit guère rassurante, il conviendra de saluer le remarquable travail d'écriture capable de rendre sympathique la pire des crapules. Qu'il s'agisse d'un détour humoristique (un dentiste n'osant pas mettre ses doigts dans la bouche d'un cannibale), d'une séquence émotionnellement chargée (un prisonnier lacérant son visage au cutter pour traduire tout son mal-être) ou de l'utilisation d'un langage universel (la sous intrigue du violoniste), tout est mis en œuvre pour offrir une vision globale de l'être humain, loin du manichéisme primaire. Car dans le fond, tous ces condamnés à des peines diverses ne sont jamais que le reflet sauvage de la décadence de l'Humanité toute entière. En effet, bien qu'ils soient tous déconnectés du monde extérieur, chacun marque son appartenance à un clan, seul moyen d'exister pour ne pas finir écraser par les plus forts. Blacks, latinos, mafia sicilienne, gays, musulmans... Autant de mini communautés en proie à de constantes luttes de pouvoir et ne pouvant s'empêcher de se mener la guerre, souvent par racisme. Oz se présente donc comme une parabole particulièrement pertinente de nos sociétés modernes, les décors de la série ressemblant presque à un laboratoire au milieu duquel les matons peuvent observer les animaux dans leur cage en verre, comme cet insecte dans un bocal aperçu en début de saison.
Ce n'est donc pas simplement à une critique des conditions de vie en milieu carcéral à laquelle le créateur de la série nous convie mais bien à une étude sociologique de notre époque, en abordant des thèmes aussi vastes que le rôle actif de la drogue dans l'économie (et les rapports de force que cela implique, les plus puissants la revendent à ceux qui la consomment pour oublier leur misère), la place essentielle de la femme dans un environnement dominé par les hommes ou encore les guerres de religions. On y trouve même un sous-texte sur l'émancipation des noirs via un troublant parallèle entre Malcom X et le charismatique Kareem Said, personnage ayant lui aussi changé de nom, refusant de prendre des médicaments en dépit de la maladie qui le ronge et profitant de la prison pour se cultiver. Ce renvoi explicite à celui qui fut le porte-parole de Nation of Islam oriente la série vers une réflexion sur l'inaccessibilité du rêve américain, Malcom X étant un symbole de l'intégration des noirs capables de réussir autrement que par la musique ou le sport, symbole mis à mal par l'arrivée d'un basketteur à la carrière brisée.
Véritable tragédie grecque en milieu pénitencier, la première saison de Oz s'achève fort logiquement sur l'implosion qui guette chaque société tiraillée entre ses luttes de pouvoir et l'assouvissement des besoins égoïstes. Une dégénérescence menant à la rébellion, un effondrement du système en place et duquel ne pourra naître qu'un nouvel ordre pas bien différent et toujours dirigé par le gouverneur Devlin, véritable Zeus tout puissant interdisant aux hommes de s'élever au-delà de leur condition pour les maintenir dans leur brutalité crasse. L'Homme restera à jamais un loup pour l'Homme.
Pour plus d’informations :



RIKKI BEADLE-BLAIR
Entretien avec le créateur de la série désormais culte Metrosexuality.

 

par Tof de CiteGay


 


C'est par un beau soir d'Hiver que j'ai rendez-vous avec Rikki Beaddle-Blair, le créateur et acteur de Metrosexuality, la série qui explose tous les tabous... Dans ce café du Marais, qui diffuse la vidéo de la série sur un téléviseur, l'ambiance est très conviviale. Pendant que je prépare mes questions, l'interprète Catherine (que je remercie pour son aide) m'explique que Rikki est une vraie nature, drôle et généreux, tout comme à l'écran... Rikki finit par arriver, tout sourire, et s'installe, prêt à répondre à mes questions...

(Rikki Beadle-Blair, à gauche, et Tof, sur un petit nuage, à droite) - Photo © D.R.


Tof : Bonjour Rikki et merci de me recevoir... Avant de commencer, as-tu coupé ton portable ?

(Rikki vérifie et sourit à ma plaisanterie, clin d'œil à la série, qui est régulièrement ponctuée par les sonneries de téléphone des personnages, mais nous en reparlerons plus tard...)

Tof : Hé, hé, it was a joke ! Voyons, peux-tu me dire ce que tu faisais avant Metrosexuality ?

Rikki Beadle-Blair : (Rires) Tu veux la vérité... ? Ou quelque chose de plus romantique ? J'étais comme Jean Genet... en prison ! Non plus sérieusement, j'ai plusieurs casquettes. Je suis comédien, danseur, chanteur, compositeur, réalisateur... Je suis aussi l'auteur de scénarii, comme par exemple celui de Stonewall, un film que j'ai écrit vers 1985, et qui retrace la fameuse rébellion des homosexuels en Angleterre, à l'origine de la Gay Pride...

Tof : Pourquoi as-tu créé Metrosexuality ?

Rikki Beadle-Blair : En fait c'est mon métier, puisque j'écris principalement pour des films, radios, ou même des petits films pour la télévision. Il se trouve que je dirige également une compagnie de théâtre avec mes amis. Et on peut dire que Metrosexuality a été écrit pour ces amis avant tout...

Tof : Sont-ils tous gays ?

Rikki Beadle-Blair : Non, et d'ailleurs gays ou straights, bisexuels, transsexuels, on s'en fout... Tous mes amis sont différents et éclectiques !

Tof : En fait, tu as voulu montrer qu'il pouvait y avoir une vraie vie de famille entre des personnes très différentes. Chaque personnage est complémentaire et chacun peut apporter quelque chose d'intéressant...

Rikki Beadle-Blair : Oui tout à fait, mes amis sont gays, straights, noirs, blancs, juifs, catholiques, chinois. Ils forment tous une famille réellement cohérente et solidaire. Dans Metrosexuality, les personnages jouent souvent le rôle qu'ils ont dans la vie ... L'actrice qui joue ma sœur est aussi ma vraie sœur...

Tof : Les situations sont-elles autobiographiques ou c'est un total produit de ton imagination ?

Rikki Beadle-Blair : Fifty-fifty ! C'est comme une salade... Un peu de réel, un peu d'imagination. Certaines choses me sont arrivées. Certaines autres sont des évènements que l’on m'a raconté. Il y aussi des trucs que j'ai vu ou que j'ai rêvé. Mais les rêves peuvent aussi révéler la réalité, n'est-ce pas ? Les rêves sont réellement importants pour moi. Par moments, je me suis amusé à détourner la réalité pour en faire de la fiction et du fantasme...

Tof : On dirait que tu as pensé la série comme une comédie musicale... D'ailleurs elle aurait très bien pu faire l'objet d'une adaptation en ce sens...

Rikki Beadle-Blair : (sourire) Tu aimes la musique toi... ! Oui, si tu veux. En fait Metrosexuality est plein de choses à la fois : une comédie musicale, une comédie dramatique, un défilé de mode, un show photos…

Tof : Une Bédé ?

Rikki Beadle-Blair : Oui définitivement ! Quand j'étais enfant, j'en ai beaucoup lu. Je voulais être Superman, pour mettre des habits moulants par exemple (Rires)

Tof : D'ailleurs, le rythme de la série est très rapide... Tu as sans doute été pas mal influencé par une culture clip-vidéo ?

Rikki Beadle-Blair : Oui, le clip-vidéo est le langage visuel d'aujourd'hui, par excellence ! Par ailleurs ma vie est vraiment rapide et très active : toujours en train de faire quelque chose . Je vis ma vie comme une vidéo, sauf que j'appuie constamment sur le bouton « Avance Rapide » !

Tof : Et c'est toi qui a composé les chansons de la série...

Rikki Beadle-Blair : Tu les aimes ? (Rikki sort un cd de son sac) La B.O. est sortie en mars 2003, en voici une copie !

Sur la jaquette, je reconnais mon personnage préféré parmi les comédiens (blond évidemment !)

Tof : Whaou Bambi ! It's my « chouchou » you Know ?

Rikki Beadle-Blair : (Gros éclat de Rire) Oui, tout le monde l'aime beaucoup . Il chante Free To Be Lonely avec moi sur le CD !

Tof : Il y a un truc qui m'a frappé dans la série, ce sont les représentations « extrêmes » des parents. Tu montres aussi bien des parents très peace and love et presque envahissants avec leur fils Bambi, que des parents qui n'acceptent pas forcément l'homosexualité de leur fils. Où te situes-tu là-dedans ?

Rikki Beadle-Blair : C'était pour montrer que tous les enfants sont embarrassés par leurs parents. Ils ne sont jamais contents d'eux, ce qui représente une certaine gêne, voire une honte.

Tof : L'inverse est vrai aussi, par exemple lorsque les parents veulent imposer un avenir à leurs enfants...

Rikki Beadle-Blair : Les familles, aussi libérales soient-elles, ont toujours déjà un avenir prédéterminé pour leurs enfants. Oui, tous les parents font ça, et pas seulement les parents homophobes. Ils essaient toujours de contrôler leurs enfants. J'ai voulu montrer deux teenagers gays, avec des styles de vie très différents, car dans tous les shows télévisés, il y a un seul jeune gay, ce qui donne une représentation trop réductrice de l'adolescent gay... Dans Metrosexuality, j'ai voulu montrer deux amis avec une vie très différente et des parents assez opposés. De cette façon, les jeunes gays qui verront la série, sauront qu'il n'y a pas une seule façon de vivre sa sexualité. Moi j'aime l'idée de la diversité !

Tof : Tu abordes le thème de la prévention de manière assez originale. D'abord parce qu'elle est décrite au sein d'un couple lesbien, et puis tout simplement parce que le moyen utilisé est une digue dentaire, qui peut être utilisée qu'on soit hétéro, bi, gay, lesbienne ou transgenre…

Rikki Beadle-Blair : C'était important pour moi de montrer que tout le monde est concerné par la prévention, et d'une manière amusante si possible ! Cela peut tout à fait être abordé de manière relax !

Tof : Le thème général de la série, c'est le droit à la liberté. Mais pourtant les personnages me semblent prisonniers de leur mode de vie. Cela se voit aussi bien au niveau de leurs vêtements - ce sont de véritables fashion victims - que dans l'utilisation forcenée des téléphones portables.

Rikki Beadle-Blair : Oui, il y a sûrement une contradiction. Mais pour moi, le mobile est plus une liberté qu'une contrainte. Il ne t'empêche pas de vivre, car tu peux parler en même temps que tu fais autre chose, aider un ami qui galère à des kilomètres par exemple...

Tof : Dis-moi, en faisant un parallèle avec les Chroniques de San Francisco, ton rôle c'est Madame Madrigal ? Tu aides tout le monde comme si c'était une mission !

Rikki Beadle-Blair : (Rikki éclate de rire) C'est exactement ça ! Mais je suis un peu comme ça dans la vie aussi...

Tof : Y aura-t-il une suite à Metrosexuality ?

Rikki Beadle-Blair : Je ne sais pas, mais je vais faire d'autres films. J'en prépare un actuellement et ton « chouchou », Bambi, en sera la star. Mais ce sera très différent : un autre style de coupe de cheveux, d'autres vêtements, bref une histoire très éloignée de Metrosexuality. On y retrouvera aussi d'autres acteurs de la série...

Tof : Une question pour conclure. Le message que tu voudrais que les internautes de CitéGay et de Les Toiles Roses retiennent en voyant Metrosexuality, ce serait quoi ?

Rikki Beadle-Blair : (silence d'une minute) Love Is Everything ! Le plus important c'est l'Amour !

Tof : Merci beaucoup pour cet entretien très agréable Rikki... Et à Bientôt !

Rikki Beaddle-Blair : Si tu me fais une bise, je ferai la même chose de ta part à Bambi !

Allez hop, on en fait trois, ça ne mange pas de pain ! Décidément, Rikki aura vraiment été charmant jusqu'au bout, et je sais que je regarderai désormais Metrosexuality avec encore plus de plaisir. J'espère que vous aurez été aussi sensibles que moi à ce personnage si attachant ...
Pour écrire à Rikki :
rikkibb@aol.com
Il adore recevoir vos réactions... même si il ne comprend pas le français.

Un grand merci à toi Tof pour ta gentillesse et je te prends au mot pour la prochaine interview de Kim Wilde. Bises (Note de Daniel).


Fiche technique :
Soap américain en 1 pilote de 150 mn, puis 217 épisodes de 47 mn, diffusé sur ABC de 1980 à 1989, prolongé par 2 épisodes de 90 mn en 1991.
Créé par Richard & Esther Shapiro. Produit par Richard & Esther Shapiro, en collaboration avec Aaron Spelling productions. Producteurs executifs: Aaron Spelling, Douglas Cramer, Richard & Esther Shapiro.
Musique: Bill Conti.
Avec: John Forsythe (Blake Carrington), Linda Evans (Krystle Carrington), Joan Collins (Alexis Colby), AL Corley, puis Jack Coleman (Steve Carrington), Heather Locklear (Sammy Jo), Tracy Scoggins (Monica Colby), George Hamilton (Joel Abrigore).



 


L’avis :

Ce texte nous a été gracieusement fourni par le webmaster du site Dynastie Guide. Ce site est librement inspiré de l’ouvrage de Stefan Peltier: Dynastie, Apologie de la démesure. Aux éditions "Car rien n’a d’importance". D’autres passages sont de Christophe du site Dynastie2000.

En novembre 1981, CBS réalise le coup d’audimat du siècle. Pendant tout un été l’Amérique s’est demandée qui avait bien pu tirer sur J.R., l’infâme héros de Dallas. 49 millions de foyers se sont branchés pour connaître la réponse à cette question. La concurrence analyse ce succès.
Abc se concerte avec Aaron Spelling, producteur de La croisière s’amuse, le programme le plus populaire sur la chaîne. Il faut utiliser la recette miracle et faire aussi bien que Dallas. Mieux si possible.
Spelling travaille exclusivement avec ABC depuis 1967 et a déjà produit quelques séries au succès mémorables : Starsky et Hutch, Drôles de dames, Vegas, L’Amour du risque. Il s’associe avec Richard et Esther Shapiro pour faire face au phénomène Dallas. Ces derniers lui proposent Oil, une saga qui oppose une famille de travailleurs ordinaires à une dynastie milliardaire. Esther s’impose en faisant comprendre que s’il refuse de l’engager comme productrice, il n’obtiendra pas le contrat. Spelling décide de lui faire confiance.
La série sera nommée Dynastie et diffusée en remplacement de Vegas. Pour attirer l’attention le premier épisode fait l’objet d’une solide publicité, et en trois heures présente les intrigues de Blake Carrington, le nouveau J.R., tant au niveaux personnel que professionnel. Tout est plus luxueux à Denver qu’à Dallas. Le service de presse insiste lourdement sur ce point. Que ce soit la boue des sites de forage ou les bijoux et fourrures, tout est authentique. Mais le public ne suit pas. Dynastie n’est que 45e dans les sondages au bout de treize semaines, alors que Dallas est toujours en tête. Il faut vite rectifier le tir. L’aspect social de la série semble moins intéresser le public que ce qui se passe dans la grande maison des Carrington. Les gens veulent de la démesure ? Et bien il faut leur en donner. On supprime la famille Blaisdel, trop proche du téléspectateur moyen, et on plonge dans le rêve et l’évasion.
Le dernier épisode de la première saison se termine sur l‘arrivée dramatique d’une femme en tailleur blanc et noir, portant un chapeau à voilette. Il s’agit de la première femme de Blake, venue témoigner contre lui à son procès. C’est à partir de cette intrigue que la série va trouver un nouveau souffle. L’arrivée de cette femme est l’idée d’Ellen et Robert Pollock les scénaristes d’Hôpital central. Ce rôle apparaît comme le meilleur rôle féminin du moment. Sophia Loren est pressentie pour devenir Alexis Carrington. Mais elle refuse le contrat qui lui est présenté. D’autres actrices prestigieuses sont alors considérées, mais Spelling a une préférence pour Joan Collins, une belle Anglaise qu’il a rencontré sur des tournages. Bien qu’elle ait une longue carrière derrière elle, on la considère comme une Elizabeth Taylor de seconde zone. Joan hésite avant de signer le contrat mais se rend compte que le rôle peut relancer sa carrière même si elle pense que la série ne durera pas longtemps. Mais Alexis devient vite la figure de proue de Dynastie. Elle incarne toute la démesure que demande le public. À la fin de la seconde saison, même si Dallas est toujours loin devant, Dynastie est 20e, et son succès s’affirme. Dès le début de la troisième saison, les scénaristes donnent à Alexis les moyens de sa démesure en la mariant à Cecil Colby qui meurt aussitôt pour lui laisser le champ libre et les poches bien pleines. Débarrassés de toute contrainte matérielle, les personnages de la série peuvent s’adonner à leurs passions destructrices. En 1983, Dynastie est 5e. En 1984, la série monte à la 3e place. Dallas n’a qu’à bien se tenir ! Si une belle garce a réussi à donner tant d’énergie à l’histoire, l’arrivée d’une seconde (sous les traits de Diahann Carroll) devrait encore faire grimper le taux d’écoute.

La présence de Diahann Carroll, comme « la première garce noire de la télévision » (selon ses propres paroles) aux cotés de Billy Dee Williams, attire les téléspectateurs noirs. Ainsi Dynastie dépasse enfin Dallas et se place en tête des programmes de la télévision américaine.
Cette cinquième saison (1984-1985) est l’apogée de la série. Les Carrington et les Colby évoluent dans un monde tellement démesuré qu’il en devient fascinant. Il s’agit d’un univers où se côtoient la « jet-set », les dignitaires de plusieurs pays d’orient, les princes du pétrole, la royauté européenne et les cow-boys mercenaires. Les décors et les costumes plongent tout ce monde dans une esthétique des années 30 qui accentue encore le décalage avec le réalisme fermier de Dallas. Ali Mac Graw et Rock Hudson viennent compléter le tableau. La saison se clôture par un spectaculaire « clifhanger » : le massacre de Moldavie. Au mariage de la belle Amanda et du prince Michael, toute la famille tombe sous les balles de révolutionnaires moldaves.
Mais ce triomphe ne sera plus renouvelé. Pratiquement tout le monde se relève du massacre. De plus les deux intrigues qui suivent, l’enlèvement de Krystle et les machinations du roi Galen traînent sur onze épisodes. L’histoire s’essouffle. On amène à Denver la sœur d’Alexis et le frère de Blake, mais le mouvement est amorcé. La sixième saison finit en 7e position.
C’est pourtant cette même année que démarre Dynastie II Les Colby. En 1985 déjà, un projet de spin off était à l’étude autour du personnage joué par Rock Hudson. Mais la mort de l’acteur y a mis fin. Devant la réussite de Côte Ouest, le spin off de Dallas, ABC se devait d’offrir à son public un deuxième Dynastie. La démesure ayant fait le succès de la grande sœur, on décide de jouer cette carte jusque dans la distribution des Colby (Charlton Heston, Barbara Stanwyck, Katharine Ross et bien d’autres). Mais la recette a ses limites et les Colby ont tendance à les dépasser. Barbara Stanwyck quitte la distribution au bout d’un an et la série ne durera qu’une saison de plus (elle n’est jamais rentrée dans le top 20 des programmes).
Les saisons 7, 8 et 9 de Dynastie ne font que confirmer son déclin (respectivement 24e, 33e et 57e dans les sondages). Les acteurs se lassent. Quand en 1989 Linda Evans décide de partir et que Joan Collins ne signe que pour onze épisodes, il est clair que c’est la fin de l’histoire. Cependant les scénaristes donnent une fin ouverte à cette saison. Il faudra attendre 1991 pour que la famille se retrouve dans La Réunion, une mini-série qui révèle enfin le sort des différents personnages. Les scores d’audience de ces ultimes épisodes sans être mémorables sont cependant honorables face à des matches du World séries (le championnat de base-ball américain).
L’aventure des Carrington et des Colby est donc terminée. Il est peu probable qu’un Dynastie next generation voit le jour. L’ère de la démesure télévisuelle est terminée. Ce que veut le public, c’est du réalisme voire de la réalité. Cependant Aaron Spelling a produit ce que l’on appelle déjà un nouveau Dynastie, Les Titans, avec Victoria Principal (Pamela dans Dallas).

L'homosexualité en prime-time




Autre tabou auquel Dynastie s'est subtilement attaqué : l'homosexualité. Voilà un sujet que la télévision américaine a beaucoup de mal à traiter encore actuellement. Cette gêne reflète le malaise présent dans la société américaine en général. Il a fallu attendre 1974 pour que l'homosexualité soit officiellement retirée de la liste des maladies mentales aux États-Unis. Dès la fin des années 70, des personnages homosexuels sont introduits dans les épisodes de séries (ex: An American Family en 1973), mais de manière très sporadique, très cliché et en arrière-plan.
Steven Carrington est le premier personnage régulier homosexuel de la télévision. Le côté positif de Steven pousse clairement le téléspectateur à le défendre. Par là, Dynastie prend une position nette en faveur d'une évolution des mentalités. Pourtant, il a fallu user de détours pour ne pas choquer les téléspectateurs moyens. Blake est contre le style de vie de son fils. Il le réprouve jusqu'au meurtre. Blake représente la voix de la majorité qui opprime le choix de Steven. Steven tout au long de la série aura tout le loisir d'argumenter face à son père, faisant du même coup passer « en douce » le message à la population américaine. Une manière subtile de défendre une cause.
Le personnage de Steven n'est cependant pas totalement novateur. Il souffre des clichés en vigueur à l'époque. Il est introverti, cultivé et raffiné. On lui trouve des « excuses » psychanalytiques. Bref, il colle à l'image propre et rassurante qu'on attend de lui. Ses amours se terminent en général assez mal. On pourrait penser qu'il s'agit d'un travail de sape : « ce style de vie ne marche pas », mais n'oublions pas trop vite que nous sommes dans un soap opera et qu'il faut que les histoires de cœur se terminent mal pour relancer l'intrigue. Steven n'est, finalement, ni plus, ni moins malheureux que les autres. Sa vie sexuelle par contre est montrée moins explicitement que celle des autres personnages. Les signes de tendresse du couple Steven-Ted Dinard se limitent à des embrassades (pas des baisers) et des caresses de la main. Chris Deegan n'a droit à aucune attention particulière. L'évocation se précise avec Luke Fuller : une porte se referme sur le rapprochement des lèvres des deux amoureux. Une scène de bagarre avec Bart Fallmont (qui n'est pourtant qu'un ami) est fortement érotisée. Mais à part ça... La vie sexuelle et amoureuse de Steven est plutôt abstraite. Dynastie ne se fera jamais l'écho du SIDA (qui apparaît pourtant en 1981).

Les acteurs ayant incarné Steven Carrington
Al Corley :
Avant d'être chanteur dans les années 80, Al Corley était acteur aux côtés de Linda Evans dans Dynastie. Il sera le premier à quitter la série au bout de deux saisons, en désaccord avec les producteurs sur l'orientation sexuelle de son personnage, Steven Carrington, son rôle étant homosexuel, il ne comprenait pas que l'on veuille que Steven soit attiré également par les femmes.
Jack Coleman : Bien que les fans ont préférés Al Corley dans le rôle de Steven Carrington, Jack Coleman a repris avec succès le rôle de 1982 à 1988. Marié dans la vie, il assumait mal son rôle d'homosexuel, d'autant que ses admirateurs gays lui envoyaient des lettres enflammées et quelque peu parfumées, ce qui l'agaçait fortement ! Il quitte la série en 1988 suite à de nombreux désaccords avec les producteurs de la série . Il demande alors à ce qu'on modifie quelque peu son rôle, ce qui nuira à la crédibilité du personnage, pour finir par en devenir ridicule et totalement asexué ! Al Corley, également marié dans la vie n'a jamais eu de problème avec son personnage, au contraire, il se battait pour que Steven reste un personnage homosexuel !
Pour plus d’informations :

    
    

Fiche technique :
Avec Gale Harold, Randy Harrison, Scott Lowell, Peter Paige, Chris Potter, Hal Sparks, Sharon Gless, Michelle Clunie et Thea Gill. Créée par Russel T. Davies.
Durée : 990 mn. Disponible en en VO, VOST et VF.


L'avis de Mérovingien02 :
Quand Russel Davies lance la courte série Queer as Folk en Grande-Bretagne à la fin des années 90, c'est toute la smala des conservateurs qui se met en branle. Pensez donc : des personnages d'homos vivant les jours et les nuits de Manchester au rythme de leurs amours, de leur travail, des sorties en boîte et surtout de leurs coups de bite... Largement de quoi susciter la controverse à l'époque puisque les scripts ne s'embarrassent d'aucun tabou, notamment dans la représentation libérée de la sexualité des gays. C'est certainement ce côté audacieux et un rien provocateur qui a attiré l'œil de la chaîne payante Showtime (dont le slogan est « No Limits »), les décidant à mettre en route un remake américain afin de contrer le monopole d'HBO sur les séries de luxe.
Menée par les scénaristes Ron Cowen et Daniel Lipman, cette version yankee de Queer as Folk prend un mauvais départ puisque les premiers épisodes ne sont qu'un décalque parfois au plan près du modèle britannique, ne laissant strictement aucune échappatoire aux petits jeux des comparaisons entre les petits gars de Pittsburgh et ceux de Manchester. Parce que les auteurs sont partis des mêmes personnages et des mêmes intrigues que ceux de Russel Davies, ils ont privé le spectateur du plaisir de la découverte, se contentant surtout de surenchérir dans les scènes de sexe osées et les corps huilés se dandinant sur le dance-floor. De quoi propulser directement le show dans la case des séries communautaristes et bourrées de clichés, avec en prime un générique d'ouverture d'une laideur à filer de la conjonctivite à Baz Luhrman. Pourtant, très vite, les scénaristes redressent la barre et parviennent à redéfinir par petites touches les traits de caractère de chacun des protagonistes. Si l'on peut regretter une certaine frilosité quant à l'âge de Nathan devenu Justin (le jeune garçon passe de 15 à 17 ans en traversant l'Atlantique), on pourra apprécier que Brian, l'alter ego US de l'égoïste Stuart, s'humanise par petites touches jusqu'à un plan final bouleversant où les larmes ne peuvent plus être retenues tandis que Michael, pur geek comme Vincent, incarne désormais un authentique adulescent trop naïf. De même, l'introduction du personnage de Ted permet de sortir des sentiers battus puisqu'il ne correspond pas aux étiquettes de la communauté à laquelle il appartient (il est d'ailleurs associé à la musique classique alors que l'essentiel de la bande originale se compose de morceaux de techno). Lentement mais sûrement, le Queer as Folk américain s'affranchit du modèle, en modifiant par exemple l'issue d'une overdose ou en développant un véritable triangle amoureux permettant d'étoffer considérablement la psychologie de chacun : Michael est amoureux depuis l'enfance de Brian et semble bloqué sur cette frustration jusqu'à s'épanouir au contact de David, un homme plus vieux que lui et qui le couve comme un père ; Justin aime Brian et affirme son identité jusqu'à en devenir le miroir en plus jeune, Brian n'aime personne mais se prend d'affection pour Justin qui lui renvoie l'image d'une certaine jeunesse oubliée et qui comble le vide laissé par Michael... Tendres, attachants et parfois cruels, les héros sont le cœur sensible qui fait battre la série, la preuve que Ron Cowen et Daniel Lipman ont compris qu'un étalage de soirées mousse et de zigounettes ne servait à rien sans propos et sans émotion pour les relayer.
Si l'on peut toujours arguer le manque de réalisme de la série dans sa représentation du milieu gay (on se promène le plus naturellement du monde en backroom et on trouve une concentration impressionnante d'homos au mètre carré), on ne pourra nier la pertinence avec laquelle les auteurs en étudient les différentes facettes sans jamais sombrer dans le militantisme à deux balles (à l'exception des catastrophiques épisodes 16 et 17). Si l'on en revient en permanence à la boîte de nuit « Le Babylone », c'est parce que cet endroit est autant la Cité des Dieux où des apollons nus sont vénérés sur des totems au-dessus de la piste de danse qu'un endroit de décadence sévèrement critiqué par les rastafaris. Culte du corps, ambiance de débauche, superficialité, drogue... Le bonheur qu'on y trouve peut vite virer au cauchemar, le lieu devenant le théâtre de tragédies (overdose dans les toilettes) ou de plaisir (le sous-sol où l'on y baise en toute décontraction). À ce titre, le fabuleux épisode 20 est particulièrement intéressant dans sa manière de révéler les deux versants de l'homosexualité avec un montage parallèle entre l'insouciance d'une Élection de l'Homme de l'Année et la descente aux Enfers d'un séropositif arrêté pour racolage, la musique techno et les paillettes contrastant avec un silence grave et une lumière sale. On pourra également faire le rapprochement entre la scène d'hôpital qui ouvre la saison dans la joie et la bonne humeur d'une famille d'un nouveau genre (accouchement d'une lesbienne) et celle qui la clôture sur une note dépressive après l'agression homophobe dont est victime Justin.
La plus grande force de ce Queer as Folk là reste néanmoins qu'il parvient à toucher tous les publics pour la simple raison que derrière ses thématiques gay « obligées » (coming-out, homoparentalité, homophobie), les auteurs parlent avant tout de la difficulté à être accepté des autres et de s'accepter tel que l'on est. Qu'il s'agisse de Justin quittant violemment sa maison après une altercation avec son bourgeois réac de père ou bien de Vic vivant très mal sa séropositivité (sa marginalisation passera par une absence de sexualisation à l'écran), qu'on nous parle du simple désir de fonder sa propre famille sans réitérer les erreurs de la génération précédente (les relations de Brian avec son paternel font parties des meilleurs moments de la saison) ou de l'image qu'on aimerait incarner (l'hilarant coach d'Emmett dans l'épisode 9 qui est en fait son pseudo Internet), tous les thèmes touchent à des questions universelles auxquels homos et hétéros apporteront leurs propres réponses. Comme quoi les êtres humains ne sont pas si différents que ça quelles que soient les personnes avec lesquelles ils couchent.
Loin d'être la série ghetto qu'on aurait pu craindre, le Queer as Folk yankee parvient à concilier plaisir des yeux avec des scènes de cul sans chichi (mention spéciale aux joies du SM) et le plaisir du cœur par de purs moments d'émotion relayés par une mise en scène constamment inventive (superbes travellings arrières lors d'une banale discussion entre les deux lesbiennes, traduisant leur éloignement progressif l'une de l'autre). Ceux qui viendront se rincer l'œil en auront pour leur compte mais les autres, ceux qui voudront gratter la couche de strass pour dépasser les apparences, découvriront une très belle étude de la Vie. L'ensemble est peut-être moins transgressif que l'original, plus « formaté » sans aucun doute. Mais tout aussi attachant.

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