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Jeudi 10 septembre 4 10 /09 /Sep 10:53

George W. Bush vient de mourir... et il atterrit immédiatement en enfer (jusque là, rien que de très normal). Satan lui explique :

— La règle ici, étant donné que nous manquons de place, c'est que le nouvel arrivé prend la place d'un plus ancien qui est envoyé au paradis. Comme vous êtes un invité de marque, je vais vous laisser choisir qui peut remonter. Réfléchissez bien car vous subirez éternellement le châtiment de celui que vous aurez choisi...

Satan ouvre une porte : Saddam Hussein est enchaîné à un pilori et affreusement torturé. George W. s’écrie :

— Non seulement je n'arriverai pas à supporter ça, mais en plus, cette ordure a mérité ce qui lui arrive.

Satan ouvre une autre porte : Fidel Castro casse des cailloux sous une chaleur écrasante avec des gardiens qui le fouettent. Même commentaire de W.

Satan ouvre une autre porte : Bill Clinton est dans un salon, confortablement installé dans un fauteuil, un verre de merveilleux cognac dans la main droite, un énorme cigare cubain dans la main gauche et Monica Lewinski à genoux devant lui en train de... Euh... Bon, pas besoin de faire un dessin. George W. s'exclame alors avec un grand sourire gourmand :

— C'était mon ennemi en politique mais je pense que ça serait assez agréable de prendre sa place.

Satan a un rictus et annonce :

— C'est bon, tu peux partir, Monica.

Par Daniel C. Hall - Publié dans : LA BLAGUE POURRIE DU JOUR
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Jeudi 10 septembre 4 10 /09 /Sep 10:25

LILA

Une nouvelle signée Abdellah Taïa

 

 

On ne me demandait pas mon avis. On m'emmenait dans un autre monde, les yeux endormis, le corps las, le noir de la nuit en train de me gagner. Mon père me mettait sur son dos quand mes jambes n'arrivaient plus à me porter. On marchait longtemps dans le silence, on se préparait pour l'invisible, pour la musique, la danse, la joie et la douleur, le combat des corps, leur langage secret enfin révélé à travers des mouvements inédits… On allait vers un rendez-vous avec l'autre qui est en certains de nous, vers les miracles, vers là où même la nuit, on ne dormait jamais.

On m'emmenait. J'entrais ailleurs, loin de chez nous, le cœur peureux. La lila ne tardait jamais à commencer. Ce à quoi j'assistais alors dépassait tout, l'inimaginable, l'incroyable arrivaient. J'étais initié au mystère par mes propres parents. Le sexe, l'érotisme, déjà très présents dans mon quotidien, atteignaient durant ces nuits infinies une autre dimension. J'entrais et je voyais clairement que tout allait d'un moment à l'autre exploser, s'ouvrir de l'intérieur, violemment. Dans ce chaos nocturne, j'étais seul, moi et moi seuls.

Je n'avais plus sommeil tout d'un coup. Dans un coin, celui des femmes, je regardais, j'observais et je faisais l'amour. Avec ma mère qui ne dansait jamais. Avec ma sœur qu'on disait possédée. Avec tous les hommes, je les recevais en moi, de loin, de près, l'un après l'autre. Je me donnais ouvert malgré moi, la tête perdue, l'âme dédoublée mais toujours dans la foi.

Les femmes étaient calmes. Elles avaient préparé à manger pour nous et pour les autres, ceux qui vivent autour de nous, les djinns, et qui ne les effrayaient pas ; elles avaient fait leur devoir, bien comme il fallait, sans se sentir obligées. Elles avaient fait même la vaisselle. Elles étaient assises par terre, accroupies, en groupe, et moi avec ma mère et ma sœur à côté. En face : les hommes, des agneaux, des loups, en djellaba ; ils buvaient comme nous du thé à la menthe très sucré.

La musique avait commencé. Sans qu'on s'en rende compte. Une flûte. Une flûte qui pleure, qui réveille, appelle, rappelle et fait petit à petit monter la chaleur de la pièce où on était réunis, et celle de nos corps fraternels, emprisonnés, bientôt libres.

Ma sœur avait ce privilège de voir, d'être visitée, de parler avec les autres, ceux que ma mère appeler les Maîtres. C'étaient des Maîtres gentils, du côté de Dieu, travaillant pour Lui, pour nous. Ils étaient entrés en ma sœur doucement mais je n'ai jamais su quand. De temps en temps, ils se manifestaient, ils venaient parmi nous, on ne les voyait pas mais ils étaient là: le corps de ma sœur tombait par terre, elle s'absentait, elle ne perdait pas connaissance, non, elle s'absentait pour laisser la place, son territoire, sa pièce, à une autre force, une autre respiration. Au début, le corps ne bougeait pas, puis comme un mouton qu'on venait d'égorger il commençait à trembler, à s'agiter dans tous les sens ; saisi par une force extraordinaire il s'apprêtait à vivre le monde autrement, une expérience intérieure qui se passait devant mes yeux mais dont je n'avais pas une idée précise, concrète. Une voix qu'on ne reconnaissait pas et à laquelle je me suis habitué au fil des années, surgissait alors de ce corps, de cette bouche, de ces lèvres, ceux de ma sœur ; une voix d'un autre monde, théâtrale, tragique, imposante qui faisait peur, elle disait des choses, de nous, de notre vie, elle réclamait un sacrifice, elle se plaignait, proférait des menaces, pleurait. Cette voix qui n'était pas bien sûr celle de ma sœur a accompagné une partie de mon enfance et toute mon adolescence, et c'est elle qui exigeait pour son bien-être, sa satisfaction, son plaisir, sa guérison, les lilas, les nuits en transe.

Ma mère ne savait pas organiser ces lilas. Elle chargeait une voyante amie, dont le rêve le plus cher était d'aller un jour à la Mecque, de cela : le sacrifice, le sang qui coule, les drapeaux de couleurs vives, les musiciens qui aimaient un peu trop le vin, les Jilalas, et les encens qui rappellent à certains le paradis perdu. Cette voyante, lalla Chafya, était une femme douce, habitée elle aussi, d'une autorité certaine mais intelligente. Elle tombait souvent malade et seules les lilas, me disaient ma mère, pouvaient la guérir, la soulager pour quelque temps. Lalla Chafya voyageait souvent, parfois très loin, pour faire des ziaras, des visites aux saints afin d’avoir leur baraka, leur bénédiction. Elle ramenait à ma mère le barouk, un souvenir sacré : l'eau des puits de ces saints, une eau rare, précieuse que ma mère gardait le plus longtemps possible.

Lalla Chafya était vieille. Elle l'a toujours été. La musique des Jilalas la transformait, la rajeunissait. C'était elle qui commençait la danse. Seule. Sans djellaba. La transe montait en elle. Son djinn montait en elle. Elle courrait sur place. Les bras inertes. La tête s'agitait, doucement, lentement. Plus tard ses foulards multicolores tombaient l'un après l'autre pour révéler sa chevelure, blanche, rouge henné. Puis elle pliait et repliait son corps, devant, derrière. Les bras se réveillaient. Les yeux s'ouvraient, se refermaient, heureux, fous. La musique montait un peu plus. Lalla Chafya, hypersensible, se mettait alors à genoux. Elle gémissait, criait. Elle se frappait la poitrine. Elle souriait et pleurait en même temps. Elle mordait ses mains, ses bras. Elle se relevait. Se remettait à genoux. Continuait à vivre le corps suspendu, dans des mouvements anarchiques, chorégraphiques, bizarres, beaux à voir. Lalla Chafya était saisie par la lumière, hypnotisée, emprisonnée, libre. Elle était primitive. De nouveau. Elle montait au ciel, nous invitait à la rejoindre, elle nous présentait à son Maître, on ne le voyait pas, mais on le saluait quand même. On redescendait tous, en même temps, vite. Le corps de lalla Chafya, à bout, tombait par terre, et cet ultime mouvement était accompagné d'un cri horrible et salutaire. Les femmes allaient vers elle, l'aspergeaient d'eau de fleurs d'oranger. Lalla Chafya ouvrait les yeux. Redevenait la vieille femme que nous connaissions. Des hommes jeunes, forts, l'aidaient à se relever ou alors la transportaient dans un coin de la pièce où elle allait, ravie, se reposer, dormir un peu, et plus tard, saisie de nouveau par la force de la musique, excitée par les odeurs des différents encens qu'on ne cessait de brûler, elle se relevait pour se remettre au milieu de la pièce et recommencer la transe, la rencontre avec l'invisible, le dialogue secret du corps, de la musique et des djinns. Mais cette fois-ci elle n'était pas la seule à danser. D'autres femmes et aussi quelques hommes étaient eux aussi sous l'influence de leur djinn, ils dansaient, s'agitaient en inventant des mouvements, des pas, des poses, des râles, une façon d'être dans le monde, l'instant, complètement inédite. Parmi eux, il y avait ma sœur : je la reconnaissais et en même temps je ne la reconnaissais pas. Pour son djinn, au contact libre avec les corps des autres, homme, femme, elle était transfigurée, pour son bien, pour son équilibre, pour s'aimer, se punir et plus tard s'unir sexuellement avec le monde et celui qui l'habitait.

De loin, enfant, adolescent, chétif, j'étais reconnaissant. L'invisible avait un sens, une odeur, une musique. Plusieurs fois, à intervalles réguliers, je l'ai rencontré. Il m'invitait à le rejoindre, à me mettre dans le groupe des corps mêlés. Je n'ai jamais voulu. J'avais peur. Je voulais juste regarder et par les yeux entrer en communion pour plus tard dire, raconter. Je savais que moi, mon plaisir, ma joie, ma liberté, c'était, à cette époque-là, de me dévêtir complètement dès que je me retrouvais seul dans la maison familiale de Hay Salam. J'enlevais mes vêtements et, nu, je redécouvrais ce premier monde qui allait à jamais me hanter. Je me promenais dans toutes les pièces, je faisais l'homme, la femme, le petit garçon. Je cherchais les miroirs pour redessiner mon corps osseux dans ma mémoire. J'avais envie de danser, faire un peu comme lalla Chafya. Je n'osais pas, je ne savais pas. Je finissais toujours par me retrouver dans le petit lit sur lequel une fois par semaine mes parents faisaient l'amour, et là, là, allongé sur le dos, les yeux toujours ouverts, agité, déterminé, ivre par avance, je me donnais à moi-même en dansant enfin : je me masturbais lentement en chantant l'hymne national marocain.

 

© Abdellah Taïa

Tous droits réservés.

Publiée avec l’autorisation d’Abdellah Taïa.

 

À paraître le 1er octobre 2009 aux éditions du Seuil :

Par Daniel C. Hall - Publié dans : SPÉCIAL ABDELLAH TAÏA
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Jeudi 10 septembre 4 10 /09 /Sep 09:44

Abdellah Taïa, homosexuel

envers et contre tous




“Il a accepté de donner son c… pour se faire connaître”, “Il est publié et on parle de lui parce qu’il est homo”, “Il se prostitue pour plaire à l’Occident”, “C’est son postérieur qui parle, pas lui”, “Il nuit à l’image du Maroc et de l’islam”, “Si nous étions réellement en terre d’islam, on le lapiderait”. Le nom de Abdellah Taïa, pour ceux qui le connaissent, ne laisse guère indifférent. Il délie les langues et déclenche, dans les discussions de café comme sur les forums Internet, des échanges au contenu très peu amène. Un internaute a écrit ceci : “En ce temps de malheur, pour être publié dans le monde occidental, il faut écrire des romans sur la sexualité.

La plupart de ces récits sont des autobiographies où des homos racontent avec fierté leurs exploits. Abdellah Taïa en est un. Il raconte sa vie de pédé depuis son jeune âge quand il vivait à Salé. Il a été l’invité de 2M cinq fois, un privilège dont ne bénéficie pas par exemple Mehdi El Menjra (ndlr : écrivain et “futurologue” marocain). Taïa, lui, a été reçu par toutes les maisons d’édition en France et son roman sera traduit”. L’homosexualité déclarée du jeune écrivain traumatise jusque dans les cercles de lettrés, pourtant réputés pour leur tolérance et leur ouverture d’esprit. Quand Taïa a publié conjointement dans les colonnes de TelQuel et celles du quotidien Le Monde, un texte personnel en réaction aux attentats kamikazes survenus au Maroc en mars 2007, un lecteur averti a trouvé le moyen de s’indigner en ces termes : “Taïa ne peut pas se mettre à la place d’un kamikaze parce que lui, c’est son c… qu’il se fait exploser. Alors si vous pouviez nous épargner les tribunes de votre pédale vedette…”. Quelques semaines auparavant, un chercheur dont on taira le nom a trouvé d’autres mots, un autre ton, pour exprimer sa colère : “Honte sur vous qui donnez de la visibilité à un zamel !”.


Demain le scandale


Abdellah Taïa n’a évidemment pas que des détracteurs. Il a aussi des amis, des supporters… qui se taisent. Ceux qui ne l’aiment pas, en revanche, l’expriment violemment, méchamment, l’assimilant sans problème à une honte nationale. Un “zamel”, c’est-à-dire un homosexuel, une pédale, une insulte. Le phénomène n’en est sans doute qu’à ses débuts, puisque l’auteur, dont les publications sont diffusées aujourd’hui à une moyenne de 10 000 exemplaires (mais vendus autant au Maroc qu’en France !) est appelé à grandir. Il vient d’être traduit en espagnol, bientôt en néerlandais. Son potentiel commercial et sa marge de progression en France sont énormes puisque, contrairement à ce que pensent ses nombreux adversaires, l’écrivain ne fait pas le tour des plateaux de télévision. Pas encore, du moins. Et au Maroc, il n’a jamais capitalisé sur son homosexualité à la télévision. Son coming out, selon l’expression consacrée, n’a été opéré que via ses propres écrits, en plus de l’entretien accordé à TelQuel, en février 2006.

Que se passera-t-il demain lorsque Taïa, par la force de son talent d’écrivain et sa singularité d’homme, deviendra une authentique star (inter)nationale ?

Al Massae, le quotidien le plus diffusé au Maroc, a déjà tranché la question : Taïa, il faudra le brûler ! Dans l’une de ses chroniques quotidiennes, le directeur de la publication, Rachid Nini, a pratiquement appelé au lynchage du jeune écrivain, accusant au passage l’Etat de “complicité” et traitant plus généralement les homosexuels d’êtres anormaux, qu’il ne faudrait surtout pas “exhiber” en public. “Comment accepter qu’un tel individu passe sur la deuxième chaîne de télévision nationale, qui est financée par l’argent du contribuable marocain ?”, écrit notamment Nini. Nous avons tenté de comprendre le point de vue pour le moins extrémiste du directeur d’Al Massae. Joint par téléphone, il a commencé par accepter l’idée avant de se désister sans aucune forme d’explication… Attajdid, le quotidien officieux des islamistes du PJD, a été à peine moins extrême qu’Al Massae : “Pourquoi Taïa bénéficie-t-il de tous ces passages à la télévision (marocaine) et pas les autres ?”. Un dirigeant du parti nous a fait, en off, le commentaire suivant : “Nous, on n’aime pas les homos !”. On aurait pourtant tort de prendre la formule pour une simple boutade. Le PJD est parfaitement capable de poser, demain, une question orale au Parlement, pour demander le jugement ou l’interdiction de l’écrivain. L’offensive menée, sur un autre plan, par le parti de Saâd-Eddine El Othmani, contre le film Marock risque de se reproduire, cette fois contre une personne : Abdellah Taïa. Ce qui sauve (pour le moment) le jeune écrivain peut se résumer, comme nous a expliqué ce dirigeant du parti islamiste, de la manière suivante : “Taïa ne représente pas grand-chose, il ne vend pas - encore - assez de livres”. Demain, donc, tout peut changer et tout changera, puisque Taïa vendra fatalement plus de livres, fera plus d’apparitions à la télévision, parlera davantage de son homosexualité, etc.


Un extra-terrestre à Paris


En allant à la rencontre de Abdellah Taïa dans sa nouvelle vie, à Paris, on a du mal à croire que cet homme frêle, timide, pudique, tellement humble, corresponde au monstre décrit dans les délires de ses adversaires. “Je ne fais pas de littérature, je ne cherche à reproduire les plans d’aucun écrivain, je ne représente personne, je ne suis qu’un étranger qui vit seul dans un studio de vingt mètres carrés”. L’histoire de Taïa est celle d’un malentendu : fils de pauvre, il a appris à manier la langue française alors que beaucoup parmi ses copains du derb n’ont jamais mis les pieds à l’école. Il a fait des études en littérature, mais il a toujours rêvé d’écrire pour le cinéma. Et il ne s’est pas exilé en Europe pour découvrir les mondanités parisiennes ou le chocolat suisse, mais “pour suivre l’homme de sa vie”. Ce serait beau dans la bouche d’une femme, c’est impardonnable pour un homme marocain.

Dans son minuscule studio du 19ème arrondissement, quartier plutôt “pop” de la capitale française, le jeune homme n’a aucune photo de lui accrochée au mur. Il fait vite le tour du propriétaire sans quitter sa place, en bougeant son seul index : “Ici, sur ce matelas, je dors, j’écris, je fais tout. Là, ce sont les livres que j’aime, et puis là c’est une vieille photo de Mohammed V pour laquelle j’ai une grande tendresse, des disques, des films”. L’écrivain marocain le plus décrié du moment a un quotidien de Monsieur tout le monde à Paris, un homme très seul qui pense à ses fins de mois : “J’ai longtemps tenu le coup grâce aux petits boulots habituels. Aujourd’hui, je vends des livres mais pas assez pour être à l’abri du besoin, alors je donne des cours (d’arabe), je traduis les écrits des autres, j’écris occasionnellement pour des journaux”. Le grand dénuement dans lequel vit cet homme de 34 ans traduit l’intensité de sa vie intérieure.

Abdellah Taïa vit avec des images et des mots du Maroc, des morceaux de vie de ce Hay Salam à Salé où il a grandi, dixième enfant d’une fratrie de onze. Une vie de pauvre où les corps, poussés par l’exiguïté, vivent pratiquement les uns sur les autres, créant au final une communauté charnelle, voire sentimentale : “Le sujet de ce que j’écris est et ne peut être que moi-même, mais je ne raconte rien en continu, plutôt des fragments de ce que je vis, ce que je suis”. Ce qu’il est ? “Un Marocain révolté, qui croit à l’individu, qui refuse l’idée selon laquelle notre histoire, personnelle ou collective, ne nous appartient pas, qu’on n’a pas le droit de se la réapproprier”. Taïa est une mosaïque humaine au centre de laquelle le mot homosexualité est évidemment inscrit en lettres d’or, inévitable, incontournable. “J’ai toujours été homosexuel et je ne m’en suis jamais caché. L’homosexualité se vit et ne s’explique pas. Ce n’est pas un trip, c’est ma vie. Je ne peux pas le cacher, je l’écris, je le raconte au milieu d’autres choses”.

Contrairement à un Rachid O., premier écrivain marocain à déclarer son homosexualité (dès 1994 avec L’enfant ébloui, puis Plusieurs vies, parus chez Gallimard), mais sans décliner son identité complète, Abdellah Taïa a décidé, dès le départ, de signer de son vrai nom, sans se cacher derrière un diminutif ou un pseudonyme. “Au Maroc, tout passe, mais dans le silence. Il y a eu un moment pour moi où ce silence n’était plus suffisant. Il fallait que je brise le tabou, que je parle. De moi”. Jusqu’en 2005, l’écrivain fait allusion à son homosexualité sur le mode du “Alfahem yfhem”, pour les initiés seulement, avant de la révéler ouvertement, sans détour, dans Le Rouge du tarbouche. En février 2006, il franchit un palier supplémentaire dans les colonnes de TelQuel : “J’ai eu un nœud à l’estomac au moment de l’entretien. L’heure de mon coming out avait sonné. Vous pouvez dire ce que vous voulez dans les livres, mais à partir du moment où vous le dites dans les journaux, cela devient l’affaire de tous, vous avez franchi le point de non-retour”. D’autres journaux francophones (Le Journal, le défunt Maroc-Soir, Maroc Hebdo, etc) relaient le coming out de l’écrivain.

“Ma famille, mes anciens amis ont préféré ignorer, pour eux j’étais toujours dans mon hmaq de jeunesse, un truc réparable avec le temps et dans tous les cas camouflable dans l’immédiat. On ne me prenait pas au sérieux, même si les voisins venaient dire à ma mère : on a vu ton fils à la télévision. Une fois, mon grand frère m’a même appelé pour me dire, tout fier : je t’ai vu à la télévision, c’est très bien, mais dis-moi, quand est-ce que tu vas passer à la fiction ? Il voulait bien sûr dire : oui, on sait de quoi tu es fait, maintenant il faut arrêter ces déballages pour penser à devenir - enfin - écrivain !”, explique Taïa. Un autre de ses frères va se plaindre directement chez la mère : “Dis à ton fils d’arrêter de raconter son tkharbiq (charabia) et de revenir à la raison !”. La rupture avec le “maskhout Al walidine”, celui qui a osé briser la loi du silence, guette.



Coming out et déchirement familial


Le coming out de Taïa a pris une autre dimension, beaucoup plus dramatique, lorsque l’écrivain a expliqué son homosexualité dans des journaux arabophones (AlAyyam et Al Jarida Al Oukhra). “Cela a tout changé, puisqu’on est passé de la langue des riches (le français) à la langue de tout le monde (l’arabe). Un peu comme si on était dans la pure théorie, et que là, d’un coup, on atterrissait dans le réel”, se souvient l’écrivain. Cette fois, c’est sûr, le jeune homme est devenu “l’autre”, l’extra-terrestre, le clochard montré du doigt par les gosses de Hay Salam, le héros monstrueux des contes transmis par les grand-mères à leurs petits-enfants. La vie de Taïa bascule.

A Salé, les nouvelles vont très vite et les Taïa, au grand complet, sont obligés de tenir un conseil de famille : “Tel neveu n’arrivait plus à mettre le pied dehors, de peur d’être la risée des gamins du quartier, telle sœur avait des problèmes au bureau parce que son frère était zamel (et il n’avait aucune gêne à l’écrire et à le dire)”, se rappelle Abdellah Taïa. Catastrophe. C’est finalement la mère de l’écrivain, 74 ans, chef de famille depuis le décès du père, qui prend les devants pour appeler son fils en France. Elle pleure, son fils aussi. Ses mots à elle : “Ach derti lina, ach derna lik, wach nta khrej lik la’akel, wach hadak klam kaytgal (As-tu perdu la tête pour nous faire ça ? Pour dire toutes ces choses qu’on ne dit pas) ?”. Abdellah a les larmes aux yeux à l’évocation de ce douloureux souvenir : “Pour moi, je souffrais d’avoir involontairement causé du mal aux miens, d’être un peu lâche puisque loin de Salé, je souffrais surtout de voir que personne, dans ces moments de détresse, n’a pensé à moi, à tout ce que j’avais longtemps endossé en étant réduit au silence, à tout ce que j’avais à endurer pour poursuivre mon cheminement naturel”.

La mère ignore le contenu des livres les plus explicites (Le rouge du tarbouche et L’armée du salut), elle ne s’arrête que sur le contenu de l’interview accordée par son écrivain de fils à l’hebdomadaire Al Jarida Al Oukhra. “Elle était effondrée devant l’annonce de mon homosexualité et, plus encore, devant mon rejet définitif du concept de mariage”. “Ne me dis pas que mon fils ne va jamais se marier, qu’il n’ira jamais au Haj, que je ne pourrais jamais prendre ses enfants dans mes bras. Moi, je ne veux que ton bien”, pleure la vieille femme. Taïa, de son côté, essaie d’argumenter, il cherche des mots “qui rassurent (un peu)” entre deux sanglots : “C’est quelque chose qui me dépasse, mais il ne s’agit pas seulement de moi, je m’inscris dans un mouvement qui est plus grand que moi, et qui traverse tout le Maroc”, répond-il à sa mère. L’écrivain s’accroche à son rêve d’être lui-même et sa mère s’accroche au rêve de voir son fils être celui qu’elle souhaite. Qu’il referme la parenthèse homosexuelle pour revenir à la “normalité”.

Aucun autre membre de la petite famille Taïa ne contacte l’écrivain dans l’immédiat. La mère canalise à elle seule tous les mécontentements, chaque jour plus nombreux, plus difficiles à contenir, plus difficiles à vivre. Et Abdellah Taïa, dans son minuscule studio parisien, vit dans le noir le plus absolu, coupé du monde, réfléchissant sur la nouvelle tournure que prend son existence. Jusqu’au jour où l’une de ses sœurs, analphabète, lui envoie un SMS, qui arrive à point nommé comme une bouée de sauvetage : “Ma sœur ne m’avait jamais appelé, ni écrit. Elle a fait appel à sa fille pour m’écrire dans un arabe rédigé en français : son message ne disait rien de particulier mais il traduisait, quelque part, avec ses idées et sa manière à elle, un soutien extraordinaire de sa part”. Le SMS disait : “Khouya Abdellah, Wach nta labass ? Wach mazal D’aïf oula s’hahiti chouiya ? Rah koulna kansallmou alik”. Traduction : “Mon frère Abdellah, est-ce que tu vas bien ? Tu es toujours aussi maigrichon ou bien as-tu grossi un peu ? On te salue tous”.


Comment tourner la page ?


Abdellah Taïa n’est pas encore passé au chapitre suivant. Les siens non plus. Depuis le dernier épisode de ce coming out qui n’en finit pas, couronné par l’interview accordée à Al Jarida Al Oukhra en mai 2006, l’écrivain n’a plus jamais remis les pieds chez sa mère, sa famille, à Salé. “Je n’ose pas, parce que c’est trop tôt, trop chaud. Je ne sais pas quelle sera mon attitude, ni la leur, je n’ai pas envie de rouvrir toutes nos blessures, je ne veux pas plonger dans de nouvelles béances, pas encore. Je veux que l’on se donne, eux et moi, le temps de digérer tout ça”. Ses derniers séjours au Maroc, Taïa les a passés à Casablanca, Tanger ou Rabat, dans des chambres d’hôtel ou chez des couples d’amis. Des refuges anonymes et des cocons protecteurs. Le seul lien véritable qui le rattache à son pays est resté le même : une conversation téléphonique échangée toutes les deux à trois semaines avec sa mère. “Je n’en veux à personne, car ma démarche est d’aller au bout : de l’exil, de l’écriture, de l’homosexualité, de moi-même. J’ai choisi la voie de la liberté, je dois la mener jusqu’au bout”. Et le scandale ? “Mais quel scandale ? Ce n’est que dans l’individualité que l’on peut faire avancer les choses et être soi-même, pas en demandant la bénédiction de qui que ce soit. Parce que dès que tu demandes à quelqu’un son opinion, tu sais que c’est perdu d’avance : il évoquera la pensée moyenne, consensuelle, qui n’est pas la sienne mais qu’il te servira uniquement pour te briser”.

L’écrivain, aussi humble que percutant, en a encore dans le ventre. Il a longtemps été nourri au spectacle des humbles et des anonymes, les voisins de quartier ou les hommes et femmes de passage, aux parcours personnels si lisses… en apparence. “Je pourrais écrire des livres entiers sur les scandales de mœurs des uns et des autres, même parmi les plus conservateurs dans mon entourage. La transgression se pratique au quotidien et à une très large échelle. Elle est seulement tue pour mieux sauver les apparences. Moi, si j’arrive à briser le cliché du Zamel efféminé, prostitué, dépravé, ce serait déjà bien”.

En dehors de Rachid O, l’autre écrivain homosexuel avec lequel il est en contact, Abdellah Taïa ne fréquente aucun cercle littéraire. Pas plus marocain que français. Il est seul dans son coin. Quelques contacts (Frédéric Mitterrand, le cinéaste Faouzi Bensaïdi), des discussions avec une poignée d’anciens camarades de promotion, le tour des relations mondaines et sociales est vite fait. “Mais quand je suffoque, j’ouvre mon petit balcon qui donne sur les toits de Paris”, souffle l’écrivain, jamais à court d’idées pour éviter de tomber dans le pathétique ou se lamenter sur son sort.

L’attitude qui résume le présent de l’enfant de Hay Salam est celle qu’il adoptait, un jour, sur le plateau d’une émission littéraire sur 2M : la tête basse, un côté gauche, l’air plus simple, plus timide que la moyenne des écrivains à l’ego hypertrophié. Il était fidèle à lui-même, sans artifice intellectuel, refusant de théoriser ou de s’ériger en pourfendeur des tabous. Un peu dans la posture qu’avait, parfois, les soirs de mauvaise humeur, son idole de toujours : l’auteur du mémorable Pain nu, l’écrivain Mohamed Choukri (“Lui, c’était quelqu’un, il nous a fait comprendre, à nous les misérables, que tout était possible, que tout le monde pouvait faire ou être n’importe quoi. Parce qu’il a été le premier à raconter la réalité, la sienne, celle de tous les jours, y compris dans sa dimension sexuelle”). Clin d’œil du destin : la traduction hollandaise de L’armée du salut, attendue en septembre prochain, devra paraître chez l’éditeur hollandais… de Mohamed Choukri.


Parcours : De Hay Salam à Paris


Abdellah Taïa a vu le jour en 1973 à Rabat, où son père était employé à la Bibliothèque générale. Il est l’avant-dernier d’une fratrie de onze enfants. Très vite, la petite famille déménage à Salé, Hay Salam, grand quartier populaire, pas loin de l’actuelle prison dite de Zaki. Abdellah grandit alors dans le fief de la Jamaâ d’Al Adl Wal Ihsane, à quelques encablures de la maison du cheikh Abdeslam Yassine, dans cet immense faubourg où la misère et la criminalité se partagent la rue avec le radicalisme religieux. “Si j’ai une ambition, c’est celle de faire entrer Hay Salam, et principalement les blocs 13, 14, 15, 16 où j’ai grandi, dans l’histoire de la littérature marocaine”, confie aujourd’hui l’écrivain, pour mieux souligner qu’il n’a pas encore écrit “ces histoires de transgression, de jeux et de sexualité enfantine, de l’épicier du coin dont on ne voit jamais la femme, du fqih célibataire parce qu’il est homosexuel, des filles prostituées très jeunes et de leurs frères islamistes, etc.”. Après des études secondaires à Salé, Abdellah Taïa traverse le Bouregreg pour soutenir une licence en Littérature française à l’université de Rabat, avant de décrocher un DEA dédié à Marcel Proust en 1998, un autre homo comme ils disent. Il obtient une bourse pour préparer un DES à Genève (“J’y suis allé pour suivre un homme, mais notre histoire d’amour s’est arrêtée avant même que je déballe mes valises”). L’étape suivante s’appelle Paris, où Taïa débarque pour l’amour du cinéma. Il y décroche un DEA en 2001, avant de se lancer dans une thèse de doctorat, qu’il devrait bientôt soutenir, sur le peintre Fragonard et le roman libertin au 18ème siècle. La production littéraire de l’écrivain a démarré en 1999 avec la compilation “Des nouvelles du Maroc (Eddif)”, à laquelle Taïa a pris part. Il est alors un jeune auteur parfaitement inconnu, qui enchaîne avec un premier roman, “Mon Maroc” (Séguier, 2000), où son homosexualité est à peine esquissée. Mais c’est en 2005 que l’écrivain se fait un nom avec Le Rouge du tarbouche (Séguier - Tarik éditions), où il assume ouvertement son homosexualité, avant d’enchaîner en 2006 avec L’Armée du salut (le Seuil), et en 2007 avec Maroc (1900 - 1960), un certain regard (Actes Sud - Malika éditions), en collaboration avec Frédéric Mitterrand. Peu le savent, mais Taïa a aussi publié des nouvelles et des critiques de films dans des journaux marocains (La Gazette du Maroc, Aujourd’hui le Maroc).


Taïa à la télévision : Censure et faux-semblants


L’histoire de Abdellah Taïa avec la télévision a démarré durant l’été 2005, quand “Grand angle”, émission-phare de 2M, est allée filmer “ce jeune écrivain parti de Salé à Paris”. La caméra colle à l’auteur, filme son Paris à lui, le Salé de son enfance, quelques monuments à Rabat, mais ne dit pas un mot sur la singularité sexuelle de l’intéressé, alors que Taïa venait de publier, en France, son premier vrai brûlot : Le rouge du tarbouche. Depuis ce baptême du feu, Taïa a enchaîné avec de nombreuses apparitions sur le petit écran : sur la télévision française (France 2, après la sortie de L’Armée du salut) ou espagnole, l’écrivain parle de ses livres comme de son homosexualité. “La tradition littéraire occidentale, qui a nourri tant de grands écrivains, a tendance à inscrire l’homosexualité arabe dans un cadre exotique, celui du garçon arabe, objet sexuel entre les mains de l’écrivain occidental. Avec moi, comme avec Rachid O, l’objet sexuel parle, réfléchit, écrit. Il existe tant qu’il est connecté à sa propre réalité, locale, marocaine et il n’obéit absolument pas à la norme de la littérature occidentale”.

La télévision marocaine ignore, évidemment, tout de ce débat. Même si Taïa multiplie les apparitions à 2M, son homosexualité est soigneusement éludée. À l’image de la dernière apparition cathodique de l’écrivain, à l’occasion du Salon du livre de Casablanca en février 2007 : “L’émission était animée par Frédéric Ferney (ndlr : animateur d’un magazine littéraire hebdomadaire sur France 5), lequel est venu me voir avant le tournage pour me dire texto : à aucun moment on ne prononce le mot homosexualité, si tu le fais, il n’y a pas d’émission !”. Le résultat relève de la gageure : l’animateur comme l’écrivain évoquent le mot “tabou” à n’en plus finir, sans jamais expliquer de quel tabou il était question. Les initiés ont - depuis longtemps - compris, les autres n’y ont vu que du feu. C’était le but du jeu, parler de la nouvelle littérature autour du “je”, en évitant de les choquer, “eux”.


© TelQuel - Karim Boukhari. Reproduit avec l'autorisation d'Abdellah Taïa.

Par Daniel C. Hall - Publié dans : SPÉCIAL ABDELLAH TAÏA
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Mercredi 9 septembre 3 09 /09 /Sep 11:24

C'est l'histoire d'un chauffeur poids lourd qui arrive à un relais routier, se met au bar et commence à raconter :

— Il m'en est arrivé une bonne... Ha ! Putain de Deux Chevaux !

Et il crache par terre.

— Mon camion est sorti de la route à dix bornes d'ici... Ha ! Putain de 2CV !

Et il crache par terre.

— J'étais complètement planté dans les champs... Ha ! Putain de 2CV !

Et il crache par terre.

— Tout à coup arrive une 2CV... Ha ! Putain de 2CV !

Et il crache par terre.

— Elle était conduite par un pédé qui me dit : je vais vous sortir de là avec ma voiture... Ha ! Putain de 2CV !

Et il crache par terre.

— Alors je lui réponds : si t'arrives à sortir mon camion avec ta deuche, j'te taille une pipe...

Et il crache par terre.

Par Daniel C. Hall - Publié dans : LA BLAGUE POURRIE DU JOUR
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Mercredi 9 septembre 3 09 /09 /Sep 11:02
Par Daniel C. Hall - Publié dans : VIDEOS : Lutte contre l'homophobie
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Mercredi 9 septembre 3 09 /09 /Sep 10:36

« J’ai été dans des relations avec des femmes. Et des hommes. Ça ne veut pas dire que je suis homo. Ça ne veut pas dire que je suis hétéro. » Gerard Butler, acteur écossais (notamment dans 300), août 2009.

Par Daniel C. Hall - Publié dans : MOTS : Citations philes et phobes
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Mercredi 9 septembre 3 09 /09 /Sep 10:32

« J'ai (…) beaucoup tourné avec des réalisateurs gay. Sur trente films, je n'ai interprété que trois rôles d'homosexuels : dans Les Roseaux sauvages d'André Téchiné, Les Passagers de Jean-Claude Guiguet et Presque rien de Sébastien Lifshitz. On se souvient de ceux là parce qu'ils ont beaucoup marqué. J'en suis très fier, je les assume mais j'ai fait le tour de la question. J'ai envie d'explorer d'autres choses. Je rejouerais un homo à condition que l'approche du personnage soit différente. » Stéphane Rideau, Têtu.com, 6 septembre 2009.

Par Daniel C. Hall - Publié dans : MOTS : Citations philes et phobes
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Mercredi 9 septembre 3 09 /09 /Sep 10:17

Un enfant adopté ne serait-il pas mieux dans un couple homosexuel stable que dans un couple hétérosexuel qui se déchire ?

« Cette question est biaisée et hétérophobe ! Elle sous-entend qu’un couple homosexuel est toujours stable et qu’un couple hétérosexuel, par définition, doit se déchirer… Les statistiques prouvent au contraire que les couples homosexuels se séparent beaucoup plus que les couples hétérosexuels. Ce n’est pas très « politiquement correct », mais c’est la vérité ! [...] Les parents ne sont pas que des éducateurs. Il est essentiel qu’un enfant puisse se représenter d’où il vient. On ne se construit qu’en se différenciant, ce qui suppose de savoir d’abord à qui l’on ressemble. Grâce à la différence sexuelle de ses parents, l’enfant sait qu’il est issu de leur relation. [...] » Question de chétienté.info à Béatrice Bourges, Présidente de l’association pour la protection de l’enfance, septembre 2009.

Par Daniel C. Hall - Publié dans : MOTS : Citations philes et phobes
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Mercredi 9 septembre 3 09 /09 /Sep 10:16

« Ne cherchons jamais à idéaliser nos dérives, nous devons les moraliser. (…) Le côté jurisprudence des homosexuels ne m’intéresse pas. Je n’idéalise pas, mais je moralise. (…) Le fait qu’ils soient des homosexuels est déjà une sanction. (…) L’homme [l’homosexuel] a laissé son identité d’homme pour avoir une identité de femme. Voilà pourquoi Dieu ne lui pardonne pas ce vol et lui fait faire une relation contre nature. » Serigne Moustapha Sy, responsable moral de la dahira moustarchidaty, devant ses étudiants, septembre 2009.

Par Daniel C. Hall - Publié dans : MOTS : Citations philes et phobes
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Mercredi 9 septembre 3 09 /09 /Sep 01:09

« Être homosexuel c'est comme être gaucher. » Michel Berger, Biographie.

Par Daniel C. Hall - Publié dans : MOTS : Citations philes et phobes
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Mardi 8 septembre 2 08 /09 /Sep 11:22

Un couple homo fait le trajet Paris - Marseille en train. Arrivés à Lyon, l'un dit à l'autre :

— Chéri... J'ai grave envie… Mais… Oh merde, c'est pas possible, j'ai oublié la vaseline !

— Bah, c'est pas grave ! Tu vas au wagon-restaurant et tu commandes un jambon beurre, on jettera le pain et le jambon et ça fera bien l'affaire.

Aussitôt dit, aussitôt fait, et ils se retrouvent dans les toilettes. Au bout de 15 minutes, une mamie se présente aux toilettes et trouve la porte fermée. Au bout d'une demi-heure d'attente, elle appelle un contrôleur, pensant que l’occupant a pu avoir un malaise. Avec son passe, le contrôleur ouvre la porte et découvre un spectacle très étrange : un homme penché en avant avec le pantalon sur les chevilles, et un autre en train de faire du vent avec une serviette sur les fesses du premier.

Le contrôleur :

— Messieurs, un peu de tenue quand même !!!

L’amant penché en avant et rouge comme une pivoine :

— Ohhh vous la SNCF ça va, hein !!! On commande un simple jambon beurre et on récolte un putain de jambon moutarde !!!

Par Daniel C. Hall - Publié dans : LA BLAGUE POURRIE DU JOUR
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Mardi 8 septembre 2 08 /09 /Sep 10:52


de  Nico Bally

 


ZOMBISEXUEL

 

Nico Bally a publié une multitude d'histoires étranges sur divers supports, du webzine à l'anthologie, en passant par le livre photo-musical.

Après avoir sillonné les villes les plus exotiques et palpitantes du globe (Dunkerque, Manchester), il vit aujourd'hui à Lille où il fête tous les jours son non-anniversaire (trente ans tout rond) avec un lapin gay, une chatte blanche déguisée en chatte noire, et la fée Clochette.

En marge de l'écriture, il travaille comme contrôleur de contenu pour Recisio Music malgré de longues études en sciences, informatique et philosophie. Il respecte les lois du TATBAR (Touche À Tout, Bon À Rien) en s'adonnant à la photographie naïve, la musique noise-ambiant expérimentale, les courts-métrages DIY, l'auto-pornographie, le rot tonal et la peinture sur vélo.

Pour Les Toiles Roses, il élargit ses univers fantastiques-oniriques en développant les thèmes LGBT qu'il avait trop souvent mis de côté.

 

 

Les textes qui m'ont apporté le plus de succès sont sûrement ceux consacrés à la mythologie vaudou.

Trouvant leur magie aussi intéressante que sous-exploitée, je m'envolais à Haïti où j'interrogeais différents prêtres. L'un d'eux, appelé Phepe, m'enseigna assez de rites pour remplir trois épais volumes. Je me contentais toutefois d'une douzaine de contes aujourd'hui réunis sous le nom Molles farandoles, disponible aux éditions de la Surface.

Comme c'est systématiquement le cas dès qu'on touche à l'ésotérique et à l'occulte, je reçus une tonne de courriers de lecteurs me demandant comment envoûter tel amant infidèle, comment faire souffrir tel agent immobilier, comment invoquer tel esprit satanique, etc.

Le seul qui attira mon attention fût celui de la Veuve Cataux. Non seulement parce qu'il s'agissait bien d'une lettre postée, contrairement aux autres messages émis via FaceBook et Twitter, mais aussi parce qu'il était accompagné d'un gros chèque en acompte au service demandé.

J'avais alors bien besoin de cet argent, entre autres pour rembourser les frais d'hôpitaux d'un ami dont j'avais malencontreusement fracturé la jambe lors d'un exercice de yoga.

De plus, le prêtre Phepe cherchait depuis quelques années à créer une petite communauté agricole. [Et j’étais sûr qu’il accepterait d’accomplir un petit rituel pour une forte somme, si je lui servais d’agent.]

Je convenais donc d'un rendez-vous, et rencontrais la veuve.

Elle était sèche et droite, mais ses intentions me semblèrent nobles. Elle voulait laver l'honneur de feu son mari, qui à peine passé l'arme à gauche se retrouvait enseveli sous les pires calomnies.

La nature exacte des calomnies me fit avaler mon thé de travers. Je décidais de doubler mes honoraires, et ajoutais une paye pour deux assistants. La vieille accepta sans broncher.

 

Phepe accepta de prendre l'avion – le défraiement était compris – et j'engageais comme assistants Valérie et Fred. La première posait régulièrement nue pour un atelier dessin. Le second était assez extraverti (et fauché) pour accepter de participer au rituel.

Alphonse Cataux n'était enterré que depuis trois jours lorsque sa veuve réunit les calomniateurs.

Nous avions installé des chaises dans le cimetière, qu’occupait la dizaine de soi-disant amis du défunt. [Le cercueil, exhumé par un fossoyeur grassement payé, laissait apparaître le cadavre blême.]

« Mesdames, messieurs, clamai-je, Vous voici réunis afin de faire taire les quolibets qui courent sur la sexualité de feu Alphonse Cataux. Le prêtre ici présent va faire revenir le mort à la vie, sous forme de zombie. Il ne sera alors plus guidé que par ses instincts primaires. Vous conviendrez donc que chacun de ses actes sera bien plus vrai que les actes d'un homme sain qui sait dissimuler ou jouer la comédie. Car le zombie, mesdames, messieurs, est comme un animal... »

Valérie me fit signe de calmer mes ardeurs. Je commençais à m'emporter, alors que mon public était déjà conquis.

Phepe entra alors en action, psalmodiant et dansant sous le regard médusé de l'assistance.

Une demi-heure passa lentement. Chacun contemplait le cadavre froid, le prêtre gesticulant, puis ses voisins, tout en se donnant l'air de n'y avoir jamais cru.

Soudainement, le cadavre d'Alphonse trembla. Comme un chat qui se réveille, il ouvrit un œil, puis un autre, étendit ses membres engourdis, puis se dressa en bâillant.

Valérie et Fred, postés tous les deux à quelques mètres de la tombe, se déshabillèrent aussitôt.

J'admirai alors la justesse de mon choix. Valérie, habituée aux vêtements amples et difformes, cachait bien la délicate rondeur de sa poitrine et de ses fesses. La blancheur de sa peau ressortait merveilleusement sous le clair de lune funèbre, et sa chevelure cascadante lui donnait des airs de Venus façon Botticelli. Fred arborait les abdominaux « plaque de chocolat » et les larges épaules carrées de tout clubber gay qui se respecte. Aujourd’hui encore, je suis pris de suées dès que je repense à son petit cul musclé.

L'assistance en oublia presque le zombie. Il était temps que je reprenne mon speech.

« Alphonse va désormais vous montrer qui de ces deux jeunes gens l'attire le plus. S'il approche de Valérie, la preuve de son hétérosexualité sera faite. S'il avance au contraire vers Fred, les calomnies pourront aller bon train. »

Voyant les deux appâts, la bite du défunt se dressa d'un coup sec.

La veuve s'accrocha à mon bras. Le moment de vérité approchait. Et si son mari choisissait Fred ? J'espérais seulement qu'elle nous paierait avant de se donner la mort.

Le zombie fit un pas hésitant, puis un autre. Sa démarche était si chaotique qu'on ne pouvait déterminer lequel des deux nus il ciblait.

Toujours cramponnée à mon bras, la veuve poussa un petit cri de d’effroi. N'était-elle donc pas certaine des penchants de son défunt mari ?

Le cri intrigua notre cadavre qui, tournant la tête, reconnut sa femme.

Et là, le sexe toujours aussi turgescent, il obliqua vers elle, les bras tendus en avant comme un somnambule.

Après quelques pas maladroits, il la toucha presque. La pauvre, voyant le cadavre en érection s'avancer la bave aux lèvres, s'évanouit, m'emportant dans sa chute.

Phepe rompit alors le rituel. Le fossoyeur replaça le cadavre mou dans son cercueil. L'assistance se permit un dernier regard vers Fred et Valérie qui se rhabillaient.

« Mesdames et messieurs, voyez comme Alphonse était fidèle à sa femme ! Non seulement la preuve de son hétérosexualité est faite. Mais en plus, on sait désormais que jamais il ne la tromperait, même réduit à l'état d'animal ! »

Nous avions bien mérité notre salaire.

La veuve, remise sur pieds, nous remercia en pleurant, et doubla la somme convenue.

Nous repartîmes chez nous dans la voiture de Fred, déposant le prêtre Phepe à l'aéroport.

« Aviez-vous déjà vu ça ? lui demanda Valérie. Une fidélité si forte qu'elle survit même à la mort ? »

Le prêtre éclata alors d’un long rire tonitruant.

« Ce qui s'est passé ce soir, je l'ai vu de nombreuses fois. Je ne sais pas lequel de vous deux il aurait choisi ensuite, mais le pauvre zombie voulait commencer par étrangler sa femme. »

Paix à son âme.

 


© Nico Bally – 2009.

Tous droits réservés.

Direction littéraire de la série : Daniel Conrad & Pascal Françaix.


Lire le précédent petit conte

 

Par Nico Bally - Publié dans : PETITS CONTES DARK-EN-CIEL
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Mardi 8 septembre 2 08 /09 /Sep 09:06

Par Yagg.com/Géraldine - Publié dans : VIDEOS : Lutte contre l'homophobie
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Lundi 7 septembre 1 07 /09 /Sep 16:47

Un monsieur, du genre BCBG, rentre chez lui dans le seizième à la nuit tombante. Alors qu'il traverse les jardins du Trocadéro, un jeune homme à l'air plutôt efféminé s'approche de lui et susurre :

— Tu veux que je te fasse une gâterie, mon chéri ? C'est 20 euros.

Dix mètres plus loin, un autre le hèle :

— Viens chez moi, mon chou. Pour 100 euros, je te fais tout ce que tu veux.

Le monsieur, scandalisé, aperçoit un gardien de la paix et court vers lui en criant :

— Monsieur l'agent ! Je vous signale que les deux jeunes gens là-bas se livrent au racolage. Ils m'ont fait des propositions honteuses !

Et alors l'agent s'écrit :

— Ouuuh... La vilaine rapporteuse !!!

Par Daniel C. Hall - Publié dans : LA BLAGUE POURRIE DU JOUR
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Lundi 7 septembre 1 07 /09 /Sep 15:48



Fiche technique :

Avec José Sacristan, María Luisa San José, Carmen Maria Luisa San José, Ángel Pardo, José Luis Alonso, Agustín González, Enrique Vivó, Queta Claver, Ángel Pardo, Juan Antonio Bardem, Antonio Gonzalo, Fernando Marín, Aldo Grilo, Ramón Reparaz, Fabián Conde, Alejo Loren et Ramón Centenero. Réalisation : Eloy de la Iglesia. Scénario : Eloy de la Iglesia et Gonzalo Goicoechea. Directeur de la photographie : Antonio Cuevas. Montage : Julio Peña.

Durée : 108 mn. Disponible en VO et VOST anglaise uniquement.



Résumé :

En Espagne dans les derniers temps du franquisme, Roberto Orbéa est un membre actif d'un parti de gauche. Il est mis en prison où il fait la connaissance de Nes, et cède à ses penchants homosexuels. La mort du dictateur le fait sortir de prison. Son parti accède au pouvoir et il devient un homme politique très reconnu. L'homosexualité étant très taboue à l'époque, il tente de reprendre une vie « normale » avec sa femme. Mais Nes lui présente un jeune homme dont il tombe éperdument amoureux. Sa femme finit par le découvrir et lui propose de vivre leur histoire à trois. Roberto connaît une courte période de bonheur, mais l'extrême droite – qui a appris son homosexualité – intrigue pour le faire chuter. Il prend conscience, en tombant amoureux d’un jeune prostitué issu du lumpenprolétariat, qu’il doit absolument faire son coming out s’il veut être en accord avec ses principes politiques...



L’avis de Bernard Alapetite :

Inspiré par des événements vrais, El Diputado est le premier film ouvertement gay espagnol. Tourné dans la période de l’immédiat post-franquisme. La plupart des français qui ne sont pas férus de films d’horreur, Eloy de la Iglesia est l’auteur de Cannibal Man, n’ont jamais entendu parler de lui, il a pourtant gagné quelque chose comme une réputation de cinéaste culte dans le monde entier pour être l’un des premiers cinéastes à traiter d’une manière explicite l'homosexualité.

De la Iglesia a par le passé appartenu au parti communiste espagnol. El Diputado rassemble ses prédilections politiques et sexuelles dans un mélange passionné et passionnant. Curieusement, le film a connu un certain succès commercial aux États-Unis et en Amérique du sud. C’est aussi le film techniquement le plus ambitieux de sa filmographie. Le film est constitué de nombreux retours en arrière. Roberto Orbea (Jose Sacristan), le héros, se souvient des nombreuses d'années passées à dissimuler ses convictions politiques, il est socialiste. Pour cela, Roberto Orbea est emprisonné. Dans la promiscuité de la prison, il réalise qu’il est homosexuel en dépit des efforts qu’il fait pour réprimer ses pulsions. En tant qu’avocat et ancien militant clandestin, il émerge, dès la fin de l'ère Franquiste, en tant qu’un des principaux dirigeants du parti socialiste espagnol. Il cache son homosexualité à son parti, et à sa femme (Maria Luisa San Jose) qui partage son engagement politique. Mais Roberto ne résiste pas à un beau jeune garçon, un joli adolescent appelé Juanito (Jose L. Alonso). Ce dernier est manipulé par des membres d’un parti de droite qui s’opposent au socialiste et pensent déconsidérer leur adversaire en faisant éclater un scandale de mœurs impliquant une personnalité socialiste de premier plan. De la Iglesia fait le parallèle entre la clandestinité politique de Roberto à l’époque du franquisme avec celle qu’il vit sur le plan sexuel alors qu’il est un des leaders politiques du nouveau régime démocratique espagnol. L'appartement qui a servi jadis pour héberger des camarades recherchés par la police franquiste devient un nid pour les rendez-vous amoureux de Roberto et de Juanito. Sur des affiches, Marx et Lénine regardent sévèrement les ébats sexuels des deux hommes... À ce propos, El Diputado est une bonne occasion d'observer les contradictions entre l'esprit libertaire du film et le « dogmatisme » avec une touche d'hypocrisie du parti communiste sur le sujet de l’homosexualité...



Eloy de la Iglesia est tout à fait brillant quand il nous fait ressentir l'appel de la chair qui taraude Roberto, homme entre deux âges, pour ce jeune garçon. De même qu’est finement évoqué, en quelques scènes, le rapport entre Roberto et sa belle épouse Carmen. Leur rapport est ancré dans l'amour véritable l'un pour l'autre. Carmen est déterminée à explorer n'importe quelle voie qui permettra à leur mariage de survivre. Sous la tutelle de Roberto et de Carmen, Juanito se transforme de gigolo en un garçon assidu des librairies, un admirateur d'art moderne et un mélomane averti... Tout cela est fortement improbable et relève plus du fantasme de micheton que de la réalité et c’est la seule vraie faiblesse du scénario quant à sa crédibilité. En même temps, sa conscience politique augmente. Il se rend compte qu'il a été manipulé par l’extrême droite et que son amour pour Roberto est devenu sincère. Il rejette ses anciennes opinions. La scène paroxystique du film voit Roberto, Juanito et Carmen unis dans un baiser à trois symbolisant leur libération et leur réconciliation.

Le film a soulevé un tollé de protestations lors de sa sortie en salles en raison (et surtout) de sa description explicite des actes homosexuels mais aussi pour opinions politiques pro-marxistes. Le film a également gagné en notoriété parce qu'il semble raconter l'histoire de plusieurs figures bien connues dans la société politique espagnole. Nombre de spectateurs l’ont alors vu comme un film à clés et se sont perdus en moult supputations.

 


Eloy de la Iglesia était un membre du parti communiste espagnol ; ses films de cette période reflétaient ses opinions politiques et ont souvent porté sur les formes violentes de protestation sociale.

Dans El Diputado, on le voit s’éloigner du PCE pour rallier le socialisme. Le film est un formidable tableau de l’effervescence politique qui régnait alors dans un pays où la démocratie pouvait encore paraître fragile. El Diputado a également pris note de l'introduction des nouvelles théories soutenues par les socialistes sur le rôle du terrorisme dans le nouveau contexte européen. Ce n'est pas pour rien qu’Orbea est présenté comme un avocat qui a défendu l'ETA durant le fameux procès de Burgos. Toutefois, après l'avènement de la démocratie, les motivations de l'ETA ont été disqualifiées. L’organisation et ses membres deviennent « suspects gauchistes » et leurs actes de violence sont dénoncés comme « crimes contre la vie », en conformité avec le rejet de l’Europe entière de ces pratiques après l'assassinat d'Aldo Moro en Italie.

Eloy de la Iglesia est un cinéaste qui, en marge des principaux courants et des tendances esthétiques dominantes, a pu mener à bien une œuvre personnelle et prolifique, à cheval entre cinéma d’auteur et cinéma populaire, intégrée dans l’industrie cinématographique mais traitant toujours de sujets tabous ou polémiques. Il est titulaire d’un Master of Arts de l'Université Complutense de Madrid, et il a également étudié à l'Institut des Hautes Etudes Cinématographiques de Paris. Il a fait ses premiers pas comme scénariste pour des émissions pour enfants pour la télévision. C’est cet environnement qui lui a permis de faire son premier film à 22 ans, en 1966, avec Fantasía 3, adaptation d’un roman de L. Frank Baum. Mais le réalisateur connaît une plus grande liberté d'expression lors de la transition démocratique espagnole qui va de 1975, l’année de la mort de Franco, à 1982, date de la victoire du PSOE aux élections législatives. Cette période faisait évidemment grand cas de la sexualité, ouvrant les écrans, en passant, à une représentation des corps, quoiqu’essentiellement féminins, inédite dans ce pays. Bien des films mettant en scène soit des homosexuels, soit des bisexuels, soit des transsexuels, soit des travestis, eurent du succès dans l’Espagne de la Transition, même si tous n’étaient pas des parangons de modernité. Alors que El Diputado, qui eut un succès considérable, propose, lui, un regard politique sur le corps masculin, mais un regard non exempt de désir. On peut considérer Eloy de la Iglesia comme le cinéaste emblématique de cette période pendant laquelle il réalise pas moins de dix films dont plusieurs traitent principalement de l'homosexualité, comme Los placeres occultos (1976) ou El Diputado (1978). Les sujets préférés du cinéaste ont été ceux touchant les relations de classe et l'oppression sociale par l'État. Mais il semble que petit à petit une sorte d’obsession sexuelle a éclipsé les opinions politiques du cinéaste. À partir du milieu des années 70, les films de la Iglesia se sont de plus en plus concentrés sur l'homosexualité et les problèmes sociaux tels que la délinquance juvénile et la toxicomanie.



La marginalité sous toutes ses formes est une thématique au cœur de sa réflexion sur les rapports entre l’individu et une société répressive. Cette interrogation sur l’identité de l’homme au sein de la société le conduit également à réfléchir sur la place de l’individu au sein de groupes sociaux plus restreints, comme le couple et la famille. Dans tous les films d’Eloy de la Iglesia, on trouve des personnages qui transgressent les règles sociales ou morales imposées ou communément admises par la majorité. S’écarter de la norme, la remettre en cause, est une façon de proclamer sa liberté individuelle.

Il obtient un succès en 1983 avec El Pico qui traite de la drogue. À 57 ans, Eloy de la Iglesia adapte Caligula d’Albert Camus qu'il compare à son personnage majeur de son film Navajeros (1980). De la Iglesia a fait face à la toxicomanie lui-même dans les années 80 et a même cessé de faire des films pendant un certain temps. Mais son accoutumance au cinéma devait être plus forte que celle pour les drogues, puisque par la suite il s’est sevré des drogues et a repris sa carrière. En 2003, après 16 ans d'absence, au cinéma il revient avec L'Amant bulgare, adapté de l'œuvre romanesque d'Eduardo Mendicutti. Ce sera le dernier film d'Eloy de la Iglesia qui meurt en 2006. Sa filmographie est riche de 22 longs métrages. Le Festival du Film de San Sebastian lui a consacré un hommage et une rétrospective en 1996, ce qui a été très important pour sa reconnaissance. En 2003, à Paris, le festival de l’étrange a consacré, en sa présence, également une rétrospective à ce cinéaste qui ne peut être comparé qu’à Fassbinder...

Pour plus d’informations :

Par Bernard Alapetite - Publié dans : FILMS : Les Toiles Roses
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Lundi 7 septembre 1 07 /09 /Sep 14:53

Par Yagg.com/Géraldine - Publié dans : VIDEOS : Lutte contre l'homophobie
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Dimanche 6 septembre 7 06 /09 /Sep 11:43

C'est l'histoire de deux fils à maman, bien curieux, bien voyeurs, qui adorent espionner leur mère. Le plus âgé dit :
— Hier j'ai vu maman qui explosait le cul d'une grosse pute avec un énorme gode-ceinture dans la véranda.
Le petit frère lui répond alors :
— C'est quoi une véranda ?

Par Daniel C. Hall - Publié dans : LA BLAGUE POURRIE DU JOUR
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Dimanche 6 septembre 7 06 /09 /Sep 11:42

De nos jours, on n'ose plus dire les choses telles qu'elles sont. Ainsi on ne dit plus "aveugle", on dit "non-voyant" ; on ne dit plus "sourd", on dit "non-entendant" ; on ne dit plus "nain" mais "personne de petite taille", etc. Et surtout on ne dit plus "pédé", on dit "non merci !"

Par Daniel C. Hall - Publié dans : LA BLAGUE POURRIE DU JOUR
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Dimanche 6 septembre 7 06 /09 /Sep 11:37
  
Visuel : (c) GayClic

Luke et Lily parlent de décisions prises sur un coup de tête, tandis que Zac propose un Noah un autre genre de coup... Part 2.
[ATWT appartient à PGP ; Daily recaps à CBS].


Par Jag1366 - Publié dans : SERIE : AS THE WORLD TURNS (AINSI VA LE MONDE)
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Samedi 5 septembre 6 05 /09 /Sep 11:45

© D. R.




Idole des fameuses « ménagères de plus de cinquante ans » (et de la Annie Wilkes du Misery de Stephen King), Liberace fut l’un des entertainers américains les plus follingues et Camp du siècle dernier. Pianiste de formation classique, il perçut sa vocation de showman lorsque le public d’un concert lui demanda d’exécuter quelques variations swingantes et endiablées de pièces célèbres de grands compositeurs. L’exercice fut accueilli avec un enthousiasme délirant, et devint sa marque de fabrique. Sous ses doigts diligents, le Concerto pour Piano n°1 de Tchaïkovski, ramené à deux minutes trente, était sans doute fort éloigné de la partition originale, mais gagnait un punch incontestable. Liberace est de ces pianistes dont les disques ne seront jamais chroniqués dans « Classica », mais dont le succès et la popularité avaient de quoi faire pâlir d’envie un Glenn Gould ou un Karajan. Il se disait indifférent aux attaques des critiques, mais précisait avec humour que son frère George – qui l’accompagnait au violon et gérait ses finances – en était très affecté, et « pleurait sans discontinuer sur le chemin de la banque. »

Au fil des ans, son extravagance vestimentaire et la flamboyance de ses performances scéniques l’apparentèrent davantage à Zaza Napoli qu’à Claudio Arrau, ce qui ne l’empêcha pas de nier son homosexualité sa vie durant. Il gagna un procès retentissant contre une gazette à scandale qui avait plus que suggéré ses inclinations, mais faillit perdre celui que lui intenta à un ancien amant trop prompt à faire état de leur liaison. Le Sida l’emporta en 1987, à l’âge de 67 ans.

Fut-il aussi grand virtuose que grande folle ? Pour les puristes culs pincés et autres constipés de la trompe d’Eustache, certainement pas. Pour la légion de ses fans et pour le public gay, qui en fit une icône, Liberace fut et demeure l’un des performers les plus euphorisants du XXème siècle.

Pour en savoir plus :

Son site officiel : http://www.liberace.com/

Le Liberace Museum : http://www.liberace.org/

Par BBJane Hudson - Publié dans : TOP OF THE QUEERS
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