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Jeudi 9 avril 4 09 /04 /Avr 09:53


Fiche technique :

Editeur : Arte vidéo, novembre 2008. 12 DVD + 1CD audio. Livret de textes inédits et de photos des films et des tournages. Coffret de l'intégrale des films de Jacques Demy. Le coffret comporte les trois films d'animation très rares réalisés entre 1944 et 1953 : Le Pont de Mauves, La Ballerine, Attaque nocturne et les quatre courts réalisés entre 1951 et 1961 : Les Horizons morts (film de fin d'études à l'école de Vaugirard), Le Sabotier du Val-de-Loire, Ars et La Luxure (sketch tiré des 7 pêchés capitaux).

Il semble toutefois manquer : Musée Grevin 1958 avec Jean-Louis Barrault, Louison Bobet, Jean Cocteau, Michel Serrault et Ludmilla Tchérina (0h21) et La Mère et l'enfant (1959, 0h22).

Tous les films ont été restaurés de façon échelonnée depuis 1992 ce qui garantit l'enchantement pour Le bel indifférent, Lola, Model Shop , La Baie des anges , Les parapluies de Cherbourg , Les demoiselles de Rochefort , Peau d'âne , La naissance du jour , Une chambre en ville et Trois places pour le 26 .

Seuls quelques films restent un peu moins réussis : The Pied Pipper , Lady Oscar L'événement le plus important depuis que l'homme a marché sur la lune et Parking.

Suppléments :

Reportages d'époque : DVD1 : Interview de Jacques Demy sur Les 7 pêchés capitaux (1962). Documentaire d'Agnès Varda : L'univers de Jacques Demy (90min - 1995). DVD2 : Documentaire : Cinéastes de notre temps : Jacques Demy à propos de Lola (1964). Reportage : Chronique cinéma : Jacques Demy à propos de Model Shop (1969). DVD4 : Extrait du documentaire : Il était une fois... Les Parapluies de Cherbourg. DVD5 : Documentaire d'Agnès Varda : Les Demoiselles ont eu 25 ans (64min). DVD 6 : Entretien : Peau d'âne raconté par des enfants. Jeu : La Princesse en chemise (il faut l'habiller). Documentaire : Une productrice passionnée : Mag Bodart. Dessins : Le petit Peau d'âne illustré. Documentaire : Peau d'âne et les penseurs. BD : Peau de bique de Claire Brétécher. Court-métrage : Peau d'âne d'Albert Capellani (1908). Karaoké : Les Chansons du film. DVD 7 : Reportage : Le Journal du cinéma : Jacques Demy et le joueur de flûte (1971). DVD8 : Entretien avec Alain Coiffier, directeur de production : Sur le tournage de Lady Oscar. DVD 10 : Entretien : Autour de la sortie du film par Gérard Vaugeois. Reportage : Cinéma, cinémas : Jacques Demy tourne Une chambre en ville (1982). DVD 11 : Reportage : Alsace soir FR3 : Sur le tournage de Parking (1985). DVD 12 Documentaire : Jacques Demy ou l'arbre gémeau. Emission : L'art en tête : Portrait de Jacques Demy.



L’avis de Raphaël Lefèvre, Nicolas Maille et Alissa Wenz :

C’est ce qu’il faut bien appeler un événement : un joli coffret vient mettre fin à l’époque de la traque acharnée des projections uniques et des VHS pourries des films de Demy. Si le plaisir secret d’avoir mis la main sur des introuvables disparaît, éclate au grand jour la folle cohérence d’une œuvre pourtant bigarrée ayant renoncé en cours de route à son projet inaugural : cinquante films qui seraient reliés les un aux autres par leurs personnages communs...

Il y a une difficulté à parler de Demy, qui tient à l’écart entre la sentimentalité que son œuvre suscite presque chimiquement et la lecture plus cérébrale que l’on peut donner de son univers torturé. Il y a surtout un risque qui consiste à donner de l’importance à des films au seul titre du rôle qu’ils tiennent dans la cohésion de l’œuvre d’un auteur. Or celle de Demy, l’une des plus belles et des plus passionnantes que le cinéma français nous ait données, est incontestablement inégale, en dents de scie, avec une tendance générale à la pente... Mais que voulez-vous, même en bas de la pente, étourdis, la tête pleine de couleurs, de chansons et de saveurs aigres-douces, on reste heureux. Petit voyage en trois temps dans ce qu’il est désormais convenu d’appeler le demy-monde.



Un moderne très discret

Les courts métrages d’animation contenus dans la première galette du coffret – films de jeunesse perdus et recréés à l’occasion du Jacquot de Nantes d’Agnès Varda – causeront sans nul doute quelque émoi chez les demyphiles, qu’ils soient sentimentaux ou cérébraux. Mais Le Pont de Mauves (évocation du bombardement de Nantes sous forme de dessins tressautant sur pellicule, à la manière d’un Norman MacLaren naïf), Attaque nocturne et La Ballerine (animations de figurines bricolées), s’ils ouvrent une porte sur la psyché du jeune Demy et laissent entrevoir quelque chose des films futurs (le soin apporté au décor, le petit monde menacé par la forclusion), ont peu de chance de passionner les néophytes.

Plus captivant, déjà, est Les Horizons morts, film écrit, réalisé et joué par Demy lors de ses études à l’école Vaugirard. Habilement construit en termes de structure temporelle, de composition des cadres et de contrepoints sonores, il est un rien compassé mais révèle quelque chose de très touchant sur une certaine jeunesse – celle qui, grave, solennelle et douloureuse, à l’opposé de la spontanéité et de l’insouciance des garçons spirituels et libidineux de La Luxure (délicieux épisode du film à sketches Les Sept péchés capitaux), prend la vie, l’amour et la mort très au sérieux. Ce tempérament excessif persistera chez Demy (voir la manière magnifique dont Les Parapluies de Cherbourg transforme la banalité du quotidien et du devenir amoureux en tragédie emphatique), mais prend ici la forme attendrissante, à travers un parcours ténébreux artificiellement touché par la grâce, de l’hommage un peu gauche de l’étudiant au maître admiré – Bresson, en l’occurrence.

Un rapport au religieux dont son cinéma se défera très vite. Ars, évocation de la vie d’un prêtre canonisé (dont Bernanos s’est d’ailleurs inspiré pour Le Journal d’un curé de campagne, adapté – tout se tient ! – par qui l’on sait) touche à un point limite de ce qui deviendra une attitude fréquente du cinéaste : ne pas juger. Ce qui rend le film ambigu, impossible à cataloguer : factuel, hagiographique ou distancié ? Les trois à la fois. Un peu illustratif, aussi, dans le rapport image-son, même si sa manière de ne filmer, sur le récit de la vie de ce curé du début du XIXe siècle, que des décors, des rues vides, des objets, ou à l’inverse les habitants contemporains du village, inscrit Ars dans un sillon cinématographique résolument moderne.

Filmer des lieux dépositaires du passé, Demy s’y livra plus qu’à son tour, s’offrant un travelling chaloupé dans le passage Pommeraye quand Roland Cassard évoque Lola dans Les Parapluies de Cherbourg ou tournant son adaptation de La Naissance du jour à l’endroit même où Colette l’écrivit. Comme dans Ars, on trouve dans cette dernière quelques déconcertantes redondances entre la parole et l’image, dans lesquelles il faut sans doute moins voir un manque de confiance en l’imagination du spectateur qu’une traque des sentiments et des souvenirs dans les objets, les murs, les fleurs, les visages, l’écrit ; une croyance obsessionnelle en la puissance du chromo ; un goût pour le mariage de la trace et de sa mise en scène, de la photo et du coup de pinceau. D’où un montage en flash-backs où le mot flash a tout son sens : celui de bribes de passé, d’images mentales trouant le présent. Reste que lorsqu’il ne filme pas la chose dite, Demy filme le regard qui la dit, et c’est alors deux fois plus beau. Beau comme ces scènes où se donne à voir le travail de l’écriture. Beau comme la voix-off de l’écrivaine sur laquelle vient parfois se poser à l’image, comme des mots sur les notes d’une chanson, la bouche de celle qui l’incarne (Danièle Delorme). Beau comme la façon dont elle exprime le renoncement comme choix individuel, comme assomption d’une sérénité hors des tracas de l’amour et non comme fatalité résignée. Beau comme le respect qui se love dans la fidélité maladroite à l’artiste adaptée.

Colette ne fut pas la seule à être traitée de la sorte : dès ses débuts, Demy adaptait avec déférence Cocteau, le poète-cinéaste tant admiré chez qui il allait trouver une figure-clé de son cinéma, Orphée. Le Bel indifférent marque le début de la plus riche collaboration qui ait jamais existé entre un cinéaste et un décorateur. L’apport de Bernard Evein dans ce film inauguré, comme Le Carrosse d’or de Renoir, par un lever de rideau, est décisif. Murs rouge vif, rideaux verts sapin, peinture fraîche : il y a dans cette chambre en ville où, face à un amant irrémédiablement muet, une femme se débat entre amour et désespoir, humiliation et dignité, vérité et mensonge, une présence indiscutable des corps, des choses et des sentiments. À des lieues de l’interprétation tremblante et impudique de la grande Anna Magnani dans La Voix humaine de Rossellini, adapté du même Cocteau quelques années plus tôt, Jeanne Allard, d’une voix traînante et blasée à mi-chemin entre Maria Casarès et Dominique Sanda, dit le texte et lui donne corps plus qu’elle ne le joue. Moins dévastatrice que chez Rossellini, s’accordant avec la rigueur absolue de la mise en scène – frontale, géométrique, picturale, théâtrale –, la blessure du personnage n’en est que plus poignante.

Demy fut tout à la fois : modeste artisan et artiste têtu, classique flamboyant et moderne timide, homme et femme, puritain et libertaire, conservateur, progressiste et radical… Dans Le Sabotier du Val-de-Loire, où, filmant à la manière de Georges Rouquier des traditions paysannes appelées à disparaître, il se livre surtout à une splendide méditation sur le temps qui passe, frappe une acceptation nostalgique de la nature des choses (« C’est dans l’ordre… ») plutôt étonnante de la part de celui qui, obsédé par la question de la résignation ou du sursaut, deviendrait un cinéaste du pas de côté, de l’hybridation, de l’impureté.

Beauté et force politique de ce cinéma que d’être si difficilement assignable. Dans Le Joueur de flûte cohabitent éloge bien-pensant de la tolérance et conscience aiguë d’un ironique paradoxe : la sortie de l’obscurantisme marqua également l’entrée dans l’ère du capitalisme bourgeois. Drôle de film que celui-là, tourné un an après Peau d’Ane dans une toute autre perspective : à l’interprétation ludique, psychédélique et distanciée du conte de Perrault succède un régime de représentation très anglo-saxon, une sorte de réalisme hollywoodien empreint d’un ton débonnaire à l’anglaise, avec pour seuls anachronismes la guitare et les jolies chansons de Donovan. La plus plate mièvrerie y côtoie la plus folle férocité, la noirceur s’y dissout dans de purs instants de grâce : Demy fut décidément le plus schizophrène des cinéastes.



Les jeux de l’amour et du hasard

Lola, son premier long métrage, est joyeux et mélancolique, sentimental et minutieusement pensé, rempli d’hommages et très personnel – une merveille de fausse simplicité et de nostalgie feutrée, placée sous l’égide de Max Ophüls (auquel le film est dédié), et dans laquelle s’exprime encore (sous une apparence très Nouvelle Vague, mais de manière explicite) l’influence du maître Bresson. Tous les fondements de l’univers de Jacques Demy sont déjà esquissés dans ce conte nantais où le hasard arrange les rencontres, où de très jeunes filles s’entichent de marins de passage, où les mères élèvent seules leurs filles, où l’attente est sans cesse glorifiée, magnifiée. « Vouloir le bonheur, c’est déjà un peu le bonheur », dit Roland Cassard à Lola, son amie d’enfance qu’il a retrouvée par hasard, et qui attend le retour de son premier amour. Le thème de la fidélité, qui sera creusé dans Les Parapluies de Cherbourg, est déjà là, doublé d’une idée qui fait tout le charme du film : celle d’un bonheur d’avant le bonheur, c’est-à-dire d’un bonheur dans l’espoir et le désir mêmes, plus que dans leur éventuel accomplissement. Tout Lola est ici : dans cette attente-désir qui porte vers l’avant, qui donne la force de vivre. Les jalons d’un cinéma à la fois aérien et sérieux, d’une apparente futilité qui, comme celle de son héroïne, n’est que le masque de la grâce, sont déjà posés.

On retrouve Lola – mais une Lola « cassée », disait Anouk Aimée – dans Model Shop, tourné à Los Angeles huit ans plus tard : œuvre amère, à la mélancolie prononcée, qui est aussi le dernier volet d’une série de films dans lesquels on retrouvait, conformément au souhait fondateur de leur auteur, les mêmes personnages. Le film, qui a reçu un accueil glacial aux Etats-Unis comme en France, était pratiquement invisible jusqu’à aujourd’hui. Il est grand temps de redécouvrir ce qui est une pierre de touche dans le petit monde de Demy – parce qu’on y croise à nouveau des noms ou des figures connus, et parce que s’y expriment des thématiques tout à fait caractéristiques. Dans l’un des bonus proposés par l’édition, Benoît Jacquot rappelle la surprenante « radicalité européenne » de ce film tourné aux Etats-Unis, où chacun s’attendait à ce que Demy réalise un musical hollywoodien. Celui-ci, dans un autre bonus, évoque sa volonté de faire un film « très simple, très évident ». Model Shop répond à Lola en reprenant et transformant le thème de l’attente qui y était fondamental : désormais, l’attente est triste, marquée par la peur – peur de la mort pour celui qui s’apprête à partir au Vietnam où il doit effectuer son service militaire – et non par le désir. Dans ce monde qui a perdu ses illusions, il ne s’agit plus de « vouloir le bonheur », mais d’essayer d’être heureux... C’est-à-dire de tenter de créer quelque chose (ce que propose explicitement George à Lola), d’imposer à un monde dont l’on n’est plus dupe quelque chose comme un choix – le choix du bonheur « malgré tout », dit Jacquot. « Always try », martèle George dans les dernières images du film, comme pour s’en convaincre lui-même. Toujours essayer, et ne jamais abandonner la partie.

« Dieu nous préserve des joueurs ! », disait Madame Desnoyers à Roland Cassard dans Lola. Jouer sa vie, prendre le risque, dans un mouvement ambigu qui suppose à la fois l’engagement de son existence entière et l’abandon à ce qui serait une puissance supérieure, hasard ou destin : telle est la démarche décrite et magnifiée par La Baie des Anges, second long métrage de Demy, dans lequel l’héroïne, blonde et non plus brune, mais tout aussi volubile et versatile (elle confond les deux mots) a la vivacité et l’élégance de Jeanne Moreau. Demy disait avoir voulu « démonter et démontrer le mécanisme d’une passion » : le résultat en est un film sombre, assez cruel, qui exploite le thème d’Orphée, primordial dans l’œuvre de Demy. Le collègue qui initie Jean au jeu répond au nom de Caron, et la descente aux enfers qu’amorce ce qui n’est au départ que de la curiosité sera ponctuée par un finale en demi-teinte, plus déchirant que rassurant. Inquiétante fable sur la religion de l’aléa, et la difficulté d’y mêler les sentiments, La Baie des Anges prouve que le thème du hasard, ici creusé jusque dans ses facettes les plus sombres, les plus dangereuses, n’a rien d’innocent chez Demy.

Ses films les plus connus, musicaux, lui ont façonné la réputation d’artiste inoffensif et naïf que l’on connaît. Rien n’est plus faux que cette idée reçue, qui repose généralement sur une équivalence trop rapidement tracée entre chant et légèreté. On ne compte d’ailleurs, dans l’œuvre de Demy, que deux films qui soient effectivement des « comédies musicales », réalisées dans l’esprit du musical hollywoodien. Les Demoiselles de Rochefort, film vu et revu, trop rapidement étiqueté et qu’on ne saurait trop conseiller de revoir à la lumière des autres films, est à la fois un hommage revendiqué à un genre bien précis et une œuvre très personnelle. Le coffret va enfin nous permettre de comprendre qu’il est bon de connaître le Nantes de Lola pour apprécier le Rochefort que les sœurs Garnier cherchent également à fuir ; qu’avoir croisé Mesdames Emery et Desnoyers aide à comprendre Yvonne Garnier ; que les rencontres manquées, omniprésentes dans Les Demoiselles, prennent tout leur sens à la lumière de celles de Lola et Roland (puis George), de Guy et de Geneviève, de Mylène et de Montand. Le deuxième véritable « musical » de Demy est aussi son dernier film : Trois places pour le 26, réalisé en 1988 et mettant en scène Yves Montand dans son propre rôle. Curieusement, c’est à la fois son film le plus récent et l’un de ceux qui ont le moins bien vieilli – la musique de Legrand n’y est pas pour rien. Inégal, ce dernier opus n’en est pas moins sympathique, généreux dans son approche des personnages, audacieux dans les thématiques qu’il entrelace. On lui reconnaîtra notamment un traitement osé du thème de l’inceste – patent dans Peau d’Âne mais présent de manière latente dans bien d’autres films de Demy – et son hommage touchant au cinéma et à la chanson, réunis en la personne mythique – et utilisée comme telle – d’Yves Montand.

Les plus désespérés sont les chants les plus beaux. On va enfin pouvoir redécouvrir Une chambre en ville, largement boudé par le public à sa sortie en 1982 et souvent resté dans l’ombre depuis. Deuxième et dernier film entièrement chanté de Jacques Demy, Une chambre en ville est plus noir, plus fou, plus radical dans son esthétique comme dans son propos. Grand film malade, qui exacerbe le parti pris d’« opéra populaire » déjà prôné par Les Parapluies de Cherbourg, Une chambre bénéficie en outre d’une jolie édition, qui rend justice à ses couleurs d’une audace splendide, et propose des bonus plutôt intéressants ; on trouve notamment un montage d’images du tournage, mais aussi de l’enregistrement (préalable) de la bande-son. Un autre bonus propose le témoignage de Gérard Vaugeois, critique à L’Humanité au moment de la sortie d’Une chambre, et qui évoque la polémique ayant opposé les partisans du film à ceux de L’As des As de Gérard Oury, sorti au même moment. L’édition des Parapluies de Cherbourg est également soignée : le film est accompagné d’un extrait du documentaire de Marie Genin et Serge July qui était absent de l’édition simple. Film « en musique, en couleurs, en chanté », Les Parapluies marque la rencontre fondatrice d’un cinéaste avec une actrice – Catherine Deneuve, qui trouve ici son premier grand rôle, et qui inspirera Demy pour trois autres longs métrages –, mais aussi avec la couleur (qu’il ne quittera plus) et avec le chant. Le chant quotidien, spontané, qui donne du relief aux mots, en exacerbe les forces et les faiblesses – et qui redonne leur puissance tragique à des situations ordinaires.



Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur le sexe...

En tant que gardienne du temple, Agnès Varda a indirectement contribué à entretenir la douce illusion que le cinéma de Demy n’était que pure fantaisie, construisant de ses propres mains la légende via le documentaire L’Univers de Jacques Demy et faisant en sorte de ne pas trop lever la voix sur les productions des années 70/80. Ainsi, à côté des raretés que sont les courts-métrages de jeunesse, ce coffret est également l’occasion d’apprécier trois long-métrages (L’Evénement..., Lady Oscar et Parking) trop longtemps restés dans le placard. Après avoir déguisé Cherbourg et Rochefort, le cinéaste s’est aussi amusé à travestir les genres, à débrider les sexualités et à se pervertir d’inspirations souterraines. Terrain idéal pour les gender studies, ces intentions sont stimulantes quoique pas totalement assumées, et du trio, seul Lady Oscar parvient à convaincre. Devant ces quelques ratés, le spectateur devient alors le témoin privilégié d’une œuvre qui bute, tâtonne et se retrouve à deux doigts de l’impasse, voire de la stérilité.

L’Evénement le plus important depuis que l’homme a marché sur la lune n’est pas seulement l’un des titres les plus longs de l’histoire du cinéma français : c’est aussi l’une des tentatives les plus queer du cinéma populaire des années 70. Il fallait oser s’attaquer ainsi au couple mythique de l’époque (Deneuve-Mastroianni) pour titiller sa sexualité ! Présent en filigrane dans Les Demoiselles de Rochefort par l’intermédiaire de Monsieur Dame, l’homme-femme passe enfin du stade d’Idée à celui de réalité, et voilà un homme... enceint. Demy se détache de la comédie musicale et s’amuse d’une sympathique screwball comedy réalisée comme un pied de nez à Agnès Varda, féministe dans l’âme et accessoirement enceinte de Mathieu. Le film ne parvient jamais totalement à dépasser le stade de la pochade, même si Demy décale parfois son sujet pour tenter çà et là une critique de la médiatisation via le personnage de Catherine Deneuve. Les séquences les plus convaincantes sont ainsi celles où Demy se laisse aller à une ironie grinçante, comme dans ce passage où le couple assiste à un concert de Mireille Mathieu, numéro de chanson populaire que Demy désacralise en y faisant ressentir à Marcello Mastroianni ses premières nausées, l’obligeant à quitter la salle... Trente ans après, L’Evénement n’en est plus vraiment un, et l’on se dit que le film a plutôt mal vieilli tant au niveau du discours que de son esthétique : trop de fourrures improbables et de fleurs aux tentures ! Mais son défaut principal est d’avoir peur de son sujet, au point d’avorter l’histoire avant son terme. Au final, la grossesse de Marcello Mastroianni n’était qu’une illusion, là où les premières versions du scénario envisageaient un accouchement en bonne et due forme. Demy ou l’art d’un cinéma autophage qui rompt le charme en cours de route et laisse un goût amer d’inachevé.

Mal perçu à l’époque, trop en avance sur les problématiques proposées mais finalement trop tiède dans leur traitement, L’Evénement fut un échec critique et public cuisant, obligeant Demy à habiller ses personnages avec des capitaux étrangers : film de commande financé par une marque de cosmétiques nippone, Lady Oscar a complètement intégré le fait d’être destiné à un public étranger (le film n’a guère été exploité sur notre territoire) et joue donc délibérément la carte du pittoresque en traitant l’histoire de France comme un grand livre d’images animées. Il serait pourtant injuste de réduire Lady Oscar au simple rang de curiosité exotique. Occasion d’entr’apercevoir Lambert Wilson dans l’un de ses premiers rôles, cette adaptation française en langue anglaise du manga Rose of Versailles manie relativement bien les péripéties. Demy nous gratifie également de quelques morceaux de bravoure, comme ce travelling circulaire porté par le lyrisme de la partition de Legrand lorsque Marie-Antoinette retrouve son amant Fersen. Les bonus du DVD nous permettent d’ailleurs de voir Demy à l’œuvre dans des images de tournages très rares.

Le renversement des genres entamé dans L’Evénement Lady Oscar en fait son postulat de départ : comme dans les contes de fées, il a suffi qu’un père dise « ma fille, tu seras un garçon » pour que naisse un nouveau chevalier d’Eon au service de la cour, engendrant son lot de quiproquos, de relations ambiguës et de baisers homosexuels. Avec Lady Oscar, le cinéma de Demy accède enfin à un certain degré de sexualité(s) mais comme toujours, le travestissement ne peut-être que de courte durée et l’ambivalence sexuelle se voit rattraper par la bienséance. A l’instar de L’Evénement, le charme se rompt rapidement et c’est seul(e) dans sa chambre qu’Oscar découvre la nudité de son corps de femme.

Comme beaucoup de films de Demy, Lady Oscar est une marche vers la clairvoyance, celle qui fait comprendre aux garçons qu’ils sont des femmes et aux reines que le peuple meurt de faim... Le côté vignette de la reconstitution historique participe de cette problématique. Comme dans Les Parapluies de Cherbourg où la ville décalée par les couleurs et la musique était une projection de l’univers mental de Geneviève et de Guy, le Paris révolutionnaire et édulcoré de Lady Oscar peut être appréhendé comme le théâtre intérieur de Marie-Antoinette. Et comme dans Les Parapluies, l’ironie tragique est en marche dès les premières images. Si Marie-Antoinette veut faire de sa vie un spectacle de marionnettes en carton-pâte, son royaume illusoire est d’emblée voué à la perte : le temps défile sur les images et se fait de plus en plus pressant, d’abord les années, puis les mois, puis les dates, et la prise de la Bastille.

Troisième film « parisien » du cinéaste nantais, Parking est également le plus bâtard. Demy lui-même n’hésitait pas à renier cette œuvre de sa filmographie. Kitsch dans le mauvais sens du terme (l’enfer en bleu et rouge traduit davantage un manque de moyens qu’un réel parti pris esthétique), souffrant d’une monumentale erreur de casting (Francis Huster, peu crédible dans le rôle d’une rock star, n’a jamais été aussi insupportable, seuls Jean Marais et Marie-France Pisier parviennent à tirer leur épingle du jeu) et d’une partition de Legrand oubliable (mis à part le thème principal tout en envolées lyriques), Parking intéresse finalement plus par ce qu’il aurait pu être que par ce qu’il est réellement.

Aux origines, Demy se serait bien vu explorer les terres de L’Homme blessé, il rêvait aussi d’un hommage à John Lennon/Yoko Ono, et pourquoi pas de ressusciter le mythique Orphée sous les traits de David Bowie. De Monsieur Orphée (l’un des premiers titres envisagés) à Parking, le projet a énormément dévié, victime à la fois des aléas de la production mais aussi du manque de confiance de Demy en ses inspirations souterraines – inspirations underground, devrait-on dire. Il est la preuve que le cinéma de Demy est alors dans une voie de garage qui l’empêche d’assumer complètement noirceur et transgression. D’où cette impression d’avoir plus que jamais affaire à une œuvre inaboutie, à cheval entre deux inspirations à l’image d’Orphée partagé entre Eurydice et son ingénieur du son. Pourtant, jamais – sinon dans Une Chambre en ville – Demy n’avait tenté de se mettre autant à nu. Il évoque la crise de son couple à travers Orphée et Eurydice, affronte face caméra le thème de l’homosexualité latent dans tout son cinéma. Mais autant L’Evénement ou Lady Oscar traitaient avec une certaine légèreté l’ambivalence sexuelle et le retournement des genres, autant Parking traduit une sexualité douloureuse et coupable. Au baiser entre Orphée et Calaïs, la magie inconsciente du montage fait succéder la mort empoudrée et ampoulée d’Eurydice. La question reste alors en suspens, de savoir si cette sexualité coupable qui peine à s’assumer en écriture et en images ne serait pas à l’origine de l’inhibition d’un Minnelli qui se rêvait Fassbinder...

Une chose est sûre en tout cas : revoir Parking à la lumière des autres œuvres de l’intégrale donne à ce film musical en mode mineur un semblant de profondeur et d’intérêt. Il était presque trop attendu que le cinéma de Demy assume un jour sa rencontre avec Orphée, tant le mythe traverse les films antérieurs, se glissant dans l’enfer du jeu de La Baie des Anges, parasitant le départ de Guy pour l’Algérie (« Je m’éloigne de toi, ne me regarde pas »). Mais après tout, pour reprendre les mots de Camille Taboulay, Demy lui-même n’était-il pas perçu comme un Orphée du cinéma, « voyageur d’entre-deux mondes » ?



Suppléments

Etant donnée la beauté de l’objet, on était en droit d’attendre beaucoup des « boni ». Légère déception, surtout lorsque les intervenants, dont on espère une véritable lecture (subjective ou érudite) des films, se livrent davantage à la description, à l’anecdote ou à l’exercice d’admiration qu’au commentaire éclairant. A quelques exceptions près : Benoît Jacquot, Agnès Varda sortent du lot, cette dernière avec des propos inévitablement sentimentaux mais pudiques et sensés. Elle se dit notamment contente que Demy se soit intéressé à la psyché féminine, qu’il ait adapté la seule œuvre qu’elle aurait adaptée si elle ne s’était fixé comme règle de toujours écrire elle-même pour le cinéma. Quant aux lectures du livre de Berthomé par Mathieu Demy, leur intérêt est divers mais ne dépasse jamais celui des textes mêmes. Peut-être le fils du cinéaste aurait-il pu paraître à l’image afin de rendre plus vivantes, plus touchantes ces lectures. Les plus sympathiques restent sans doute les documents d’époque, comme les interviews de Jacques Demy ou les images du cinéaste au travail.

A noter, enfin, qu’un CD précieux accompagne les films : il compile maquettes de travail et séances d’essai des chansons que Michel Legrand mit en musique pour Demy. A écouter comme telles, donc, comme la petite cuisine des produits finis que l’on connaît. Comme il est poignant d’entendre les sobres versions de trois chansons des Parapluies interprétées par Michel Legrand et sa sœur Christiane, qui font ressentir la nouveauté absolue du genre cinématographique et musical que Demy et Legrand inventaient ensemble ! Comme il est étrange et amusant d’entendre un texte connu chanté sur des mélodies inconnues – ou plus encore, sur des mélodies aujourd’hui attachées à d’autres textes connus... La musique de Trois places pour le 26, avec son utilisation calamiteuse de la boîte à rythmes d’un synthé ringard, s’avère, sans surprise, toujours aussi insupportable. Mais la surprise vient d’une chanson non retenue au tournage de ce dernier film : Ensemble, bijou lyrique sur les promesses d’amour non tenues et la volonté de vieillir à deux pour ne plus faire qu’un, vient clore le CD sur une note des plus émouvantes.

Pour plus d’informations :

Par Raphaël Lefèvre, Nicolas Maille et Alissa Wenz - Publié dans : FILMS : Les Toiles Roses
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Jeudi 9 avril 4 09 /04 /Avr 02:04
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Fiche technique :

Avec Grégoire Colin, Michel Subor, Denis Lavant, Nicolas Duvauchelle, Dan Herzberg et Gianfranco Poddighe.
Réalisation : Claire Denis. Scénario : Claire Denis et Jean-Pol Fargeau. Images : Agnès Godard. Montage : Nelly Quettier. Son : Jean-Paul Mugel. Musique : Eran Tzur.
Durée : 90 mn. Disponible en VF.



Résumé :

Djibouti, an 2000, l’adjudant-chef Galoup mène ses légionnaires avec enthousiasme sous l’œil bienveillant du capitaine Forrestier. Débarque une nouvelle recrue, le jeune et mystérieux Sentain... Cette aventure, au sens premier du terme, s’inscrit dans le récit au passé par l’intermédiaire du journal intime de Galoup, exilé à Marseille, exclu de la Légion à cause d’une faute de commandement, une désobéissance qui a consisté à mettre en danger le soldat Gilles Sentain. Le film raconte cette histoire.
L’Eden perdu prend le visage de la légion, mais c’est aussi celui de la jeunesse et de la beauté forcément égoïste, aveugle et tentatrice. La beauté comme la jeunesse sont des utopies, des lieux qui n’existent que dans un autre temps, une autre configuration. Elles ne prennent corps que parce qu’elles sont à jamais inatteignables et que leur perte est une souffrance inextinguible. Elles manquent et sont recomposées sans fin par le travail masochiste de la mémoire. Ces carnets sont lus en voix off par le sous-officier qui se projette ainsi en quelque sorte le film de sa déchéance. Cette voix est presque la seule que l’on entend, tant sont rares les dialogues.


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L’avis de Voisin Blogueur :

Un beau travail, l'armée ? L'idée pourra paraitre farfelue pour certains mais c'est pourtant bien la pensée de Galoup (Denis Lavant), un homme solitaire et accessoirement le personnage principal du film. Beau travail constitue le récit de ses mémoires, lui qui était un adjudant fasciné par son chef. On comprend au son de sa voix mélancolique que quelque chose est arrivé. Comment Galoup en est-il arrivé à être hors jeu, loin de sa troupe du Golfe de Djibouti ?

Claire Denis nous donnerait presque envie de nous engager dans l'armée : son film est tout simplement d'une beauté à couper le souffle. C'est un film qui transpire le désir. Le désir de servir son pays, le désir de reconnaissance, de respect, le désir vers le sexe opposé, le désir de confrontation. Et bien sur le désir de filmer de la réalisatrice qui se sent et émerveille. Au milieu du Golfe, les corps masculins suent et travaillent, se préparent à d'éventuels conflits. Comme l'eau du Golfe, ils sont toujours en mouvements. La réalisatrice nous propose de nous perdre, de voguer dans les mémoires de Galoup, faites de bons souvenirs et de regrets, de peurs. Parfois on s'y perd, parfois on sent la lenteur. Mais jamais la beauté ne quitte l'écran. À un tel point que l'on croit bien être devant une œuvre d'art à part entière.

Les plans se succèdent, de plus en plus beaux, les corps passent, bougent, magnifiquement chorégraphiés. C'est comme un ballet plein de poésie. Le quotidien des membres de la légion étrangère transcendé par la caméra d'une cinéaste inspirée. Une façon libre et audacieuse d'évoquer un sujet pas forcément facile, de faire du cinéma. Rapidement, Beau travail dépasse son étiquette initiale de « film sur la guerre » pour devenir plus globalement une histoire d'hommes et particulièrement le portrait et le destin d'un homme. Désir, rivalité, amitié, pouvoir, secrets : des émotions et des relations basées sur des nuances et mises en avant par des acteurs qui livrent des prestations on ne peut plus éblouissantes. Embarquer dans ce film de Claire Denis, c'est s'attendre à quelques escales un peu longues mais qui permettent au final de vivre une expérience cinématographique singulière. Un beau travail.


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L’avis de
Bernard Alapetite :
Beau travail demande au spectateur un petit effort pour s’immerger dans ce film presque muet aux somptueuses et hypnotiques images, mais il sera récompensé de sa peine. Le scénario est la transposition très libre par Claire Denis et Jean-Pol Fargeau du Billy Bud (Gallimard) de Melville, de nos jours, dans le milieu de la Légion Étrangère à Djibouti. C’est un retour aux sources pour claire Denis avec ce film situé sur le sol africain, territoire de son premier long métrage : Chocolat en 1988. La référence au roman est renforcée par l’utilisation, comme musique du film, d’extraits de Billy Bud, l’opéra de Britten (livret de E. M. Forster). On reconnaît sans peine les homologues des personnage du roman de Melville. Le capitaine Vere devient Bruno Forrestier (Michel Subor), paternel mais inflexible. Claggart se transforme en Galoup (Denis Lavant), persuadé que dans chacun est tapi le mal, jaloux et amoureux (?) de Billy Bud, ici le soldat Gilles Sentain. Claire Denis n’est pas avare de références. Comme le clin d’œil cinématographique qui ressuscite le personnage disparu du  Petit soldat en donnant à Michel Subor le même patronyme qu’il avait dans le film de Jean-Luc Godard. Ainsi, le rôle est lesté de toute la mémoire de la guerre d’Algérie. Le petit soldat godardien a pris du galon, il est devenu commandant. Le sous texte se fait parfois un peu pesant, par exemple le nom du soldat : Sentain... Dans ce miroir sans tain (Lacan à nous !!), Galoup projette ses fantasmes et frustrations jusqu’à la folie. L’interprétation de Grégoire Colin est parfaite, comme toujours. Mais contrairement à la description du personnage qu’en fait Melville, il a plus de sensualité que d’angélisme, ce qui modifie le regard que l’on porte sur les personnages par rapport à ceux du roman. On peut penser que Galoup a été jadis, un peu comme Sentain l’est aujourd’hui, le favori de Forrestier et que sa haine pour le garçon vient qu’il ne veut pas partager « son » capitaine avec lui ; mais aussi que le garçon est le révélateur de son vieillissement, qui aura comme corollaire inexorable son exclusion de sa seule famille : la Légion.

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Toute la distribution est remarquable et l’on a la joie de revoir deux grands acteurs : Denis Lavant et surtout Michel Subor, bien trop rare sur les écrans (il est le méchant homo dans Le Rebelle de Gérard Blain). Mais je voudrais revenir plus particulièrement sur Grégoire Colin.

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Grégoire Colin est doublement un cas rare dans le cinéma. En effet bien peu d’acteurs ayant commencé leur carrière préadolescent sont toujours devant les caméras dix ans après. Il est encore plus rare qu’un acteur soit érotisé dès son premier rôle important (il était déjà apparu dans Le Silence d’ailleurs de Mouyal, l’année précédente) et cela préadolescent, en 1991, dans L’Année de l’éveil. Dans lequel, à 14 ans, il aguichait son moniteur de sport et se faisait déniaiser par la femme de celui-ci. La même année, on le retrouvait avec plaisir dans Olivier, Olivier d’Agnieszka Holland, en ancien prostitué qui se faisait passer auprès d’une famille pour leur fils, disparu des années auparavant. Puis ce sera entre autres La Reine Margot, Pas très catholique, Le Fils de Gascogne dans lesquels son potentiel érotique était mis sous le boisseau. En 1995, Grégoire Colin affolait déjà un militaire dans Fiesta de Boutron, en la personne de Jean-Louis Trintignant qui chargeait beaucoup son rôle de vieille ganache franquiste et pédéraste. Il était toujours aussi sensuel en frère, presque incestueux, dans Nénette et Boni ou dans La Vie rêvée des anges et bien sûr dans le Sade de Benoît Jacquot. Depuis sur les écrans, il a joué dans des films moins exposés comme en 2002 l’intéressant La Guerre à Paris de Yolande Zauberman.

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Beau travail étant une sorte de ballet cinématographique, Claire Denis a mis à contribution le chorégraphe Bernard Montet qui a composé son « peloton » d’une hétérogénéité comparable à celle de la Légion. Il y a des acteurs, des danseurs, un chanteur d’opéra adepte des arts martiaux, et des hommes qui n’avaient jamais eu de contact avec le cinéma ou le monde du spectacle auparavant. Leurs origines ethniques sont elles aussi des plus diverses. Il y a des arabes, des français, des africains, un grec, deux italiens, un russe, un asiatique... Cette quinzaine d’acteurs constitue en quelque sorte la troupe du film.
La réalisatrice a construit tout son film sur un matériau que la plupart des cinéastes jugeraient trop ténu : gestes fugitifs, petits moments arrachés au temps, échappant presque entièrement à l’intrigue.

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La première grande idée du film est d’avoir trouvé un équivalent parfaitement melvillien à l’océan dans les paysages désertiques de sable, de rocs et de sel de la Corne de l’Afrique, magnifiquement photographiés par Agnès Godard, déjà responsable de la photographie de J’ai pas sommeil et sans doute le plus grand chef opérateur du cinéma français d’aujourd’hui. Elle a reçu le César 2001 de la meilleure photo pour le film. La minéralité tranchante de ces paysages forme un contraste saisissant avec les corps à demi nus des hommes offerts dans toute leur sensualité. Jamais au cinéma, depuis Leni Riefenstahl et Murnau, le culte du corps masculin n’avait été porté aussi haut. L’homosexualité latente est omniprésente ; en cela Beau travail est fidèle à l’esprit de Melville dont elle irrigue toute l’œuvre.

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La seconde est d’avoir fait du film un ballet en demandant à un chorégraphe, Bernardo Montet, d’en quelque sorte co-diriger le long métrage. La caméra caresse les légionnaires lors de « danses » où l’expression corporelle remplace les dialogues. Le désir ne s’exprime que par demi mots et que par des regards volés à une hiérarchie militaire implacable, ce qui donne une espèce de ciné-poème sorti d’un carton à dessins ou d’un carnet de croquis, où les mots, les rythmes et les corps concourent à une sorte d’harmonie érotique. Beau Travail est avant tout une promenade sensuelle sur les corps de ces hommes éperdus d’ennui dans une lumière omniprésente et changeante. L'entraînement militaire se transforme en danse contemporaine, illustrant le désir homosexuel. On peut regretter que, contrairement à Tabou d’Oshima avec lequel Beau travail partage bon nombre de thèmes et de partis pris esthétiques, le film reste du côté de la contemplation, du désir, du non-dit, du non résolu. Contrairement  au film japonais qui aborde l'homosexualité frontalement en la considérant de manière à la fois franche, ironique et tragique, Beau Travail ne franchit jamais le seuil de l'explicite et de l'avoué. Le film est aussi consumé par l’espace dans une sorte d’extase sereine : chaque corps, animé ou non, chaque image de ciel, chaque centimètre carré de terre brûlée par le soleil y prend une étonnante densité. Claire Denis sait ce qu'il y a montrer (ou pas). C’est finement ciselé, poli par la précision des cadrages, des mises en scène. Dans l’enchevêtrement des monologues si brefs, on pense souvent à des aphorismes, à des haïkus tragiques. Il y a même des passages mystiques avec un zeste de kitsch géographique...
Le film adopte le point de vue même de la Légion, qui se vit comme une sorte de cocon. Hommes, veufs de la guerre, qui évoluent en marge du monde colonial qu’ils côtoient quotidiennement, mais qui ont perdu leur utilité et leur identité. Tout conduit au complet abandon physique qui conclut Beau travail.

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Le film est à l’origine une commande d’Arte, initiée par Pierre Chevalier alors responsable des fictions de la chaîne. Claire Denis n’a reçu aucune aide de la Légion, bien au contraire. Notamment parce que dès l’arrivée de l’équipe à Djibouti, une rumeur a couru comme quoi le film serait un porno pédé ! Dans la Légion, la terreur paranoïaque de l’homosexualité est très présente et d’une grande violence. La plus grande injure du légionnaire est « schmoul », c’est-à-dire « pédé » !
France Télévision a édité le DVD, avec en bonus le commentaire de Claire Denis, Denis Lavant et Bernard Montet.
Pour plus d’informations :

 

 

Par Voisin Blogueur et Bernard Alapetite - Publié dans : FILMS : Les Toiles Roses
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Jeudi 9 avril 4 09 /04 /Avr 00:56

 



Les vidéos sont (c) D.R.

Par Daniel C. Hall - Publié dans : SERIE : STEVEN CARRINGTON (DYNASTY)
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Mercredi 8 avril 3 08 /04 /Avr 17:55

« En fait, c’est juste les couleurs de l’arc-en-ciel qu’on voit. On dirait en effet que c’est le drapeau gay. Mais ce n’était pas intentionnel ! Par contre, je n’ai aucun problème à dire que je suis gay. Je l’assume et ne tiens pas à me cacher. Je veux rester moi-même, et si ça ne plaît pas à tout le monde, tant pis. » Sliimy, chanteur français, à propos du drapeau son clip « Wake Up », avril 2009.

Par Daniel C. Hall - Publié dans : MOTS : Citations philes et phobes
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Mercredi 8 avril 3 08 /04 /Avr 11:33


En partenariat avec la Ville de Montpellier, une exposition de toiles « peintures- collages » réalisées par Sophie Perrot et dans lesquelles sont exprimés un questionnement, une réflexion quant à l’homophobie, le rejet cynique social, l’indifférence sociétale en général et la rupture familiale issue de l’homophobie parentale, en particulier, aura lieu à Montpellier.

L’expression par le biais de l’Art étant un moyen de rencontre et de communication potentielle, Sophie Perrot a proposé de vendre ses toiles aux enchères dont les bénéfices iront intégralement à l’association Le Refuge qui propose un hébergement d'urgence ainsi qu'un accompagnement psychologique et social à des jeunes victimes d'homophobie.

 

L’exposition aura lieu du 11 au 14 Mai 2009
à la salle Guillaume De Nogaret Salle Pitot
34000 Montpellier

et du 15 au 17 Mai 2009
à l’association
Le Refuge
2 Rue Germain
34000 Montpellier


L’exposition s’appelle : « Ça n’a rien à voir avec le sexe ! ». Pied de nez face aux représentations sociales et préjugés…

Par Nicolas Noguier - Publié dans : URGENT : Gays, militants et résistants !
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Mercredi 8 avril 3 08 /04 /Avr 06:01



LESBIEN RAISONNABLE ?
OU LES VACANCES DE ZAZA À CARIBOULAND...

Un billet d'humeur d'Isabelle B. Price, d'
Univers-L

 

(c) D. R.


Lire la première partie dans "Zanzi and the City".

 


— Ils étaient comment ces nuages, vus de l’avion ?..

Flash-back. Quelques heures plus tôt, j’avais accueilli Isabelle à l’aéroport. Sur la route, le blanc manteau de la neige à perte de vue l’avait émerveillée. Heureusement qu’une tempête s’était produite la veille pour recouvrir d’une fraîcheur immaculée la vieille neige engrisaillée par les rejets des pots d’échappements. Il s’en est d’ailleurs fallu de peu que l’infirmière la plus célèbre de la blogosphère LGBT depuis Ron se retrouve coincée pour cause d’intempéries. Mais les précipitations avaient heureusement cessé avant son décollage et elle avait pu venir me rejoindre à Caribouland pour y passer des vacances dépaysant.

Et moi, j’étais content de recevoir enfin quelqu’un dans la maison trop grande où j’habite comme un ermite. Zaza fut surprise que je l’installe dans la chambre des maîtres, c’est-à-dire la chambre principale, celle qui possède une salle de bains privative. Je n’y ai jamais dormi. Depuis le début, j’ai pris mes quartiers dans l’une des deux chambres d’amis. Comme fit Marilyn Monroe dans sa maison de Brentwood. Comme elle, c’est comme si je n’étais pas chez moi, chez moi, mais uniquement de passage.

À 19h30, Isabelle avait autant la dalle qu’une femme enceinte. Elle m’a demandé de lui cuisiner une omelette aux lardons. Non mais franchement, les nanas ont parfois de ces idées ! Je ne l’ai pas contrariée et lui ai préparé une omelette au bacon. Ma foi (catholique), c’est toujours du cochon, non ? Elle n’y a vu que du feu. J’en ris encore. Oui, j’ai un réel talent culinaire quand je ne cuisine pas uniquement pour moi-même. Avoir des convives, voilà qui me motive.

Et c’est alors qu’en mettant le couvert, j’ai lancé une banalité qui fut tout de suite mal interprétée :

— Tu n’étais pas obligée de venir seule. Tu aurais pu amener quelqu’un.

Eh bien oui, quoi ! J’ai une maison de 220 m2, trois chambres, deux salles de bains, j’ai donc  largement de quoi loger plusieurs visiteurs et visiteuses. Alors que je ne faisais que suggérer le plus innocemment du monde que Mademoiselle Price aurait pu, sans me déranger outre mesure dans la solitude de ma thébaïde, amener une copine ou un copain (beau et célibataire, de préférence), ou ses frangins, que sais-je encore, croyez-le si vous le voulez, mais elle s’est mise à imaginer que je voulais parler de sa vie amoureuse ! C’est-y pas nombriliste ? Le tout à l’égo, moi je vous dis !

— On peut parler d’autre chose que de ma vie amoureuse ? répondit-elle donc.

Alors là, c’était assurément la chose à ne pas dire. J’ai donc répliqué du tac au tac :

— Non, on ne peut pas. Elle a quoi, ta vie amoureuse ?

Au risque de laisser brûler l’omelette au bacon, j’ai plongé mon regard quadricolore dans ses yeux, esquissé un sourire mutin, et lui ai fait comprendre que je n’allais pas lâcher l’affaire où elle avait commis l’imprudence de s’aventurer elle-même. Figurez-vous qu’elle m’a demandé si, à la place, on ne pouvait pas plutôt parler de la forme des nuages qu’elle voyait quand elle était dans l’avion. Que nenni de non ! Je connais les nuages par cœur, Mam’zelle Zaza, je voyage assez souvent pour cela. C’est d’ailleurs de cette seule façon que je m’envoie en l’air avec satisfaction. Bref, revenons-en aux aventures sentimentales de mon invitée.

Alors, pour vous résumer la situation, elle m’a confessé qu’elle s’était servie d’une inconnue pour se sentir désirable. L’inconnue en question est une ravissante idiote, peut-être un peu blonde à la racine, qui lui a demandé la permission : 1° de la prendre dans ses bras et 2° de l’embrasser ! J’étais éberlué. S’il te plaît je peux te prendre dans mes bras ? S’il te plaît je peux t’embrasser s’il te plaît oh allez dis oui s’te plaît ! Le plus drôle c’est qu’Isabelle s’est laissé faire. Et elle s’est tirée. Pas fait tirer. Non, elle s’est cassée. Elle est partie, plantant la greluche devant la sortie du ciné. Ce qui est moins malin, c’est qu’elle lui a laissé son numéro et son adresse courriel. Et Miss Blonde de relancer Isabelle d’un pathétique : « s’il te plaît, est-ce que je peux te revoir ? ».

J’ai éclaté de rire mais au fond de moi je ne riais pas du tout. Cela m’a fait repenser à Flora, quand elle me demandait : « on se revoit quand ? ». Je m’égare.

Donc Isabelle me raconte que la fille veut la revoir et que ça la gêne et qu’elle ne sait pas quoi faire, car la nana n’est pas son genre, qu’elles n’ont rien en commun, qu’elle a craqué pendant un moment de fatigue (sic ! deux minutes plus tôt elle me disait que c’était pour se sentir désirable…), qu’elle n’a pas vraiment aimé l’embrasser mais qu’en fait si ça lui a plu mais finalement non.

J’ai une bonne nouvelle, Isabelle : tu n’es décidément pas un mec, mais une vraie femme dans toute sa complexité.

 Bien sûr je ne lui ai pas dit ça, je me suis retenu car j’ai eu peur qu’elle monte à poil sur son grand cheval comme Lady Godiva.

— Elle te manque ? Tu as envie de la revoir ? ai-je simplement demandé. Ce sont les questions les plus banales et les plus essentielles.

— Non et non, me répondit-elle. Je ne peux pas lui faire croire que j’ai été enlevée par des extra-terrestres ?

Alors là, chapeau ! Je dois dire que je me suis senti extrêmement flatté que Zanzi and the City déteigne à ce point sur mon lectorat, qui plus est une consœur ! Ben voyons, laisse-moi donc téléphoner à Nelfew, je vais t’arranger cela…

Et Isabelle de me dire qu’elle voudrait disparaître de la surface de la planète, car en fait elle a une autre fille en tête mais qu’elle sait qu’avec cette autre il ne se passera rien. C’était du lourd. Elle ne pouvait pas mieux tomber que dans mon pays paumé recouvert de neige et de glace. Le plus difficile aurait été de l’emmener jusqu’à l’île d’Anticosti, mais les îles de la Madeleine, plus proches, pouvaient aussi bien faire l’affaire, de même que le mini-archipel franchouillard de Saint-Pierre-et-Miquelon. Vivre sur ce trou perdu, cela revient à disparaître.

Une omelette western au cheddar et au bacon et quelques traits d’esprit plus loin, tout a dérapé lorsqu’elle m’envoya à la figure :

— Mais t’es dix fois pire que moi Zanzi. Vas-y, parle-moi de ta vie amoureuse en ce moment !

Cinq secondes et l’éternité plus tard, je lui répondis :

— Ils étaient comment ces nuages, vus de l’avion ?

— Ah non ! Tu ne vas pas t’en tirer aussi facilement. Je me suis mise à table (c’était le cas de le dire), maintenant c’est ton tour !

Piégé. Je ne pouvais plus reculer. Ma vie amoureuse ? Par le Grand Esprit, mais que pouvais-je bien lui raconter ? Il n’y avait rien à dire. Mais elle ne l’aurait pas compris, ni entendu de cette oreille.

— Tu veux un dessert ?

— Ne change pas de sujet, Zanzi. Hmm, y’a quoi au fait ?

— Des pancakes au sirop d’érable, ça te tente ?

— Oh oui ! Alors, ta vie amoureuse ?

Je me sentais soudain bien accablé, et malheureux de n’avoir pas su garder ma langue. Je n’ai pas trop l’habitude d’avoir de longues discussions avec les filles, alors, j’avais oublié leur façon de fonctionner. Il était trop tard pour reculer.

— Ma vie amoureuse, tu as pu t’en rendre compte en lisant ma chronique, est inexistante quand elle n’est pas chaotique.

— Oui. Mais encore ?

— Eh bien… quelquefois je me dis que j’ai été con de rompre avec Andréa, et qu’en réalité j’ai fui devant les difficultés, comme tu le fais en ce moment…

Elle me lança un regard de couleur.

Puis je me ressaisis et me dis que ce n’était pas possible, que s’il m’avait vraiment aimé, il m’aurait rejoint de toute façon. À d’autres moments, mon imagination s’emballe pour quelqu’un et je me mets à rêver à quelque chose d’aussi illusoire que merveilleux. J’ai vraiment l’impression qu’aucun garçon ne m’aimera jamais vraiment, de tout son cœur.

— Et les filles, alors ?

Bingo ! Avec perspicacité, Isabelle venait de poser la question la plus intéressante de la soirée.

— C’est étrange, je crois qu’une collègue qui ne m’a jamais vu en vrai est amoureuse de moi. Tu vois le genre, toujours ces trips virtuels, le même miroir aux alouettes. En fait, je me suis peut-être trompé sur toute la vie, toute ma putain de vie. Ma cousine était amoureuse de moi, puis ce fut le tour de Flora, et j’en passe certainement. Je me demande si je ne suis pas un hétéro raté, ou refoulé, ou alors si…

— Ou alors si… quoi ?

— Peut-être que…

— ?

— …

— Zanzi ! Peut-être que quoi ?

— Peut-être que je devrais devenir lesbienne.

Ce fut à son tour d’éclater de rire. Un rire à vous extirper des brumes de l’anesthésie en salle de réveil.

— Mais tu me fais quoi, là ? T’es victime du syndrome Flora ?

— Je ne sais pas, je ne sais plus. Tout est si confus. Comment pourrais-je me comporter avec une femme ? Comme un homme avec une femme, ou comme une femme avec femme ?

 

Isabelle me lança un regard interrogateur. Une fois de plus, elle alla plus loin que ma pensée et me dit :

— N’y pense même pas. Je ne veux pas d’un mec dans mon lit.

— Ma chérie, je te rassure, je n’y ai jamais songé.

— Je ne suis pas ta chérie !!!

— Je te taquine, Isa… Tu sais, nous avons beaucoup de choses en commun. Le talent, une vie sentimentale compliquée…

— L’humour !

— Ouais, t’as vu ça ? On pourrait former un duo, comme Jackie et Joan Collins. Tu écris mieux que moi, et je suis la stâââr. Tu fais Jackie, je fais Joan. Chiche ?

— Chiche !

 

 

Je lui servis deux délicieux pancakes nappés de sirop d’érable de Nouvelle Ecosse. Le lendemain, je l’emmenai déguster le célèbre homard de Shédiac, et voir la côte acadienne, glacée, pétrifiée par Monsieur l’Hiver. Cette glace qui enveloppait le paysage, entre nous était rompue depuis la veille. Nous refîmes le monde que nous étions prêt à conquérir, comme deux copains (ou copines) d’école, comme ces enfants qui s’amusent à être des frères et sœurs de sang. Les intrépides, les vrais  aventuriers, les casse-cou, pas celles et ceux qui veulent imiter les grands en jouant au papa et à la maman. Non, les vrais enfants, insouciants et joyeux, à des années-lumière des angoisses et des turpitudes de leur vie d’adulte. Le temps des vacances, nos vies amoureuses pouvaient attendre.

 

Zanzi (02 Avril 2009)

Par Isabelle B. Price - Publié dans : ET LES FILLES, ALORS ?
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Mercredi 8 avril 3 08 /04 /Avr 00:54

 



Les vidéos sont (c) D.R.

Par Daniel C. Hall - Publié dans : SERIE : STEVEN CARRINGTON (DYNASTY)
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Mardi 7 avril 2 07 /04 /Avr 07:36

 


(5.08)


(c) D. R.


Il y a quelques mois de cela, Zanzi m’a gentiment proposé de le rejoindre à Caribouland pour mes vacances. Je ne sais plus si c’était avant ou après que je lui ai expliqué que, vu que j’avais acheté un appartement, j’allais passer mes vacances pendant les dix prochaines années chez mes parents, mais la proposition est venue tout naturellement. Ma réserve naturelle, ma timidité et mon bon sens m’ont tout de suite amenée à refuser. Et puis l’idée a fait son chemin, doucement, lentement et sûrement. À tel point que je me suis vue lui dire, il y a deux semaines, « Je suis en vacances ! »

Il a renouvelé sa proposition Zanzi. Simplement, tranquillement. J’avais besoin d’air et je n’étais pas certaine de pouvoir le trouver chez mes parents cet air-là. J’ai donc accepté. Très vite, trop vite pour prendre le temps de réfléchir. Si je réfléchis, après, je pèse le pour et le contre, je prends conscience de la folie de mes décisions et je ne fais plus rien. J’ai donc pris l’adresse de Zanzi, acheté un billet d’avion et fait mon sac.

Je suis une fille, certes, mais je suis lesbienne. J’ai été élevée en Haute-Loire. Je sais donc faire un paquetage léger. J’ai maudit Zanzi d’habiter à Caribouland, évidemment. Il ne pourrait pas profiter de mes dernières chemises sexy, de mes pulls à col en V, de mes supers chaussures achetées récemment. Non, il aurait pu habiter sous le chaud soleil de la Réunion mais il a préféré le froid. J’ai eu une pensée émue pour Lucy Diamond qui, dans DEBS, avait fait comme moi et s’était réfugiée au chaud pour fuir ses problèmes, à Reykjavík. Bref, j’ai entassé des jeans, des tee-shirts à manches longues et à col roulés, des pulls chauds et des chaussettes en laine. Ne cherchez pas à savoir, je ne dirai rien sur mes sous-vêtements, bande de pervers.

Une fois mon sac prêt, je me suis vue me rendre à l’aéroport, prendre l’avion et atterrir à Caribouland sans avoir eu le temps de réaliser ce que je faisais. Si j’avais compris, l’aurais-je fait ?

Quand je suis sortie de l’avion et que j’ai foulé le sol canadien, Zanzi était là à m’attendre sur le tarmac. Il se remarque cet homme vous savez. Il dégage une certaine classe et une certaine prestance, même avec un anorak qui le fait paraître deux fois plus gros qu’il ne l’est en réalité… et cette capuche fourrée. L’air frais m’a fouetté le visage et j’ai remonté un peu plus la fermeture éclair de ma veste de ski. Finalement, c’était juste un peu plus froid que chez mes parents… quelques degrés d’écart…

On s’est dit bonjour. Je crois qu’il était aussi mal à l’aise que moi. Peut-être qu’il pensait que je n’aurais pas les couilles… les ovaires de venir. Peut-être qu’en fait c’était par simple politesse qu’il m’avait proposé de venir mais qu’il ne le pensait pas vraiment. Peut-être que…  J’ai arrêté de me poser des questions quand, après 20 minutes de route, on est arrivés chez lui. Je n’en revenais pas de toute cette neige partout, de nos pieds à l’horizon. C’était beau.

Il est passé devant en portant mon sac. Je crois qu’il a compris que les lesbiennes aussi pouvaient être coquettes quand il a vu le poids du truc. Il m’a montré ma chambre, m’a proposé de me rafraîchir et m’a laissé un peu de liberté le temps que je trouve mes marques. Ça je lui en serais toujours reconnaissante. Je suis quelqu’un de terriblement indépendant. Je ne supporte pas d’avoir en permanence des personnes autour de moi et parfois, souvent en vacances, j’ai besoin de me retrouver seule, tout simplement. Zanzi l’a compris ou l’a peut-être perçu à ma mine défaite et à mon énervement croissant.

J’ai pris une petite douche pour éliminer les restes du voyage et j’ai rejoint Zanzi juste après. Il était dans la cuisine, il faisait la vaisselle. Je me suis assise sur un tabouret devant le bar et je l’ai regardé bosser. Je suis une féministe. Quand un homme travaille, j’apprécie des choses aussi simples que le regarder faire. Il s’est tourné vers moi avec son sourire qui fait craquer tous les mecs et j’ai pensé « Amusant, Vincent a le même sourire. En fait c’est ça leur secret. » Il m’a alors demandé :

— Tu veux quelque chose ?

— Ben manger. Il est 19h30.

— Tu viens de descendre de l’avion. Avec le décalage horaire… Et tu n’as pas mangé dans l’appareil ? a demandé Zanzi l’air surpris.

— Ils m’ont servi un tout petit sandwich sans même mettre des chips pour l’accompagner. Et puis j’ai dormi un peu. Donc le décalage horaire ça va.

— La moitié d’une baguette tu trouves ça petit comme sandwich ?

Là il a regardé ma silhouette et j’ai compris qu’il se posait des questions. Mince, je n’ai pas à m’excuser d’être un estomac sur pattes. Si ? Non ! Je n’ai pas m’excuser d’être comme Obélix et d’avoir toujours faim, de savoir exactement quand il est 12h12 parce que j’ai toujours faim à 12h12. Oh quand même. Du coup j’ai joué les divas. Je sais jouer les divas quand l’occasion se présente. J’ai simplement dit :

— Quoi ?

— Et tu l’as mis où le sandwich ? Il a demandé en se moquant de moi.

— Tu me fais une omelette avec des lardons et je te le dis ! J’ai répondu en m’accoudant plus confortablement sur le bar, un sourire de défi aux lèvres.

— Allez, c’est parti. Il s’est mis à sortir les ingrédients et je l’ai regardé faire en me disant que j’avais intérêt à choisir un plat plus compliqué pour le lendemain. Il sait cuisiner en fait Zanzi.

— Je les cache juste aux bons endroits. Dans mon opulente poitrine et mes superbes fesses rebondies !

Là il a éclaté de rire. Il s’est foutu de moi parce que je n’ai ni une opulente poitrine ni de superbes fesses rebondies. La glace était brisée. On avait beau être à Caribouland, il faisait plus chaud chez Zanzi désormais. J’ai pris un air vexé en expliquant que je faisais du sport, des fois, et que c’était ce qui me permettait de continuer à faire 57 kg pour 1m74. Il a tiqué sur le « des fois » mais il a eu le bon goût de ne pas relever.

Pendant que l’omelette cuisait, il a mis le couvert et il a déclaré un truc sympa mais qui a amené une discussion catastrophique derrière :

— Tu n’étais pas obligée de venir seule. Tu aurais pu amener quelqu’un.

J’ai hésité à jouer l’idiote qui n’a pas compris. J’ai failli répondre que Titou était en cours mais je me suis retenue. J’ai mis direct les pieds dans le plat en me disant, « une fois que ce sera fait, ce ne sera plus à faire. »

— On peut parler d’autre chose que de ma vie amoureuse ?

— Hum… Il a fait mine de réfléchir, en face de moi, accoudé sur le bar, le menton posé au creux de sa main. Non ! On ne peut pas. Elle a quoi ta vie amoureuse ?

Des fois il est chiant Zanzi. Il sait exactement de quoi vous ne voulez pas causer et il vous oblige à y faire face. J’ai joué les gamines de 25 ans, je sais parfois très bien jouer ce rôle. J’ai supplié du regard, j’ai été très inspirée par l’horloge murale. Rien n’y a fait, il était comme un chien tenant un os dans sa gueule, comme Vincent devant le dernier Final Fantasy, comme le chef devant le calendrier des Dieux du Stade. Il ne pouvait pas lâcher.

— S’te’plaît. Tu veux pas plutôt qu’on parle de la forme des nuages quand j’étais dans l’avion.

— Non, c’est pas aussi intéressant comme sujet.

— Ce sujet-là non plus il n’est pas intéressant.

— Raconte quand même. Il a fouillé au plus profond de mon âme avec son regard clair et je me suis retrouvée devant le pire des détecteurs de mensonges.

— Je me suis servie d’une parfaite inconnue pour me sentir désirable. J’ai été en-dessous de tout et je n’arrive plus à me regarder dans le miroir.

— Sympa. Dis-moi en un peu plus.

— On avait été au ciné un soir. On s’est retrouvées pour une autre séance ciné. J’étais crevée. Elle a demandé si elle pouvait me prendre dans ses bras, j’ai dit oui. Elle a demandé si elle pouvait m’embrasser, je ne suis pas partie en courant.

— Tu parles de spontanéité. Elle était obligée de toujours demander ?

— Zanzi arrête. C’est pas drôle.

— Oh si, ta tête en ce moment est très drôle.

— Et après.

— Après quoi ?

— Après le baiser. Tu as fait quoi ?

— Je suis partie.

Là il a éclaté de rire. Il est vraiment pas drôle Zanzi quand il s’y met.

— Tu es partie donc.

— Oui, je travaillais le lendemain.

— Pour de vrai ou c’était une excuse ?

— Pour de vrai. J’étais de matin ! Je devais me lever à 5h15 !

— Et alors maintenant…

— Maintenant elle veut me revoir et je ne sais pas ce que je dois faire.

— T’es une vraie gamine.

— Merci, ça c’est un conseil qui m’aide beaucoup.

— Elle t’a appelée ?

— Non, je lui ai dit de ne pas m’appeler, que je n’allumais jamais mon portable. Du coup j’ai éteint mon téléphone depuis une semaine. Mais elle m’a envoyé un message dans ma boite mail. Et ça fait 10 jours que j’ai pas répondu.

— Et tu es partie à l’autre bout du monde pour y voir plus clair.

— Je suis à ce point un livre ouvert ?

— Oui. Bon on va essayer d’y voir plus clair. Tu as aimé l’embrasser ?

— Non. Oui. Non. Mais en fait c’est pas le problème. C’est pas mon genre et on n’a rien en commun. J’ai craqué pendant un moment de fatigue.

— Ou tu as simplement oublié de réfléchir ce qui ne doit pas te faire trop de mal des fois.

— Tu m’énerves.

— Elle te manque ? Tu as envie de la revoir ?

— Non et non. Je peux pas lui faire croire que j’ai été enlevée par des extra-terrestres ?

— C’est fin et léger comme idée Isa. Non, tu vas l’appeler, tu vas la revoir et tu vas simplement lui dire la vérité.

— Céline aussi m’a dit ça. Mais je préférais l’idée de disparaître de la surface de la terre. C’était moins désagréable.

— Je ne t’imaginais pas comme quelqu’un qui n’assume pas ses actes.

— Oui mais en fait je me demande si je ne réagis pas comme ça parce que j’ai peur de l’intimité et que je fuis avant de lui donner une chance.

— Mais elle te plaît ?

— Ben en fait j’ai une autre personne en tête mais je sais qu’avec cette autre il ne se passera rien.

Stop stop. On se calme. On va reprendre depuis le début et calmement pendant qu’on mange.

Là il nous a servi l’omelette et j’ai attaqué de manger. Je mourrais littéralement de faim et puis un compte-rendu de mes dernières boulettes, ça me creuse toujours.

— C’est marrant je te voyais beaucoup plus sûre de toi et plus sérieuse.

— Non. C’est un truc du chef. Je crois qu’il aime bien les bras cassés.

— Merci pour moi.

— Mais t’es dix fois pire que moi Zanzi. Vas-y parle-moi de ta vie amoureuse en ce moment !

Là il a enfourné un gros morceau d’omelette dans sa bouche qu’il s’est mis à mastiquer très méticuleusement. Il a pris son temps, tout son temps. Il avait le regard perdu dans son assiette. Les secondes se sont égrenées et quand enfin il a levé les yeux vers moi, la bouche vide, il a simplement déclaré :

— Ils étaient comment ces nuages vus de l’avion ?

 

TO BE CONTINUED…

Demain, sur Les Toiles Roses, dans « Et les filles, alors ? »…

 

Isabelle B. Price (20 Mars 2009)

 

Lire le précédent épisode, cliquez ici.
Par Isabelle B. Price - Publié dans : HUMEUR : Zanzi and the City
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Mardi 7 avril 2 07 /04 /Avr 01:07

 



Les vidéos sont (c) D.R.

Par Daniel C. Hall - Publié dans : SERIE : STEVEN CARRINGTON (DYNASTY)
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Lundi 6 avril 1 06 /04 /Avr 01:05

 



Les vidéos sont (c) D.R.

Par Daniel C. Hall - Publié dans : SERIE : STEVEN CARRINGTON (DYNASTY)
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Lundi 6 avril 1 06 /04 /Avr 00:36


Photo (c) Fred Mounier


Je n'aime pas une femme, je l'aime, Elle.

Charlotte Bousquet

 

Pour la treizième livraison de cette série de textes basée sur les hypothèses "Si j'étais homosexuel(le)" pour nos ami(e)s hétéros gay-friendly et "Si j'étais hétérosexuel(le)" pour nos ami(e)s gays hétéro-friendly, j'ouvre les portes de notre blog à une jeune femme aussi séduisante que brillante : Charlotte Bousquet. Philosophe de formation, passionnée par l’histoire et la mythologie, par les contes et le fantastique, Charlotte Bousquet est une auteure aux multiples facettes. Elle a publié des textes dans différents fanzines et anthologies, des articles universitaires, a participé à la création du jeu de rôles COPS dont elle a écrit le roman et n’aime rien tant que se jouer des étiquettes. Ses écrits,  jeunesse, thriller, fantasy, fantastique, le montrent bien. Convaincue que le rôle d’un auteur est aussi de s’engager, elle a créé, au sein de CDS éditions – fondée avec son époux l'illustrateur et graphiste Fabien Fernandez aka Fablyrr – la collection pueblos qui a pour but d’aider des organismes humanitaires et écologiques à travers des anthologies thématiques. Son prochain ouvrage, Prysmes, recueil illustré de onze nouvelles chromatiques sur les thèmes de l’amour, de la mort et de la folie paraîtra début décembre aux éditions Le calepin jaune. Et Fablyrr, le mari de Charlotte, devrait bientôt se coller à cet exercice. Grosses bises et merci, Charlotte.

 

Matin d’hiver.

Je me blottis sous la couette, tout contre elle.

Je hume le parfum fleuri de ses cheveux d’encre. Je caresse sa peau douce, blanche dans cette chambre sombre. Je reste là, contre son corps, attendant en rêvant son éveil.

Matin de printemps.

Réveillée tôt par le chat affamé, je m’habille, je sors acheter des roses – rouges – et des croissants. À mon retour, une odeur de café. Elle a senti que je quittais le lit. Un baiser à l’abri des giboulées.

Matin d’été.

Sept heures. Les réflexes ont la vie dure, même en vacances. Même loin de Paris. Au moment où je me lève, je sais que notre minou ronronne à son oreille. Moi, je vais m’occuper des chevaux avant que le soleil du Maroc ne soit trop fort. Et je pense à elle.

Matin d’automne.

Pluie continue, ciel bas, le crépuscule avant l’heure. Mais le temps m’indiffère, puisqu’elle est là, son visage félin reposant, lisse et émouvant, sur l’oreiller. Je l’embrasse tendrement et vais préparer le petit déjeuner. Le chat se frotte contre mes jambes.


 

SMS de L. Je me souviens soudain de la conversation que nous avons eue, il y a quelques années, au début de notre amitié. L. s’interrogeait. Voulait savoir, comprendre pourquoi j’aime une femme, non un homme. Si j’ai toujours été lesbienne. Comment. Pourquoi.

La réponse était simple. Peut-être un peu facile, parce que volée à Montaigne. Mais je suis sûre qu’il ne l’aurait pas mal pris. « Parce que c’est elle, parce que c’est moi. » C’est ainsi, et je sais que cela peut choquer. Ce n’est pas ma sexualité qui a déterminé ce choix – si choix il y a eu… à moi, cela a toujours semblé plutôt une évidence. C’est notre rencontre.

Je n’aime pas une femme, je l’aime, Elle. Et pour moi, c’est tout ce qui importe.

Avant ? Avant, il y a eu des amants, des amantes. Des passions éphémères, une pénible relation. Une dose d’ascétisme. Et quelques folies sans conséquences.

 

Je ne peux imaginer la vie sans elle, ma muse, mon âme-sœur et je sais, je sens que la réciproque est vraie.

 

Voilà ce qui aurait pu se passer, si je l’avais rencontrée, Elle, et non Lui.

 

Si j’étais homosexuelle, ma vie aurait sans doute un peu changé. Parce que les rencontres nous changent. Parce que chaque histoire est unique. Pas en raison de mes préférences sexuelles. Ce qui importe avant tout, c’est la relation à l’autre, le partage, l’accueil de l’altérité. Peu importe qu’il soit homme ou femme, puisque c’est lui, ou elle, dans son entière singularité que l’on aime, dont on est aimé.

 

Charlotte Bousquet

(Site : www.charlottebousquet.com, Blog : www.charlottebousquet.over-blog.com)


Par Daniel C. Hall - Publié dans : SI J'ÉTAIS... HOMO (ou) HÉTÉRO
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Dimanche 5 avril 7 05 /04 /Avr 01:17
  
Visuel : (c) GayClic

Après 511 jours d'abstinence, Luke & Noah semblent essayer de rattraper le temps perdu... Brian, lui, repart la queue basse. Et dans notre série "rions un peu avec ATWT", une nouvelle et tordante prise d'otages... version courte !
[ATWT appartient à PGP ; Daily recaps à CBS]


Par Jag1366 - Publié dans : SERIE : AS THE WORLD TURNS (AINSI VA LE MONDE)
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Dimanche 5 avril 7 05 /04 /Avr 01:15
  
Visuel : (c) GayClic

No comment.
[ATWT appartient à PGP ; Daily recaps à CBS]


Par Jag1366 - Publié dans : SERIE : AS THE WORLD TURNS (AINSI VA LE MONDE)
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Samedi 4 avril 6 04 /04 /Avr 01:09

Boris et Nadir est destinée à encourager le sexe sans risque chez les gays. Elle complète le travail de prévention réalisé par le SNEG dans les établissements de la communauté gay et celui de CITEBEUR, en tant que producteur et diffuseur de vidéos homosexuelles safe réservées aux adultes. Les principales situations pouvant susciter des comportements à risque identifiées par le SNEG dans ses enquêtes (dépression, préparation psychologique insuffisante avant un rapport sexuel, ambivalence face aux risques) sont traitées sur un mode non pornographique et convivial, qui valorise le plaisir d’être ensemble et l’amitié comme vecteur de prévention au sein de la communauté gay.

Épisode 6 (2.03) :
Boris est de retour dans son bar préféré et tape la conversation avec son pote Nadir toujours à l’affut des derniers potins. Il lui présente son nouveau mec, Rudy, avec qui il vit une véritable histoire d’amour un peu particulière…



La bannière et les vidéos sont (c) StudioPresse,
CITEBEUR et le SNEG.
La diffusion sur Les Toiles Roses est autorisée par StudioPresse. Merci Laurent !

Par StudioPresse - Publié dans : WEBSERIE : BORIS & NADIR
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Samedi 4 avril 6 04 /04 /Avr 01:03

 



Les vidéos sont (c) D.R.

Par Daniel C. Hall - Publié dans : SERIE : STEVEN CARRINGTON (DYNASTY)
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Vendredi 3 avril 5 03 /04 /Avr 01:02

 



Les vidéos sont (c) D.R.

Par Daniel C. Hall - Publié dans : SERIE : STEVEN CARRINGTON (DYNASTY)
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Jeudi 2 avril 4 02 /04 /Avr 15:33



(5.07)




Il est une voix qui m’appelle et m’attire,

Au fil des routes je l’écoute et la suis…



… Quand je m’arrête c’est pour me faire des amis,

J’ peux pas rester l’ temps d’un sourire il faut partir.



Tu es partie, ma beauté, mon petit ange.

Sans bruit, discrètement, presque sur la pointe des pattes.

Jusqu’au dernier jour tu es restée présente, en prenant toute ta place et tu as vécue debout, même en n’ayant plus que la peau sur les os comme une vieille personne qui a perdu ses muscles et s’est desséchée.

Tu es restée belle jusqu’au bout, et ton poil avait retrouvé le lustre de sa jeunesse. L’amour et la tendresse de toute ma famille – ta famille – t’ont portée au-delà de ce qui était humainement concevable. Même si, par moments, tu semblais ployer sous les misères du grand âge, tu ne t’es pas laissé abattre.

Tu es restée vivante pour eux si près, pour la petite Eva que tu as failli ne jamais connaître, et pour moi si loin. Simplement, tu n’avais plus de forces. Maintenant tu vis dans nos cœurs orphelins. Entre le bout de la nuit et le point du jour, un peu avant l’aube, tu t’es éteinte comme une bougie qui a épuisé sa cire. Calmement, en paix, après que Maman soit venue te donner une dernière caresse. Tu es partie, ma Nicia, mais ta lumière ne nous quittera jamais. Ce soir tu brilles dans le ciel où une nouvelle étoile est née.


Il s’ peut qu’un beau jour, je me repose enfin.

Jusqu’à ce jour, je poursuis mon parcours.



Zanzi, le 1er avril 2009.


Lire le précédent épisode, cliquez ici.
Par Zanzi - Publié dans : HUMEUR : Zanzi and the City
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Jeudi 2 avril 4 02 /04 /Avr 10:25



QUEL METIER TU FERAS
QUAND TU SERAS GRANDE ?


Un billet d'humeur d'Isabelle B. Price, d'Univers-L
 

(c) D. R.


Quand j’étais jeune et qu’on me demandait ce que je voudrais faire quand je serais grande, je répondais très facilement : « infirmière-écrivain-à-moto ». Ma mère le disait parfois, au travail, quand elle soignait des personnes âgées qui lui demandaient presque en suppliant de leur parler de ses enfants. Certaines étaient amusées, d’autres intéressées, d’autres se perdaient dans leur propre passé. Mais qu’était ce désir de devenir infirmière-écrivain-à-moto si ce n’est un rêve ? Un très beau rêve mais un rêve quand même.

Je suis devenue infirmière, certes, 33,33333333…% de réalisé me direz-vous. Oui, je sais, pas mal pour un rêve d’enfant. Je me félicite encore moi-même des fois. Concernant la moto, mon scooter en a déjà tellement bavé avec moi… Le prix de l’essence ayant flambé… Après calcul du prix du permis et de l’engin de mes rêves… Vu que j’ai acheté un appartement… Bref, le côté moto s’est rapidement transformé en vélo. C’est un deux roues, ça ne pollue absolument pas notre chère Mère Nature et c’est beaucoup plus économique. Tous les mois, avec l’argent économisé en allant au boulot en vélo, je me dis que je peux m’acheter un nouvel interrupteur pour mon chez moi. Il faut savoir se contenter de peu.

Le côté écrivain, là, ça coince un tout petit peu plus. Déjà, j’ai vite réalisé que dire écrivain ne convenait pas du tout à ma position féministe actuelle. Ben oui, écrivain c’est masculin. Mais au féminin, « écrivaine », c’est très moche à entendre. La sonorité est pire que les joueurs de rugby entonnant la Marseillaise avant un match. C’est peut-être la raison pour laquelle depuis quelques temps, j’apprécie beaucoup plus le terme « auteure ». Vous pouvez lui coller un « e », sans qu’il ne se plaigne ou ne sonne faux. C’est énorme. Premier point donc s’opposant à mon rêve d’écrivain, ma position féministe.

Deuxième point : saviez-vous que les écrivains dans les films ou séries télévisées faisaient en fait de la publicité mensongère ? Non ? Eh bien moi je vous le dis, si comme moi vous vous êtes mis en tête de devenir écrivain parce que c’était trop la classe quand les autres l’étaient, ce n’est même pas la peine de poursuivre. Je vais vous expliquer très succinctement pourquoi.

L’écran de l’ordinateur. L’écran de l’ordinateur il brille. Cela ne gêne en rien ces faux auteurs de pacotille mais je peux vous dire qu’en vrai, au bout d’un moment ça fait des papillons devant les yeux et ça vous oblige à prendre rendez-vous chez l’ophtalmologue parce que vous avez des maux de tête dès que vous restez plus de 6 heures devant votre machine (rendez-vous pour août soit dit en passant, non on ne peut pas plus tôt). Et les maux de têtes, ils ne passent pas avec deux Doliprane™, ils passent quand vous vous allongez sur le lit dans votre chambre toute noire.

L’ordinateur portable. Déjà c’est tous des américains et ils ont tous les derniers ordinateurs à la mode. Vous avez déjà essayé d’écrire pendant 4 heures de suite assis sur votre lit avec votre ordinateur portable ? Non. Bien, moi non plus. Mon PC a quatre ans, il pèse pas loin de 10 kilos et il est fixé au magnifique bureau fabriqué par mon père. Je vais m’acheter un ordinateur portable mais je sais déjà qu’il faudra que j’économise la batterie si je veux qu’elle tienne plus de deux ans et si je ne veux pas en racheter une dans l’année. Ensuite s’asseoir en tailleur sur son lit, il n’y a rien de pire pour le dos. Bref, ça c’est infaisable en vrai. Faut pas pousser. Comme le dit le proverbe, « qui veut voyager loin ménage sa monture. » Je ne peux pas avoir des problèmes de dos chroniques à 25 ans quand même !

Le soleil. Vous avez remarqué que les faux écrivains écrivent toujours au soleil, devant la mer, les doigts de pieds en éventail ou dans une chambre en regardant pas la fenêtre ou dans la montagne ou bref, vous avez saisi. Là où ils trichent c’est avec le soleil ! Ce put*** de crét** de soleil. Lui, déjà dès qu’il sort, vous pouvez être certain qu’il se reflète là où vous ne voulez pas qu’il se reflète ! Style en plein sur votre écran. Style en plein sur votre feuille blanche. Genre faut mettre les lunettes de soleil mais après on ne voit plus ce qu’on écrit. Autant vous dire tout de suite que le soleil n’est pas votre ami. Si vous choisissez comme moi d’écrire dans votre appartement parce que c’est l’hiver et qu’il fait -5° dehors, vous pouvez quand même être contraint de tirer les volets parce que le soleil a décidé de pointer le bout de son nez et qu’à défaut de se refléter sur la neige (qui n’est pas encore là), il tape direct sur votre écran parce que votre bureau est orienté plein sud…

La boisson. Quand vous les regardez dans les films ou les séries, ils ont tous un mug à portée de main et boivent régulièrement une petite gorgée, par-ci, par-là. Ce qu’on ne vous a jamais dit, c’est que même le plus beau des plus stylisés des mugs ne contient pas tant de gorgées que ça. Ben non ! Déjà il ne se remplit pas tout seul. Faut se lever pour le remplir. Ensuite, si c’est une boisson chaude, ben elle refroidit. Et si c’est une boisson froide, ben elle se réchauffe (même avec des glaçons, j’ai testé, ces imbéciles fondent). J’ai pris mes supers grands verres gagnés avec l’achat de menus XXL dans un fast-food. Eh bien même eux se terminent trop vite. En quelques gorgées c’est fini et il faut se relever. Et là forcément, on perd en concentration !

Le lieu. Quand ils écrivent pour de faux, les auteurs, vous avez deux catégories. Ceux qui ont leur bar favori et qui écrivent là, déconnectés du bruit, devant leur café entre deux discussions avec le barman qui est leur super pote (et là vous savez qu’on se fout de vous parce que vous connaissez le prix d’un café dans un bar ? Si on multiplie par 2 par jour pendant minimum 6 mois, en ajoutant les sirops et autres sodas en été, avec le croissant ou le pain au chocolat… Ting. Jackpot ! Vous êtes Crésus.) Pas crédible pour deux sous. Vous gardez donc uniquement ceux qui travaillent chez eux dans un souci de réalisme. Eh bien ceux qui travaillent chez eux, ils ne font jamais mais alors jamais le ménage ! Moi j’ai essayé. J’ai écrit sur du papier, j’ai trouvé ça nul, j’en ai fait des boules que j’ai jetées par terre partout dans mon bureau. C’était beau, comme dans les films. Je n’ai pas été plus inspirée pour autant et après j’ai dû tout ranger. Depuis j’ai une poubelle et même si c’est beaucoup moins esthétique que les papiers en boule par terre, c’est beaucoup moins de travail ensuite.

L’inspiration. Ah ça, on sait vous en parler du manque d’inspiration, « le syndrome de la page blanche », « l’angoisse de l’écrivain » etc etc. Mais les faux auteurs de fiction ont l’arme imparable pour corriger le tir et retrouver le goût d’écrire et de vivre. Ils ont l’arme imparable pour régler leurs problèmes personnels existentiels. Vous savez ce que c’est ? Ils tombent amoureux ! Déjà, je tiens à dire que tomber amoureux, ça ne se commande pas. Sinon ce serait trop simple et je voudrais bien en profiter moi aussi de cet amour qu’on achèterait au supermarché quand on serait tenté. Non mais sérieusement il n’y a rien de plus chronophage que l’état amoureux ! Vous pouvez me dire quand mais quand ils arrivent à trouver le temps d’écrire ? Comme si votre « âme sœur » (si ils disent ça dans les films) allait vous laisser passer 10 heures devant votre ordinateur sans vous déranger et bosser de son côté. Comme si on pouvait résister au désir pendant 10 heures alors que l’autre est assis sur le canapé en train de lire. Comme si… Mon œil quoi !

Le téléphone. Le téléphone est déjà en temps normal une arme que je méprise au plus au point. Parce que quand je suis au travail il permet aux familles, aux médecins, à notre hiérarchie et aux anciens patients de nous joindre 24h/24. Et comme il faut y répondre à ce fichu téléphone bien que souvent on n’en ait vraiment pas envie, c’est à la bonne poire qui l’a à portée de main d’agir. Et j’ai de grands bras, il est donc souvent à portée de ma main. Quand au téléphone familial mes parents m’ont vite appris l’essentiel. Pas de répondeur parce que les gens peuvent laisser des messages. Sous-entendu l’hôpital peut appeler pour te demander de travailler sur ton repos ou changer ton roulement. Quand tu sais qu’il manque quelqu’un et qu’on va te rappeler, surtout ne pas répondre et laisser sonner dans le vide. Après tu regardes qui a appelé et si ce n’est pas la chef, tu rappelles la personne en question. Et autant dire que j’ai très bien retenu la leçon en ce qui concerne mon téléphone portable. La preuve, il est plus souvent éteint qu’allumé. Et je m’en sers uniquement pour les urgences. Du genre « Je me suis encore perdue, j’aurai une heure de retard environ », « J’achète le dessert, ne t’en occupe pas », « On avait dit à quel endroit le rendez-vous ? ». Mais avez-vous remarqué que quand vous êtes très concentré, que vous êtes plongé dans vos pensées et que les mots coulent de source baaammm, c’est le moment que choisit votre téléphone pour sonner. Ou le moment que choisissent les témoins de Jéhovah pour venir sonner à votre porte. Et comment pouvez-vous donc expliquer à ces importuns que là vous alliez écrire le texte qui aurait changé la face du monde sans passer pour une illuminée ? Personnellement j’ai renoncé…

Le bruit de fond. Le bruit de fond ce n’est pas comme le téléphone, ce serait plutôt du genre lancinant comme les poubelles qu’on sort, le voisin qui fait des essais parce qu’il vient de mettre un nouveau pot d’échappement à son scooter, le vent qui fait bouger les volets… c’est gênant mais ce n’est pas le plus grave. Pourquoi ? Parce que vous pouvez mettre de la musique par dessus le bruit de fond. Et là, question musique, je suis une professionnelle. Déjà les chansons en français perturbent moins la concentration m’a dit Thierry. Là, je l’ai écouté. Seulement les artistes français que j’adore ne sont pas non plus excessivement nombreux. Du coup j’ai trouvé la parade. Trouver des chansons en langue anglaises faciles à comprendre. Et là tout un monde s’est ouvert à moi, celui des Boys Band. Mes CDs de prédilection quand je travaille sont aujourd’hui les mêmes depuis trois ans. Backstreet Boys, “Greatest Hits – Chapter One”, Worlds Apart, l’album « Here and Now », leur meilleur et Boyzone “Where We Belong”. C’est calme, c’est doux, ça berce et ça parle d’amour. Des fois j’écoute aussi David Charvet mais ses albums sont trop courts, ça lasse vite, en une heure j’ai fait le tour du CD.

L’emploi du temps. Si l’on vivait dans un monde idéal, on devrait pouvoir écrire où on le veut et quand on le veut. Oui mais voilà, nous ne vivons pas dans un monde idéal. Parfois j’ai des idées géniales. Je sais que je pourrais rester éveillée toute la nuit à la recherche des renseignements nécessaires pour écrire un chapitre époustouflant à mon livre qui n’a toujours pas vu le jour. Oui mais non. Je sais aussi que le lendemain je travaille, que j’aurai sous ma responsabilité de huit à douze patients qui ont besoin d’une professionnelle avec les idées claires et pas d’un fantôme d’infirmière qui a passé la nuit à écrire. J’ai donc régulièrement des bouffées d’envie d’écrire qui arrivent et je sais que je n’ai matériellement pas le temps de les laisser m’envahir. Il n’y a rien de plus frustrant. Et souvent, quand je suis de mauvaise humeur, ça n’a rien à voir avec mes hormones mais plutôt avec cette incapacité à pouvoir faire ce que j’ai vraiment envie de faire. À savoir passer 12 ou 14 heures le nez collé à l’écran de mon ordinateur pour écrire un truc horrible et désespérant mais qui aurait l’avantage de laisser libre cours à mon côté créatif.

Je ne suis pas l’auteure que je voudrais être ni celle que je rêvais d’être. Il parait que c’est ça grandir. C’est confronter ses désirs à la réalité et avoir le courage de s’accrocher à ses rêves et de continuer.

Je suis donc très loin de l’infirmière-écrivain-à-moto dont je parlais étant enfant. Et pourtant, des fois, j’ai l’impression que j’en suis très très proche. Peut-être parce qu’un rêve de ce genre se vit au jour le jour, peut-être que parce que quand j’écris ce genre de billet inutile et léger, j’ai l’impression de toucher du bout des doigts ce que je voulais être. Comme l’enfant qui monte sur la chaise de la cuisine et se met sur la pointe des pieds pour pouvoir plonger sa main dans la boite de gâteaux entreposée en haut du frigo… Peut-être parce que finalement je suis un peu restée cette enfant…

 

PS : Il n’empêche BBJane que je veux bien que tu racontes quand, comment et pourquoi tu écris. Oui, je sais, je suis curieuse.

 

Isabelle B. Price (23 Février 2009)


[Ajout de Daniel C. Hall à 19h09] : Suite à des milliards d'emails indignés demandant les véritables photographies du bureau de notre quota lesbien notre Isabelle préférée, ma Zaza m'a envoyé le texte suivant et les photos adéquates (comme Sheila...). N'empêche les lesbiennes, c'est pas comme nous, ça range quand même bien... Bon, faut bien dire que c'est des femmes à la base et que la machine à laver leur a changé leur vie comme a dit mon poteau Benoît XIII et III (y a un jeu de mots ! Et c'est paraît-il son véritable surnom au sein de l'église catholique romaine !!!) :

 

Salut Chef,
J'ai adoré ta gentille proposition de mettre en ligne des photos de mon bureau. Et comme tu es persuadé qu'il est bien rangé, je me suis fait plaisir en le prenant tel quel. Tout de suite ça te casse sérieusement un mythe. C'est pas grave, j'assume.
Bisous
Zab (Ouais, elle signe comme ça la d'jeun car nous sommes comme les deux doigts du pied !)
PS : Les photos se lisent de la gauche vers la droite (C'est normal car je suis un gauchiste, c'est bien connu ! Elle tente de me flatter ! C'est bien une femme, tiens !). La 1, c'est tout à gauche et ensuite tu arrives au bureau juste droit devant.

(Photo 1) (Photo 2) (Photo 3)
Toutes les photos sont © Isabelle B. Price.
Les pirates homos seraient condamnés à l'hétérosexualité et les hétéros à l'inverse.
Compris ? La loi, c'est la LOI !!!!!!!!!


PS 2 : La déco est de moi. (Tu m'étonnes John - Y a un jeu de mots subtil - ! Mouarf !)
PS 3 : Oui, tu ne pouvais trouver mieux (Si, Linda de Suza, elle faisait mieux avec juste une valise en carton !). Une lesbienne avec du goût, il n'y a que ça de vrai. (Non ? C'est pas vrai méééé alors on m'aurait menti à l'insu de mon plein gréééé ! J'aurais du être lesbienne alors ? J'ai raté ma viiiie !) »
Par Isabelle B. Price - Publié dans : ET LES FILLES, ALORS ?
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Jeudi 2 avril 4 02 /04 /Avr 09:36

 



Les vidéos sont (c) D.R.

Par Daniel C. Hall - Publié dans : SERIE : STEVEN CARRINGTON (DYNASTY)
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Mercredi 1 avril 3 01 /04 /Avr 10:24


Fiche technique :

Avec Sean Penn, Josh Brolin, James Franco, Diego Luna, Emile Hirsch  Alison Pill, Victor Garber, Denis O'Hare, Joseph Cross, Stephen Spinella, Lucas Grabeel, Brandon Boyce, Howard Rosenman, Kelvin Yu et Jeff Koons. Réalisation: Gus Van Sant. Scénario : Dustin Lance Black. Directeur de la photographie : Harris Savides. Compositeur : Danny Elfman.

Durée : 128 mn. Actuellement en salles en VO, VOST et VF.



Résumé :

Harvey Milk (Sean Penn) est un des premiers élus américains ouvertement gay. En novembre 1978, ce conseiller municipal de 48 ans est assassiné à San Francisco avec le maire de la ville George Moscone à l'Hôtel de Ville par un autre politicien, Dan White (Josh Brolin). Le film commence alors que Milk, qui habite New York, fête ses 40 ans. Il décide d’aller à San Francisco pour vivre ouvertement son amour avec son partenaire. Il y ouvre un magasin de photo dans Castro Street, le cœur du quartier gay de la ville dans lequel il s’impose bientôt, grâce à son activisme pour la cause gay, comme un personnage incontournable. Il devient le mentor de jeunes activistes comme Cleve Jones (Emile Hirsch). Il se présente sans succès deux fois aux élections municipales. Mais il devient néanmoins de plus en plus populaire, au point que sa réputation s’étend bien au-delà de la ville. Son insistance à vouloir être élu, ce qu’il parvient à faire à son troisième essai détruit le couple qu’il formait, depuis son installation à San Francisco, avec Scott Smith (James Franco). Pourtant après son assassinat, c’est Scott qui s’est occupé de l’héritage et de toutes les affaires ayant trait à la succession. La deuxième moitié de la vie de Scott Smith a été consacrée à préserver la mémoire de Harvey. Quand démarre sa quatrième campagne électorale, Harvey Milk est en couple avec Jack Lira (Diego Luna).



L’avis de Bernard Alapetite :

Avec Milk, Gus Van Sant démontre qu’il peut faire une réalisation cinématographiquement propre quand il se met au service de son sujet ; voilà 15 ans qu’il rêvait de réaliser ce film, et oublier ses velléités auteuristes.

Néanmoins ce cinéaste me parait être l’un des plus surestimés du moment. Son meilleur film, et de beaucoup, Gerry, doit plus à ses deux acteurs scénaristes, Cassey Affleck et Matt Damon, qu’à son réalisateur.

Dès les premières séquences de Milk, en souvenir des précédents films de Gus Van Sant, on est surpris de leur classicisme.

Avant tout, il me parait utile de situer historiquement cette tranche de vie. Lorsqu’elle débute, en 1970, Richard Nixon est président des États-Unis. En 1974 il démissionne (on voit dans le film comment l’affaire Watergate dans la dernière année de la présidence Nixon était une sorte de feuilleton quotidien). Gérald Ford lui succède ; en 1976, ce dernier est battu par Jimmy Carter. La guerre du Viet Nam prend fin en 1973. Dans la nuit du 27 au 28 juin 1969 ont eu lieu les émeutes de Stonewall et quand Harvey Milk s’installe dans Castro Street, le quartier autour est encore majoritairement peuplé d’ouvriers. C’est le tout début d’une sorte de “gentryfication” gay de cette partie de San Francisco... C’est par l’évocation de la naissance de ce célèbre quartier gay que le film est le plus attachant. La réalisation de ce pan du film a certainement été la motivation principale de Gus Van Sant. C’est ce qui transparait dans ses déclarations : « À l’époque, Castro était un refuge. Des enfants homosexuels, qui avaient été jetés dehors de chez eux par leurs parents, s’y présentaient. Des gays de partout dans le monde y venaient... Une fois que Castro est devenu un quartier de référence, un point de convergence, il a été important d’avoir une personne qui parlait au nom de tous ces gens. Et Harvey Milk était l’une des personnes qui parlait directement au nom des habitants de Castro... Les témoins de l’époque m’ont d’ailleurs raconté que, dès qu’un incident survenait, dès qu’il se passait quelque chose dans le quartier, Harvey Milk était là, en avant, à s’occuper de tout... La ville de San Francisco est indissociable de Milk. Nous avons tourné devant le Capitole, dans Castro, etc. Le tournage s’est déroulé dans tous les lieux significatifs de la ville. »



Le film commence sur un cri perçant le silence d’un homme entre deux âges, cachant son visage derrière un journal pendant une incursion de police dans un bar gay, puis il jette le contenu de son verre directement dans l'objectif de la caméra du journaliste des actualités. Dans la séquence suivante, un homme d’une quarantaine d’années parle dans un magnétophone très daté années 70. C'est Harvey Milk prononçant une phrase empruntée au Sunset boulevard de Billy Wilder : «  Ceci doit être écouté seulement si ma mort était causé par un assassinat… »

Pour raconter la vie du célèbre militant de 1970 à sa mort, le réalisateur use donc d’un procédé des plus traditionnels, le héros dicte ses mémoires au magnétophone. Ce qui permet d’utiliser une voix off “naturelle” au cours du film. Ce stratagème, qui peut paraître convenu, est pourtant tiré de la vie même d’Harvey Milk. Ce dernier avait envisagé qu’il pouvait être assassiné en raison de son militantisme pro gay qui lui valait quelques solides haines. Il avait enregistré plusieurs cassettes audio. Elles devaient être écoutées si un des fanatiques qui le menaçaient passait à l’acte. L'une de ces cassettes contenait cette phrase qui deviendra célèbre : « Si une balle devait traverser mon cerveau, laissez-la briser aussi toutes les portes des placards. » (“If a bullet should enter my brain, let that bullet destroy every closet door”). Milk faisait référence aux homosexuels qui cachent leur préférence et craignent de faire leur coming-out (la sortie du placard).



Si ces commentaires au magnétophone évitent au cinéaste des reconstitutions aussi couteuses que difficiles à réaliser, il l’oblige à mettre à l’écran l’image récurrente et statique du comédien débitant son texte d’une voix atone dans un micro. Ce plan, très laid et peu cinématographique, casse le rythme du film qui ne semble souvent n’être que l’illustration des paroles de Milk/Penn. Gus Van Sant aurait du superposer plus souvent au texte débité par Sean Penn des images d’époque que par ailleurs il mêle habilement aux prises de vues d’aujourd’hui. L’atmosphère du Castro Street de la fin des années 70, que j’ai eu la chance de connaitre, est bien évoquée.



Le film n’est jamais aussi bon que lorsque Gus Van Sant laisse jouer ses acteurs et donne aux séquences une longueur suffisante, comme celle narrant la première campagne électorale de Milk, où ils peuvent s’exprimer. Malheureusement souvent le montage haché tue à la fois le romanesque du film et son aspect documentaire. Rien n’a le temps de s’installer.

Sean Penn a réussi à se faire la tête d’Harvey Milk. Il est impressionnant de vérité et mérite son Oscar. Le rôle de Daniel White, l'assassin de Milk, qu’interprète Josh Brolin avait d'abord été proposé à Matt Damon qui l’a refusé.

La reconstitution des années soixante-dix est soignée, même si comme à l’habitude cela rutile un peu trop et que les looks sont un peu caricaturaux comme si sous prétexte que cela se passe en 1978 chacun s’était mis fissa à la mode du jour.

Gus Van Sant, en bon communautariste, s’est surtout intéressé dans la vie de Milk au militant gay. On sait en définitive peu de chose sur le Harvey Milk d’avant 1970. Sa rencontre avec son futur amant Scott Smith (James Franco) dans le métro new-yorkais et la plaidoirie pour qu’il connaisse le sexe avant quarante ans au joli garçon laisse perplexe (autant le jeune homme que le spectateur) tant la façon dont cette scène est présentée ne parait pas crédible.



Le film est sorti juste pour le trentième anniversaire de la mort d’Harvey Milk. Le moment était en outre bien choisi car toute la communauté gay se mobilisait alors contre la proposition 8 qui interdisait le mariage gay en Californie. À la première de Milk au Castro Theater de San Francisco le 29 octobre 2008 (presque en face d’où Harvey Milk tenait son magasin de matériel photographique), les acteurs, scénaristes et producteurs du film ont arboré le badge rouge vif « NO 8 ». Cette situation de conflit et de revendication n’était pas sans rappeler les combats du militant gay qu’était Harvey Milk. Durant les onze mois durant lesquels il a été conseillé municipal de San Francisco, il s'était opposé aux lois homophobes alors en vigueur aux États-Unis. Il soutint un projet de loi pour les droits des homosexuels et surtout il s'opposa à la Proposition 6, un projet de loi du sénateur Briggs soumis à référendum, qui aurait autorisé le licenciement des enseignants ouvertement homosexuels.

Le procès du meurtrier a connu un grand retentissement et a encore accru la célébrité de Milk. Son assassin n’a été condamné qu'à 7 ans et 8 mois de prison. Le jury n’a pas retenu la qualification de meurtre mais seulement celle d’homicide involontaire. Dan White fut considéré comme irresponsable de ses actes à cause d’un abus… de nourriture ! L’énoncé du verdict déclencha des émeutes dans San Francisco. Elles furent durement réprimées par la police. Elles sont connues sous le nom d' « Emeutes des nuits blanches ».

La vie d'Harvey Milk a déjà inspiré un opéra, plusieurs chansons et des pièces de théâtre. Un film, The Times of Harvey Milk, a été réalisé en 1984.



Cette biopic un peu terne, à la réalisation un peu scolaire (mais c'est le genre qui veut cela) est bien utile pour la connaissance de l’histoire du mouvement gay, comme l’est Stonewall de Nigel Finch dont malheureusement Milk ne possède pas la fraicheur. Mais le film est transcendé par l'interprétation de Sean Penn, véritablement habité par son personnage.

Nota : Je n'ai vu ce film qu'en anglais, je n’ai donc certainement pas compris certaines subtilités des dialogues, en outre je n'ai visionné Milk que sur le petit écran de mon ordinateur, ce qui n'est pas l'idéal pour juger de la qualité de ses images...



L’avis de Voisin Blogueur :

Gus Van Sant se penche sur le destin d’Harvey Milk (Sean Penn), premier homme ouvertement gay à avoir été élu à des fonctions officielles. Huit années dans la vie de ce personnage charismatique qui va passer de banal gay acceptant tête baissée les brimades de la police à un militant combatif et de plus en plus influent. De la rencontre avec l’homme de sa vie, Scotty (James Franco) à ses premières élections difficiles, ce biopic engagé retrace aussi et surtout la naissance d’une communauté homosexuelle qui demande l’égalité. Bienvenue dans la Californie des années 70, pas très ouverte à la tolérance…

Le cinéaste Gus Van Sant revient à Hollywood pour réaliser une histoire qui lui tient à cœur, celle d’Harvey Milk. La réalisation est très sobre mais assez élégante et le scénario (signé Dustin Lance Black, oscarisé en cette année 2009) bien fichu. Mais ce que l’on retiendra surtout c’est bien sûr l’interprétation de Sean Penn (lui aussi primé pour ce projet). Acteur caméléon, artiste total, il EST Harvey Milk. Beaucoup de justesse dans ce rôle habité qui offrira un bon lot d’émotions aux spectateurs. On connaît certes déjà la fin tragique, annoncée dès les premières minutes, et pourtant le cinéaste parvient à rendre le tout très haletant, nous donne envie de croire que notre bas monde n’est pas si mauvais.



Portrait d’une société arriérée, dénonciation d’une Église catholique, de ses représentants et fidèles fanatiques qui appellent au mépris de la différence plutôt qu’à l’amour de son prochain, ce film résonne malheureusement avec notre société actuelle. Alors, certes, les choses ont bien changé depuis. Mais quand on voit les propos de notre cher Pape actuel et de certaines personnalités politiques, on se dit qu’il y a encore bien du chemin à faire pour que tout le monde vive sur un pied d’égalité. Éternel et triste débat. Van Sant pointe du doigt l’amalgame atroce entre homosexuels et pédophiles, employé pour stigmatiser les gays comme des déviants, des personnes ayant opté pour le mal, alors que c’est bien connu, on ne choisit pas sa sexualité.

Je l’avoue, c’est un film qui m’a fait vibrer, étant gay moi-même. Et qui m’a aussi, forcément, fait froid dans le dos. Pour ce qui est de l’œuvre elle-même, il y a un côté académique mais le réalisateur peut s’appuyer sur un récit extrêmement fort et a su choisir un casting assez fabuleux. Il est également important de souligner que Harvey Milk évite le manichéisme : l’assassin de Milk étant plus montré comme une victime, un homme faible qui craque sous la pression, que comme un bourreau sans cœur. Le passage de l’assassinat n’est d’ailleurs pas sans rappeler un certain Elephant. Même s’il signe une œuvre très universelle et qui a pour espoir d’amener à réfléchir un grand public encore soumis à de gros préjugés, Gus Van Sant laisse sa trace, filmant les acteurs avec un réel désir (ah les photos de James Franco…) et livrant un énième long-métrage sur une personne en marge de la société, qu’elle le veuille ou non.

Propos fort, œuvre engagée et accessible, ode au militantisme, Harvey Milk est une œuvre à voir. Ne serait-ce que pour honorer la lutte de cet homme que l’Histoire a plus ou moins omis de mettre vraiment en lumière.



L’avis du Dr Orlof :

Je m'y attendais ! Je sentais qu'il ne fallait pas aller voir ce film ! J'en avais vu la bande-annonce et j'avais alors eu le sentiment que tout était déjà dit. Effectivement, le nouvel opus de Gus Van Sant (pincez-moi : c'est bien lui qui a réalisé Elephant ?) est un biopic qui déroule son programme convenu de A jusqu'à Z en suivant les traces du premier élu américain ayant affiché publiquement son homosexualité, de ses débuts de militant jusqu'à sa sanctification (comme chez Eastwood, le héros se sacrifie pour le bien de la communauté).

Sean Penn incarne avec une certaine conviction Harvey Milk même si son interprétation a presque quelque chose de « redondant » tant les récentes prises de position publiques de l'acteur semblent se superposer à celles du personnage.

Voilà donc Sean Penn en héraut du progressisme et de l'avancée de la démocratie. Il y aurait beaucoup à dire sur les enjeux « idéologiques » du film et j'avancerai volontiers, à propos de l'homosexualité, ce que je disais dans ma cave à propos du féminisme : autant j'admire les pédés flamboyants qui se sont élevés en tant qu'individu contre l'infamie des conventions sociales (un toast à Oscar Wilde, Jean Genet, Fassbinder, Pasolini, Guy Hocquenghem et tant d'autres), autant je méprise royalement les revendications purement communautaristes et ce fonctionnement en lobby dont Harvey Milk est l'un des précurseurs (voir à ce propos l'infâme démagogie de certains élus qui ont fait récemment leur « coming out » en prenant la pose du progressisme alors qu'ils ne risquent absolument plus rien, l'homosexualité étant, et c'est tant mieux !, globalement acceptée par tous).



Je ne veux pas jouer les Philippe Muray à la petite semaine mais Harvey Milk n'a rien d'un révolutionnaire. Au contraire, c'est quelqu'un d'extrêmement conformiste, qui veut absolument s'intégrer et qui s'inscrit d'emblée du côté du Bien. Évidemment que personne ne peut décemment être aujourd'hui pour la discrimination envers les homos et que les figures de bigots d'extrême droite ne peuvent être que répugnantes pour le spectateur. Et pourtant, il y a quelque chose d'un peu effrayant dans cette volonté (ça ne concerne évidemment pas que la communauté gay) de réclamer plus de droits, le lois et de règlements au nom du Bien [1].

Du coup, revenons au film, Gus Van Sant fait immédiatement de son personnage une figure de saint laïc sans nuances. Aucune zone d'ombre, pas d'ambiguïté (ne serait-ce que dans son rapport au pouvoir) et un destin tragique qui ne peut que tirer des larmes de crocodile et mettre dans sa poche le spectateur.

Voilà encore du cinéma qui se contente d'être au service d'une Cause (qu'elle soit juste ou non, ce n'est pas le problème) et qui utilise toutes les techniques les plus convenues pour emporter l'adhésion du spectateur. Il faudrait que je développe un jour cette idée mais Gus Van Sant a recours au syndrome « petite robe rouge » de La Liste de Schindler. Il s'agit, dans des films qui évoquent des destins collectifs (la Shoah, l'émancipation des gays...) d'individualiser soudain une souffrance pour permettre l'identification du spectateur et justifier le propos. Ce syndrome, qui me semble être une technique assez roublarde et ambiguë, Van Sant l'utilise avec le personnage d'un jeune handicapé, au bord du suicide parce qu'il vit dans une ville de province rétrograde et qu'il souffre de son homosexualité. Quoi de plus émouvant qu'un jeune homme homosexuel et rejeté (victimisation) qui, de plus, est handicapé (encore plus minoritaire). Dès lors, c'est cet exemple individuel qui semble impulser de l'énergie à la cause d'Harvey, soit un recours à des ficelles mélodramatiques assez lourdes.



Pour rester dans le domaine du « biopic », Harvey Milk m'a fait songer au film de Milos Forman Larry Flynt. Or si le film de Forman (qui n'est pas son meilleur) me paraît mille fois plus passionnant, c'est qu'il y a une espèce de « dialectique » (pardon pour les grands mots) entre la cause défendue (la liberté d'expression, l'article 1 de la Constitution américaine) et le personnage qui n'a rien d'un saint. Le cinéaste parvenait parfaitement à mettre à jour cette contradiction : comment défendre un personnage peu sympathique (Larry Flynt est avant tout un marchand de soupe, un capitaliste roublard et un pornocrate plutôt vulgaire) au nom d'une cause juste ? Chez Gus Van Sant, il n'y a rien de ça : la Cause est juste (jamais la moindre contradiction n'est apportée), le personnage est un Juste (encore une fois, c'est un saint laïc) et le cinéaste n'a plus rien d'autre à faire que d'illustrer cette tautologie.

Du point de vue de la mise en scène, le cinéaste a suffisamment de métier pour impulser un certain rythme à son récit (le montage parallèle entre les images d'époque et la fiction est assez intéressant) mais c'est d'un classicisme sans relief et sans invention (à deux ou trois exceptions près). Encore une fois, même sans revenir sur ces sommets que constituent Gerry et Elephant, il me semble que Gus Van Sant avait plus de punch et d'ironie dans ses films « grands publics » comme Will Hunting ou le délicieux Prête à tout.

Harvey Milk est un film à thèse à la Hollywood, c'est-à-dire assez roublard et extrêmement bien-pensant. Résultat, le spectateur s'ennuie et ne rêve dès lors plus qu'au prochain film du cinéaste, en espérant sincèrement qu'il retrouve des sentiers plus personnels...


[1] Lu dans Télérama de cette semaine, cette brève qui fait froid dans le dos : « Escroqueries, atteintes aux mineurs, propos racistes... En un mois et demi, 300.000 internautes se sont connectés sur www.internet-signalement.gouv.fr, et plus de 7000 affaires suspectes ont été révélées, se félicite Michèle Alliot-Marie ». On voit que la délation a toujours de beaux jours devant elle dans notre belle France ! Mais toujours au nom du Bien suprême!



L’avis de Psykokwak :

Il y a trente ans Harvey Milk, le premier conseiller municipal ouvertement gay était assassiné en même temps que George Moscone le maire de San Francisco. Il y a presque six mois les électeurs de Californie plébiscitaient la proposition 8 qui interdit le droit au mariage pour les gays et les lesbiennes.

Harvey Milk de Gus Van Sant retrace la petite dizaine d’année (1970-1978) de la vie publique et sentimentale de ce pionnier de la défense de la cause altersexuelle. Les premières images rappellent qu’à New York à la fin des années 60, les descentes de police dans les lieux de rencontre gay étaient monnaie courante, et qu’il fallut attendre la révolte de Stonewall (1969) pour qu’elles diminuent. Harvey (Sean Penn) va avoir quarante ans, il drague Scott (James Franco) un charmant choupinou.



Ensemble ils décident de quitter la côte est pour San Francisco, la ville des communautés hippies, de la maison bleue adossée à la colline. Ils s’installent et ouvrent un magasin de photos CameraCastro sur Castro street en passe de devenir le quartier gay de la ville, sorte d’Eden et le lieu de convergence de tous les pédégouines en quête d’un endroit accueillant. Face aux vexations et au traitement de citoyens de seconde zone, Harvey et quelques amis décident de se lancer dans l’action politique pour faire reconnaître leur existence. Encouragés par quelques soutiens et réussites, boycott de produits et d’entreprises anti gay, ils investissent la scène électorale même si leur action se veut plus radicale. Après deux échecs et une réforme du système électoral, Harvey est élu conseiller municipal (superviseur de son district) et pendant une petite année il va se servir de cette tribune pour lutter contre les attaques homophobes de la droite puritaine américaine. Les Anita Bryant et autre sénateur John Briggs ne se priveront pas de vilipender, d’insulter les gays en voulant leur interdire de bénéficier des mêmes droits que n’importe quel citoyen américain et ils voudront leur interdire l’exercice des professions d’enseignant (l’abjecte proposition 6).



Harvey Milk amalgame harmonieusement la fiction avec des images d’archives et dessine une biographie filmée à la limite de l’hagiographie de ce militant. Film à mon sens indispensable et nécessaire. Aujourd’hui, dans nos grandes villes occidentales, il est de bon ton de croire que l’homosexualité s’est dissoute ad vitam eternam dans un large consensus social. La mémoire à très court terme et le « tatalandocentrisme » scotomisent qu’à peine trois heures d’avion d’ici, le fait de vivre son altersexualité vous envoie en prison ou plus sûrement vous oblige à vivre masqués. De même qu’il n’est pas nécessaire de remonter loin pour se souvenir des insultes homophobes au moment du Pacs et que continuent de déverser de leur haine les Vanneste, Benoît XVI et consorts.

Le scénario emprunte la narration linéaire, épaulé par la voix off de Harvey qui accompagne son parcours amoureux et public pendant ces huit années. Porté par une ferveur militante il décrit la montée de la revendication des altersexuels ostracisés. Harvey a commencé sa lutte en créant une association de commerçants gays et il louvoie entre un radicalisme éclairé et la voie légale et civique. Sa démarche demeure déterminée, intangible pour obtenir le respect du à tout citoyen quelque soit son orientation sexuelle. Le film souligne la dimension collective de cette lutte incarnée par Harvey. Ainsi, il enjoint fermement tous les homos à sortir du placard, d’affirmer son orientation sexuelle à sa famille, sur son lieu de travail. Faire la publicité de sa différence représente le moyen le plus sûr d’ouvrir les yeux aux gens hostiles par ignorance et préjugé. Lui même le déclare quand pressentant son possible meurtre il dit si une balle devait traverser mon cerveau, laissez-la briser aussi toutes les portes des placards.



Harvey Milk passe de la lutte individuelle à une prise de conscience collective, de la nécessité du rassemblement du plus grand nombre pour obtenir satisfaction.

Le film navigue entre le parcours social et intime du protagoniste et de ses compagnons. Le cinéaste filme avec pudeur la scène d’amour entre Harvey et Scott, avec de très gros plans, un peu flous sur des détails corporels. Il le surprend draguant librement, nous sommes juste avant les années noires du Sida. Quand Scott s’éloignera, Harvey s’attachera à Jack (Diego Luna), un jeune latino un peu borderline avec passion et tendresse comme l’est son action politique. Le film nous ramène dans le Castro des seventies, qui n’a pas vraiment beaucoup changé, et que le réalisateur a tenu à reconstituer avec minutie. Le magasin de photo a été reconstitué à l’endroit même, face au théâtre Castro, l’appartement d’Harvey est utilisé comme décor et l’ambiance, les fringues et les dégaines de l’époque sont fidèlement reproduits.

Gus Van Sant imprime au récit une force érotique non seulement dans les séquences amoureuses, et aussi dans les liens entre les protagonistes et qui contaminent leur rapport dans leur action sociale et politique. Cette dimension du désir érotique s’actualise dans la tension entre Dan (Josh Brolin) et Harvey. Dan qui condense le négatif d’une bienveillance à l’égard de l’altersexualité présente des failles que Harvey exploite. Le film suggère que le militant était sensible à la personne de son adversaire et l’épilogue tragique en rend compte. Gus Van Sant joue sur cette ambiguïté, sur la séduction déstabilisante d’Harvey pour l’autre élu ce qui donne à la narration une tension dramatique, d’une histoire dont nous apprenons d’emblée la tragique destinée.



Le personnage d’Harvey Milk frôle la statue du martyr au sens qu’il parait difficile de lui reprocher des aspects troubles, ce qui n’est pas le cas pour Dan qui personnalise ici les figures rétrogrades de la société américaine anti gay. Mais il n’est pas autant sanctifié. C’est un individu qui prend la parole en disant je suis Harvey Milk et qui à son niveau lutte pour modifier l’acceptation de l’homosexualité. Le pouvoir ne l’intéresse pas même si par la force des choses il devint en quelque sorte le maire de Castro. Ma critique ?  peut-être une tendance manichéenne dans la présentation, mais cela risquait d’affadir le propos du film.   Le cinéaste dépeint l’histoire exemplaire d’un homme simple animé d’une conviction et d’un hédonisme solaire sous la menace pas simplement fantasmée d’un acte meurtrier. Sa crainte d’être la cible d’un fanatique le conduisait à profiter au maximum de la vie au jour le jour. Les acteurs donnent corps à cette histoire, avec la beauté généreuse de James Franco, la fraîcheur de Emile Hirsch qui interprète Cleve Jones, le premier directeur de campagne, et la complexité sombre de Josh Brolin. Quant à Sean Penn il habite son personnage avec une grande conviction et humanité. La relative platitude de la mise en scène est bousculée par des trouvailles, les séquences d’ouverture et de fin, des accélérations et par la tension qui sous tend le récit. Un film indispensable et beau.

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Par Bernard Alapetite, Voisin Blogueur, Dr Orlof et Psykokwak - Publié dans : FILMS : Les Toiles Roses
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