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Mercredi 11 mars 3 11 /03 /Mars 11:39

 



Les vidéos sont (c) D.R.

Par Daniel C. Hall - Publié dans : SERIE : STEVEN CARRINGTON (DYNASTY)
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Mercredi 11 mars 3 11 /03 /Mars 01:13
Derrière les masques :


LES ENFANTS DE LA PLUIE (2002) de PHILIPPE LECLERC
ou LES RAPPORTS ENTRE HOMMES ET FEMMES

 

Un film analysé et décrypté par
Marc-Jean Filaire

Enseignant en Lettres modernes à l’université de Nîmes

 

 



Fiche technique :
Avec les voix de Frédéric Cerdal, Marjolaine Poulain, Fily Keita, Mélody Dubos, David Kruger, Gilbert Levy, Pascale Chemin, Yann Lemadic et Benjamin Pascal
. Réalisé par Philippe Leclerc. Scénario de Philippe Caza, d'après Serge Brussolo. Compositeur : Didier Lockwood.

Durée : 86 mn. Disponible en VF.


 


Introduction

La structuration formelle du récit des Enfants de la pluie répond à toutes les attentes traditionnelles du schéma d’un conte et en cela le film de Philippe Leclerc ne propose rien d’innovant. Pourtant, le regard qui est posé sur les rapports entre les hommes et les femmes assure à cette histoire sa particularité : alors que le conte ne fait le plus souvent que reprendre une représentation très normée des inégalités entre les sexes – considérées comme naturelles, Les Enfants de la pluie éclairent d’une lumière nouvelle cette vision hiérarchisée archaïque. Pour comprendre le caractère novateur du film, il est d’abord utile et signifiant de cerner les deux schémas ancestraux qui sont exploités en tant que supports référentiels. Cependant, relever les oppositions entre les deux mondes qui s’affrontent dans le récit n’aboutit qu’à révéler les déséquilibres propres à remettre en cause le parallélisme apparent et donc à dévoiler les motivations idéologiques qui fondent la hardiesse du discours implicite.



I. Une opposition symbolique

Dans le film de Philippe Leclerc, le principe organisateur des forces en présence est en apparence très simple puisqu’il fonctionne sur une opposition de deux forces contradictoires.

 

A. L’opposition des éléments

Les deux mondes en guerre que sont Orfalaise et Amphibole se définissent l’un par rapport à l’autre selon un principe archaïque d’opposition élémentaire : au feu destructeur tout autant que vivifiant s’oppose l’eau purificatrice et régénératrice.

La cité d’Orfalaise est installée dans une montagne dont elle occupe tout autant les parois extérieures que les profondeurs percées de galeries. La communauté qui habite le site est celle des Pyross, lesquels se caractérise par une accointance particulière avec le feu et la lave. Amphibole, pour sa part, est une ville construite dans une plaine, composée de nombreuses bâtisses qui rappellent le raffinement des palais vénitiens. Les toits ouverts laissent entrer l’eau qui alimentent des bassins où se reposent les Hydross. La première opposition entre les deux lieux est celle des éléments ignés et aquatiques (radicaux grecs pyr– et hydr– qui signifient « feu » et « eau ») mais elle est confortée par celle de la terre et de l’air, puisque le peuple qui vénère le soleil vit dans les galeries d’un mont pour échapper à la saison des pluies, pendant que celui qui rend grâce aux intempéries est réjoui par l’évanescence de la musique et la légèreté de la danse.

Une telle différence dans l’appréhension des éléments est due à deux natures différentes. Les Hydross sont des êtres à la peau verte ou bleutée et à la physionomie fluide caractérisée par les courbes ; certains d’entre eux, comme Chloé ou Solon sont d’ailleurs replets sans pour autant manquer de charme ni d’agilité. Ils consomment principalement des fruits dont la chair juteuse redit leur goût pour ce qui est aqueux. Quant à leurs ennemis, leur monde ne se compose que de couleurs « chaudes » : c’est l’ambre du sable, c’est le rougeoiement de l’incandescence qui grille la viande consommée, c’est encore l’ocre de la peau. Les corps sont noueux, élancés, tendus comme des arcs, et leurs traits sont anguleux. La dureté minérale des uns est l’envers de la souplesse végétale des autres.

Les noms propres eux-mêmes sont transparents : Orfalaise conjugue le métal à la pierre dans une image lumineuse que vient confirmer l’apparence de la cité, tandis qu’Amphibole se constitue en paronyme d’amphibie, qui signifie « capable de vivre dans deux milieux » et couramment « capable de vivre à l’air ou dans l’eau ». Dans le monde des Pyross, la mère du jeune héros, Skän, porte le nom de Béryl, terme qui désigne une pierre précieuse, alors que celle dont son fils tombe amoureux se nomme Kallisto, prénom issu de la mythologie grecque : si le mythe de Callisto n’appelle pas tout de suite des références marines, contrairement au paronyme – encore un – Calypso, il convoque néanmoins le monde sylvestre lié à Artémis et l’idée d’une jeune femme qui rompt la loi du groupe et y introduit la dissidence .

Cependant, il serait facile de ne montrer que les contradictions qui organisent la tension entre les deux univers si différents en apparence. Revenons sur le nom de Béryl : en tant que pierre précieuse, le béryl a la particularité de ne pas être d’une couleur unique, s’il en existe du jaune ou du pourpre, il en existe aussi du vert ou du bleu. Le nom du personnage semble porter en lui les couleurs du monde ennemi : remarquons que des morceaux de son vêtement, ses boucles d’oreilles et même les yeux bleus de Béryl répètent la dissidence politique et le refus de la rupture totale avec ce qui est autre. Quant au terme Amphibole, il cache une symbolique plus riche qu’il n’y paraît au premier abord : le mot existe en tant que tel et n’est en réalité pas lié à l’air ou à l’eau, bien au contraire, il appartient au lexique spécialisé de la géologie. L’analyse des oppositions élémentaires apparentes montre que si Béryl semble s’ouvrir à la cité adverse, c’est toute la cité adverse qui semble lancer des ponts vers Orfalaise.



B. L’opposition des cultures

Il apparaît évident que si la nature a distingué si nettement deux mondes, leurs développements culturels ne peuvent être que distincts. Ainsi, concevoir une opposition entre Pyross et Hydross conduit à leur chercher des référents culturels contradictoires. Les goûts pour les activités des deux camps se chargent des associations traditionnelles propres à ce que la culture occidentale attribue aux quatre éléments. Orfalaise, qui allie le métal à la pierre, se définit par des pratiques culturelles à valeurs chthoniennes : la maîtrise de la métallurgie et des explosifs occupent principalement la population et plus particulièrement les hommes. Le feu intervient également dans ces activités puisqu’il est indispensable à l’épuration de la matière qui sert à façonner les armes utiles pour la caste des chevaliers. À cela s’ajoute le dressage des klütz, qui demande une stabilité et une dureté physique et psychologique dont Djuba, la sœur de Skän, est le meilleur exemple : elle se tient bien droite au milieu de l’enclos avec son fouet et s’appuie fermement sur ses deux pieds ; la posture garantit son ancrage sur la terre ferme. Les Hydross préfèrent les jeux à toute autre activité : ils aiment, à l’arrivée de la saison pluviale, s’amuser, danser, chanter et rire tous ensemble. La souplesse de leurs gestes rappelle combien le monde aquatique est leur milieu, leur grâce naturelle porte la marque d’une culture de la chorégraphie. Le chant est aussi un élément primordial : cet art place le personnage de Solon dans une position sociale majeure puisqu’il est « gardien des légendes », c’est-à-dire qu’il assure la conservation de la culture collective en interprétant lors des fêtes les récits fondateurs de la communauté. Ainsi, les Hydross se définissent culturellement par rapport à l’art.

Un tel écart entre deux mondes pourrait amener à les mettre sur le même plan et à considérer qu’ils se valent et sont le support d’un affrontement justifié par la seule différence. Cependant, c’est au cœur de cette opposition que repose le conflit entre les deux univers, puisqu’il sous-entend une différence de nature, et que le sens du dessin animé est partisan. Contrairement à cette attente, qui se retrouve dans différents films de science-fiction ou d’animation, l’équivalence entre Orfalaise et Amphibole ne tient pas : tout le début de la narration se situe à Orfalaise et donne à voir un monde sévère où la vie est rude, structurée par le travail, et dominée par un ordre moral qu’impose une guerre dite « sainte ». Dès que se dévoile Amphibole, l’observateur découvre une ville élégante, ouverte sur le ciel et les alentours, avenante malgré les monceaux de sable qui l’envahissent, et non repliée sur elle-même comme une redoute perpétuellement défensive, ce qu’est Orfalaise. L’opposition formelle qui constitue la ville d’art par rapport à celle de la métallurgie apparaît tout de suite comme un lieu marquée par une aura positive, lequel se refuse à adhérer à l’image négative que véhiculent les Pyross. Le parti est donc pris rapidement de rompre avec l’idée d’un quelconque équilibre culturel entre les deux cités : Amphibole correspond aux valeurs que prônent les concepteurs du scénario ; comprenons que l’art prend le pas sur l’artisanat, la citoyenneté sur le clanisme, la culture sur la nature encore brute.

 

C. L’opposition des sexes

Plus discrètement, l’opposition élémentaire et culturelle sous-tend une opposition plus fondamentale, celle des sexes. En effet, les villes, par une accumulation de symboles, s’inscrivent dans un rapport conflictuel qui pourrait être celui de la masculinité et de la féminité.

Les Pyross se définissent par un rapport exacerbé aux signes traditionnels de la virilité : peuple guerrier, l’entourage de Skän maîtrise des outils qui ont partie liée avec la guerre, le combat, le dressage, c’est-à-dire ce qui cherche à instaurer un rapport de domination. Les garçons de famille y apprennent à devenir chevaliers, ceux issus du peuple des écuyers ou des artisans du feu. Les corps eux-mêmes sont droits, les vêtements raides. Quant à la cité, elle est un mont au milieu du désert. Autant d’indices de la dimension phallique d’Orfalaise, ville dirigée par un homme. Les valeurs guerrières constituent le fondement d’une morale virile et d’une pensée misogyne ; après l’arrestation de Béryl, un homme anonyme dit d’ailleurs : « sans homme, une femelle n’a qu’à la boucler ». Plus qu’une bribe de discussion, cette formule est le reflet d’une conscience collective.

Pour leur part, les Hydross ne renversent pas les valeurs de leurs ennemis en une morale misandre ou en une société matriarcale. La féminité de la ville tient au fait qu’elle soit liée à l’eau – dont la symbolique féminine n’est plus à démontrer – et aux arts. On pourrait objecter que pendant des siècles le monde artistique a été détenu farouchement par les hommes, mais ce serait faire fi de la redéfinition symbolique opérée principalement au XIXe siècle : la culture bourgeoise, qui s’est construite dans l’effroi de la féminisation, a redéfini l’espace viril en le réduisant quasi complètement au corps et à ses activités (sportives, compétitives, guerrières), offrant dans le même mouvement au monde féminin l’espace intellectuel, qui lui avait été refusé pendant tant d’années. Orfalaise et Amphibole marchent dans les pas d’une telle dichotomie, devenue en apparence universelle et « naturelle ». La ville de l’eau et des arts se trouve donc parée des grâces féminines, de la délicatesse qui semble, encore aujourd’hui en Occident, être le propre de « l’éternel féminin ». Il ne faudrait cependant pas réduire Les Enfants de la pluie à une caricature des sexes, ce serait trahir la portée de l’œuvre et même son sens évident ; il faut, au contraire, comprendre que c’est à partir des lourds clichés culturels, ressassés au point d’être considérés comme fondateurs de valeurs et de normes, que la réflexion critique se met en place. En utilisant des données apparemment acquises et indiscutables, le travail de Philippe Leclerc est de miner de l’intérieur les référents porteurs d’un indéniable machisme : parce qu’il propose le rapport entre deux univers comme la relation conflictuelle « naturelle » entre l’homme et la femme, il ne blesse pas les esprits les plus traditionalistes, mais il montre aussi que le monde féminin, représenté par Amphibole, n’est pas l’ennemi que la légende ou l’habitude entretiennent et que l’affrontement guerrier, revendiqué par Orfalaise, doit sans cesse réduire à la soumission ou la destruction. Le fait que les deux jeunes héros soient un homme pyross et une femme hydross n’est qu’une manière simple et claire de mettre en scène une réflexion sur les conflits entre les deux sexes et leur possible résolution.


II. Opposition ou déséquilibre ?

Ainsi, à la lumière des symboles repérés, il convient de reposer le problème de l’affrontement entre la patrie de Skän et celle de Kallisto, dont les valeurs sont moins opposées que contradictoires, moins adverses qu’en passe d’être redéfinies par leur confrontation directe.

 

A. Les différences politiques

Les régimes politiques en place dans les deux États sont totalement différents et induisent donc une définition singulière des individus. Au sein des deux communautés, la personne n’a pas le même statut selon l’importance qui est accordée à la collectivité. À Orfalaise, le pouvoir est autocratique, Razza a tout du tyran manipulateur et despotique. Il gère l’État selon un objectif personnel et à son seul profit : la « guerre sainte » qu’il conduit est entretenue sans autre but que l’attrait du gain, lequel n’est jamais satisfait ; Razza dit à propos des pierre-soleil qu’« il n’y en aura jamais assez ». La structure sociale est hiérarchisée et pyramidale, la stabilité de celle-ci est garantie par l’exercice policier qui réduit au silence tout opposant au pouvoir souverain : Béryl, la mère de Skän, en fait les frais. Le caractère souterrain d’Orfalaise semble appeler l’évidence d’un monde carcéral extrêmement développé où la torture trouve sa place naturelle. On retrouve dans cette composition politique la structure habituelle d’un monde où règne la puissance patriarcale : un homme seul gouverne un peuple considéré comme un groupe d’enfants naïfs et enclins à croire la parole spectacularisée d’un maître au pouvoir indiscutable. Il n’est pas innocent de montrer une mère s’opposer à un tel exercice de la Loi : dans ce type de gouvernement, la femme n’a pas de place autre que celle d’une génitrice et toute intervention verbale est considérée comme dissidente, donc dangereuse et à éliminer. Enfants, femmes et hommes du peuple, tout le monde est enfant, c’est-à-dire étymologiquement infans « celui qui ne parle pas ». Le seul à pouvoir parler est le père tout puissant à la parole vide mais fascinante. Son pouvoir est pourtant instable, car il ne dépend que de la capacité à faire perdurer une oppression, c’est pour cela que les cultures patriarcales s’attachent tant à la naissance d’un héritier mâle capable de garantir la continuité d’un système tyrannique. À la mort de son fils Akkar, Razza, furieux et impuissant, tombe dans tous les excès de la dictature entraînant la ville entière dans une oppression sans bornes.

Du côté d’Amphibole, le système politique est bien plus simple et détaché de tout relent despotique ; il serait presque plus sincère de dire qu’il n’existe pas de réelle structure étatique dans le monde de Kallisto. Son père Solon semble jouer un rôle social reconnu, mais rien ne vient garantir que son statut ait quelque dimension politique ; il est simplement le « gardien des légendes », le garant de la mémoire collective, le récitant des textes cosmogoniques, le chantre de « la légende sacrée au temple de la lune ». Contrairement à Razza, Solon ne vit pas seul, il partage son existence avec Chloé, dont la rondeur du ventre rappelle la puissance procréatrice des femmes ; rien dans leurs rapports ne permet de dire que l’un possède un ascendant sur l’autre, leurs paroles se complètent lorsqu’ils s’adressent à Kallisto. Le seul autre membre de leur société qui se distingue est Trinitro, à la fois fou du roi sans roi et amuseur public. Peut-on alors dire qu’Amphibole est une anarchie ? Si à ce dernier terme on accole l’adjectif heureuse, on parvient à définir quelque peu un système politique dans lequel les joies et les jeux collectifs garantissent l’unité de la cité. Rien d’autre ne paraît nécessaire pour garantir la cohésion sociale. Le monde d’Amphibole, marqué du sceau de la féminité, n’est pas un espace inverse d’Orfalaise, où règnerait un matriarcat tout aussi oppressif, c’est plutôt le lieu où masculinité et féminité se complètent et s’accordent en refusant les valeurs traditionnelles accolées à ce que nombre de sociétés considèrent comme des statuts opposés. À Amphibole, il n’y a pas de rôles, il n’y a que des individus et, contrairement à l’État des Pyross, la société ne prime pas sur la personne, l’ordre sur le bonheur.

 

B. Des rapports différents à la violence

Dans la mesure où les deux mondes sont engagés dans une guerre, il convient de montrer que leurs rapports à la violence sont une clé d’interprétation propre à distinguer Amphibole d’Orfalaise. Précisons tout d’abord que l’idée de « guerre sainte » soutenue par Razza n’est qu’une formule oratoire qui n’a de réalité qu’à Orfalaise, il n’y est jamais fait allusion dans le camp adverse. De plus, l’idée même de guerre est une notion discutable dans la mesure où aucun combat n’est effectif. À chaque saison sèche, les Pyross envoient des chevaliers et des écuyers sur les terres ennemies afin de rapporter un tribut de guerre composé exclusivement de pierres-soleil. À l’inverse, les Hydross n’ont aucun chevalier, aucune armée et ils ne mènent aucun combat. Leur attitude est à peine défensive, ils se contentent d’attendre la saison des pluies suivante sous la forme de statues sans nul moyen de riposte ou même simplement de défense.

Les armées successives de Razza pratiquent, quant à elles, deux types de violence. Tout d’abord, les chevaliers brisent à l’aide d’une espèce de dynamite les statues nombreuses découvertes dans les murs d’Amphibole afin de voler les pierres-soleil que portent en eux les Hydross, lesquels multiplient les sculptures afin de se dissimuler lorsque leurs corps se statufient à la saison sèche. La violence est donc pratiquée contre des êtres sans défense, incapables ne serait-ce que de fuir. Skän, écuyer d’Akkar, est séduit par la beauté de Kallisto figée dans sa gangue de pierre et cherche à protéger la jeune fille de la destruction. Comme d’autres écuyers avant lui, il découvre que la « guerre sainte » n’est ni guerre ni sainte, qu’elle se résume à l’anéantissement d’un peuple impuissant dont les prouesses artistiques ne laissent de le séduire. La vérité dévoilée aux écuyers effrayés par celle-ci conduit à la seconde forme de violence.

En effet, pour éviter que ne se répandent dans Orfalaise le bruit que la guerre n’est qu’un artifice fallacieux pour aller saccager un peuple inoffensif détenteur de richesses, les écuyers sont, à chaque voyage, liés et abandonnés dans le désert où la « mort-pluie » les tuent dans d’horribles souffrances. Ainsi, la violence guerrière est orientée aussi contre les membres du camp en guerre. Destructrice tout autant qu’autodestructrice, la violence prônée par Razza ne satisfait que lui et son désir exponentiel de richesses, désir insatiable qui entraîne tout un peuple vers l’anéantissement dans la mesure où la vie ne peut s’entretenir avec pour seul objectif la jouissance d’un seul. Orfalaise est au bord de l’effondrement lorsque les Hydross leur apportent leur soutien pour échapper à la sujétion qui leur est imposée. De manière symbolique, l’arrivée de l’élément féminin assure la survie au monde masculin par le don de l’eau, élément autant purificateur que créateur.

 

C. La dissidence politique

En sus des deux grandes cités, il existe un troisième espace politique qu’il convient de ne pas oublier. Les écuyers des chevaliers pyross n’ont pas tous subi l’exposition à la « mort-pluie », certains, horrifés comme Skän de découvrir que la « guerre sainte » n’est qu’un massacre d’innocents, ont fui et se sont regroupés. Leur vie est devenue précaire, ils vivent reclus dans un temple à proximité d’Amphibole. Pourtant, ils ne sont pas devenus pour autant des parias car ils se consacrent désormais à aider, dans la mesure de leurs moyens, les Hydross lors de la saison sèche, lorsque les chevaliers reviennent pour leur moisson assassine de pierres-soleil. Ces dissidents, qui se nomment eux-mêmes « insoumis », tentent d’empêcher l’accès à la ville en s’attaquant aux cavaliers dans un défilé obscure et en leur volant le plasma, sorte de dynamite, prévue pour détruire les Hydross statufiés. Skän et Tob, son ami d’enfance, rejoignent ce groupe après avoir échappé à l’emprise des chevaliers dont ils dépendent.

Ils faut comprendre ce ralliement des deux personnages comme une étape intermédiaire dans leur parcours personnel. L’un et l’autre refusent d’adhérer au modèle idéologique imposé par Razza à la communauté d’Orfalaise, ils se retrouvent donc dans un état transitoire, puisqu’il ne peuvent pas prendre réellement part à la vie des Hydross, dans la mesure où le contact de l’eau leur est impossible, mais ils ne peuvent pas non plus retourner dans leur cité natale, puisqu’ils y sont officiellement déclarés morts (et officieusement condamnés par Razza à mourir, d’autant plus que Skän n’est pas sans responsabilité dans la disparition d’Akkar). Dans le cadre schématique du conte, on peut considérer qu’à cette étape de l’histoire Skän a rompu avec le pouvoir oppressant du représentant paternel qu’est Razza et qu’il a quitté l’espace maternel de l’enfance ; néanmoins, ses sentiments à l’égard de Kallisto ne suffisent pas à une installation hors de la terre natale : leurs différences sont encore trop évidentes pour qu’ils puissent envisager un avenir commun. En adolescents qu’ils sont, Skän et Kallisto se tiennent alors aux portes de l’âge adulte et de l’autonomie complète par rapport au monde de leur enfance.

Pourtant, c’est dans cet espace intermédiaire que la solution au conflit des peuples se manifeste. Sous la forme symbolique d’un diplo, Skän découvre que les mondes aquatique et ignée peuvent s’accorder. En effet, Krokmoth, dragon domestique de Kallisto, est un animal dont le corps s’accorde avec l’eau et se pétrifie à la saison sèche comme les Hydross, tout en possédant un jabot où un feu continu est entretenu. Ainsi, un être peut être lié en même temps aux éléments les plus opposés. Les Pyross ont, quant à eux, pour monture des brontos, animaux brutaux, dont la violence correspond à l’esprit de la chevalerie. De plus, ils sont carnivores et se nourrissent de chair de klütz, alors que les diplos sont herbivores. Le rapport à la dévoration des animaux domestiques catégorise encore les deux cités selon leur rapport au monde : la consommation ou la communion. Une nouvelle fois, l’apparente symétrie entre les deux mondes ne tient pas et c’est encore chez les Hydross que les perspectives de conciliation sont si fondamentalement enracinées qu’elles laissent espérer une issue au conflit.



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Par Marc-Jean Filaire - Publié dans : ANALYSES : HOMOLLYWOOD
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Mercredi 11 mars 3 11 /03 /Mars 01:11

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III. Une nouvelle conception des sexes

Le pays de Kallisto et celui de Skän ne sont pas opposés, ils divergent dans leur rapport à la nature et à la vie. La résolution de leur conflit ne se trouve donc pas dans la suspension de l’affrontement mais dans la transmission des valeurs du monde pacifiste au monde guerrier, de la vallée féminine au mont masculin.

 

A. La condamnation de la violence

À ce stade de l’analyse, il devient clair que les scénaristes proposent un parti pris en faveur d’Amphibole, qui représente moins l’envers d’Orfalaise que son pendant positif, moins son adversaire que son sauveur. C’est dans la rencontre de ce qui semble son ennemi que la cité pyross peut espérer trouver le salut. La cité de l’art apparaît alors comme l’espace où la violence se résout dans un dépassement au-delà des forces brutes de la survie pour accéder à une vision sociale idéale, dans laquelle le choix individuel est toujours identique au choix collectif. Néanmoins, à l’image des diplos, un feu intérieur continue d’exister, mais il acquiert une valeur métaphorique : il n’est que le feu qui anime et ravive parce qu’il est contenu et maîtrisé, il ne se répand pas et ne détruit pas.

Par conséquent, l’on peut dire que le film Les Enfants de la pluie prône le refus de la violence et condamnent les comportements guerriers et conquérants. Il serait naïf, en revanche, de croire que nier la violence suffit à la faire disparaître : Amphibole n’est pas un monde d’où elle est exclue, puisqu’elle est une donnée inhérente à la condition des êtres qui vivent dans cette cité tout autant qu’à ceux qui habitent les profondeurs d’Orfalaise. Pourtant, sa manifestation n’y est pas identique : l’esprit combatif ne trouve pas d’ancrage culturel dans des schémas martiaux, il est détourné vers l’expression artistique et ludique qui fonde l’esprit communautariste hydross. À l’arrivée de la saison des pluies, lorsque leurs corps statufiés par la chaleur et la sécheresse recouvrent leur mobilité, les Hydross s’adonnent aux joies de la fête ; ils ont pour rite de reproduire le geste assassin qui décime leur population, en détruisant une statue monumentale. Ainsi, ils exorcisent la tentation de la vengeance qui pourrait les pervertir et les engager dans un processus de riposte et de destruction identique à celui des guerriers de Razza. Par ce moyen la violence est transférée : elle ne s’exerce pas contre des êtres vivants mais contre un symbole matériel dont la destruction – à l’instar de Monsieur Carnaval détruit par le feu – rappelle non pas la mort et l’anéantissement mais le renouvellement de la vie et le commencement d’un nouveau cycle.

Ajoutons à ce détournement de la violence, la divergence des discours qui accompagnent les actes rituels dans les deux cités et qui transposent dans le domaine du langage la perception de la réalité. Les paroles données à entendre aux membres de la communauté sont fondamentalement différentes et offrent le moyen de comprendre le possible attrait pour la violence. En effet, la parole de Solon, « gardien des légendes », est une parole significative et constructive, elle assure le lien avec le passé mythique de la cité et permet à chacun de savoir qu’il est membre d’un tout cohérent, alors que celle de Razza est une parole mensongère et fallacieuse, qui n’a pour but que d’assurer la négation individuelle au profit du seul dirigeant. Dans cette distinction entre une parole pleine et une parole vide, la seconde, baudruche linguistique, appelle un contenant de substitution : dans le cas de la « guerre sainte », illusoire, d’Orfalaise, la geste destructrice et faussement épique devient l’ersatz nécessaire à combler la béance du sens. Encore une fois, c’est Amphibole, en la personne de Solon, qui donne à la cité pyross le discours originel qui lui manquait et que la traîtrise de Razza remplissait de son verbiage, d’autant plus que le tyran est le responsable de la séparation ancienne des deux communautés, autrefois unies en un seul peuple : il est « le voleur d’âmes », « le séparateur » (un rapprochement est possible avec le terme diable de diabolos, « qui désunit »). C’est ainsi que la ville à l’énergie féminine fournit à la cité troglodyte la raison et les moyens de s’extraire du repli et de l’oubli, de rendre au « grand dragon cosmique » son unité originelle, temps ancien où l’eau et le feu « s’engendraient l’un l’autre inlassablement ».

 

B. Le rôle pacificateur de la femme

Cependant, il ne faudrait pas croire que la seule venue de la communauté hydross induit automatiquement un renversement total des repères pyross ; pour que la transmutation s’effectue, il fallait qu’il existât préalablement un ferment susceptible de favoriser l’éclosion de la nouvelle alliance entre les deux cités qui se met en place à la fin de l’histoire. Plusieurs indices laissaient comprendre que dans les entrailles d’Orfalaise couvaient déjà les prémices d’une disponibilité au changement. Béryl, la mère de Skän, en était la représentante principale et son exécution, comme toute exécution, ne pouvait pas faire disparaître définitivement l’esprit critique naissant d’une population infantilisée. D’ailleurs, c’est encore une femme qui lors d’un discours de Razza rappelle que les anciens propos contestataires de Béryl n’étaient peut-être pas sans fondement (« C’est Béryl qui avait raison »). Les femmes d’Orfalaise portent en elles l’élément salvateur que le peuple d’Amphibole vient par la suite mettre à jour. On ne sera donc pas étonné d’entendre que la divinité réunifiée possède une voix de femme.

À la conscience féminine de la contestation, il faut ajouter celle des hommes qui s’opposent au discours oppressif de Razza, c’est-à-dire tous les écuyers qui se sont échappés et ont rejoint les rangs de la dissidence. Après avoir découvert la réalité de la violence guerrière, en appartenant au camp des agresseurs, ces hommes ont compris la vanité du pouvoir qui les envoie détruire des vies et se sacrifier. Leur résistance au pouvoir devient une résistance aux forces de destruction, un moyen de préserver la vie, non plus simplement de soi, mais d’êtres différents, les Hydross, de « purs autres », des étrangers et cela sans un quelconque profit. Le désintérêt de leurs actes de protection ouvre la voie moyenne qui permet d’éviter une dichotomie caricaturale entre femmes et hommes : les femmes ne sont pas naturellement liées à la création ou la préservation de la vie et les hommes à sa destruction par les armes. Comme les deux cités qui se distinguent sans s’opposer, les femmes et les hommes ne sont pas présentés dans Les Enfants de la pluie comme fondamentalement différents. Chacun participe à l’entretien du lien social, à moins qu’une force vienne rompre cet accord d’individus, comme le fait Razza qui impose un discours paternaliste et séparateur : à travers la personne de Béryl, c’est la voix des femmes qu’il étouffe ; seuls les hommes sont engagés à partir pour la « guerre sainte ». Voilà deux indices d’une culture misogyne qu’Amphibole ne connaît pas, préférant laisser libre cours à l’autonomie des hommes tout autant que des femmes.

Pourtant, c’est bien à l’énergie féminine de la ville bleue que l’on fait appel pour donner une réalité à l’espoir de métamorphose sociale qui existe chez les habitants d’Orfalaise. C’est par un mouvement d’inversion des valeurs symboliques et sexuelles que l’issue se révèle aux personnages. Il faut retourner au bain originel, à la symbolique du liquide amniotique, pour purifier l’espace miné par la haine et la dévastation du féminin : l’entrée de Skän et Kallisto dans le bassin souterrain n’est pas un baptême mais une réconciliation avec le monde des femmes que le père dévorateur, Razza, a banni (il n’est d’ailleurs jamais fait allusion à la mère d’Akkar). Le signe des retrouvailles est deux fois pratiqué, puisque la sortie sous la pluie n’est que la reproduction d’un geste identique qui n’est plus cette fois intime comme dans la grotte mais collectif et social. Avec Skän, c’est tout Orfalaise qui se baigne dans l’eau nouvelle d’un temps libéré de la peur et de la violence, dessinant ainsi la figure d’un homme nouveau qui ne craint plus l’eau-femme et qui réconcilie les forces créatrices de la nature.

 

C. L’homme nouveau

Il se dégage peu à peu une image de la masculinité redéfinie selon des critères nouveaux, où le respect prime sur toute autre valeur sociale. L’opposition sexuelle se limite à n’être que ce qu’elle est en soi, une simple différence physique déchargée des apports culturels archaïques et hiérarchisants. Tob et Djuba ont incarné la première ébauche de cette nouvelle réalité, bien qu’ils aient été encore aux prises avec les contraintes communautaires qui les séparaient, obligeant l’homme à s’investir dans la violence militaire au nom de la collectivité et la femme à demeurer dans le cercle oppressif du pouvoir paternaliste de Razza, telle une éternelle mineure. Pourtant, dès le début du film, Djuba avait montré des capacités à s’assumer seule, à s’occuper du dressage des klütz avec une adresse hors pair, à remettre à sa place Tob s’il empiétait sur l’espace personnel de sa petite amie. Le nouvel idéal que mettent en place Kallisto et Skän dénoue la tension initiale qui préexistait aux rapports entre les sexes. Le jeune Pyross est d’autant plus prêt à accepter ce nouveau système de valeurs qu’il est le fils et le frère de femmes réfléchies et volontaires, qui ne laissent pas à d’autres, les hommes, le droit de décider de leur devenir. Ainsi, le premier aspect notable de l’homme nouveau est son statut d’égal par rapport à la femme.

Le second aspect que l’on peut dégager n’est plus d’ordre statutaire mais d’ordre intellectuel. Il est certain que le goût de la culture ne trouve qu’une place réduite dans l’univers pyross où les forces primales de la nature sont associées à la vision traditionnelle de la masculinité ; cependant, il n’en est pas complètement absent et la musique peut s’y donner à entendre exceptionnellement ; d’ailleurs le fait que Skän joue de la flûte hors de la cité semble redire le caractère dissident du personnage par rapport aux valeurs figées de sa communauté. Remarquons que la musique – laquelle, on le sait adoucit les mœurs, où plutôt révèle des mœurs adoucies – est un des moyens qui permet à Kallisto et Skän de « s’accorder » lors de leur première rencontre : ils jouent de conserve, niant en un échange musical la séparation culturelle qui les rend si différents en apparence. C’est donc un homme capable d’émotion esthétique et non défait de toute sensibilité culturelle, comme l’est Akkar, qui se donne comme modèle nouveau de masculinité. En outre, il possède également le courage, voire une capacité à se battre, mais celle-ci se manifeste exclusivement dans un rôle défensif et non agressif. La violence n’est qu’un recours ultime qu’il convient de refuser. Quant au courage, il n’est pas catégorisé comme exclusivement masculin : Kallisto ne manque pas de courage lorsqu’elle s’élance avec les siens en direction d’Orfalaise alors qu’elle risque d’y être reçue en ennemie. Qualité et compétences sont donc présentées dans Les Enfants de la pluie comme des données dégagées de leur étiquetage sexué : chacun est capable d’acquérir des compétences sans devoir rendre des comptes à tout son sexe.

Enfin, il faudrait ne pas être aveugle sur la signification des déplacements accomplis par les personnages principaux : si Skän revient sur sa terre natale après avoir subi l’épreuve du dépaysement, Kallisto, quant à elle, change de lieu, quitte sa cité pour suivre celui qu’elle aime. La différence notoire entre les deux personnages permet de comprendre que si la jeune Hydross semble abandonner sa terre, elle fait un choix qui n’est sous l’influence d’aucun pouvoir contraignant : elle assume, en tant que femme autonome, le changement. De plus, elle ne part pas sans emporter ce qui la définit, l’eau. Elle offre, en dot dirons-nous, l’essence de sa culture dans le but de la partager. Finalement, l’intrusion du monde féminin dans le monde masculin inverse le schéma sexuel de la « possession » de la femme par l’homme : l’élément hydross vient fusionner avec l’élément pyross en se défaisant de tout affrontement, afin de le rendre à nouveau fécond.


Conclusion

Les Enfants de la pluie est un conte qui a le mérite de ne pas céder aux facilités schématiques, lesquelles imposent dès le plus jeune âge des représentations statutaires et une hiérarchisation archaïsante des sexes. Certes, la distinction physiologique est évoquée sans être niée, mais elle ne s’allie pas à une vision culturelle clichéique qui instaure une relation de défiance et de peur entre hommes et femmes : l’exploitation de celles-ci par ceux-là n’a jamais empêché la crainte de l’altérité et de la différence. Dans son récit, Philippe Leclerc donne à comprendre l’exclusion des femmes, et plus largement de l’Autre, comme une erreur autant sur le plan de la nature que sur le plan intellectuel et politique, puisqu’elle n’aboutit qu’à l’autodestruction d’une société défaite d’une part vitale d’elle-même. Il est nécessaire d’admettre sa crainte pour s’en défaire et pour offrir à l’« étranger » la reconnaissance de son existence. Ainsi, c’est par l’acceptation de l’Autre que le moi trouve la garantie de son épanouissement.

 

Callisto, nymphe au service d’Artémis, est transformée en ourse pour avoir rompu son vœu de virginité, puis tuée d’une flèche ; Zeus, qui est celui qui l’a séduite, la transforme en la constellation de la Grande Ourse.

Amphibole : groupe de silicates à deux clivages faciles et parfaits (Le Robert).

Par Marc-Jean Filaire - Publié dans : ANALYSES : HOMOLLYWOOD
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Mardi 10 mars 2 10 /03 /Mars 11:57

La secrétaire d'État à la Famille, Nadine Morano, a « plié sous la pression du lobby homosexuel » et son texte sur le statut des beaux-parents « n'est qu'un subterfuge destiné à la reconnaissance légale de l'homoparentalité. (...) D'ailleurs, le mouvement homosexuel, avec qui Mme Morano a travaillé sur ce sujet, n'a pas hésité à publier un communiqué de victoire comme si le Parlement avait tranché (...) Or, les liens affectifs qui peuvent varier et évoluer ne fondent pas des droits en matière d'autorité parentale pas plus qu'ils ne définissent la filiation. » Jean-Marc Nesme, député UMP.

Par Daniel C. Hall - Publié dans : MOTS : Citations philes et phobes
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Mardi 10 mars 2 10 /03 /Mars 11:51

« Des homosexuels ont été torturés et tués dans les camps de concentration, juste parce qu’ils aimaient une autre personne. Imaginez si on nous torturait nous, parce qu'on est tombé amoureux. C’est une absurdité ! (...) Et ce n'est pas la fin de la race humaine comme quelqu'un l'a dit. Les dinosaures ne se sont pas éteints parce qu'ils étaient homosexuels ! L'unique péché, c'est la stupidité. » Roberto Benigni, lors du 59e Festival de San Remo, février 2009, diffusé sur la RAI.

Par Daniel C. Hall - Publié dans : MOTS : Citations philes et phobes
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Mardi 10 mars 2 10 /03 /Mars 11:05

 



Les vidéos sont (c) D.R.

Par Daniel C. Hall - Publié dans : SERIE : STEVEN CARRINGTON (DYNASTY)
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Lundi 9 mars 1 09 /03 /Mars 03:00



Mais quand même...

Nicolas Raviere (alias Querelle)

 

Pour la neuvième livraison de cette série de textes basée sur les hypothèses "Si j'étais homosexuel(le)" pour nos ami(e)s hétéros gay-friendly et "Si j'étais hétérosexuel(le)" pour nos ami(e)s gays hétéro-friendly, je reçois un garçon lyonnais dont la plume toute particulière me fascine depuis des mois : Nicolas Raviere. Nicolas tient le blog Querelle, un blog surprenant qui serpente entre auto-fiction et fiction avant-gardiste (voire proche du collage littéraire) et qui auto-publie ses livres, sans parler de la publication de ses dessins et tableaux... Bref, un artiste complet, complexe et tout sauf complaisant. Pour lui avoir parlé au téléphone, Nicolas est un homme libre, un écorché et un créateur/créatif pathologique... J'ai l'immense plaisir de vous faire découvrir son univers et toute l'étendue de ses talents. Merci Nicolas.

 

Adolescent, je m’imaginais, plus tard, plus loin dans la vie, sans visage mais marié, avec une femme – je n’avais, je l’avoue, aucune idée au sujet du genre de femme qu’elle pourrait être – une petite femme menue et réservée, brune, peau diaphane, une grande blonde au corps élastique, exubérante – et trois enfants : deux garçons, et une fille. Pour la parité. J’avais cette idée qui me trottait dans la tête parfois, quand on me posait cette simple question : que feras-tu plus tard ? Je ne pensais pas : pourquoi pas tel ou tel métier. Je pensais famille. Et puis, un jour, j’ai cessé de penser à tout ça.

De même je n’ai jamais pensé : et si, par le plus grand, le plus fortuit des hasards (…), j’étais membre de cette étrange confrérie qu’on appelle les sodomites ? Je n’ai jamais mis de « si » car, comme le disait si bien ma mère : avec les « si », on ne fait rien et je crois bien qu’elle avait raison. Maintenant que les dés sont pipés, pourquoi ne pas penser tout autrement : quelle aurait été ma vie, si, justement, ou injustement, je n’étais pas affilié à cette curieuse fratrie, cette société millénaire de moins en moins secrète ?

Si j’étais hétérosexuel, sans doute serais-je plus normé, moins ouvert, plus dispersé, parmi mes semblables, sans doute choisirais-je des accointances aussi variées mais moins extrêmes, sans doute les sexualités possibles ne m’intéresseraient pas tant, les pratiques, les ambiances. Vraiment ? Pas si sûr !

La preuve : si j’étais hétérosexuel, j’écouterais la même musique, à l’identique, une musique qui n’est pas marquée par qui la consomme ; je lirais les mêmes livres, aimerais les mêmes auteurs, visionnerais les mêmes films. Un peu moins de films concernant l’inversion sexuelle, sans doute, mais je suis certain que j’aurais la curiosité d’en regarder quelques-uns, mû par cette curiosité qui vous pousse parfois à faire des choses qui ne vous ressemblent pas, pour vous dire, par fierté, par stupidité, voire par goût de nouveauté : tiens, j’ai expérimenté telle ou telle chose. Par exemple, si j’étais hétéro, je coucherais avec un mec, rien qu’une fois, juste pour voir comment ça fait. Et pour être sûr, évidemment, de ce que je suis. Je voudrais savoir ce que cela fait, que de toucher un autre sexe que le mien. Je pourrais toujours me rassurer en évoquant l’alibi qu’il est nécessaire, d’après des recommandations médicales strictes et rigoureuses, de se faire masser, de temps en temps, la prostate.

Si j’étais hétérosexuel, je ne prendrais pas pour modèles ces gens de ma famille ou ces amis du temps jadis, perdus de vue, qui se marient, s’enlisent dans un quotidien étrange et délavé, se photocopiant incessamment, en donnant la vie, trouvant dans cette formule millénaire équilibre et bonheur. Je m’y sentirais confiné, étouffé, enferré.

Du coup, si j’étais hétérosexuel, je vivrais seul, que je sois célibataire ou en couple ; j’aurais mon appart, elle aurait son appart, ce qui nous ferait deux maisons, pour deux fois plus de plaisir, la possibilité de ne pas empiéter l’un sur l’autre, d’être parfois seul avec soi-même, de pouvoir écrire sans être dérangé, autrement dit : d’être libre. Ainsi, je ne souhaiterais pas avoir d’enfant. Je serais tout autant que maintenant mon propre enfant, celui que je surveille, afin qu’il ne fasse pas trop de bêtises – et c’est déjà bien suffisant.

Ma vie serait sans doute à peu près la même, comme au travers d’un miroir, un miroir vaguement fêlé, légèrement déformant, si j’étais hétérosexuel. J’aimerais peu ou prou les mêmes choses, aurais les mêmes goûts en tout, les mêmes vêtements, le même mode de vie, les mêmes croyances, tant politiques que religieuses, je conserverais ce côté électron libre qui ne me rattache qu’à moi-même et, bien évidemment, je serais encore et toujours végétarien

Mais quand même… si j’étais hétérosexuel, je n’aurais certainement pas vécu cette agression homophobe qui fait qu’en tous lieux tous endroits, lorsque je suis parfaitement sobre, j’ai les yeux qui traînent un peu partout, une méfiance terriblement aléatoire du genre humain. Tard, dans le silence étouffant de la nuit, en certains lieux plus ou moins mal fréquentés, de jour et en soirée, je me dirais moins, je ne me dirais pas : la violence peut éclater n’importe où, n’importe quand, comme une comète qui tombe du ciel, sans crier gare. Je ne me soucierais pas de cette question : est-ce que la sexualité de mon compère, ainsi que la mienne, n’est pas trop visible dans la façon même dont nous nous comportons, notre gestuelle, les mots que nous prononçons, leur amplitude ? Sans doute serais-je ainsi un peu plus libre.

 

Querelle, alias Nicolas Raviere

(Blog : http://querelle.canalblog.com/ )


   
 
Par Daniel C. Hall - Publié dans : SI J'ÉTAIS... HOMO (ou) HÉTÉRO
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Lundi 9 mars 1 09 /03 /Mars 02:47



Homo ou hétéro ? So what...

Kriss

 

Pour la huitième livraison de cette série de textes basée sur les hypothèses "Si j'étais homosexuel(le)" pour nos ami(e)s hétéros gay-friendly et "Si j'étais hétérosexuel(le)" pour nos ami(e)s gays hétéro-friendly, je convie aujourd'hui quelqu'un qui me touche beaucoup : Kriss. Kriss, c'est tout d'abord un fan de science-fiction et de littérature de l'imaginaire (comme moi !). Mais Kriss est surtout un rayon de soleil dans ma vie de blogonaute gay, en couple binational (voire intercontinental), fidèle, amoureux et...). Il nous donne à voir sur son blog (enfin sur leur blog) l'histoire d'amour qui le lie à son prince charmant, Kael. De manière simple, franche, directe ... Mais surtout, derrière chaque mot et chaque photo transpire l'amour, avec un A majuscule ! Et depuis, Kriss et Kael se sont pacsés (à défaut de se marier, c'est notre combat à tous). Et puis, ils ont commencé le long combat pour être parents ! Quel courage ! Quel amour ! En attendant que Kael se plie aussi au jeu du "Et si...", je vous conseille de lire et suivre mes deux tourtereaux préférés...

 

Si j’étais hétéro, ma vie aurait-elle aussi variée ? aussi heureuse ???

Est-ce que je me rappellerais de Jonathan, le charmant chevalier blond qui me venait toujours en aide dans la cour de CM2 quand on n’était pas sympa avec moi ? Probablement pas… Mon enfance a été plutôt calme, mes parents déménageaient très souvent, alors dur de garder des amis. J’étais donc plutôt timide et renfermé, plutôt le gentil garçon, un peu genre premier de la classe auquel les autres gamins trouvaient drôle de piquer les affaires parce que c’était trop facile. Victime idéale, ou pressentaient-ils le pédé que j’allais devenir ? Je ne pense pas, hétéro ou pas, mon enfance aurait été sensiblement la même. J’aurais juste sûrement oublié Jonathan et cet autre garçon qui faisaient de l’aviron en 5e et que je voyais tout droit sortir des livres de Tolkien en elfe musclé qui m’emmenait dans les forêts profondes. Oui, j’étais très précoce dans mes lectures, mais pas trop côté relation amoureuse ou autres, j’ai mis du temps de ce côté-là.

Est-ce que j’aurais passé mes années lycée avec une bande de filles ? Là, je pense qu’on commencerait à diverger, je connais peu de mecs hétéros qui fréquentent quasiment que des filles autrement que pour en faire sa/la cour.



Est-ce que je serais parti de chez moi à 19 ans pour faire mes études à l’autre bout de la France, à Nantes (bah oui, venant de Nancy, c’est l’autre bout) ? Je pense que oui, c’est plutôt mon envie d’indépendance et de ne pas rester chez un de mes parents après leur divorce.

Est-ce que je serais parti en Russie pendant mes études, puis en Nouvelle-Calédonie, en Australie pour l’armée et découvrir le monde ? Là, je suis sûr que non. Je serais resté ici et j’aurais épousé soit une future vétérinaire blonde soit une future avocate rousse (oui, j’ai commencé par les histoires hétéros avant de m’assumer), on aurait eu des enfants, un labrador, une maison en banlieue de Nantes.

J’y serais d’ailleurs encore probablement aujourd’hui, sans avoir fait le tour du monde comme j’ai pu le faire, sans famille, sans attaches.

Ma vie aurait été somme toute moins variée, plus banale, mais pour autant très riche. Simplement différente, avec d’autres priorités, d’autres envies.

Mais une chose est sûre, je serais amoureux, comme je lui suis aujourd’hui de la personne avec qui je vie, un homme, une femme, peu importe… Seul l’Amour m’importe et je sais que je ne pourrais vivre sans : de ce côté-là, tout serait identique. Et quand on est amoureux, on est heureux. Heureux comme je le suis aujourd’hui, jusqu’ici. Hétéro ou homo ? So what…


PaCs de Kriss et Kael.


Kriss

Par Daniel C. Hall - Publié dans : SI J'ÉTAIS... HOMO (ou) HÉTÉRO
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Dimanche 8 mars 7 08 /03 /Mars 00:48

Visuel : (c) GayClic

Partie 2 pour une bonne tranche de rigolade (la prise d'otages) et le retour du trio Luke/Maddie/Noah comme au bon vieux temps.
[ATWT appartient à PGP ; Daily recaps à CBS]


Par Jag1366 - Publié dans : SERIE : AS THE WORLD TURNS (AINSI VA LE MONDE)
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Dimanche 8 mars 7 08 /03 /Mars 00:44

Visuel : (c) GayClic

Tandis qu'une nympho saute sur un macho, un alcoolo tente de raisonner une parano. Un affreux jojo va calmer cette bande de zozos. Mollo ! Nous, on veut nos héros, nos deux tourtereaux !
PS : J'ai beau adorer Van, je ne pense pas qu'il ne sera nominé aux Emmy Awards pour son expression de pseudo-terreur à la fin de cette première partie...
Ne manquez pas la partie 2 pour une bonne tranche de rigolade (la prise d'otages) et le retour du trio Luke/Maddie/Noah comme au bon vieux temps.
[ATWT appartient à PGP ; Daily recaps à CBS]


Par Jag1366 - Publié dans : SERIE : AS THE WORLD TURNS (AINSI VA LE MONDE)
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Samedi 7 mars 6 07 /03 /Mars 00:39
Par Liskander - Publié dans : WEBSERIES DIVERSES
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Samedi 7 mars 6 07 /03 /Mars 00:35
Par Liskander - Publié dans : WEBSERIES DIVERSES
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Samedi 7 mars 6 07 /03 /Mars 00:28

Visuel : (c) GayClic

Celui où l'on révise les classiques des années 80 : "Boys ! Boys ! Boys !". Et, accessoirement, on se rince l'œil avec les boys, boys, boys.
Site de la série.



Par Hari3669
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Vendredi 6 mars 5 06 /03 /Mars 00:01
Derrière les masques :


FURYO (1983) de NAGISA OSHIMA
ou L'ORDRE militaire À l'ÉPREUVE DE L'HOMOSEXUALITÉ

 

Un film analysé et décrypté par
Marc-Jean Filaire

Enseignant en Lettres modernes à l’université de Nîmes

 

 


Fiche technique :
Avec David Bowie, Tom Conti, Ryuichi Sakamoto, Takeshi Kitano, Ja
ck Thompson, Johnny Okura et Alistair Browning. Réalisé par Nagisa Oshima. Scénario de Nagisa Oshima et Paul Mayersberg. Directeur de la photographie : Toichiro Narushima. Compositeur : Ryuichi Sakamoto.

Durée : 122 mn. Disponible en VO et VOST.



 


Comment est exploitée l’image de l’hypervirilité militaire ?

Traditionnellement, le monde militaire se caractérise comme un monde d’hommes par son absence de femmes, bien qu’elles puissent parfois apparaître aux marges de cet univers en tant que cantinières dans les films historiques, ou plus couramment comme prostituées, mais quasiment jamais dans les rangs des soldats. Quant aux victimes des abus sexuels, le cinéma préfère le plus souvent rester elliptique. Néanmoins, l’exclusion militaire des femmes qui suppose une réduction de l’activité sexuelle courante n’induit pas la réduction du désir sexuel des hommes. Le contexte crée donc une situation dans laquelle le désir est détourné vers des objets masculins. Le film Furyo s’ouvre sur une situation de crise dans un camp japonais basé à Java en 1942 : un soldat coréen est puni pour le viol d’un prisonnier hollandais. Pourtant, la victime explique que pendant les trois jours précédant l’agression, le Coréen était gentil et s’occupait de lui changer ses pansements. L’espace militaire a ainsi transformé un homme en criminel, métamorphosant son énergie à rendre la vie en une force destructrice. L’hypervirilité, dont se targue le monde soldatesque, s’affirme dans la violence et par l’humiliation du vaincu. La violence se fait alors garantie de la masculinité, mais garantie incertaine et temporaire, toujours reconduite et jamais définitive. Il semble qu’être un homme soit perpétuellement à prouver par des actes où s’affirment la domination et le rejet de tout ce qui pourrait s’assimiler au féminin ; et en l’absence des femmes, victimes culturellement désignées de la violence guerrière, les hommes, notamment des prisonniers de guerre en situation d’humiliation politique, sont des proies tout aussi valables.



Pour répondre aux attentes de l’image puissante de l’homme soldat, il convient d’avoir un physique dont la puissance est visible : le corps du soldat se définit par une imagerie cinématographique figée, et l’excellence ne peut peut venir que d’un corps aux proportions supérieures à celles du commun. On peut penser aux acteurs qui ont multiplié les images de combattants, il n’en est guère de petit et de fluet : Arnold Schwarzenneger, Sylvester Stallone, Jean-Claude Van Damme, Clint Eastwood... Les apparences extérieures deviennent une garantie de la virilité. En choisissant David Bowie pour jouer Jack Celliers, Nagisa Oshima se met délibérément en porte-à-faux avec l’image héroïque du soldat, d’autant plus que l’image de la rock star est marquée par le personnage androgyne de Ziggy Stardust qu’il a interprété au début des années 70. Le fait que le personnage intrépide, voire téméraire, de Celliers n’ait pas un corps à forte musculature ne le rend pas moins érotique et la scène au tribunal le prouve : pour montrer qu’il a été maltraité, le major défait sa chemise et donne à voir son dos nu balafré de cicatrices, le jeune capitaine Yonoi en est visiblement troublé. Le refus d’une image convenue de soldat héroïque dit assez combien le film interroge la définition de la masculinité.

Dans le cadre militaire, essayer de cerner les limites de la virilité signifie comprendre comment les hommes se situent par rapport à la violence. John Lawrence, en tant que médecin, s’y refuse complètement et ne se laisse entraîner par elle que poussé par la fatigue et le désespoir. En revanche, le sergent Hara s’adonne à des comportement brutaux parfois de façon absolument gratuite, comme lors de la première image d’agressivité du film, lorsqu’il frappe un officier anglais ; de plus, il accuse les Anglais de faiblesse dans des situations où, en tant que Japonais, il considère que le suicide est la seule issue honorable et les considère tous comme des « pédés ». Entre Lawrence et Hara, Celliers occupe une posture ambivalente : si la violence se présente, il n’a aucune peine à riposter, mais à d’autres moments il affiche un comportement ouvertement pacifiste ; lorsqu’un soldat l’attaque de nuit dans sa cellule, il se défend comme il le faisait déjà enfant pour protéger son petit frère, mais il tend une fleur au capitaine Yonoi ou l’embrasse lorsqu’il cherche à protéger la vie d’autres prisonniers. Ainsi, se dessine une nouvelle forme d’héroïsme guerrier qui englobe tout autant des valeurs traditionnelles machistes qu’une inversion de ces valeurs par des attitudes considérées comme féminines. Une telle subversion de valeurs est amplifiée par l’ambiguïté érotique que suscite le jeune capitaine japonais.


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Comment l’homosexualité se manifeste-t-elle dans l’armée ?

Les relations entre l’armée et l’homosexualité sont complexes car la coexistence d’hommes dans un état de promiscuité constant nourrit un homoérotisme évident et inévitable. Cependant, une telle pratique charnelle ne peut être ouvertement admise sans remettre en cause le fonctionnement ancestral du corps militaire. L’un des dialogues entre Lawrence et Hara fait apparaître la posture paradoxale de refus apparent et de tolérance discrète que le sergent japonais assume : « Tous les Anglais sont pédés [...] Vous avez tous peur des pédés. Un samouraï n’en a pas peur » ; à cela le médecin répond : « La guerre renforce l’amitié entre les hommes. Mais tous les hommes ne deviennent pas pédés », ce qui laisse comprendre que sous l’appellation d’amitié l’homosexualité trouve une forme d’existence tacite. Il convient, en outre, de ne pas rendre publiques ces pratiques érotiques car l’humiliation est de rigueur quand la divulgation s’est produite. Ainsi, Lawrence demande à ce que Hara déplace le Hollandais après son agression. Notons que la notion de viol est ici incertaine et qu’elle cache peut-être plutôt une relation homosexuelle entre prisonnier occidental et geôlier asiatique ; en effet, on ne sait comment interpréter la phrase de Hara (« Un prisonnier qui s’est laissé violer ») ni les regards que s’échangent le Coréen et Karel De Jong, ni même le suicide de celui-ci lors du seppuku de celui-là. Y avait-il une relation amoureuse entre les deux hommes ? L’accusation de viol ne dissimule-t-elle pas l’homosexualité, inacceptable lorsqu’elle sort de l’ombre ? Il est impossible de trancher définitivement et l’incertitude demeure.

Ainsi, l’ambiguïté plane perpétuellement sur le tabou de l’homosexualité et instaure un discours des plus paradoxal. Le discours officiel est caractérisé par le désaveu, la désapprobation et la condamnation, ce qui se retrouve dans la décision de Yonoi qui officialise le suicide du possible violeur mais aussi dans les blagues potaches des prisonniers lorsqu’on annonce que « le colonel Lawrence va passer quelques nuits » dans le baraquement de l’infirmerie : des sifflets évocateurs et la remarque « Il en serait pas ? » accompagnent la nouvelle, avant qu’un autre commentaire s’ajoute à celui-ci (« Vous voulez mes gants de boxe ? ») et confirme le rapport étroit qu’entretiennent sexualité et brutalité dans le cadre militaire. En être signifie automatiquement être un homosexuel passif qui doit se défendre contre des non-homosexuels actifs, lesquels abusent nécessairement de leur puissance. À aucun moment il n’est question de sentiment amoureux entre les prisonniers ; s’il existe, il ne peut être que tu et dissimulé. Le malaise qui se lit sur le visage de Karel De Jong après ces blagues est soit dû au souvenir de son agression soit peut-être aussi au sentiment amoureux, inavouable en ce contexte, qui le liait à son gardien coréen.

Seul ce qui réfère à la sexualité peut donc être mis en mots sous la forme de la condamnation officielle ou humoristique, les sentiments sont, quant à eux, relégués au silence et à l’inavouable. Le capitaine Yonoi se trouve ainsi pris au piège de ce qu’il ne peut pas dire mais que tous comprennent néanmoins : son désir pour Jack Celliers est inenvisageable officiellement puisqu’il romprait l’ordre hiérarchique et ethnique qui impose la séparation entre prisonniers et geôliers, entre Japonais et non-Japonais. La frontière entre les deux mondes est donc mise à mal par la provocation de Celliers et le désir de Yonoi, lesquels bouleversent les valeurs fondatrices de l’armée.



Comment l’homosexualité remet-elle en cause les valeurs et l’ordre militaires ?

L’ordre militaire repose sur certaines valeurs qui sont, dans Furyo, représentées principalement par le très aristocratique capitaine Yonoi. Dans son comportement, on retrouve les vertus du samouraï fondées sur le bushidô (« voie des guerriers ») ; il est à la fois courageux, honnête respectueux et bienveillant, selon la définition de Louis Frédéric dans Le Japon Dictionnaire et civilisation (Éd. Robert Laffont, 1996). En tant que chef de camp, il n’abuse ni de son pouvoir ni de ses prérogatives tant qu’il est lui-même respecté par les prisonniers. Sa clémence à l’égard de Celliers entraîne des mouvements d’insubordination car il offre alors aux yeux de tous l’image d’un chef affaibli par ses sentiments. Il incarne les valeurs d’un monde héroïque qui n’a plus guère de place dans la réalité du XXe siècle et qui, avec le second conflit mondial, connaît son chant du cygne, entamé en 1868 avec l’avènement de l’ère Meiji. À la fin du film, il est remplacé par un officier qui se dit moins « sentimental » et qui intervient alors que Yonoi est en train de perdre le contrôle de lui-même et du camp : son dernier acte en tant que commandant du camp est d’imposer à tous les prisonniers un rassemblement, qui entraîne la mort d’un blessé, et il veut exécuter en public le plus gradé d’entre eux parce que celui-ci refuse de lui fournir des informations et donc de trahir sa cause, acte que le code de valeurs de Yonoi devrait considérer comme respectable ; par ces actes, Yonoi est en train de porter atteinte à ses propres valeurs de droiture morale. On peut s’étonner qu’après l’humiliation de son renvoi, il ne choisisse pas le suicide ; Nagisa Oshima s’en explique : « Il n’a pas pu faire hara-kiri parce que, à cause [du geste de Celliers], tout son système de vision du monde s’est effondré, donc la référence au seppuku a disparu » (« Entretien avec Nagisa Oshima », propos recueillis par Bertrand Philibert in « Samouraï », no 9, et cités dans L’Homosexuaité à l’écran, 1984).


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Cependant, une autre réaction de Yonoi peut paraître inattendue : après avoir fait enterrer Celliers jusqu’au cou et en plein soleil, il va, de nuit, couper une mèche de cheveux du rebelle et il salue militairement celui qui a causé sa dégradation. En 1946, quatre ans plus tard, on apprend qu’avant de mourir exécuté il a demandé à Lawrence de consacrer cette mèche sur son propre autel. Il semble reconnaître ainsi à la fois son amour pour Celliers et les qualités de celui-ci : serait-ce une manière d’accepter la fin historique de son propre idéal chevaleresque ? L’homosexualité est ainsi pour ce personnage un danger réel, qui porte un coup fatal à l’ordre recherché dans le bushidô et qui, en même temps, le garantit comme idéal absolu de loyauté des amants l’un envers l’autre, la mort du second étant l’acte amoureux ultime. Le fait que Yonoi ne survive pas à la guerre se comprend comme un suicide lent qui lui permet d’être à nouveau en adéquation avec son idéal tout en étant fidèle à Celliers. Il n’était pas rare qu’à la mort de son amant un samouraï choisisse le seppuku pour ne pas lui survivre. Le suicide de Karel De Jong répond certainement au même ordre de valeur.

Le monde de l’armée est présenté par Nagisa Oshima comme un espace où l’humanité des hommes est en danger et où la beauté du monde ne peut être que flétrie à jamais. Le long flash-back relatif au jeune frère de Celliers est une allégorie de l’amour homosexuel victime de la violence des institutions exclusivement masculines (armée, collège). L’ange atrophié à la voix céleste a les ailes brisées par un bizutage humiliant qui le rend définitivement silencieux : la scène de déshabillage qui révèle sa malformation dorsale n’est qu’une scène de viol collectif déguisée, tout comme la fraternité dissimule un sentiment d’amour homosexuel. En se sacrifiant pour sauver l’officier qui veut tuer Yonoi, Celliers se rachète de n’avoir pas secouru son frère au risque de perdre sa popularité, comme si le fait de se montrer embrassant le capitaine japonais, même sans l’aimer, lui offrait l’occasion d’accepter publiquement une homosexualité qu’il avait rejetée lorsqu’elle était amour pour son frère. Par delà la mort, le couple de Celliers et Yonoi, se retrouve uni dans le sacrifice amoureux tout en renvoyant au monde de la violence guerrière la responsabilité de la destruction des plus belles âmes.

Par Marc-Jean Filaire - Publié dans : ANALYSES : HOMOLLYWOOD
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Jeudi 5 mars 4 05 /03 /Mars 12:30

« La toute dernière définition de pédéraste : c'est un homme qui s'amuse là où les autres s'emmerdent. »
« Une Mme Bernard, qui tenait un bordel, disait de son fils pédéraste : "Mon fils était né pour être duchesse." »
Les frères Goncourt, Journal tome 2, 10 février 1886.

Par Daniel C. Hall - Publié dans : MOTS : Citations philes et phobes
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Jeudi 5 mars 4 05 /03 /Mars 12:23

« Aimer les femmes intelligentes est un plaisir de pédéraste. » Charles Baudelaire, Journaux intimes (1887), Fusées, VI.

Par Daniel C. Hall - Publié dans : MOTS : Citations philes et phobes
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Mercredi 4 mars 3 04 /03 /Mars 23:03

 



Les vidéos sont (c) D.R.

Par Daniel C. Hall - Publié dans : SERIE : STEVEN CARRINGTON (DYNASTY)
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Mercredi 4 mars 3 04 /03 /Mars 10:02

« Je n'accepterai pas que l'on reconnaisse l'homoparentalité et l'adoption par les couples homosexuels de façon détournée, en le glissant dans une loi sur le statut du beau-parent. Les enjeux, pour les enfants comme pour les parents, sont suffisamment conséquents pour qu'ils soient abordés de façon franche et débattue. »

«  (…) reconnaître le statut du beau-parent risque de mener à la reconnaissance objective de l'homoparentalité et de l'adoption par les couples homosexuels. »

« Mais je n'accepterai pas qu'on le fasse au détour d'un projet de loi censé améliorer les relations avec les beaux-parents dans le cadre des familles recomposées (...). L'altérité sexuelle est un des fondements de notre société. La personnalité et l'identité de l'enfant se construisent dans le rapport au sexe opposé : l'enfant, pour se structurer, a besoin d'un papa et d'une maman. »

Christine Boutin - Ministre du logement - (le retour !), au sujet de l'avant-projet de loi destiné à créer un statut du beau-parent, février/mars 2009.

Par Daniel C. Hall - Publié dans : MOTS : Citations philes et phobes
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Mercredi 4 mars 3 04 /03 /Mars 03:13



(5.04)


Hibernatus (c) Pierre Callon


Il y a des moments dans la vie où la vie rencontre la mort, des journées macabres ou la mort rappelle qu’elle fait partie de la vie. Telle fut ma journée du vendredi 27 février, troisième jour du Carême, qui restera pour moi comme le « vendredi des cendres ».

L’une de mes attributions à la nonciature consiste à m’occuper des défunts. Étant trop élevé dans la hiérarchie ecclésiastique, je ne m’occupe point de donner l’extrême-onction et le saint viatique aux agonisants. Mes tâches sont plus administratives, une fois encore. En fait, je n’interviens que lorsque la famille du trépassé entreprend d’en rapatrier les restes en France. C’est là que les choses deviennent intéressantes. Dans ce genre de situation, à laquelle je fus confronté pour la première fois, je suis censé, s’il s’agit d’un enterrement classique, de vérifier la concordance entre la dépouille mortelle allongée dans le cercueil, et la photo de la personne sur sa dernière pièce d’identité. Je vous laisse imaginer dans quelles conditions mes collègues qui exercent leur ministère sous les chaleurs africaines et asiatiques doivent accomplir leur divin sacerdoce !

— Quelqu’un peut-il m’apporter un chasse-mouche ?

— Tenez, Excellence, je vous ai aussi apporté un ventilateur…

Eh oui, pour être nonce, il faut avoir l’estomac bien accroché et des couilles au cul ! Comprenez tout de même que nous préférons, et de loin, l’inhumation sur place. Donc, une fois contrôlée l’identité du cadavre, il faut encore fermer le cercueil (généralement, c’est l’agent des pompes funèbres qui le fait) et ensuite, l’entourer d’un joli ruban aux couleurs de la France, comme on emballe un cadeau de Noël, puis faire couler dessus de la cire chaude et rouge sur laquelle il faut apposer le sceau de la nonciature. Le colis est alors prêt à être expédié à sa destination finale…

Ce vendredi 27 février, pour ma grande première mondiale, j’eus droit à la version « light ». Il s’agissait de sceller une urne funéraire à Halifax. Après avoir remis à la veuve les papiers officiels, et reçu son offrande pour mes bonnes œuvres, je fus conduit dans une pièce de service où se trouvait une boîte en bois, laquelle contenait, dans un sachet plastique, les cendres de feu Monsieur Untel, tout de même incinéré depuis deux mois et demi. Je précise qu’avec le transport de cendres, nous ne travaillons pas dans l’urgence comme avec un cercueil, pour des raisons bien compréhensibles… La vue de ces cendres me fut un peu désagréable. D’une part elles ressemblaient à de la farine grisâtre, et d’autre part l’idée qu’il s’agissait des restes de quelqu’un de mon âge (donc, jeune) me contrariait. Qu’on ne s’étonne point que pour m’en remettre je fis ensuite un copieux déjeuner dans une brasserie belge en arrosant mon repas avec de la bière d’abbaye (pour l’anecdote, il s’agissait de la bière « Affligem », particulièrement de circonstance) !

De retour à Moncton, je m’obligeai à faire un saut à la maison funéraire la plus proche de la nonciature pour rendre hommage à un membre éminent de la communauté, décédé le mardi précédent après un cancer foudroyant. C’est à cette occasion que me fut révélé un détail relatif aux rites funéraires cariboulandais, auquel jusque là je n’avais jamais pensé. En effet, le faire-part précisait que l’inhumation se fera… au printemps. La première chose qui me frappe, c’est que nous sommes encore en hiver. D’ailleurs, ici, le printemps, qui comme en Europe commence nominalement le 21 mars, n’arrive sur le plan météorologique qu’à la fin du mois d’avril voire au début du mois de mai. Je me suis donc posé la question suivante :

— Que font-ils du cadavre, en attendant ?

Eh bien c’est simple : il est mis au congélateur. Les maisons funéraires sont équipées de chambres froides pouvant accueillir les défunts de la morte saison, en attendant que le sol des cimetières, non seulement recouvert par deux mètres de neige mais aussi dur que du béton, dégèle… En espérant aussi qu’aucune tempête de glace ne viendra endommager le réseau électrique et ainsi créer une panne de courant durable et des plus dommageables pour la conservation de la carne.

Merveilleuse fée électricité, que ferait-on sans toi ? Et d’ailleurs, comment faisait-on avant toi ? Je crois que les indiens (sachez qu’ici on les appelle courtoisement « les premières nations », car « indiens » est un terme de western qui frôle l’injure) rendaient leurs morts au Grand Esprit en les brûlant. Mais les colons ? J’ai soudain un doute. Après tout, la religion catholique n’admettait pas l’incinération, tout au moins à l’époque que j’évoque, lorsque n’existaient ni les frigidaires ni l’électricité.

Toute interrogation lugubre mise à part, il ne me reste donc plus, pour être content, qu’à retrouver un exemplaire de Hibernatus et d’un mammouth laineux, prisonniers des glaces polaires. Gageons que le réchauffement climatique devrait contribuer à révéler quelques artefacts de ce genre dans un proche avenir…

 

Zanzi, le 3 mars 2009



Lire le précédent épisode, cliquez ici.
Par Zanzi - Publié dans : HUMEUR : Zanzi and the City
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Mercredi 4 mars 3 04 /03 /Mars 00:18

« En boîte la CC circule, les pédés gesticulent (..) Les mecs fashion sont plus pédés qu'la moyenne des phoques (..) Les gars s'habillent comme des meufs et les meufs comme des chiennes / Elles kiffent les mecs efféminés comme si elles étaient lesbiennes (...) » Orelsan, rappeur français, extraits de sa chanson "Changement".

Par Daniel C. Hall - Publié dans : MOTS : Citations philes et phobes
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