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Samedi 30 janvier 6 30 /01 /Jan 10:41
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Les vidéos sont (c)
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Les vidéos présentes et futures sont diffusées avec l'autorisation de
Isabelle B. Price et son équipe.
Par Isabelle B. Price - Publié dans : SERIE : LOS HOMBRES DE PACO
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Vendredi 29 janvier 5 29 /01 /Jan 11:24

 

chenu.jpg Photo (c) Jérôme Lavadou.


Sans aucun doute, j'aimerais à m'afficher...

Lucie Chenu

 

Pour la vingt-deuxième livraison de cette série de textes basée sur les hypothèses "Si j'étais homosexuel(le)" pour nos ami(e)s hétéros gay-friendly et "Si j'étais hétérosexuel(le)" pour nos ami(e)s gays hétéro-friendly, j'accueille avec un intense plaisir Lucie Chenu, qui fait partie de ma vie littéraire hors de ce blog et cette thématique. Lucie Chenu est une écrivain, anthologiste, et éditrice française travaillant dans le domaine de la littérature fantastique, de la fantasy et de la science-fiction. Elle a reçu le Prix Bob Morane à deux reprises (2008 et 2009) pour son activité d’anthologiste. Elle a été quelques années, active dans l'édition professionnelle tout comme dans le fanzinat (Horrifique) et le webzine (Univers & Chimères). Elle a co-dirigé la collection "Imaginaires" des éditions Glyphe de 2007 à 2009, date à laquelle elle a démissionné afin de se consacrer à ses propres écrits. Elle me fait (et nous fait) l'honneur de participer à cette série et, surtout, en réaction à l'homophobie vous offre une nouvelle... qui montre, si besoin en était, que hétéros et homos sont humainement liés envers et contre tous les haineux... Merci, ma chère Lucie...

 

 

Si j’étais homosexuelle, sans aucun doute, j’aimerais à m’afficher. Je ne supporterais pas les regards des bien-pensants – pas plus que je ne les supporte, maintenant, alors que je ne suis « que » hétéro. Je jouerais la provoc, pour mieux me défendre. Je défilerais à la Gay pride, même si la musique qui l’accompagne n’est pas ma tasse de thé. J’enragerais… j’enrage déjà.

Si j’étais homosexuelle, j’aimerais à explorer ton corps et le mien, riant de leurs ressemblances, m’étonnant de leurs différences. Si j’étais homosexuelle, je penserais tout savoir de ton désir, je le croirais semblable au mien. Et pourtant ! Je me tromperais sûrement. Parce que tu serais femme, comme moi, tes seins réagiraient de la même façon que les miens aux mêmes caresses ? Parce que tu serais femme, comme moi, mes doigts, ma langue, entre tes lèvres te procureraient la même jouissance qu’à moi, tes doigts, ta langue ? Je rêverais de te pénétrer jusqu’au plus profond de toi, et je le ferais – il y a des joujoux marrants pour cela. Je m’introduirais doucement, guettant tes réactions, la montée de ton plaisir. Et puis nous échangerions. Ah oui ! Pouvoir échanger nos rôles, dans l’amour comme en d’autres moments !

Si j’étais homosexuelle, peut-être m’apercevrais-je que le monde ne se vit pas en noir & blanc, en bite & trou.

Si j’étais homosexuelle, je ne pourrais pas mettre en cause, à chacune de nos disputes, ton genre et ton machisme ! Peut-être serais-je obligée de me remettre en question, chaque jour.

Si j’étais homosexuelle, serais-je vraiment une autre ?

 


chenu2.png

 

 

Bienvenue à Paris !

(nouvelle inspirée de faits réels)

 

 

Willkommen, bienvenue, welcome !

Fremde, étranger, stranger.

 Gluklich zu sehen, je suis enchanté, Happy to see you,

bleibe, reste, stay

in cabaret, au cabaret, to cabaret !


John Kander, Cabaret (1972, Bob Fos


Prison ferme. Quatre mois, autant dire une éternité. Martin se tient voûté, la figure dans les mains. Il n’ose pas regarder le visage de sa famille venue du Havre, de ses amis entassés là pour lui manifester leur affection, leur soutien. Martin sent qu’on l’entraîne, vers il ne sait où, menotté. On craint sans doute qu’après avoir brisé cette foutue vitrine, il ne détruise le Palais de Justice !

 

Casseur. Délinquant. Pour l’exemple. Les mots s’enchaînent et tournent et retournent dans ma tête sans aucune logique. Je ne comprends pas. Je ne sais pas ce que je fais là. J’ai mal, j’ai peur. J’ai froid. Peter. Comment va-t-il ? Va-t-il s’en sortir ? Où m’emmène-t-on ? J’entends l’avocat qui me parle, il a l’air soucieux, comme si c’était de lui qu’il s’agissait. Sans doute que ça la fout mal pour un commis d’office de n’avoir pas su convaincre le juge.

 

Dire qu’il y a quelques mois, tout allait si bien…

 

***

 

« Un jeune homme de 22 ans a été condamné hier à huit mois de prison dont quatre mois ferme pour avoir brisé des vitrines de magasins lors d'une manifestation anti-Sarkozy qui avait dégénéré, lundi soir à Paris, dans le quartier de la Bastille. » AFP 11/05/07

 

Julien repose la dépêche d’un air dégoûté. Trois lignes. Trois lignes pour condamner un homme, pour lui coller sur le dos l’étiquette à jamais indélébile « délinquant ». Alors que trois pages ne suffiraient pas à raconter, à expliquer comment ce « jeune homme de 22 ans » est devenu un casseur. Ni pourquoi. L’envie le titille d’en savoir plus, d’enquêter sur ce cas. Ça tombe bien, il n’a rien d’autre à faire. Tous les collègues se sont rués sur les politiques comme autant de nuées de mouches sur un tas de crottin ; les réactions face à l’élection de Sarkozy ne sont vendeuses que si elles émanent de gens connus. À Julien Durand le menu fretin. De toute façon, un freelance n’a d’autre choix que de suivre ses intuitions s’il veut bouffer – la rançon de la liberté.

Ça ne devrait pas être difficile de trouver les coordonnées du jeune homme, de ses parents, de son travail. Quelques coups de fil, quelques recherches sur le net, et bien sûr le PV de l’audience en comparution immédiate. Bien que sec et dénué de tout semblant de vie, un tel document est précieux pour qui sait s’en servir et Julien est passé maître dans l’art de l’investigation.

Sa décision prise, Julien descend en vitesse les escaliers, jette à Estelle, sa compagne et photographe attitrée, un « prends ton appareil et viens ! » auquel cette dernière, en vraie pro, répond au quart de tour en attrapant sa sacoche et les clefs de l’antique R5. Le moteur chauffe déjà quand Julien s’installe à côté de la conductrice après avoir prévenu la concierge qu’Estelle et lui partaient en reportage pour un temps indéterminé et qu’ils comptaient sur elle pour arroser les plantes et nourrir le chat.

En chemin, Julien brosse à Estelle un tableau de la situation. « Ce gars, Martin Dufy, casier judiciaire vierge, condamné à huit mois de prison dont quatre mois ferme pour avoir brisé une vitrine. Je veux savoir pourquoi il a fait ça, comment il en est venu à ce geste. Ça peut plaire à l’Hebdo, quand le public aura fini de s’intéresser aux réactions des politiciens. »

Estelle écoute, acquiesce de la tête, sans dire un mot, les yeux rivés à la route que lui trace Julien, à grands mots nerveux. À lui la parole, à elle le visuel. Ils se complètent à merveille, dans le boulot comme dans la vie.

Julien a décidé de commencer par le Havre. Il veut sentir d’où vient Martin, humer l’air marin mâtiné d’effluves pétrolières qui l’a nourri depuis l’enfance, comprendre comment Dufy a pu devenir un émeutier ou un pillard. Il veut faire sa connaissance, en quelque sorte.

 

***

 

« Qu’est-ce que vous voulez savoir ? Mon fils, c’est un gentil gars, pas une de ces racailles. Jamais il n’aurait lancé ce pavé, je ne sais pas ce qu’il s’est passé, ça n’est pas lui, ça… »

La femme renifle et s’essuie les yeux avec un mouchoir à carreaux qu’elle a sorti de la poche de son tablier. Julien l’écoute respectueusement, consolateur. Il a l’habitude, mieux vaut laisser parler les gens, ne pas poser les questions qui fâchent, ne pas les braquer. Petit à petit, madame Dufy se détend et raconte son fils, son brave petit gars, comme elle dit.

Martin a grandi sur les hauteurs de la ville, à Sanvic, un quartier tranquille. Il a passé toute son enfance dans une maison étroite coincée entre deux hautes bâtisses grises, avec un petit jardinet où traîne encore un vieux tricycle rouillé. Une scolarité sans histoire, une adolescence un peu terne, c’est ce que Durand déduit des confidences de madame Dufy. Un rayon de soleil, pour éclairer cette fadeur : l’amour du beau et un don pour la peinture que ses parents ne peuvent nier. Malgré le spectre du chômage, Martin sera artiste.

Julien repart de Sanvic muni des coordonnées de l’École Supérieure d’Art où Martin a fait ses études et du nom de l’un de ses professeurs, Leroux, qui a bien connu le jeune homme. Il sent en lui l’excitation de la traque, de la piste. D’un simple sourire, Estelle a obtenu l’autorisation de photographier la maison, le tricycle et la mère.

La rencontre avec Leroux s’avère décevante, le professeur s’irrite de ce qu’il ressent comme une intrusion. « Vous voulez quoi ? Salir ce garçon ? Vous croyez que vous ne faites pas assez de dégâts, comme ça ? » Et sans s’expliquer davantage, il leur claque au nez la porte de sa salle de classe. Durand jure : « putain, merde ! C’est quoi cet a priori sur le journalisme ? Ça lui vient pas à l’idée qu’on puisse vouloir faire du bon boulot ? Après ça, les gens râlent parce qu’on n’est pas bien renseignés, faut pas s’en étonner s’ils refusent de nous parler ! » Dépité, il quitte l’école à grandes enjambées sans s’apercevoir qu’Estelle n’est plus à ses côtés.

Estelle s’est attardée dans l’enceinte de l’école. Elle admire photos et dessins affichés sur des panneaux consacrés aux œuvres des élèves et tombe en admiration devant un portrait à la sanguine représentant un jeune homme au visage torturé. Elle se rapproche pour déchiffrer la signature, n’est pas vraiment étonnée de lire « Autoportrait – M. Dufy ». Un sifflement s’échappe de ses lèvres : celui qui a fait ça n’est pas un délinquant ordinaire, il n’est pas non plus un jeune sans histoires. Il faut avoir rencontré la souffrance et l’avoir apprivoisée pour peindre ainsi.

Alors qu’Estelle est plongée dans sa contemplation, une fille d’une vingtaine d’années vient se poster à ses côtés.

« Qu’est-ce que vous lui voulez à Martin, l’autre journaliste et vous ? »

Sans détourner les yeux de la figure écarlate, Estelle murmure :

« Savoir. Comprendre. Expliquer. »

Ces quelques mots ont suffi, elle en apprendra plus sur Martin en quelques minutes de conversation avec Malika qu’en deux heures avec sa mère.

Martin se savait gay depuis l’adolescence et ça ne lui avait jamais posé de gros problème. L’École Supérieure d’Art où il poursuivait ses études s’avérait un milieu extrêmement ouvert et ses copains rockers se fichaient éperdument de ses préférences sexuelles tant qu’il n’essayait pas de les draguer. Après tout, ça leur laissait plus de chances avec les filles. Quant à ses parents, il évitait soigneusement le sujet. Ça ne les regardait pas, point barre. Malika étant la meilleure amie de Martin, ils croyaient plus ou moins qu’il y avait quelque chose entre eux. Estelle soupçonne que la jeune fille était secrètement amoureuse de lui, mais ça n’est pas son affaire.

Quelques mois auparavant, Martin était parti vivre à Paris. « Monté à la capitale », comme on disait encore dans cette province pourtant peu éloignée de la dite-capitale. Il s’était tout d’abord installé dans une de ces chambres de bonne insalubres qu’on y comptait par milliers. Peu importe, il s’y plaisait, s’accommodait des locaux exigus, quoique ayant eu un mal de chien à y installer sa table à dessin. Il était arrivé en septembre dans l’espoir de vivre de son art. Ses professeurs de dessin avaient bien tenté de le mettre en garde, il avait envoyé bouler leurs arguments et vendu quelques toiles à Montmartre. Hélas, les touristes étaient repartis et les gens du cru n’avaient que faire d’un peintre de plus. Martin avait vite compris qu’il lui fallait gagner sa vie d’une manière ou d’une autre. Débrouillard, il avait dégotté un job de serveur dans une boîte de nuit, le Gay Titi. Il y avait découvert la solidarité de la communauté BGL, mais aussi l’ostracisme que ses membres subissaient.

Estelle avait haussé un sourcil.

« Ostracisme ? Il s’était passé quelque chose ?

– Je suis allée passer le week-end de la Toussaint à Paris, chez Martin. Le soir d’Halloween, il y avait une fête au Gay Titi. Pendant le numéro de Peter, des mecs l’avaient hué, insulté… Martin n’a pas supporté.

– Peter ? »

Peter, ses grands yeux bleus, ses cheveux fous, noirs aux reflets roux. Sa silhouette souple et son rire sonore. Malika raconte, des trémolos dans la voix et des étoiles dans les yeux, Peter, Martin, tout ce que ni les parents ni les profs ne sauront jamais.

Cette fois, c’est Estelle qui explique à Julien, tandis qu’ils rentrent à Paris bien plus tôt que prévu. Un Julien vexé de n’avoir pas découvert le job de Dufy – sûrement du black, c’est pour ça que ses recherches n’ont rien donné ! Peu importe, petit à petit, à mesure qu’il écoute Estelle, son article s’écrit dans sa tête.

Peter chantait et dansait, travesti. Au Gay Titi, il reprenait quelques morceaux du Rocky Horror Picture Show que le public scandait en chœur, tapant dans ses mains – le plus souvent à contre-temps – et jetant quelques poignées de riz de-ci, de-là. Dès qu’il le vit, Martin fut séduit. Mais c’est peu à peu, au cours des longues discussions, le soir, après la fermeture de la boîte, qu’il tomba réellement amoureux. Malika s’en souvient bien. Au fil de ses séjours à Paris, elle a vu évoluer la situation, amie et confidente à défaut d’autre chose.

Peter – en réalité Pierre Marchal – est titulaire d’une licence de lettres. Les fées qui se sont penchées sur son berceau ont été prodigues ; en plus de sa voix sensuelle et rauque, de son corps félin taillé pour la danse, elles lui ont accordé d’écrire des poèmes déchirants. On croirait, à les lire, qu’ils sont signés Verlaine ou Baudelaire. Martin se remet au dessin. Ses esquisses, acérées comme les traits de son visage, s’inspirent volontiers des gens de son entourage. Un soir qu’ils se sont attardés longuement à discuter autour d’un verre, Martin fait le portrait de Peter. C’est cette nuit-là qu’ils deviennent amants.

Quelques jours plus tard, Martin déménage ses toiles et ses pinceaux de sa chambre montmartroise dans l’appartement clair et ensoleillé de Peter, agréablement situé dans le Marais, non loin de la Bastille.

Les deux hommes vivent quelques semaines de pure félicité. De cette sorte de bonheur tellement parfait, tellement intense, qu’on se dit que ça n’est pas possible, qu’on va le payer un jour, mais qu’on s’en fout. Au-delà de l’union charnelle, ils partagent le même appétit de connaissances, la même envie de culture. Peter prête des livres à Martin qui l’entraîne dans les galeries d’art ou lui fait partager sa boulimie de cinéma d’art et d’essai.

Jusqu’à ce que le réel se rappelle brutalement à eux, quelques jours avant le premier tour des élections présidentielles. Le Canard Enchaîné révèle que, pour le candidat Sarkozy, « l’homosexualité, comme la pédophilie, c’était génétique ».

De la part de celui qui brigue le plus haut mandat, cette phrase fait peur, très peur. Qu’on puisse mettre sur le même plan l’homosexualité et la pédophilie… Martin a envie de vomir.

Les jours suivants passent en un tourbillon. Meetings, lectures attentives des journaux les plus divers, discussions passionnées et angoissées avec les amis, avec des militants de tous bords. Martin ne comprend rien à la politique, ça lui passe par-dessus la tête et l’économie est un truc totalement extraterrestre, pour lui. Il découvre l’inimaginable. Un rapport de l’INSERM commandé par le ministre-candidat sur le « trouble des conduites chez l’enfant ». Cette expertise devait permettre au gouvernement de mettre en place des mesures de dépistage précoce de « troubles du comportement » dans le cadre de la loi de prévention de la délinquance. Un système de repérage des futurs délinquants parmi les enfants de maternelle.

Des enfants, putain, merde ! Un gamin qui tire les nattes de sa voisine doit-il être considéré – et traité – comme un futur violeur potentiel ? Et ça n’est pas tout. Le projet de « franchise médicale » obligeant les plus malades à payer plus, ce qui va à l’encontre du principe de solidarité, à l’encontre de la Fraternité, pourtant inscrite au fronton de la République… Les reconduites à la frontière de familles d’enfants « sans papiers » pourtant scolarisés, au mépris des promesses… Des familles gazées au lacrymo à la sortie de l’école !

Julien interrompt Estelle d’un ton sec :

« Épargne-moi ton laïus, je le connais par cœur. Et ça n’explique pas comment il en est venu à casser cette vitrine. »

Voyant sa compagne se renfermer dans son mutisme habituel, il reprend, d’un ton contrit :

« Je suis désolé, ma puce. Mais je ne vois pas le rapport.

– Pour Martin, c’était une évidence. Malika m’a parlé de cette période, elle m’a dit combien il avait changé.

– On en saura plus au Gay Titi. Tu nous as ramené une précieuse information, quand-même ! »

Estelle sourit, satisfaite de voir ses mérites reconnus. Le trajet de retour vers Paris s’effectue en silence, un silence rêveur, pour elle, nerveux, pour lui. Comme à leur habitude.

Il est près de vingt heures quand ils arrivent. La boîte n’est pas encore ouverte au public, mais le personnel y est sûrement. C’est la bonne heure.

La façade du Gay Titi est sobre. Rien qui évoque La Cage aux folles. Une fois entrés, cependant, les Durand se croient transportés sur une autre planète tant le décor est étrange. Les couleurs, les formes, tout est choisi pour surprendre. On arrive à grand-peine à identifier un comptoir de bar étincelant, sur lequel un petit homme fluet à l’air morose passe et repasse un chiffon immaculé. Sa voix de basse surprend. À voir son gabarit, on l’aurait attendue haut perchée.

« Vous désirez ?

– Pourrions-nous parler au patron ?

– C’est moi, Thierry Brugeaud, dit Titi, pour vous servir. Quoique ce ne soit pas encore l’heure et que vous ne ressembliez guère à ma clientèle habituelle, rit-il.

– Nous voulions vous poser des questions au sujet de Martin Dufy… »

Contrairement au professeur de dessin, Titi s’éclaire.

« Martin, oui, un garçon gentil comme tout, bosseur et pas chiant. Ses dessins ? Bof, j’y connais rien, moi, en dessin. C’était joli, oui, et ressemblant mais… comment dire ? Ça ressemblait plus à l’idée qu’on se fait de la personne, qu’à la personne elle-même. Beau, mais déroutant. »

Pendant que le bonhomme parle, Estelle se promène dans la salle aux murs turquoise, s’imprégnant de l’atmosphère des lieux. Elle a l’impression de pouvoir ainsi revivre en esprit des événements passés. L’œil attiré par une toile exposée en vis-à-vis de la scène, elle s’avance.

« Ah, ça, c’est le portrait de Peter que Martin a fait. Attendez, je l’éclaire. »

Brugeaud tamise l’éclairage de la salle, puis allume une rangée de spots. L’effet est saisissant. L’homme qui surgit ainsi du mur est d’une beauté à couper le souffle. Il séduit, instantanément. Un regard charmeur, un sourire coquin, une fossette, une seule, au coin de la joue. Mais derrière ce sourire, on sent une profonde anxiété. C’est le portrait d’un écorché vif qui brandit l’autodérision comme une carapace.

« C’est Peter, tel qu’il était avant Martin, précise Thierry Brugeaud.

– Avant ? interroge Estelle. Parce qu’après ?…

– Martin l’a transformé. Il en a fait un homme heureux. Martin a, en quelque sorte, pris sur lui l’angoisse de Peter. Mais maintenant… allez savoir ce qu’il deviendra !

– Maintenant ? Quatre mois sont vite passés, intervient Julien. Ça n’est quand-même pas si dramatique.

– Pas si dramatique ? rugit Titi. Ah, mais vous ignorez tout, alors. Allez poser vos fesses, je vais vous raconter. »

Julien et Estelle vont s’asseoir à une petite table non loin de là. D’un geste preste, Titi attrape trois verres et une bouteille de bourbon qu’il leur sert, sans leur demander leur avis. Les deux autres, le ventre un peu creux – le repas avalé à la hâte au Havre est loin –, n’osent toutefois pas protester de crainte qu’il ne change d’avis. Mais Titi a besoin de s’épancher, comme un moulin à paroles au ressort depuis trop longtemps remonté. Durand n’aura aucun mal à reconstituer ce qu’ont vécu Martin et Peter, ces dernières semaines.

Malika avait raison, Martin s’était pris de passion pour les élections présidentielles. Il voyait le diable en ce candidat prompt aux amalgames, dénué de la moindre compassion. D’après Titi, découvrir en même temps la vie parisienne et ses aléas, l’amour et la politique, ça l’avait fait disjoncter.

 

***

 

Plus le temps passe, plus s’impose l’évidence : il ne faut pas, à aucun prix, qu’un homme aussi peu respectueux des Droits de l’Homme devienne le Président de la République.

Martin, qui n’avait jamais songé à la politique auparavant, se veut tout d’un coup militant. Pour lui, seule la gauche peut éviter le pire. Oui, mais quelle gauche ? La plus extrême, bien sûr. Celle de la banquière, du facteur ou du paysan. Peter argumente : pour que la situation de 2002 ne se reproduise pas, pour que Le Pen ne soit pas au second tour, une seule solution : voter utile. Martin se laisse persuader. Mais voter utile, c’est quoi ? Bayrou, insiste Peter, le seul à même de vaincre Sarkozy. Non, affirme Martin, il faut voter Ségolène.

Premier désaccord, première fracture dans l’union parfaite des deux amants. Peu importe, ce qu’il faut, c’est convaincre l’électorat de droite de ne pas voter Sarkozy qui devient pour eux le mal incarné. Pire que Le Pen car possible.

À leur grande surprise, Peter et Martin découvrent que beaucoup de leurs amis se fichent totalement des élections. Ou même, ont l’intention de voter Sarko. À croire qu’ils ne voient pas le danger ! Il faut donc persuader les indécis ou les je-m’en-foutistes d’aller voter contre. Ceux qui auraient dû se sentir concernés au premier chef, les habitués du Gay Titi, les écoutent d’une oreille distraite réclamant des chansons plutôt que des discours. Peter modifie son répertoire, remplaçant certains morceaux du Rocky Horror Picture Show par des chansons de Cabaret, de Bob Fosse, ce film qui dépeint la montée du nazisme dans le Berlin décadent du début des années 30. C’est peine perdue ; aucun des admirateurs du chanteur ne comprend le pourquoi du changement.

 

***

 

Ils se sont couchés tard, la veille, ou tôt, le matin. Se sont levés l’esprit embrumé et le corps délicieusement endolori. C’est l’après-midi, la fin d’une longue journée de travail pour les enfants de l’école Saint-Antoine. Peter marche en avant, pressé d’arriver au Gay Titi. Martin s’attarde devant la vitrine d’un photographe. Il envisage l’achat d’un appareil numérique, ce serait l’idéal pour exposer ses œuvres sur Internet. C’est maintenant le meilleur moyen de toucher le public et de se faire connaître. Qui sait ? Il pourrait démarcher les éditeurs, par exemple. Certains sont à l’affût de nouveaux illustrateurs, la BD est en plein essor. Martin avance en rêvant à l’avenir.

Seize heures trente, la sonnerie, la bousculade habituelle.

La fillette sort en courant poursuivie par les railleries d’un groupe de gamins plus forts qu’elle. Nombreux. En pleurs, elle se précipite, sans voir où elle va. Elle heurte Martin, trébuche, tombe du trottoir. Peter la rattrape in extremis au moment où une voiture fonçant dans le couloir de bus allait la renverser. Il la tient un moment contre lui, le temps de reprendre son équilibre.

«  Sale pédé ! Espèce de pédophile ! Lâche la gosse !

– Merci, monsieur ! Vous l’avez sauvée ! »

La mère embrasse sa fille tout en s’interposant entre Peter et le photographe surgi de sa boutique. L’erreur est dissipée, mais Peter et Martin s’éloignent l’amertume au cœur, celle que sèment les mots et les amalgames trop facilement jetés à la face, salissure inaltérable.

 

***

 

Au matin du 22 avril, Peter et Martin voteront différemment, pour deux candidats que tout oppose et que seule rassemble l’opposition au favori. Martin fait l’aller-retour au Havre, ses parents sont ravis de cette visite dominicale ; ils le voient si rarement, maintenant. Ils seront déçus, Martin rentre tôt à Paris, il veut suivre la soirée électorale avec Peter, dans le fol espoir que leurs champions seront désignés pour s’affronter l’un l’autre, deux semaines plus tard. Ça n’est pas le cas, bien sûr. Mais au moins le pire est-il évité : Le Pen n’est pas au second tour. Mieux encore : son score est mauvais. Laminé, le Front National. Les Français ont compris le danger de l’extrémisme. Reste le plus dur : vaincre le candidat de l’UMP.

Quinze jours durant, ils vont suivre, haletants, tour à tour pleins d’espoir ou désabusés, le jeu politicien. Bayrou donnera-t-il une consigne de vote ? Les députés UDF lui seront-ils fidèles ? Les ténors du PS soutiendront-ils enfin la candidate choisie par leurs militants ? Et comment se reporteront les voix de Le Pen ? Les candidats d’extrême-gauche, au moins, sont clairs. Même Arlette qui appelle à voter Ségo. Du jamais vu !

Quinze jours pendant lesquels se réveillent, peu à peu, les fêtards du Gay Titi, quinze jours pendant lesquels la France entière bruisse de discussions passionnées, de craintes enfin exprimées, de haine longtemps refoulée.

Les étrangers en font les frais. Pour Martin, le plus remonté des deux, les homos, les différents de toutes sortes ne tarderont pas à les rejoindre sur la sellette médiatique. Aucune compassion pour ceux qui souffrent, chacun pour sa gueule, travailler pour engraisser encore plus ceux qui ont déjà tout ; ça c’est le mot d’ordre, soigneusement fardé, de l’UMP qui tel un agent d’assurances vend ce qu’il ne possède pas : l’espoir.

De l’autre côté, on se veut pragmatique, on se veut capable. On se la joue sécuritaire, aussi. Mais en douceur. On aime, on materne, on est à l’écoute. Ségo ne promet pas ce qu’elle n’a pas, elle est honnête – sans doute a-t-elle tort !

 

***

 

Dès dix-huit heures, les premiers sondages, interdits de publication mais que chacun peut consulter sur le net – les sites belges ou suisses connaissent des pics de fréquentation record – donnent Sarkozy vainqueur. Peter et Martin se sont rendus place de la Bastille, ils croient encore à un sursaut du peuple français, à la victoire de la gauche. Ils refusent de toutes leurs forces l’inéluctable : Sarkozy est élu Président de la République.

Une nuit d’angoisse, une nuit de cris et de révolte inutile. Martin, surtout, est en rage. Peter, de dix ans son aîné, en a vu d’autres. Pour le cadet, tout est perdu, pour toujours. La vie tourne au cauchemar. Peter l’accompagne encore, le lendemain soir, alors qu’il pleure une nouvelle fois la liberté perdue – Martin a toujours eu un talent dramatique prononcé ! Il n’est pourtant pas le seul. Des dizaines de manifestants sont réunis dans une même rage. Sentiment de frustration, de trahison. On s’est fait avoir. On nous a niqués profond. On nous avait promis…

Promis quoi ? Du bonheur, de l’espoir, de l’écoute. Promis qu’on tiendrait compte d’eux. De ce qu’ils pensaient, de ce qu’ils croyaient. Qu’on ferait ce qu’ils demandaient ou qu’au moins on leur expliquerait pourquoi. Sans les prendre pour des cons.

Bien vite, le ton monte. Des pavés volent, des voitures brûlent, comme la veille. Les flics encerclent le quartier, on entend les sirènes. Peter veut rentrer, ils n’habitent pas loin, à quelques rues de là, quelques centaines de mètres, à peine. Il prend la main de Martin, l’aide à se faufiler entre les jeunes qui courent en tous sens en réclamant… quoi ? De nouvelles élections ?

Ils remontent le boulevard Beaumarchais à pas pressés, toujours main dans la main, le cœur étreint d’une angoisse sourde, comme si l’univers avait basculé du côté obscur. Paris n’est plus que cris et hurlements, en cet instant. La ville lumière vire au gyrophare. Des silhouettes s’agitent, se font menaçantes, brandissent… des armes ? Que se passe-t-il ?

L’homme, là. Martin le reconnaît, c’est le photographe de l’autre jour. C’est aussi le gros beauf qui avait insulté Peter, la nuit d’Halloween. Il les reconnaît aussi. Il a le regard fielleux. Ils sont bien cinq ou six, il a la force pour lui. Le nombre.

Les coups pleuvent sur Peter, les insultes fusent. Martin est emporté dans ce tourbillon de violence, pourquoi lui résister ? Ils se défendent comme ils peuvent, encaissent la bastonnade sans mot dire.

Un coup de sifflet. Les hommes s’éparpillent. Peter est au sol, prostré. Il est blessé. Mort ? Martin a la haine. Il sent sous ses doigts des pavés descellés, en attrape un, le lance vers les silhouettes en fuite. En attrape un deuxième et, de rage, le jette dans cette putain de vitrine derrière laquelle trônent les appareils photo de l’enflure qui a tué Peter. Cet enfoiré, il va voir. Je vais lui défoncer sa boutique, moi ! Assassin ! Ordure !

 

***

 

Ils se sont mis à quatre pour le maîtriser. Flagrant délit, procédure de comparution immédiate après deux jours de garde à vue durant lesquels un médecin lui a injecté un calmant. Il lui a fallu une dose de cheval, sinon, il défonçait le commissariat. Faveur rare : les flics qui l’ont arrêté n’ont pas retenu les outrages à agent et autres horions, compte tenu des circonstances.

Peter n’est pas mort. Il a passé cinq jours dans le coma. Il s’est réveillé pour apprendre que son compagnon était en prison et que lui-même resterait probablement défiguré et handicapé sa vie durant. La gueule d’ange s’est faite gueule de démon, la grâce aérienne du gay dancer s’est assise dans un fauteuil roulant. Et, pire que tout, on n’a pas attendu qu’il soit guéri pour entendre son témoignage. Qu’aurait-il pu dire de plus que les policiers qui avaient assisté à la scène de loin avant de se décider à intervenir quand il était presque trop tard ? Légitime défense ? Contre une vitrine et des appareils photos ? Allons donc ! Soyez sérieux, monsieur Marchal. Et soyez heureux qu’on n’ait pas retenu la tentative de vol avec effraction à l’encontre de votre ami. D’ailleurs, si monsieur Dufy l’avait souhaité, il aurait parlé de l’agression, n’est-ce pas ?

Peter étouffe, il veut chasser cet avocat bouffi de suffisance mais il a besoin de lui. Maintenant qu’il est sorti du coma, il peut témoigner, expliquer. Il faut faire appel !

Mais l’avocat ne l’entend pas de cette oreille. Commis pour assurer la défense de Martin Dufy, il estime avoir fait plus que son devoir en se déplaçant à l’hôpital pour rendre visite à Pierre Marchal à son réveil. Voyons, monsieur Marchal, ne comprenez-vous pas que si monsieur Dufy m’a interdit de parler de l’agression, c’est qu’il ne souhaite pas que ses… que son homosexualité soit révélée ? Pensez donc, en prison… Et puis vis-à-vis de sa famille. Ne soyez pas si égoïste, pensez un peu à votre ami !

L’homme de loi s’en va, abandonnant Peter à son désespoir. Et à ses anxiolytiques.

 

***

 

« Un homme de 32 ans est mort à l’hôpital des suites d’un accident survenu alors qu’il tentait de s’éloigner de la manifestation anti-Sarkozy, le 7 mai à Paris, dans le quartier de la Bastille. » AFP 18/05/07

 

***

 

Ni l’Hebdo, ni aucun autre journal, ne s’est intéressé à l’article de Julien Durand. Une banale agression, en ces temps d’entre-deux élections, on a d’autres chats à fouetter. Les législatives se préparent, les alliances se nouent et se délitent : voilà qui est autrement passionnant.

 

© Lucie Chenu – 2009/2010


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Par Daniel C. Hall - Publié dans : SI J'ÉTAIS... HOMO (ou) HÉTÉRO
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Vendredi 29 janvier 5 29 /01 /Jan 10:56

 


 

Si j'étais hétéro, je serais moins sexuel...

Gérard Coudougnan


Pour la vingt-et-unième livraison de cette série de textes basée sur les hypothèses "Si j'étais homosexuel(le)" pour nos ami(e)s hétéros gay-friendly et "Si j'étais hétérosexuel(le)" pour nos ami(e)s gay hétéro-friendly, j'accueille avec un plaisir et un honneur non dissimulés mon rédacteur en chef adjoint et ami Gérard Coudougnan à qui l'on doit (entre autres) la chronique "La Bibliothèque Rose du Père Docu" sur notre blog. Il est né en 1962 et a pour qualification « enseignant-documentaliste », vous savez la dame qui râle au C.D.I. (centre de documentation et d'information) : c'est lui. Pour des raisons indépendantes de sa volonté, il est en ce moment éloigné de son lieu de travail habituel mais a toujours un C.D.I. (contrat à durée indéterminée) avec les bouquins pour qui il a une vraie A.L.D. (affection de longue durée). Au hasard de ses lectures, il a croisé Marc-Jean Filaire puis Môssieur Daniel C. Hall (« The Boss ») qui lui a proposé de regrouper quelques « recensions » d'ouvrages à thématique LGBT.


        Si j’étais hétéro, je serais sans doute moins sexuel : je ne pense pas que, même dans le cadre d'un libertinage évolué, je puisse avoir autant de partenaires, autant de jouissances variées, de complicités physiques et amicales que celles que nous entretenons, mon mec et moi avec divers camarades de jeux, en majorité… hétéros.

        Je serais très certainement en couple (pas marié : la cérémonie me débecte) et nous aurions un ou deux enfants. J'aurais une compagne ayant eu, si possible, une bonne expérience d'amour parental, la mienne ayant été peu convaincante.

        J'aurais dû la présenter à mes parents, grenouille et crapaud de bénitiers, avec dans la tête mon plus ancien souvenir d'enfance. Âgé de cinq ans, après un énorme caprice, Môman m'avait déclaré : « Quand tu viendras me présenter ta femme, je lui dirai que tu as un sale caractère ». La dénonciation perfide m'intrigua moins que cette vision de l'avenir énoncée par une personne omnisciente et omnipotente : j'aurai un jour une femme, il n'y avait ni choix ni doute.

        Je n'aurais pas eu conscience de faire un choix : féru de littérature, je serais donc un mec « normal », si la normalité se réfère aux nombres de personnages remplissant la caractéristique « attrait naturel pour le sexe opposé ». Les autres m'auraient sans doute amusé : quels autres ?

        Un jour, mes parents évoquaient le suicide d'un jeune habitant du village. Ma mère conclut par : « c'est normal, il était pédé ». Muet, je retins le mot dont j'ignorais le sens comme « cause naturelle de suicide ».

        Bien plus tard, en ville cette fois, notre voisine de palier avait, parmi ses enfants un garçon d'une trentaine d'années toujours accompagné d'un gars un peu plus âgé. Le mot « pédé » ressortit et prit une couleur variable : quand nous croisions les deux hommes, c'était avec force sourires mais les commentaires ultérieurs étaient méchants. Au collège, j'avais appris le sens du mot. Un « je ne sais quoi » m'empêchait de dire que j'« en » connaissais. Lorsque la sœur, puis la nièce de ce garçon moururent dans des circonstances tragiques, ma mère entama une litanie qui classait les malheurs par ordre croissant. « Notre voisine, la pauvre Madame P. est marquée par le destin : sa fille est morte dans l'explosion de son immeuble, sa petite-fille dans un accident de la route et en plus, son fils est pédé. »



        Si j'avais été hétéro, jamais un fantôme ne serait venu me faire débander. Lors du décès de mon grand-père maternel, paterfamilias à la carrure et au prestige imposants, j'avais quatorze ans et ma mère me fit jurer que je ne ferais jamais rien de mal. « Chaque fois que tu feras quelque chose de mal, ton grand-père te verra du haut du ciel. » Grand-père fut en effet très discret lors de mes rapports hétérosexuels. Est-ce à lui que je dois mes subites flaccidités avec des garçons pourtant beaucoup plus excitants pour moi ?

        Mais cessons de freudonner la mélodie de la mère abusive. Le pourquoi n'a aucun intérêt : je me fous de savoir quels sont les motifs de ma préférence pour la pizza par rapport à la tarte aux pommes.

        Je n'ai pas fait de coming out familial. Ce passage n'a d'importance que s'il y a de l'amour en jeu et il n'y avait qu'un mélange d'orgueil bigot, de bêtise sociale et un désintérêt total. Je montai au contraire un scénario minable mettant devant le fait accompli avec un mélange de mépris et de naïveté surjoué. Avec les amis, ce fut une autre affaire, émouvante, qui prit aux tripes et renforça de vrais liens.

        Hétérosexuels, nous n'aurions jamais, lors de nos voyages et sans aucun recours au tourisme sexuel ni à la prostitution, partagé le vécu de ces garçons « différents », arabes, mexicains, espagnols, guatémaltèques ou israéliens. Ces derniers avaient en 1984, à la veille de départs vers une frontière libanaise en conflit, une façon bouleversante de s'abandonner au plaisir comme si c'était la dernière fois de leur vie.



        Si j'étais hétérosexuel, je n'aurais pas rencontré Bernard. J'aurais certainement exclu un partenaire de seize ans mon aîné. Ou alors j'aurais « pris une vieille » ? Une fois franchi le seuil de l'homosexualité, seule la personne avait de l'importance. Comme l'aurait dit Mme Mallowan, épouse d'un archéologue célèbre et romancière plus connue sous le nom d'Agatha Christie : « Avec un mari archéologue, plus vous vieillissez, plus il s'intéresse à vous. » L'ex futur égyptologue c'est moi, mais je suis aussi depuis l'attaque d'une maladie invalidante, la momie Gérard que mon cher et tendre veille et bichonne comme aucun professionnel de santé ne saurait le faire, avec une tendresse et une patience qui ont étonné bien des couples hétérosexuels.

        Si j'étais hétérosexuel, je n'aurais peut-être pas trouvé en ce conjoint l'énergie de survivre. La motivation est inégale. Un enfant à élever aurait pu être plus motivant, ou plus culpabilisant.

        La liste des bonheurs vécus pendant vingt ans de pérégrinations en Égypte, en Espagne et sous tant d'autres cieux serait moins lourde à comparer avec la marge de manœuvre actuelle, mais comme on dit en espagnol « no nos quitaràn lo bailado » (ce qui est pris est pris).


Gérard Coudougnan

Par Gérard Coudougnan - Publié dans : SI J'ÉTAIS... HOMO (ou) HÉTÉRO
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Vendredi 29 janvier 5 29 /01 /Jan 10:02
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Par Daniel C. Hall - Publié dans : VISUELS : Les affiches et pubs roses
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Jeudi 28 janvier 4 28 /01 /Jan 09:55


Le Père Docu s'appelle Gérard Coudougnan, il est né en 1962 et a pour qualification « enseignant-documentaliste », vous savez la dame qui râle au C.D.I. (centre de documentation et d'information) : c'est lui. Pour des raisons indépendantes de sa volonté, il est en ce moment éloigné de son lieu de travail habituel mais a toujours un C.D.I. (contrat à durée indéterminée) avec les bouquins pour qui il a une vraie A.L.D. (affection de longue durée).

Au hasard de ses lectures, il a croisé Marc-Jean Filaire puis Môssieur Daniel C. Hall (« The Boss ») qui lui a proposé de regrouper ici quelques « recensions » d'ouvrages à thématique LGBT.

Toute remarque, toute suggestion sera la bienvenue. Les avis, sous forme de commentaires, pour échanger des points de vue encore plus !

La bibliothèque rose est ouverte… vous avez lu Le Club des Cinq d'Enid Blyton ? Claude, le « garçon manqué » est peut-être alors votre première rencontre avec une petite lesbienne ou une future transgenre ? Ah bon, vous n'avez pas connu les Bibliothèques Rose et Verte ? Qu'importe, entrez (couverts !) ici et faites ce que vous voulez entre les rayons, ne soyez pas sages ...

 

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Antonio Manuel, Par amour, Atlantica, 2009, 269 p., 20 €.

 

J'ai lu Par amour comme on observe une immense tapisserie du XVIIIe siècle...

Antonio Manuel est l'héritier des plus grands maîtres lissiers de la manufacture espagnole de Santa Bàrbara. Ce jeune écrivain sait tisser les mots sur son métier d'homme de lettres. Son carton, son programme n'apparaissent pas dès les premières pages de ce travail dense et aux mailles finement ouvragées. Avec un peu de recul se distinguent des grandes lignes : l'amour en est, comme le titre l'indique, l'ordonnateur majeur. Amours d'un homme pour d'autres hommes, vécues sans aucune culpabilité mais avec de grandes interrogations sur l'étendue, les limites, les perspectives et les couleurs de ces personnages secondaires, les partenaires. Au premier plan se situent les parents : la mère, source tarie et ceux à qui l'œuvre est dédiée : le père espagnol illettré et viscéralement homophobe (1) et la grand-mère aimante.

Le style peut être rattaché à diverses écoles : Freud (avec des touches lacaniennes et doltoiennes), les principes du yoga et Jésus Christ, fils d'un dieu d'amour, qui a ressuscité Lazare.

Des écrivains jouent un rôle : Annie Ernaux, Madeleine Chapsal et Dominique Fernandez (1).

Les coloris sont violents et contrastés : les fils de la trame narrative ont été trempés dans le sang et les excréments ainsi que dans divers aliments (ingurgités ou régurgités) et des doses variables d'anxiolytiques et d'antidépresseurs. Le blanc lacté fait cruellement défaut à l'auteur qui recourt régulièrement au gris de son psychanalyste.

Antonio Manuel a remis plus de cent fois son ouvrage sur le métier à tisser les descriptions, les émotions, les aspirations, les déceptions, les affections.

Chaque mot, chaque phrase est un travail minutieux : les mots importants sont traités à la loupe étymologique, les personnages reviennent régulièrement préciser un profil que le maître lissier n'hésite pas à recadrer dans une nouvelle perspective à partir d'éléments de la toile de fond qui viennent modifier l'angle de vue. Un aplat devient un relief, un détail une pièce centrale.

Le corps de l'œuvre est celui de l'auteur : un champ de batailles où les étreintes sensuelles à deux ou trois sont aussi puissantes que le combat mené contre une maladie qui entraîne le narrateur dans des introspections douloureuses où se succèdent boulimie et anorexie :

« Mon corps exprime ce que je ne puis entendre. Il met en maux tout le maudit des mots, tout le rance du sentiment, le ferment de toute rancune. Ni haine, ni amertume, certifie ma parole. Mais mon corps désavoue cette vérité fourbe, juste bonne à tromper ma logique, ma raison. » (p.101)

Par amour est le poignant récit d'un combat entre cœur et corps, raison et passions. Le tableau d'un maître qui sublime ses douleurs dans une prose ciselée au scalpel. Rêves et cauchemars, sans doute plus près de la réalité d'un homme que de la fiction d'un narrateur qui réussit à nous entraîner vers une ligne d'horizon. Il est évident que cette écriture en a défini le cadre et les perspectives.

 

(1) http://www.lestoilesroses.net/article-32794391.html

 

POUR EN SAVOIR PLUS :

Le blog de l'auteur :

http://antoniomanuel.over-blog.com/

Pourquoi écrit-il ?

http://sites.google.com/site/leslivresdantoniomanuel/a-la-question-de-savoir-pourquoi-j-ecris

Le site de l'éditeur :

http://www.atlantica.fr/

 

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INTERVIEW D’ANTONIO MANUEL

par  Gérard Coudougnan

 

 

Les Toiles Roses : Bonjour Antonio, pourrais-tu te présenter à nos lecteurs ?

Antonio Manuel : Cette question m'évoque immédiatement la citation de Jacques Lacan ‒ dont je viens de lire le commentaire proposé par le philosophe Kévin Krantz dans son excellent ouvrage Le Soleil se lèvera-t-il demain ? : « Si un homme qui se croit un roi est fou, un roi qui se croit un roi ne l'est pas moins ».

En effet, c'est une question qui risque de me réduire à la réponse que je vais faire. Je ne me définirai pas, pour éviter le piège, par celui que je ne suis pas ou pense ne pas être, mais j'essaierai de ne pas me réduire à ma fonction sociale d'enseignant de lettres modernes, le premier élément de réponse qui me vient à l'esprit, après mon nom, quand on me demande qui je suis.

J'aimerais pouvoir me présenter, en cette circonstance, en me désignant, avec la même tranquille certitude qu'en répondant « professeur de lettres modernes », comme un écrivain. Je prends la peine de préciser cela parce qu'effectivement, pour moi en tout cas, et pour les personnes qui ne me connaissent pas intimement ou qui n'ont lu ni mon blog, ni mon site, ni mon roman, cela ne va pas de soi. Peut-être parce que je ne vis pas de ce travail d'écriture, et, c'est lié, parce que ce premier roman publié, bien qu'édité assez facilement, n'a pas bénéficié de la publicité nécessaire à sa diffusion et à ma reconnaissance en tant qu'écrivain.

Je suis donc professeur de lettres modernes, écrivain, professeur de yoga, à l'occasion, et je fais fonction de documentaliste depuis la rentrée scolaire. J'ai 42 ans. Je suis officiellement célibataire et je souffre d'une maladie de Chron. J'évoque la pathologie dont je suis atteint parce qu'elle est invalidante, d'une part, et conditionne donc ma vie, mais aussi et surtout parce qu'elle n'est pas assez connue, bien que de plus en plus fréquente comme toutes les maladies auto-immunes, et mérite qu'on en finance la recherche plus généreusement (1).

 

Mais Antonio, tu sais bien que la plupart des auteurs ont un autre travail (souvent, comme toi, dans l'enseignement). Peu nombreux sont ceux qui ne vivent que de leur plume. Faire éditer son premier roman à compte d'éditeur est déjà une reconnaissance. Ne crois-tu pas que ton livre, par sa thématique et son style, ne pourra toucher qu'un public forcément limité ?

Je suppose que par sa thématique tu fais allusion à l’homosexualité du narrateur. C’est vrai que le narrateur est homosexuel mais l’intimité forte que la narration à la première personne crée entre ce personnage et le lecteur me semble propice à l’abolition de toute altérité.

D’ailleurs le point de vue interne adopté introduit le lecteur dans le for intérieur du protagoniste depuis lequel le monde lui est donné à voir, à déchiffrer, à comprendre. Aussi l’identification du lecteur avec le narrateur favorise-t-elle le dépassement des frontières qui délimitent l’espace que sa différence en matière de sexualité pourrait étirer entre eux et participe-t-elle à la résolution de l’énigme que l’autre constitue trop souvent à nos yeux. 

Lire un roman c’est souvent essayer de découvrir ce qui se dissimule derrière l’opacité d’autrui. Et puis je pense, comme Baudelaire dans le poème liminaire du recueil des Fleurs du mal, intitulé « Au lecteur », ou Hugo dans sa préface des Contemplations, que le « je » est une personne interchangeable : au « je » du narrateur se substitue avec aisance celui du lecteur. Il devient ainsi instantanément, infailliblement, involontairement l’instance énonciative du récit dès qu’il en entreprend la lecture : « Hypocrite lecteur, mon semblable, mon frère ! » ; « Quand je vous parle de moi je vous parle de vous. Insensé qui crois que je ne suis pas toi ! ». L'expression de ce qu'il y a de plus intime en soi mène à l'universalité.

Pour ce qui est du style, si d’une certaine manière on peut le définir comme un écart par rapport à la norme, la transcription de la singularité d'un regard, celui du narrateur, à la fois précis et imagé, poétique et réaliste, je ne le crois cependant pas un obstacle à la lecture du roman qui en sélectionnerait le lectorat parmi l’élite intellectuelle, instruite et cultivée. J’en veux pour preuve son acquisition par plusieurs bibliothèques municipales de la région où il fait partie des 20 % de livres les plus empruntés. 

 

Ton roman est une autofiction : à quels jeux se livrent le je autobiographique et le je de fiction ?

Je comprends très bien ton emploi du mot « jeux »mais je le réfute. Il ne s'agit en aucune façon d'un jeu. Dès l'instant où j'écris « je », j'ai la sensation libératrice d'être moi dans mon intimité la plus honteuse, la plus sale, la plus impudique et dans le même temps de trahir celui que je suis du fait même de l'écriture. Je suis bien le narrateur du roman Par amour, néanmoins le choix des mots, la recherche d'une mélodie, d'un rythme, la quête d'un ailleurs stylistique me défigurent. Sans parler du souci de l'efficacité narrative ‒ que je considère comme une beauté plastique, comparable à la fascination éprouvée devant un tableau ou une sculpture ‒ qui déforme le réel vécu.

Il n'est donc pas question d'un jeu entre la fiction et la réalité de ma vie. J'utiliserais, au contraire, le mot « drame » dans sa polysémie : l'usage du « je »rend possible la création d'une action, celle d'écrire et de décrire une réalité jusqu'alors virtuelle qu'on appelle ordinairement « fiction ». Drame encore que cette condamnation de l'auteur d'autofictions à se dire pour exister.

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Dans cette partie de cache-cache, la recherche de la qualité stylistique, la quête d'une perfection littéraire est-elle un élément qui réunit réalité et fiction ou un défi qu'il incombe au nouvel être issu de cette fusion d'affronter ?

À la première partie de la question je répondrais, sans hésitation, par l'affirmative. Il n'y a pas de fiction possible si ne s'impose pas « une manière absolue de voir les choses », ainsi que Flaubert définit le style. Le style réunit la réalité et la fiction dans la mesure où il la crée.

Deux de mes frères ont rompu tout lien avec moi, en partie, parce qu'ils n'ont pas compris cela. Ils ont pris le style pour argent comptant. Autrement dit, ils ont considéré mon roman comme un vulgaire témoignage sur ma vie et n'ont pas du tout apprécié qu'il soit public, alors que la quête d'une perfection littéraire m'a nécessairement contraint à transfigurer la réalité, à l'altérer, puisqu'il s'agissait d'écrire une autofiction et non une autobiographie. Dans cette partie de cache-cache, ils n'ont pas su discerner le vrai du faux, la part du rêve de celle du réel.

En ce qui concerne la seconde partie de la question, je serais moins catégorique. Il est vrai qu'écrire ne transforme pas seulement le monde décrit mais aussi l'écrivain. Le défi est avant tout d'écrire, d'« oser écrire » pour reprendre le titre d'un livre de Madeleine Chapsal. Une fois, celui-ci relevé, le roman achevé, je ressens d'abord une libération sans commune mesure. Celle d'un devoir, vital, achevé. Puis, un tourment s'empare de moi. Lui ai-je été fidèle ? Ai-je vraiment respecté cette vérité ineffable qu'il m'incombe de révéler ? Suis-je réellement digne de les tutoyer ceux-là que j'aime, que j'ai aimés, cette famille qui comprend les noms des écrivains qui me sont chers ? Suis-je parvenu à faire encore quelques pas sur le chemin de ma vie et à accompagner le lecteur dans son propre cheminement existentiel ? Là est le véritable défi. Il nous incombe à tous: réussir à vaincre ou du moins à donner un peu plus de sens à l'absurdité de notre humanité, vivre pour mourir.

Alors parce que, comme tu le dis, du livre est né un nouvel être, je suis à même de marcher encore, « Je peux faire quelques pas / sans tomber / je viens de loin ». Eluard exprimait ce « dur besoin de durer » merveilleusement bien. Je peux poser sur ma vie un regard plus apaisé.

 

Il y a plusieurs séparations, plusieurs exils dans ton texte : une vie unifiée et un chemin régulier sont-ils des thèmes ennuyeux ou tout simplement inaccessibles ?

J'ignore ce qu'est une vie unifiée. Sans doute parce que la mienne ne l'est pas. Les séparations et les exils auxquels tu fais référence sont involontaires. La rupture du narrateur avec G. survient brutalement, de façon inattendue. Elle est une violence, peut-être salutaire, qui lui est infligée. Il la subit et il en souffre, passionnément. La séparation d'avec sa grand-mère maternelle, qu'il a toujours considérée comme sa mère d'adoption, le don quémandeur d'amour fait par sa mère biologique à sa propre mère, résulte de son décès alors qu'il est âgé de six ans. Cette disparition reste insensée pour lui car aucun adulte ne prend soin de la rendre signifiante. Ainsi, il n'assiste pas à ses funérailles mais est envoyé à l'école comme un jour ordinaire. Son obsession de la mort des siens, de sa mère en particulier, de tous ceux qu'il aime, et le fait qu'il vive toute séparation inhabituelle de façon maladive, dans la peur de perdre l'autre, dans l'angoisse de ne plus jamais le revoir, s'enracine dans ce traumatisme de son enfance. Le cancer fulgurant qui emporte son père en une semaine réactive cette ancienne blessure et lui permet d'intégrer l'idée de la mort sur le plan symbolique. Si l'on ne peut concevoir sa propre mort, comme l'explique Freud, la disparition définitive de son père lui enseigne que le deuil est moins pénible lorsque l'on comprend que le défunt reste en soi présent et que l'écriture l'éternise.

Pour ce qui est de l'exil, le texte en rappelle trois circonstances. Le premier exil, celui qui dramatisera les deux autres, est métaphorique. Il ne concerne pas directement le narrateur mais s'inscrit dans l'histoire des siens sous la forme d'une tragédie. Contraint, douloureux, c'est un déracinement qui élabore dans l'imaginaire familiale une mythologie conférant à la décolonisation de l'Algérie la dimension d'un tabou. Mythologie parce que l'Algérie devient progressivement une utopie, le non lieu d'un bonheur indicible. Tabou du fait de la souffrance que provoque son évocation.

Le narrateur nourrira toute sa vie une fascination ambigüe, une nostalgie sans cause pour cet orient méconnu mais néanmoins familier, proche comme peut l'être au réveil le souvenir rêvé d'un amour intense.

Le déménagement durant son adolescence, ce départ du nord de la France pour le sud, retentit, pour lui, comme la répétition d'un cauchemar.

Sa mutation professionnelle du sud de la France pour le nord cette fois, étrange et décevant retour aux sources, constitue le troisième et dernier avatar de cette série d'exils.

Il n'y a donc là aucun divertissement recherché comme remède à l'ennui d'une existence monotone parce que trop bien réglée. Ce sont plutôt les aléas d'un parcours imposé.

 

Quels rites, religieux ou spirituels, te paraissent les plus importants comme axes de l'existence de ton narrateur et/ou de toi même ?

Je n'aime pas le formalisme et l'aspect doctrinaire des religions. Mon narrateur s'est constitué un ensemble de croyances et de pratiques culturels ou cultuels qui sont le fruit de ses errements spirituels et de ses trouvailles bénéfiques.

Le yoga est une de ces pratiques que nous avons en commun mon narrateur et moi-même. Le terme d'axe convient parfaitement à cette philosophie qui a pour but, à mes yeux, d'orienter l'être vers le centre de transparence qui est en lui. De lui permettre de se relier à ce qu'il a de plus sacré, cette part d'éternité que l'on peut nommer Dieu ou bien énergie vitale, selon ses convictions.

Il m'est apparu comme une pratique complémentaire à celle de la psychanalyse dans la mesure où, par le biais des asanas ou postures, il laisse parler le corps afin de lui restituer son vrai langage au détriment de celui appris par les injonctions éducatives. Verticalité me semble être le mot qui résume l'ambition du yoga tel que je le conçois : étirement d'une colonne vertébrale qui tend à faire du corps la flamme qui brûle vers Dieu, de l'homme un trait d'union entre la terre et le ciel.

La lecture du Nouveau Testament avec la figure solaire, révolutionnaire, et infiniment bienveillante du Christ inspire également beaucoup le narrateur de Par amour. Elle pose à côté du modèle du Bouddha, celui d'un autre « éveillé vivant ». Le fascine surtout le cryptage poétique du langage du Christ qui réveille en lui une nouvelle puissance d'exister.

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L'homosexualité est-elle un élément qui a un rôle, une place (laquelle ?) dans ces axes de vie ?

Mon homosexualité guide tous mes choix. Je la crois à l'origine de ma pathologie parce que je l'ai lue dans le regard de mon père et entendue dans ses propos répétés comme une hérésie, un crime impardonnable, une tare, une abjection.

Je ne sais pas si je me suis haï d'emblée d'être la cause possible d'une telle ignominie en cas de révélation publique ou de découverte involontaire par autrui de cette appartenance à une minorité sexuelle ou bien si je l'ai détesté, lui, en premier. Le fait est que son désaveu s'il avait su, il me l'a introjecté dans l'organisme en une perfusion de chaque instant.

Faire une psychanalyse, pratiquer le yoga, écrire bien sûr, m'aident à réaliser une sorte de transfusion. Je tente de relever la tête, de me tenir bien droit pour pouvoir faire face au Père.

 

Tu travailles actuellement dans le Centre de Documentation et d'Information d'un établissement scolaire : quelles joies, quelle frustrations, quels sentiments en général t'apporte ce rôle d'intermédiaire entre des jeunes en construction et la place que peut jouer la lecture dans cette ouverture au monde ?

Cette question recoupe mes préoccupations actuelles. J'ai lu depuis le mois de septembre une infinité de romans destinés aux adolescents dans l'espoir d'en découvrir quelques uns qui vaillent la peine de les inciter à les lire. Aucun ne m'a vraiment enthousiasmé. J'ai fini par me dire que cette catégorisation était avant tout commerciale et qu'un roman pour adolescent est un roman que les adolescents prennent plaisir à lire. Le problème reste entier puisque, excepté les livres relevant du genre à la mode de l'héroïc fantasy dont certains élèves sont particulièrement friands, la plupart d'entre eux ne lisent que par obligation scolaire.

Je me sens donc frustré et je connais des heures de résignation avant d'être repris par l'exaltation à l'idée qu'en pénétrant dans le CDI, ils jouissent du bonheur potentiel inouï d'affronter le monde entier grâce à la lecture de quelques livres essentiels. Et s'il s'agit d'une de ces quelques journées de joie où un élève vient emprunter l'un des romans que j'ai exposés, accompagnés de quelques lignes de présentation incitatives, je me dis que tout n'est pas perdu.

 

Merci Antonio et meilleurs vœux de réussite.

 

(1) Site de l'A.F.A. : http://www.afa.asso.fr/


Note de Daniel C. Hall : Si les éditeurs ou les auteurs (auto-édités ou non) souhaitent envoyer un service de presse à Gérard en vue d’une critique sur ce blog, merci de prendre contact avec le chef Daniel C. Hall qui vous communiquera ses coordonnées :
lestoilesroses@hotmail.fr.


TO BE CONTINUED…

Par Gérard Coudougnan - Publié dans : LA BIBLIOTHEQUE ROSE
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Mercredi 27 janvier 3 27 /01 /Jan 12:16
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Ecouter l'émission en entier
Par Daniel C. Hall - Publié dans : LA BIBLIOTHEQUE ROSE
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Mardi 26 janvier 2 26 /01 /Jan 11:22
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(Merci à Zanzi)
Par Zanzi - Publié dans : VISUELS : Les affiches et pubs roses
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Lundi 25 janvier 1 25 /01 /Jan 15:01

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Gérard Coudougnan , le rédacteur en chef adjoint et le père Docu des Toiles Roses parlera sur la radio Fréquence Paris Plurielle http://www.rfpp.net, ce soir vers 20h30 dans la célèbre émission de notre ami Brahim Naït-Balk : Homo-micro. Il y sera question de son autre casquette, celle de rédacteur du site de rencontres http://www.handigay.com. Quelques minutes de visibilité pour parler de d'un mélange étonnant, détonant et qui dérange : handicap physique et... homosexualité. Vous imaginez draguer un handi ? Un sourd en boîte de nuit, un aveugle en backroom, ça doit pouvoir se faire. Pour le reste...


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Par Daniel C. Hall - Publié dans : LES NEWS ROSES
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Lundi 25 janvier 1 25 /01 /Jan 11:30


de  Nico Bally

 

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NOTRE PÈRE,

QUI ÊTES AUX CIEUX...

 

Nico Bally a publié une multitude d'histoires étranges sur divers supports, du webzine à l'anthologie, en passant par le livre photo-musical.

Après avoir sillonné les villes les plus exotiques et palpitantes du globe (Dunkerque, Manchester), il vit aujourd'hui à Lille où il fête tous les jours son non-anniversaire (trente ans tout rond) avec un lapin gay, une chatte blanche déguisée en chatte noire, et la fée Clochette.

En marge de l'écriture, il travaille comme contrôleur de contenu pour Recisio Music malgré de longues études en sciences, informatique et philosophie. Il respecte les lois du TATBAR (Touche À Tout, Bon À Rien) en s'adonnant à la photographie naïve, la musique noise-ambiant expérimentale, les courts-métrages DIY, l'auto-pornographie, le rot tonal et la peinture sur vélo.

Pour Les Toiles Roses, il élargit ses univers fantastiques-oniriques en développant les thèmes LGBT qu'il avait trop souvent mis de côté.

 

 

Notre Père, qui êtes aux cieux,

 

Comment se déroulent vos vacances ?

Ici, on apprend à vivre sans vous. Nous savons désormais créer nos propres déluges, nos propres plaies. Vous devriez voir nos Nagasaki, nos réchauffements climatiques, nos génocides ! Vos pluies de feu font pâle figure à côté, et nombreux sont ceux qui voient maintenant en vous un « Dieu d’amour ».

Votre réputation de Dieu vengeur est définitivement enterrée.

Certains pensent même que vous êtes vraiment devenu gentil, que votre silence est une invitation à la liberté, et que le Pardon que professait votre « fils » n’était autre qu’un appel à ce que l'on vous pardonne. Ou faut-il écrire « Vous » ? J'avoue être mauvais en orthographe, je n'ai jamais vraiment su comment placer les majuscules lorsque l'on s'adresse à Votre Personne.

Peu importe.

Nous ne sommes pas seulement devenus vos égaux en termes de fléau, nous progressons également sur la question de l'homosexualité.

Je sais que vous avez créé l'Homme à votre image, et que la Femme fut ensuite créée pour nous permettre de nous reproduire. Malheureusement, le manque de respect que cela a engendré envers ces femmes est encore trop prégnant, alors même qu'elles se sont révélées nos égales, et parfois même supérieures à la gent masculine.

Certains peinent encore à les considérer comme telles. Je sais très bien que si tout était à refaire, vous nous créeriez tous d'un même geste et dans une même intention, mais le mal est fait… et la plaie tarde à se refermer.

Saurons-nous un jour ce qui s'est réellement passé avec Isaac ? En rejetant votre jeune amant, vous semblez avoir renié votre homosexualité.

Et Abel et Caïn ? Est-ce parce qu'ils étaient frères que vous avez transformé leur union en meurtre ? Du même élan, avez-vous brûlé Sodome et Gomorrhe parce qu'elles représentaient ce qui vous tourmentait tant ?

J'ai vécu des peines de cœur, moi aussi, et si j'avais eu votre pouvoir, peut-être la colère m'aurait-elle fait commettre de telles violences.

Mais je vous pardonne.

Toute cette histoire de « fils » d'une mère vierge a elle aussi été comprise de travers. Mais comment faire comprendre autrement que vous ne pouviez bander pour une femme ?

Ce Sauveur, entouré d'hommes et faisant d'une prostituée une amie plutôt qu'une esclave, aurait dû mettre la puce à l'oreille sur son message, mais l'humanité aime se boucher les oreilles et se voiler la face.

Aujourd'hui, l'homosexualité redevient acceptable. Et la vague d'intolérance que vous avez créée malgré vous se résorbe peu à peu…

Je rêve d'un jour où vous reviendrez nous voir (et sans intermédiaires maladroits et autres effets spéciaux désuets, cette fois-ci !) pour nous dire (avant on disait « avouer ») une bonne fois pour toutes : « Oui, j'aime les Hommes. J'aime les Femmes aussi, et je regrette des les avoir mises en marge. Je regrette mes moments de colère, mes propos mal compris et dictés par mes pulsions vengeresses. »

Je suis de ceux, en fait, qui pensent que vous n'êtes pas vraiment mauvais, que personne ne l'est, que tout est question d'humeur, d'incompréhension, d'acceptation. Envers les autres comme envers soi-même. Vous avez créé un monde qui ne vous accepte pas, et vous avez aidé à transformer ce malentendu en perpétuels conflits. Ils sont encore nombreux à attendre le retour du Sauveur, venez leur dire qu'il est en chacun de nous.

Sortez de votre placard arc-en-ciel ! Faites votre coming-out ! C'est idiot, vous serez bientôt le seul à ne pas l'avoir fait.

Et pardonnez-nous nos offenses, comme nous vous pardonnerons alors les vôtres.

Amen.

 

Nico Bally

 


© Nico Bally – 2010.

Tous droits réservés.

Direction littéraire de la série : Daniel Conrad & Pascal Françaix,

avec l'aide de Gérard Coudougnan.


Lire les précédents petits contes

 

Par Daniel C. Hall - Publié dans : PETITS CONTES DARK-EN-CIEL
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Dimanche 24 janvier 7 24 /01 /Jan 11:54

Ce sont deux gays qui vont au supermarché avant leur petite soirée.
L'un d'eux dit à l'autre :
— Va chercher le champagne et de la vaseline.
Le second gay s'en va et revient tout déconfit :
Chéri, je n'ai pas trouvé de vaseline.
Ce n'est pas grave bébé, on boira le champagne cul sec !


singe1.jpg

Par Daniel C. Hall - Publié dans : LA BLAGUE POURRIE DU JOUR
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Dimanche 24 janvier 7 24 /01 /Jan 11:29

Visuel : (c) GayClic

Un résumé en vidéo (blogué par nos amis de GayClic) de l'histoire de Fred (le personnage gay de la série) dans les épisodes 27 et 28 (1ère partie) de la saison 2 de la série espagnole « Physique ou Chimie » (Física o Química) diffusée en France sur la chaîne NRJ 12.
[© D. R.]



Par Isabelle B. Price - Publié dans : WEBSERIE : PHYSIQUE OU CHIMIE
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Samedi 23 janvier 6 23 /01 /Jan 11:59

http://img.zelink.com/pict/4521/ZLvUlGSH_L.jpg

Bonne nouvelle ! Notre (votre !) blog "LES TOILES ROSES" est nommé dans la catégorie « Meilleur blog gay et gay-friendly Culture et Société » sur le site VeryFriendly. Alors si vous voulez vous aussi voter pour le blog mais surtout pour son équipe talentueuse, militante et bénévole, c'est le moment de prendre quelques secondes et de faire un petit clic de récompense !

Pour voter, cliquez sur le lien ci-dessous (faites passer le message please :-)... Merci à vous toutes et à vous tous !

http://www.veryfriendly.fr/Election-du-meilleur-blog-gay-gay-friendly-!-Et-maintenant-votez-!_a669_2.html

Par Daniel C. Hall - Publié dans : LES NEWS ROSES
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Samedi 23 janvier 6 23 /01 /Jan 11:48
http://4.bp.blogspot.com/_SNWhINHHc3Q/SqBFx2GWzEI/AAAAAAAABC4/ex5p-8SlUSY/s400/LOGOPYSCAP.jpg

Les vidéos sont (c)
Univers-L.com
Les vidéos présentes et futures sont diffusées avec l'autorisation de
Isabelle B. Price et son équipe.
Par Isabelle B. Price - Publié dans : SERIE : LOS HOMBRES DE PACO
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Samedi 23 janvier 6 23 /01 /Jan 11:46
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Par Isabelle B. Price - Publié dans : SERIE : LOS HOMBRES DE PACO
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Jeudi 21 janvier 4 21 /01 /Jan 11:03

(Some like it Camp)


par  Tom Peeping


 

Tom Peeping (T.P. pour les intimes, comme Tippi Hedren) aime se promener sur les chemins de traverse du 7ème art et de la télé et s’arrêter pour soulever des pierres. Les films qu’il y déniche, la plupart méconnus ou oubliés, méritent pourtant leur place près de l’arc-en-ciel. Camp, kitsch, queer ou trash, ils racontent une histoire du cinéma des marges. Gays sans l’être tout en l’étant, ils espèrent retrouver dans cette rubrique leur fierté d’être différents.

Tom Peeping, quand il ne visionne pas quelque rareté de derrière les fagots, est conférencier en histoire de l’art et fréquente assidûment les musées parisiens pour y gagner sa vie de vive voix. Il est né dans les Sixties, la décennie du Pop Art, des Yéyés et des Go-Go Girls. Et il rejoint, pour notre (et votre) plus grand plaisir, l'équipe du blog Les Toiles Roses.

 

http://www.cinemaqueer.com/movie%20images/iammyown2.jpg[iamowcov.jpg]


Fiche technique :

Avec Charlotte von Mahlsdorf, Jens Taschner, Ichgola Androgyn, Robert Dietl, Beate Jung, Sylvia Seelow, Evelyn Cron, Utz Krause, Rainer Luhn, Heiner Carow, Tima die Göttliche, Lina Androwna, Ovo Maltine, Bert Pesalla et Andreas Schroeck. Réalisation : Rosa von Praunheim. Scénario : Valentin Passoni et Rosa von Praunheim, d'après les mémoires de Charlotte von Mahlsdorf.

Durée : 90 mn. Disponible en VO et VOSTanglais.

L'avis de Tom Peeping :

Les films ou les documentaires sur des personnages réels dont les vies accumulent des péripéties à damner le pion aux scénaristes les plus enfiévrés sont un de mes genres préférés. Je suis ma propre Femme (Ich bin meine eigene Frau), le docudrama allemand de Rosa von Praunheim sur Charlotte von Mahlsdorf, les enterre tous.

Charlotte von Mahsldorf (1928-2002) naquit Lothar Berfelde à Berlin. Préférant la couture des robes aux jeux de ballons, l’adolescent qui subissait les railleries de ses camarades de classe quitta l’école pendant la guerre pour aller travailler chez un antiquaire dont il devint l’amant et qui allait se fournir à l’œil, la nuit, dans les appartements abandonnés par les juifs. Victime avec sa mère des violences répétées de son père (qui était membre actif du parti Nazi), Lothar décida en 1944, à 16 ans, de régler le problème. Après avoir, au sens propre, « tué le père » à coups de rouleau à pâtisserie, il fut placé quelques temps en institution psychiatrique puis condamné à quatre ans de prison par la justice nationale-socialiste. Libéré dès la fin de la guerre, il alla habiter chez sa tante (sa vraie tante, pas l'antiquaire !), une femme qui préférait les femmes, s’habillait en homme chez elle et permettait à Lothar de porter ses robes de ville. « La Nature nous a vraiment joué un drôle de tour ! » la tante avait-elle l’habitude de dire à son neveu. Se prostituant à l’occasion à des notables pour arrondir ses fins de mois tout en se constituant un carnet d’adresses et ayant pris le goût de piller les appartements en ruines de Berlin, Lothar fit jouer ses relations pour obtenir l’autorisation d’occuper gratuitement un manoir abandonné en attente de démolition dans le quartier de Berlin-Mahlsdorf. Il y déposa ses antiquités chapardées et ouvrit le bâtiment au public sous le nom de "Gründerzeit Museum" (la "Période des Fondateurs", soit les années 1840-1870), un musée tout à la gloire du mobilier et des objets de la petite bourgeoisie berlinoise du milieu du XIXe siècle.

 

Lothar à 11 ans et Charlotte cinquante ans plus tard.


Maintenant habillé en femme à la maison comme à la ville (le plus souvent d’une blouse ou d’un pull, d’un fichu et d’un collier de perles mais toujours sans aucun maquillage) et ayant changé son nom pour celui plus fleuri de Charlotte von Mahlsdorf, Lothar devint conservatrice de musée, une vraie self-made woman qui géra de façon artisanale sa collection pendant presque trente ans avec l’assistance de quelques gays et lesbiennes berlinois sortis du placard, y organisant des visites guidées et des événements communautaires à la barbe des autorités. Mais les Communistes (pendant la Guerre Froide, le quartier de Mahlsdrof était passé à Berlin-Est) virent cette équipe haute en couleurs et les rumeurs de réunions d’homosexuel(le)s dans les lieux d’un très mauvais œil : en 1974, ils voulurent récupérer le musée pour en faire une institution d’État et virer le personnel. Après maintes tracasseries policières et administratives de la part des Cocos, une période au cours de laquelle Charlotte distribuait les objets du musée à ses visiteurs en signe de protestation, l’Allemagne de l’Est capitula et lui laissa la jouissance du bâtiment et de ses collections.

Mais avec la chute du Mur en 1989, une autre menace apparut : celle de l’Extrême-Droite, dont les Skinheads harcelèrent Charlotte et ses collaborateurs. En 1991, ils saccagèrent le musée et cassèrent la gueule à l’équipe et aux invités après s’être introduits dans les lieux pendant une soirée LGBT. Fatiguée par ces soucis et n’ayant plus vraiment le cœur à continuer, Charlotte passa la main à un couple de filles moustachues et quitta Berlin pour la Suède en 1997, cinq ans après avoir reçu une Médaille d’Honneur de la Ville en 1992. L’année du départ de Charlotte, la ville de Berlin rachetait le musée et le gère toujours aujourd’hui, sous le nom mémorable de « Gründerzeitmuseum Mahlsdorf u. Förderverein Gutshaus Mahlsdorf e.V. » (ah, ces Allemands !). Charlotte von Mahlsdorf, citoyenne d’honneur de la Ville de Berlin, est morte à 74 ans d’une crise cardiaque lors d’une visite à Berlin en 2002. Elle y est enterrée, en robe et collier.

Un personnage tel que Charlotte von Mahlsdorf ne pouvait que rencontrer et séduire Rosa von Praunheim (né Holger Bernhard Bruno Mischwitzky en 1942), le turbulent écrivain, réalisateur et figure de proue de l’activisme gay berlinois depuis les années 1960. En 1992, Rosa von P. décida de consacrer un film à Charlotte von M., qui était alors une amie de longue date. Charlotte venait d’écrire ses mémoires Ich bin meine eigene Frau (Je suis ma propre Femme) et le livre servit de base au scénario tout en donnant son titre au film. Moins outrancier et plus grand public (enfin, tout est relatif !) que la plupart de ses autres productions, Je suis ma propre Femme est sans doute (avec Der Einstein des Sex, son très bon biopic de 1999 consacré à Magnus Hirschfeld, le pionnier des droits des homosexuels), le film le plus accessible de Rosa von Praunheim. Et un film-culte malheureusement trop peu visible depuis sa première sortie.

 

Les trois incarnations de Charlotte dans le film.


Je suis ma propre Femme raconte de façon chronologique la vie invraisemblable mais vraie de Lothar/Charlotte. Doté, comme tous les projets de Rosa von Praunheim, d’un budget dérisoire, le film compense son évident manque de moyens par une inventivité, un humour et une implication magistrale de tous ses participants, pour ne pas parler des surprises sans cesse renouvelées de l’histoire et du scénario. Le métier de documentariste de Rosa von Praunheim transperce sous celui de réalisateur de fiction et rend le film, au-delà de l’intérêt de son histoire, passionnant pas ses audaces structurelles.

Si les scènes du premier tiers de Je suis ma propre Femme (l’enfance de Lothar et son adolescence sous le Troisième Reich) furent tournées en studio ou dans des décors simples mais crédibles, le reste du film utilise les lieux réels dans lesquels s’est déroulée la vie de Charlotte, et notamment le Gründerzeit Museum, dont le film est donc aussi, en quelque sorte, une visite guidée. De temps en temps, des flashbacks proches ou lointains évoquent l’histoire des lieux, comme cette surprenante scène dans laquelle on découvre les bals travestis qui se tenaient dans le bâtiment du musée au milieu du XIXe siècle quand des jeunes hommes habillées en belles dames rejoignaient des gradés de l’armée prussienne dans les chambres après des soirées-concerts. À partir du moment où le film commence à raconter Charlotte en son musée, il prend une tournure assez fascinante, qui utilise à la fois les ressources du documentaire et de la fiction. Comme Lothar fut Charlotte et comme Holger est Rosa, le film se joue des apparences et brouille sa nature sous une double identité, pour le plus grand plaisir du spectateur.

Charlotte est jouée par trois acteurs différents selon l’âge de son personnage : l’adolescent et le jeune adulte sont interprétés par deux comédiens dont les prestations ne méritent sans doute pas un Grand Prix d’Interprétation mais qui restituent parfaitement les complexités de Lothar/Charlotte et n’ont pas peur de se donner corps et âmes aux situations les plus cocasses ou scabreuses. Et, dans un effet splendidement brechtien, Charlotte âgée est jouée… par Charlotte von Mahlsdorf elle-même (63 ans lors du tournage), qui interprète donc son propre rôle pendant la dernière partie du film. La personnalité apparemment très sympathique de Charlotte imprègne tout ce dernier tiers, au cours duquel la frontière entre le documentaire et la fiction est abolie. Rosa von Praunheim nous donne d’ailleurs un avant-goût de la présence de la vraie Charlotte dans une étonnante scène des débuts du film, quand, lors d’une séance SM des années de jeunesse du personnage, Charlotte fait une première apparition à l’écran, en corrigeant l’acteur qui l’incarne avec des indications sur la manière de donner un coup de cravache sur des fesses nues. C’est surprenant, ingénieux, amusant. De la même manière, les collaborateurs de Charlotte au musée sont joués par les véritables personnes elles-mêmes. La scène de saccage par les Skinheads a donc dû réveiller, pour les protagonistes du film, de biens mauvais souvenirs.

Je suis ma propre Femme dresse le portrait inoubliable d’une personnalité hors du commun, un jeune homme qui s’est « très tôt senti femme à l’intérieur » et qui, poussée par sa tante bienveillante, a choisi de passer sa vie habillé en femme (mais pas du tout de façon flamboyante : Charlotte von Mahlsdorf, passionnée par le milieu tout petit-bourgeois du XIXe siècle, ayant toujours préféré les chemisiers blancs à col-dentelle et les blouses de femme d’intérieur aux tenues des cocottes et des grandes dames) en traversant les bouleversements politiques de l’Allemagne entre les années 1930 et les années 1980. Travesti mais pas transsexuel (Charlotte von M. n’a jamais voulu être opéré et ignorait royalement son service trois-pièces), Charlotte réfutait d’ailleurs les deux termes et disait qu’elle était naturellement « une femme dans un corps d’homme » et même, pour compliquer les choses, qu’elle se sentait en fait « profondément lesbienne ». On en perd les pédales…

Le film donne de Charlotte von Mahlsdorf une image très positive et sympathique : affranchie, volontaire, obstinée, résiliente et activiste, elle ne peut que forcer l’admiration. Dans la réalité, les choses sont plus nuancées car depuis la sortie de son autobiographie et du film, de nombreuses voix se sont élevées contre cette image un peu trop respectable. En effet, ses activités de pillage des appartements juifs abandonnés pendant la guerre pour en récupérer le mobilier, ses probables accointances avec la Stasi (les services secrets de la RDA) – Charlotte von. M. est fortement soupçonnée d’avoir été informatrice pendant les années 1970 – et quelques déclarations tardives malheureuses sur les gays et les lesbiennes ont quelque peu terni la légende et provoqué des remous au moment de sa décoration par la Ville de Berlin. Ces zones d’ombre rendent le personnage encore plus complexe qu’il ne l’est déjà et donnent le sentiment que son inaltérable sourire de mamie-gâteau à la dégaine impossible a en fait caché bien des secrets. Une personne réelle qui aurait eu tant à revendre aux écrivains en mal d’inspiration, Charlotte von Mahlsdorf est devenue, avec le temps, une figure hautement romanesque qui ne peut que fasciner ceux qui la découvrent.

 

L'affiche de la pièce (notez les symboles dans les perles).


Pour preuve, la création en 2003 de la pièce I am my own Wife de Doug Wright, qui triompha d’abord Off-Broadway avant de passer à Broadway. La pièce, basée sur le livre de Charlotte, le film et ses rencontres avec l’auteur, a obtenu en 2004 les deux récompenses les plus prestigieuses qu’une pièce de théâtre peut remporter aux États-Unis : le Pulitzer Prize (Drama) et le Tony Award (Best Play). À ce jour, la pièce a été traduite dans de nombreuses langues et est toujours jouée dans plusieurs pays, passée du statut de création underground à celui de classique contemporain.



Alors, si vous en avez un jour l’occasion, n’hésitez pas à vous pencher sur le cas que fut la Fräulein von Mahlsdorf : ce n’est pas tous les jours que vous croiserez un Lothar qui s’appelait Charlotte et qui a réussi l’exploit de se débarrasser successivement de son père, des Nazis, des Communistes et des Skins avec du culot, une blouse et un plumeau.

J'ai découvert Je suis ma propre Femme un soir il y longtemps sur Arte, par hasard. Une VHS du film existe en cherchant un peu, ainsi qu'un DVD US (bootleg de qualité très médiocre). Le livre, dans sa version allemande ou traduction anglaise, est facilement trouvable.

 

Par Tom Peeping - Publié dans : CERTAINS L'AIMENT CAMP
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Mercredi 20 janvier 3 20 /01 /Jan 10:59


bhv_vincy10.jpg Veni Vidi Vincy - Photo © D. R.

 

 

EN L'ABSENCE DES HOMMES...

     

Tous les goûts sont dans la nature. C’est peut-être ce qui rend les jeux de l’amour (et du hasard) si intrigants, voire fascinants. Pour le reste, on me permettra ici quelques avis subjectifs et partiaux. L’idéal masculin, évidemment sous-entendu le mec qui fait bander dès qu’on en voit une image, varie selon les cultures. Individuellement on va chercher son semblable – c’est fou comme les homos peuvent se ressembler dès qu’ils sont en couple – ou alors, bien au contraire, on est attiré par son contraire. C’est mon cas, j’ai une peau cachet d’aspirine, des origines flamandes et les yeux bleus, et je ne tombe amoureux que de méridionaux, bruns aux yeux sombres.

 

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En voyageant, on peut être surpris des idéaux des autres. Bien sûr les jeunots comme Robert Pattinson ou les sportifs de type Yoann Gourcuff sont plutôt universels et envahissent les pages de magazines, les écrans de télévision et les murs des chambres pour mieux nourrir les fantasmes de nos hormones affamées.

 

HAPPY TOGETHER

Récemment, à l’occasion de la Gay Pride de Buenos Aires, un important hebdomadaire argentin interrogeait les homos sur leur mec le plus bandant parmi les peoples du coin. Aucun ne me semblait sexy. Tous velus, barbus, gras. Faut dire qu’en s’enfilant 70 kilos de bœuf chaque année, le mâle argentin avale sa dose de protéines (si on ajoute le sperme pour les gays, imaginez…), et forcément, ce surplus se glisse dans le gras du bide [Qu’est-ce que tu as contre les gras du bide comme ton vénéré patron ? T’es virééé ;-) ! (Note de Daniel C. Hall)]. Mais voilà, pour la bitch du coin, c’est le « proto-type » du macho bandant. Il y en aura toujours pour aimer les gorilles du genre Sergi Lopez (comprendre c’est pas mon genre). Les footballeurs gays argentins – qui ont fait il y a quelques mois un calendrier similaire à ceux des Dieux du Stade – sont pourtant plus épilés, et plus musclés. Davantage dans les critères répandus par les couvertures de magazines « communautaires » (comprendre, ça semble pas plus son genre).

 

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J’aurais adoré vous montrer quelques exemples mais le surpoids en Mafalda nous a contraint à nous débarrasser du magazine ; j’étais trop effrayé par le souvenir affreux d’une surcharge hors de prix à l’aéroport de Shanghai il y a trois ans.

 

EAST PALACE WEST PALACE

Et puisque l’on parle de la Chine, « transitionnons » vers l’Empire du milieu. Là-bas, les poils sont rares et leur paraissent insolites (très drôle de voir les petits rires des masseuses quand elles découvrent vos mollets). Certains occidentaux caucasiens ne fantasment que sur les corps imberbes et sans âge des asiatiques. Les Chinois représentent un marché formidable avec 20 millions de garçons homosexuels dans le pays. Les commerciaux de chez L’Oréal doivent en jouir de plaisir en pensant à leurs commissions.

Depuis 9 ans, sans doute pour affronter une logique démographique où la politique de l’enfant unique a conduit à avoir plus de garçons que de filles, le régime chinois a décidé de ne plus réprimer pénalement les gays, et ne les considère plus comme des malades mentaux, même s’ils sont ouvertement moqués ou méprisés par une population en plein désarroi face à ce « phénomène ». L’homophobie et la condamnation religieuse sont peu notables comparées aux arguments d’une société traditionnelle et fermée. Souvent le rejet vient des familles directement, plus que de la société. Les homos chinois restent discrets, même s’ils commencent à s’afficher (Gay Pride à Shanghai cette année, revendications politiques en faveur du mariage gay, premier bar gay à Dali). Aidés par les expatriés, les gays des classes très favorisées sont souvent les seuls à se montrer.

 

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Un mariage a même eu lieu, symboliquement à Chengdu, dans un bar. Le quotidien national en langue anglaise, le China Daily en a fait sa une. On progresse.

En revanche Mister Gay n’a pas pu s’organiser. Le gay le plus sexy de Chine devra attendre. Ils étaient huit postulants à s’affronter dans quatre épreuves (défilé classique, défilé en maillot, questions-réponses, talent particulier). Le tout devait aider à participer à Mister Gay Monde à Oslo le mois prochain. Mais Mr Gay a été annulé. La police est intervenue plaidant qu’il n’y avait aucune autorisation pour que l’événement ait lieu. Si on ne peut plus se montrer en slip dans un bar sordide… Ceci dit, j’aurais été incapable de voter pour qui que ce soit. Pas à ma saveur. Trop féminins, ambigus, jeunes…

 

LITTLE MISTER SUNSHINE

Les Américains adorent se muscler jusqu’à l’excès. Les Russes, désormais, s’épilent. Les quinquas élitistes parisiens se tapent des jeunes beurs banlieusards. On nous a évoqué les métrosexuels, les übersexuels… à quand les nanosexuels, les mégasexuels, les appsexuels… ?

 

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Mais d’ailleurs, ce mystérieux Mister Gay, il est dans quelle catégorie ? Un petit brun plus latin que germanique, et pourtant bien suisse de 24 ans. Ou un grand black australien bien bâti, sans un poil, du même âge ? Ou encore un jouvenceau américain de 21 ans, blondinet, plus charmant que beau, sorti de sa ferme, élevé au lait ? Ceci dit, tous ces mecs dans la vingtaine présents dans ces concours me font penser immanquablement à des acteurs de porno gay. Du coincé sud-africain qui se verrait bien militaire dominateur au jeune minet péruvien qui se ferait avec joie une tournante à n’importe quelle heure de la journée, on se les imagine très bien dans des scénarios assez divers : bavant sur le plombier, attiré par le flic du coin, en visite médicale, dans les vestiaires... Ce qui est étrange dans tous ces « panels », c’est que le minet de type Bel-Ami est assez inexistant désormais. Et ne parlons pas du moustachu type Village People/Tom of Finland, espèce en voie d’extinction.

Les objets de désirs, de fantasmes changeraient-ils aussi avec les époques ?

 

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Vincy (19 janvier 2010)

 

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TO BE CONTINUED...
Par Vincy Thomas - Publié dans : LE BAZAR DE L'HOMO VINCY
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Mardi 19 janvier 2 19 /01 /Jan 09:44



Le Père Docu s'appelle Gérard Coudougnan, il est né en 1962 et a pour qualification « enseignant-documentaliste », vous savez la dame qui râle au C.D.I. (centre de documentation et d'information) : c'est lui. Pour des raisons indépendantes de sa volonté, il est en ce moment éloigné de son lieu de travail habituel mais a toujours un C.D.I. (contrat à durée indéterminée) avec les bouquins pour qui il a une vraie A.L.D. (affection de longue durée).

Au hasard de ses lectures, il a croisé Marc-Jean Filaire puis Môssieur Daniel C. Hall (« The Boss ») qui lui a proposé de regrouper ici quelques « recensions » d'ouvrages à thématique LGBT.

Toute remarque, toute suggestion sera la bienvenue. Les avis, sous forme de commentaires, pour échanger des points de vue encore plus !

La bibliothèque rose est ouverte… vous avez lu Le Club des Cinq d'Enid Blyton ? Claude, le « garçon manqué » est peut-être alors votre première rencontre avec une petite lesbienne ou une future transgenre ? Ah bon, vous n'avez pas connu les Bibliothèques Rose et Verte ? Qu'importe, entrez (couverts !) ici et faites ce que vous voulez entre les rayons, ne soyez pas sages ...

 

 
Frédéric Ange et Ganaël : "De il à il"
Au profit de la formidable association "Le Refuge"
soutenue par Les Toiles Roses
!
Soutenez, adhérez, faites un don...

 

Une chanson simple sur un thème très simple : l'amour.

Oui mais il s'agit ici de l'amour en général… entre deux garçons. Pas de plaidoyer, elle n'a pas été écrite rue Sarasate (1) et ses protagonistes ne marchent pas dans les villes, les banlieues les bidonvilles (2). Nous avons cherché des chanteurs qui « osaient », à part Dick Annegarn (3), nous n'avons pas trouvé grand monde. Dave nous a expliqué le pourquoi du comment de son silence, tandis que l'immense Trenet n'a jamais eu le courage ni l'audace d'aller au-delà d'une chanson crypto-gay quasiment inconnue (4).

Un bijou discographique encore disponible (5) rassemble plus d'un demi siècle de chansons « interlopes » rangées en deux CD : la dérision et l'ambiguïté.

Les coming-out récents de chanteurs de la nouvelle génération peuvent-ils faire avancer les mentalités et sortir de leur isolement moral les adolescents en détresse du fait de leur orientation sexuelle ? La situation est connue (6) mais il n'existe aujourd'hui que deux structures d'accueil, l'une à Montpellier et l'autre à Montreuil, offrant à plus de 300 demandeurs par an un REFUGE de… QUINZE places.

C'est pour eux, pour ceux dont s'occupe avec une ardeur et une conviction remarquables Nicolas Noguier et l'équipe du Refuge (7), qui a su attirer l'attention de Fadela Amara (8) que deux chanteurs se sont engagés et aujourd'hui une étape est franchie, grâce à Ganaël et à Frédéric Ange.

 

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La chanteuse Ganaël a déjà un long et beau parcours dans le monde de la chanson. Elle a écrit pour Nicole Croisille, Fabienne Thibaut, les Mini Stars, Richard Joffo, Line Renaud, Jean-Pierre Savelli ; Jacques Dutronc a composé des musiques pour ses textes.

Frédéric Ange (qui fut un temps Fred Ange) a travaillé dans divers médias gays et ses disques ne laissent aucun doute, ni sur sa révolte, ni sur son amour des garçons, lui qui cherche, selon son délicieux néologisme, son « hémisexe ».

Ces deux voix se sont unies autour de la cause du Refuge. Dans un texte où le pathos est absent, où le seul souhait consiste à chanter l'union De il à il, on fredonne la simple et belle mélodie de deux personnes qui rêvent d'une histoire d'amour aussi banale et extraordinaire que celle qui va De il à elle, ou dans le duo, De elle à elle.

 

(1) http://www.youtube.com/watch?v=6WLAGwndSg0

(2) http://www.bide-et-musique.com/song/12136.html

(3) http://fr.wikipedia.org/wiki/Dick_Annegarn

(4) http://www.deezer.com/listen-895133

(5) http://labelchanson.free.fr/interlopes.htm

(6) http://www.ho-editions.com/caddie/description.php?II=68&UID=2010010811003686.69.122.119

(7) http://www.le-refuge.org/

(8) http://www.dailymotion.com/video/xatfyn

 

POUR EN SAVOIR PLUS :

Sur Ganaël : http://www.myspace.com/ganaelchante

Sur Frédéric Ange : http:/www.fredericange.com

POUR FAIRE PLUS :

Adhérer au groupe FaceBook :

http://www.facebook.com/group.php?v=info&ref=mf&gid=154701991734

« Investir « dans ce disque de Ganaël :

http://fr.akamusic.com/ganael

Donnez  votre avis sur la chanson : http://www.youtube.com/watch?v=2wuBlZdSbs0

Adhérer à l'Association Le Refuge  (fiscalement non déductible) :

http://www.le-refuge.org/nous_soutenir/formulaire_adhesion_2010.pdf

Faire un don (fiscalement déductible) :

http://www.le-refuge.org/nous_soutenir/formulaire_de_don_2010.pdf

 

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Une discussion sur la Toile

entre Ganaël, Frédéric et le Père Docu

 

Les Toiles Roses : Bonjour Frédéric, tu n'es pas un inconnu pour un grand nombre d'entre nous. Entre tes émissions de télévision, tes chroniques et tes chansons, tu as déjà ta place dans le monde de la variété. Tu fus Fred Ange, tu es aujourd'hui Frédéric Ange : changement d'étiquette ou mutation plus profonde ?

Frédéric Ange : Effectivement, c'est un changement que beaucoup de personnes ont remarqué : j'ai voulu reprendre mon vrai prénom en entier, car je me suis dit qu'il manquait comme une autre partie de moi-même et c'est pour cela que je suis redevenu Frédéric. Un changement aussi dans l'écriture, une renaissance et ça fait un bien fou de se retrouver un peu plus naturellement, j'ai grandi (rire).

 

Ton précédent CD, Intersex était clair sur tes aspirations humaines... et ta gaieté. Comment le public a-t-il réagi à ton audace ?

Dans un premier temps, certaines personnes ne comprenaient pas la nature profonde d'Intersex, mon coup de gueule ou mon audace, je ne l'explique pas : c'est venu naturellement, d'autres se sont identifiés au texte comme un goût de déjà-vu chez eux.


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Il y a dans le monde littéraire d'interminables discussions sur l'opportunité ou non de discerner une littérature gay, que ce soit abstraitement ou dans les étagères des librairies. On trouve aussi des « rayons gay » chez les marchands de DVD. Vois-tu un intérêt quelconque (en dehors d'alimenter les pages de la presse people) à ce qu'il y ait un style gay dans la chanson ?

Non, je ne pense pas qu'il existe de style gay, je dis ouvertement que je suis gay lorsque j'écris mes propres textes, j'écris ce que je ressens sur ce dont j'ai envie de parler, beaucoup de chansons d'amour sont « accès  hétéro », d'un homme qui dit je t'aime à une femme et le contraire, il en manque dans le paysage de la musique, de vraies chansons qui n'ont pas nature à avoir de sexualité ou encore homosexuelle. On peut se souvenir du groupe Mecano ou encore de Lara Fabian mais qui parlait, elle, juste de différence, alors que je pense que l'amour est universel et n'a pas de sexe.

 

Dans ton adolescence, as-tu eu des exemples marquants, positifs ou négatifs, de personnages gays réels ou imaginaires (cinéma, littérature, etc.) ?

Je suis un grand fan du Petit prince de Saint Exupéry, que j'ai lu et relu des centaines de fois mais rien à voir avec l'homosexualité (rire). Rupert Everett m'a marqué non seulement parce qu'il était gay mais qu'il l'affirmait. Son côté très naturel m'a longtemps attiré et même encore aujourd'hui. Dans les années 90, deux films m'ont marqué, tout d'abord Pédale douce mais que je trouvais trop caricatural et ensuite Gazon maudit beaucoup plus profond, la profondeur aussi du film Le Secret de Brokeback Mountain, ce que j'aime dans les films c'est le naturel de l'homosexualité, pas les clichés.


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Ton duo avec Ganaël est un beau travail de simplicité, de sensibilité et d'émotion. Sais-tu si des radios « généralistes » l'ont inscrit dans leurs playlists ?

Nous sommes sortis du studio pour la dernière fois le 31 décembre, nous avons communiqué d'abord avec les internautes pour savoir ce qu'ils pensaient de la chanson, de ce duo et de notre lutte, nous sommes actuellement en train d'essayer de la faire rentrer en playlist, mais ce n'est pas évident de forcer certaines portes comme NRJ ou une autre radio. Je crois que si j'entends, ne serait ce qu'une fois, De il à il sur NRJ j'en pleurerais de joie, car cela voudrait dire que les radios aussi acceptent la différence et ce n'est pas encore le cas aujourd'hui.

 

Connais-tu Nicolas Noguier et as-tu rencontré des jeunes dont il s'occupe, avec un soutien plus symbolique que matériel des institutions ?

Non, je n'ai pas encore rencontré Nicolas Noguier, mais sur internet nous avons pu discuter quelquefois ensemble sur Facebook. Je lui ai ouvertement tiré mon chapeau pour son association, assuré que je serai toujours là et que je me battrai à ses côtés, en ce qui concerne les jeunes, âgés entre 18 et 27 ans. Le premier jour où j'ai rencontré Ganaël, un des jeunes était présent, c'est le petit protégé de Ganaël (rire), il ne m'a pas laissé indifférent, il est devenu mon petit ami, il est devenu mon combat et je me bats maintenant avec lui ; quelque part cette chanson est devenu notre histoire à tous les deux.


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Ganaël, j'aime ce disque et je veux l'acheter. Que dois-je faire ? Dans le prix que je vais payer, quelle somme ira à l'association « Le Refuge » ?

Ganaël : Dès que le CD sort, on va signer un accord avec le Refuge où je lui confirmerai que je vais reverser des droits d'auteur au Refuge, les droits d'auteur sur la chanson De il à il, comportant ceux de la vente des CD, mais aussi ceux des passages radio et télé. Vu que je suis auteure et compositeur de la chanson.

Sur le CD, on écrira « chanson De il à il au profit du Refuge ».... ce sera donc officiel et sans équivoque.

En plus, vu que la vente des CD ne rapporte plus beaucoup d'argent aujourd'hui, je vais donc m'engager à reverser des droits sur les passages télé et radio qui, eux, rapportent beaucoup plus et ceci dans l'intérêt du Refuge.

 

Comme cette discussion à trois me touche énormément, qu’elle rassemble tellement de valeurs universelles que nous défendons ici, aux Toiles Roses, et de vos vécus personnels, je vais vous laisser le soin de conclure en vous remerciant de ce que vous faites, de ce que vous êtes...

Frédéric : Je remercie Ganaël d'avoir écrit cette chanson, de m'avoir fait confiance pour l'interpréter. Avec quelques difficultés pour moi car toujours trop d'émotions m'envahissent quand je suis en studio et davantage quand elle s'adresse un peu à ce qui est ma vie. Je pense bien sûr à Richard Joffo qui m'a guidé en studio et qui est un peu le grand papa de cette aventure, à Arnaud Rozenblat, qui a été le premier à suggérer à Ganaël de me contacter pour ce projet, et à mon p’tit loup qui travaille à nos côtés pour que De il à il  soit visible partout. Je n’oublie pas tous ceux qui nous envoient des messages de félicitations et d'encouragements auquels on a un peu de mal à répondre : tant d'émotion, un vrai partage, pour une cause qui nous porte, pour Le Refuge.

Un grand merci aussi à toi Gérard de me soutenir depuis le début.

Ganaël : J'ai écrit cette chanson avec mon cœur, j'espère qu'elle plaira et que ce sera bénéfique pour le Refuge, cette indispensable association.

Je remercie Frédéric Ange de s'être lancé avec moi, de toute son âme dans cette aventure.

Frédéric Ange et moi remercions tous ceux qui nous soutiennent avec des commentaires qui font chaud au cœur, et qui nous prouvent qu'ils croient en nous.

En espérant que cette petite chanson pourra faire de grandes choses…


Le mot de Nicolas Noguier,
président de l'association Le Refuge :

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Ma rencontre avec Ganaël a été magique. Au-delà de son talent indiscutable, Ganaël a un cœur immense et une générosité qui la porte à réaliser des projets merveilleux. 

Je la remercie pour toute l'énergie qu'elle dépense au quotidien pour soutenir Le Refuge.

Je suis émerveillé et ému aussi par la voix de Frédéric Ange, un artiste qui a déjà fait ses preuves.

Leur merveilleux duo délivre un formidable message de tolérance et nous transporte. Je suis ému à chaque écoute.

Merci à tous les deux pour votre soutien au Refuge.

Grâce à leur formidable énergie et à votre soutien, nous pourrons développer et pérenniser nos actions à destination des jeunes en rupture familiale, victimes d'homophobie.

 

Nicolas Noguier, Président du Refuge


Note de Daniel C. Hall : Si les éditeurs ou les auteurs (auto-édités ou non) souhaitent envoyer un service de presse à Gérard en vue d’une critique sur ce blog, merci de prendre contact avec le chef Daniel C. Hall qui vous communiquera ses coordonnées : lestoilesroses@hotmail.fr.



TO BE CONTINUED…

Par Gérard Coudougnan - Publié dans : LA BIBLIOTHEQUE ROSE
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Lundi 18 janvier 1 18 /01 /Jan 11:38
Par Daniel C. Hall - Publié dans : VIDEOS : Lutte contre l'homophobie
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Lundi 18 janvier 1 18 /01 /Jan 10:50

 


(6.05)


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PREVIOUSLY ON ZANZI AND THE CITY : cliquer ici.

 

À l’origine, la websérie Zanzi and the City est un billet d’humeur. Et si je revenais aux fondamentaux ? Au sortir de la triste année 2009, l’envie me saisit de pousser un coup de gueule sur tout ce qui me déplaît, et tant pis si cela fait grincer des dents, pleurer Margot, ou s’évanouir les âmes sensibles. Elles n’ont qu’à s’abstenir de me lire. Les autres, sortez votre flacon de sels !

 

Le débat sur l’identité nationale

C’est le gros buzz de la fin de l’année 2009. Au-delà des mers, il a même été demandé d’organiser des réunions pour que les Français de l’étranger participent au débat. Cette seule phrase suffit à poser une question intéressante : il y a donc des Français qui vivent à l’étranger, et donc, vivent leur identité nationale en dehors des frontières de la France métropolitaine. Qu’est-ce donc, pour eux, qu’être Français ? S’agit-il de contribuer, par la voie de l’expatriation, au rayonnement de notre grande et belle nation et de sa culture ? D’inscrire ses enfants dans un Lycée Français (pour info, la fille de Madonna est inscrite au Lycée Français de Londres) (1) ? De solliciter le consulat français pour tenir à jour son état civil et faire renouveler sa carte nationale d’identité et son passeport ? Pour des cumulards, binationaux voire trinationaux, qu’est-ce qu’être Français ?

Les historiens, eux, débattent depuis des lustres pour déterminer la date de naissance de la France. Leurs a priori dépendent beaucoup de leurs sympathies politiques. Les républicains pur jus la font naître en 1789. D’autres, moins limités, à l’épopée johannique (2). Pour d’autres, encore, la France est née à Bouvines en 1215. Les plus archéologues remonteront le temps jusqu’au baptême de Clovis. À l’école, je ne sais plus si cela se fait encore, la maîtresse nous enseignait « nos ancêtres les Gaulois ». La France remonte à Vercingétorix ! D’où, pour commencer, le postulat suivant : n’en déplaise aux déculottés, la France n’est pas née en 1789. À ce compte, elle serait plus jeune que les États-Unis d’Amérique. Un comble !

Cependant, quelle que soit la date retenue, de l’an -52 avant Jésus-Christ (bataille de Gergovie contre les légions de Jules César) à la prise de la Bastille, chacune illustre un événement lié à un sentiment d’appartenance nationale. La France n’est pas née d’hier, les débats dans la cour (la basse, celle où les coqs cocoricotent) non plus. Et si, être Français, ce n’était rien d’autre que d’être un débatteur râleur ?

 

Le terrorisme

Il nous empoisonne la vie depuis longtemps (je signale qu’entre 1793 et 1795 la France fut gouvernée par des terroristes, d’où l’appellation de « Terreur » pour qualifier la période), mais plus particulièrement depuis 9 ans. Le débat sur l’identité nationale a glissé sur l’immigration et de l’immigration aux islamistes qui fournissent le plus gros contingent actuel de terroristes. Je schématise l’idée générale. Entre-temps, les États-Unis se sont affolés suite à une tentative d’attentat sur un vol Amsterdam-Détroit. Conséquence : renforcement des contrôles déjà énormes et innovation technologique : les scanners corporels. Vous qui voyagez, sachez qu’aucun détail de votre anatomie n’échappera plus à l’œil aiguisé de l’agent qui vous déshabillera du regard. Tout ce qu’il faut espérer, c’est que ce luxe inouï de précautions permettra de détecter la présence indélicate d’une substance explosive dans le rectum. Interdira-t-on d’embarquer un passager dont les intestins produisent des gaz et qui risque de péter à tout instant ?

Le terrorisme, ce n’est pas seulement faire exploser des avions pour pousser les Américains à s’élancer sur de nouveaux théâtres d’opérations (euphémisme pour dire « faire la guerre »), comme par exemple le Yémen, où ils pourront expérimenter les dernières inventions de leurs docteurs Folamour (souvenez-vous que la première guerre du Golfe fut l’occasion de tester la bombe au graphite). Le terrorisme, c’est inspirer la crainte des peuples, de n’importe quelle façon, en répandant surtout des informations anxiogènes dans un monde qui a perdu ses repères traditionnels et n’accepte plus la mort. Les médias diffusant pendant des mois les feuilletons sur la grippe aviaire, puis le SRAS, enfin la grippe porcine alias virus A/HIN1, les 90 millions de doses avec lesquelles le gouvernement prétendait piquer toute la population, le business des groupes pharmaceutiques brassant des milliards en jouant sur la peur, c’est aussi du terrorisme. La crise financière ? Du terrorisme ! Et ce n’est pas fini, car dans le courant de l’année une nouvelle vagues de subprimes devrait venir frapper, ainsi qu’un ressac, les organismes cupides qui n’ont décidément rien appris du premier coup de semonce et continuent de s’en mettre plein les poches. Enfin le terrorisme, c’est aussi, hélas, menacer de la peine de mort quiconque pratique l’homosexualité en Ouganda.

Ah ! comme il semble loin, le bon vieux temps où l’on voyageait en toute insouciance avec un passeport fait à la main. En ce temps-là, on pouvait aussi fumer dans les avions.

— Quoi ? Fumer ? Mais fumer tue, provoque le cancer, blablabla…

— Ta gueule, terroriste !

 

(1) À l’étranger, est un Lycée Français un établissement qui dispense un « enseignement Français », c’est-à-dire, celui qui est dispensé dans les structures françaises selon les critères de l’Éducation nationale. À ne pas confondre avec un lycée qui dispenserait un enseignement « en français » selon les méthodes en vigueur dans le pays où il se trouve.

(2) Épopée johannique : terme qualifiant les aventures de Jeanne d’Arc (1429-1431), qui « bouta l’anglois hors de France ».

 

 

TO BE CONTINUED...

10 janvier 2010

Par Zanzi - Publié dans : HUMEUR : Zanzi and the City
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Dimanche 17 janvier 7 17 /01 /Jan 08:16

Un riche industriel un peu pingre, qui veut maigrir, se rend dans un établissement spécialisé où on lui propose deux cures : l'une à 3 000 euros et l'autre beaucoup plus efficace, à 7 500 euros.

— Je vais prendre celle à 3 000 euros, dit-il.

On l'emmène dans un stade et là, on lâche devant lui une ancienne championne du monde du 5 000 mètres sublimement belle, toute nue, et portant accroché dans le dos une pancarte ainsi rédigée : « Si tu m'attrapes, tu me baises ! »

L’homme court après la fille, ne la rejoint pas mais perd au bout du compte 500 grammes. Huit jours plus tard, il revient à la clinique privée et annonce :

— Cette fois, je prends la cure à 7 500 euros !

— Bon, mettez-vous tout nu, retournez au stade et commencez à courir avec cinq minutes d'avance, lui conseille le directeur.

L'industriel obéit, et au moment où il va prendre le départ, il voit arriver un sculptural sportif black de deux mètres de haut arborant une bosse étonnamment proéminente sous le short, et portant une pancarte ainsi rédigée : « Si je t'attrape, je te baise ! »


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Par Daniel C. Hall - Publié dans : LA BLAGUE POURRIE DU JOUR
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