« Les homosexuels sont dotés d’une méchanceté mesquine, de zozotements, d’une démarche tortillante et sémillante, signes de névrose
obsessionnelle. Que ces gens-là vivent puisqu’ils sont là, mais qu’ils se cachent, qu’ils n’osent pas s’afficher. » Docteur Henri Amoroso, Le Contre-pied, 1977.
Avec Roddy McDowall, Chris Sarandon, William Ragsdale, Amanda Bearse, Stephen Geoffreys, Jonathan Stark, Dorothy Fielding, Art Evans, Stewart
Stern, Nick Savage, Ernie Holmes, Heidi Sorenson, Irina Irvine, Bob Corff et Pamela Brown. Réalisation : Tom Holland. Scénario : Tom Holland. Directeur de la photographie : Jan
Kiesser. Musique : Brad Fiedel.
Durée : 106 mn. Disponible en VO, VOST et VF.
Résumé :
Fanatique de films d'horreur, le jeune Charlie Brewster (William Ragsdale) soupçonne ses nouveaux voisins – le séduisant antiquaire Jerry
Dandridge (Chris Sarandon) et son assistant Billy Cole (Jonathan Stark) – d'être des vampires. Après avoir assidûment surveillé leurs agissements, il parvient à les démasquer et décide de les
anéantir. Pour l'épauler dans cette mission, il fait appel à un présentateur de films d'épouvante de la télé locale : Peter Vincent (Roddy McDowall), qui s'avère aussi froussard que peu compétent
en matière de surnaturel. Informé des intentions de Charlie, Jerry Dandridge riposte en séduisant la fiancée du jeune garçon, et en transformant l'un de ses amis, "Evil" Ed (Stephen Geoffreys),
en « créature de l'ombre ». Charlie et Peter Vincent investissent la demeure de Dandridge et se préparent à l'affrontement.
L'un des films d'épouvante les plus ouvertement gay des années 80, Vampire, vous avez dit vampire ? continue d'être ignoré comme tel
par l'ensemble de la critique et des fantasticophiles. L'analyse queer très complète et étayée offerte par Harry M. Benshoff dans son indispensable ouvrage Monsters in the closet –
Homosexuality and the horror film, n'a pas changé grand-chose à cet état de fait. L'aveuglement des aficionados du cinéma fantastique, relativement au contenu homosexuel de certains de leurs
films-cultes, n'a jamais cessé de m'étonner, et le cas de Vampire, vous avez dit vampire ? en constitue un exemple assez hallucinant. Je me propose, dans cet article, de recenser divers
éléments scénaristiques et esthétiques qui font du film de Tom Holland l'une des œuvres gay les plus caractérisées du "genre". Suite à cela, j'aimerais soulever une question qui, en tant que
fantasticophile homosexuel, me turlupine depuis nombre d'années : pourquoi les fans d'horreur, dans leur grande majorité, manifestent-ils un tel rejet de tout discours queer appliqué à
leurs œuvres fétiches ? Pourquoi cet entêtement à ignorer – ou nier avec véhémence – ce qui, dans le cas de Vampire, vous avez dit vampire ? ou de classiques encore plus respectés du
genre (La Fiancée de Frankenstein, Les Maîtresses de Dracula, Théâtre de sang...) relève de l'évidence ? D'ores et
déjà, je convie chaudement mes lecteurs, si l'envie leur en prend, à m'apporter leur point de vue sur cette question troublante...
Plutôt qu'une critique proprement dite (on ne les compte plus sur le Net, et je ne vois pas l'intérêt d'ajouter mon caillou à l'édifice), je
soumets à votre appréciation la liste des éléments queers du film.
J'ai presque honte de les répertorier, tant ils tombent sous le sens – mais il est parfois nécessaire d'enfoncer le clou (à défaut du
pieu...)
•Jerry Dandridge et son assisant Billy Cole sont présentés comme un couple
gay (les fans du film ignorent généralement ce fait, lorsqu'ils ne le nient pas purement et simplement.) La mère de Charlie Brewster, affriolée par le voisinage du playboy Dandridge, en conçoit
d'ailleurs une certaine amertume, dont elle fait part à son fils.
Ceci N'EST PAS un couple gay.
•Charlie Brewster éprouve une fascination immédiate et obsessionnelle pour
Dandridge. Dès le début du film, son intérêt pour ce nouveau voisin le détourne des étreintes de sa fiancée, Amy Peterson, qui le lui reproche vertement et l'accuse de chercher un fallacieux
prétexte pour ne pas coucher avec elle.
•La première attaque de Dandridge contre Charlie fait écho aux innombrables
scènes de séduction vampirique que l'on trouve dans les grands classiques du genre : intrusion du monstre dans la chambre de sa victime, frayeur de cette dernière, mélange de rébellion et de
fascination. À ceci près que, dans les œuvres classiques (disons, celles de la Hammer, auxquelles Vampire, vous avez dit vampire ? se réfère le plus explicitement), le vampire
s'introduit chez des proies féminines. Le potentiel érotique et la charge de sensualité sont préservés par Tom Holland, mais prennent ici une coloration nettement homophile. Bien que les
adversaires soient tous deux masculins, le jeu de la séduction est respecté.
Charlie et Jerry : « Tu veux un baiser ? »
•Autre objet de fascination pour Charlie Brewster (décidément porté sur les
figures masculines) : Peter Vincent, comédien raté mais idole du jeune garçon, qui lui prête une autorité et des compétences (en matière de vampirisme) dont il est totalement dépourvu. Substitut
du père absent (celui de Charlie n'apparaît pas dans le film, et n'est guère évoqué), Peter Vincent est aussi objet d'adulation (Charlie passe ses soirées à l'admirer à la télévision), et
l'“éducateur” rêvé par Charlie – le protecteur chargé de le guider dans le monde terrifiant des différences (monstrueuses/sexuelles) qu'il veut affronter.
PERSONNE ne brandit quelque chose dans ce film.
•"Evil" Ed, le souffre-douleur du lycée, mais ami de Charlie, est le
prototype de l'adolescent homosexuel tel qu'Hollywood, réactionnaire et puritain, s'applique généralement à en atténuer la représentation. Jeune garçon "bizarre", instable, excentrique,
potentiellement révolté et de mauvaise compagnie, "Evil" Ed apparaît comme le descendant d'une longue lignée de « rebelles sans cause », sexuellement ambigus, dont le modèle peut-être
vu dans le Sal Mineo de La Fureur de vivre. S'il n'est jamais nommément fait allusion à son homosexualité, sa différence est en revanche copieusement illustrée.
Ceci N'EST PAS une proposition malhonnête.
•La scène de la mort d'"Evil" Ed (transpercé, sous la forme d'un loup, par
le pieu de Peter Vincent, le jeune garçon recouvre son apparence humaine dans d'horribles douleurs et d'interminables contorsions) a traumatisé toute une génération de fantasticophiles, comme en
attestent d'innombrables témoignages de fans, qui y voient généralement le sommet émotionnel du film. Elle est aussi placée sous le signe d'une compassion rare dans le cinéma d'épouvante,
manifestée pour le monstre par son exterminateur. Peter Vincent, atterré par les souffrances de l'adolescent, observe son agonie avec les larmes aux yeux, et demeure prostré devant son corps nu.
Pour les spectateurs gays, cette séquence prend une dimension symbolique, et apparaît comme emblématique des souffrances morales et/ou physiques auxquelles les expose leur différence.
"Evil" Ed et Peter Vincent. Le monstre mourant et son exécuteur. L'homme est un loup pour l'homo.
•La vampirisation de "Evil" Ed par Jerry Dandridge dans une impasse obscure,
a toutes les apparences d'une scène de séduction homosexuelle. « Tu n'as pas à avoir peur de moi, déclare Dandridge à sa victime. Je sais ce qu'être différent signifie. Désormais, plus
personne ne se moquera de toi ou ne te fera de mal. J'y veillerai. Tu n'as juste qu'à me tendre la main. Allons, Edward, tends-moi la main. » Et Dandridge d'envelopper lentement le jeune
garçon dans les pans de son trench-coat...
•Comme le souligne de façon amusante Harry M. Benshoff dans son ouvrage
Monster in the closet, la plupart des scènes d'agressions vampiriques nous montrent le vampire attaquant sa victime par derrière, (je cite : « comme s'il allait la sodomiser plutôt
que la mordre. »)
PERSONNE ne tire dans cette scène.
•De nombreux plans jouent sur une symbolique d'actes homoérotiques. Le plus
fameux d'entre eux (évoqué par le comédien Jonathan Stark lors d'une table ronde réunissant plusieurs artisans du film) nous montre Billy Cole agenouillé devant Jerry Dandridge afin de soigner sa
main blessée, le cadrage suggérant une fellation. Stark, qui assure n'avoir d'abord pas compris l'insistance du réalisateur à le faire s'agenouiller devant son partenaire, eut les yeux dessillés
en découvrant le film sur l'écran.
Ceci N'EST PAS une pipe.
•Pour conclure, impossible de ne pas noter la présence essentielle dans le
casting d'au moins trois personnalités ouvertement homosexuelles (et pour deux d'entre elles, plutôt militantes) : les comédiens Roddy McDowall, Stephen Geoffreys (qui mena une carrière parallèle
d'acteur dans le porno gay), et Amanda Bearse (qui déclara, lors d'une Gay Pride à l'Université de Californie du Sud, que l'intention de Tom Holland, en réalisant Vampire, vous avez dit
vampire ?, était de dépeindre un vampire queer, et que chaque allusion homosexuelle était intentionnelle – voir Monsters in the closet, page 250.) Du reste, un simple
survol de la filmographie de Holland, en tant que scénariste ou réalisateur, dénote un intérêt prononcé pour les thématiques queers, avec des œuvres aussi fortement connotées que
Psychose II, Class 1984, Child's play ou le très "horrific-homo" The Beast within. Notons également que le
comédien Chris Sarandon débuta sa carrière cinématographique en incarnant l'aspirant-transexuel amant d'Al Pacino dans Un Après-midi de chien de Sidney LUMET – ce qui lui
valut une étiquette gay-friendly dont il ne put jamais se débarrasser (si tant est qu'il le souhaita...)
Du Cauchemar de Dracula (Terence Fisher - 1958)...
...au supplice d'"Evil" Ed (1985)... 27 années d'identiques souffrances pour le
monstre queer, lesbien ou gay.
Lorsque Vampire, vous avez dit vampire ? sortit en salles, la presse évita soigneusement toute allusion aux connotations homosexuelles
du scénario et de la mise en scène – difficile de croire qu'elle ne les perçut pas, à moins d'une faiblesse analytique fort dommageable à la profession de critique.
Ce silence est encore plus "criant" relativement aux commentaires émanant de la presse dite "spécialisée" (dans le cinéma de genre), qui se
targue pourtant assez facilement d'une liberté de vue et de ton bannie des revues mainstream.
En France, les deux magazines les plus populaires en ce domaine, L'Écran fantastique et Mad Movies, louèrent les qualités du
film (sur l'air du : « Bien joué, bien filmé, de chouettes effets spéciaux, et on a peur et on rigole... ») sans esquisser la moindre réflexion sur son contenu – mais il est vrai que la
réflexion n'était guère, à l'époque (et à peine davantage aujourd'hui), un point fort de la presse dite "spécialisée"...
D'autres films contemporains de Vampire, vous avez dit vampire ?, et faisant appel, eux aussi, à une thématique clairement gay
(La Revanche de Freddy, Génération perdue) subirent le même (manque de) traitement.
En mars 2008, plusieurs membres de l'équipe du film furent réunis pour une interview commune, dans le cadre de la Fear fest ayant lieu
à Dallas. Le caractère queer du film n'y fut évoqué qu'une seule fois, brièvement, et pour faire l'objet d'une dénégation de la part du comédien William Ragsdale – lequel estime, en
substance, que certains critiques racontent trop facilement n'importe quoi, et que Vampire, vous avez dit vampire ? n'est rien d'autre qu'un « film de vampires tout simple ».
Propos mitigés par Jonathan Stark, qui rappelle avec humour l'anecdote de "l'agenouillement", évoquée plus haut.
Tom Holland, pour sa part, demeura silencieux.
No comment...
Pour plus d’informations :
•Une partie de l'équipe du film fut réunie pour une interview, en mars 2008,
à l'occasion de la deuxième édition de la Fear fest, à Dallas, Texas. La transcription intégrale de la rencontre, et quelques extraits vidéos, sont consultables ici – par la grâce de l'indispensable site Icons of fright.
•Conflit de
générations : rencontre entre deux gays issus d'époques différentes. Difficile de ne pas discerner, dans la confrontation Peter Vincent/"Evil" Ed, l'incommunicabilité entre deux représentants
d'une manière différente de vivre son homosexualité : l'un peinant à sortir du placard (McDowall), l'autre fraîchement et fièrement affirmé (Geoffreys). Deux scènes aussi sombres que lumineuses,
visibles sur YouTube.
• Une excellente approche queer du film (et quelques liens utiles), à découvrir
sur Outcyclopedia, l'encyclopédie gay et lesbienne du web.
« Les professeurs qui, pendant des siècles, ont enseigné aux enfants combien l’homosexualité était intolérable et qui ont purgé les
manuels de littérature, falsifié l’histoire afin d’en exclure ce type de sexualité, ont causé plus de ravages que le professeur qui parle d’homosexualité et ne peut faire d’autre mal qu’expliquer
une réalité donnée, une expérience vécue. » Michel Foucault, interview in Gai Pied, 1981.
« [César était] le mari de toutes les femmes et la femme de tous les maris. » Suétone, à propos de Jules César, Vies des
douze Césars, début du IIe siècle.
Un petit mot pour souhaiter un bon ramadan à mon amoureux d'à moi de ma vie (je t'aime mon chéri) et à mes
amis très chers Abdellah, Afif, Salim, Imad, Nordine, Wajdi, Aamar, Najim, ainsi qu’à toutes les lectrices et tous les lecteurs musulmans de ce blog venu(e)s des quatre coins du monde. Pardon,
bonheur, partage et paix.Ramadan mubarak.
Nous sommes à New York, dans les années 60. Partout dans l'Etat, il est interdit de servir des boissons alcoolisées aux homosexuels, illégal de danser
entre hommes et strictement prohibé de se travestir. Mais au 53, Christopher Street, au cœur de Greenwich Village, le Stonewall Inn est l'un des seuls bars où les gays peuvent se retrouver, malgré les fréquentes descentes de police. Tenu par trois
parrains de la mafia, le Stonewall cible volontairement la clientèle gay, car elle rapporte gros. Plus de 200 personnes se retrouvent le week-end et y avalent des cocktails frelatés.
Chaque semaine, "Fat" Tony, le patron, graisse la patte des officiers de police du 6e district en leur remettant une enveloppe contenant 2'000 dollars. Ceux-ci organisent
régulièrement des raids au Stonewall. Mais après les humiliations d'usage et quelques arrestations, ils tolèrent la réouverture du bar. Les clients, quant à eux, habitués aux
ratonnades et aux insultes, gardent la tête basse et souffrent en silence. Le temps est à la honte. Les quelques organisations homophiles existantes de l'époque, parmi lesquelles la
Mattachine Society, fondée en Californie dans les années 50, prônent la discrétion absolue etœuvrent en coulisses.
Craig Rodwell, un jeune homme de Chicago, débarque à New York au début des années 60. Immédiatement, il rejoint les rangs de Mattachine. En 1965, il
organise la première manifestation homosexuelle devant le Capitole à Washington. Sous l'œil ahuri de la police et des passants, une trentaine d'intrépides encravatés défilent en silence avec des pancartes réclamant des droits pour les homosexuels. En
1967, Craig ouvre la première librairie gay au monde, le "Oscar Wilde Bookshop" sur Christopher Street, toujours en activité à ce jour.
Année après année, Mattachine répète l'expérience de la manifestation lors de chaque Fête de l'Indépendance à Philadelphie. Mais le désarroi de Craig
augmente. Cette poignée de militants à l'allure proprette peut-elle faire bouger les choses ? Les revendications homos restaient lettre morte, et ce même dans le tumulte de la
révolution estudiantine, des protestations contre la guerre du Viêt-nam, des revendications noires des Black Panthers, et des premiers pas de la lutte féministe. Les jeunes de la
Nouvelle Gauche se refusaient à soutenir la cause gay. Et l'écrasante majorité des homosexuels eux-mêmes n'étaient disposés à sortir du placard à aucun prix.
Une descente de trop
Habitué du Stonewall, Craig, comme les autres clients, subissait les humiliations de la police sans broncher. Mais dans la nuit du vendredi 27 juin
1969, sur le coup d'une heure du matin, alors qu'il s'approche du Stonewall, Craig aperçoit un attroupement à l'extérieur du bar. Une nouvelle descente de police est en cours, la
deuxième en moins de quinze jours. A l'intérieur, les flics sévissent plus brutalement que d'habitude. Le panier à salade attend devant l'entrée. Une à une, des drag-queens menottées
montent dans le fourgon. Parmi elles, Tammy Novak, 18 ans, une figure emblématique du Stonewall. L'ambiance, cette fois, est électrique.
Le matin même, on a enterré quelques rues plus haut Judy Garland, l'idole de tous les gays. Et voilà qu'en sus de perdre leur star préférée, partie
rejoindre son arc-en-ciel, les homos subissent une nouvelle humiliation. La foule, d'habitude silencieuse, commence à manifester. La colère monte, et quelques enhardis osent des
insultes : "Sales flics ! Laissez les pédés tranquilles !" Des pièces de monnaie et des bouteilles de bière commencent à voler. Tammy reçoit des coups de matraque alors qu'elle est
poussée vers le fourgon. Soudain, elle réplique en envoyant un crochet au policier.
A l'intérieur du fourgon, une autre drag-queen de 18 ans, Martin Boyce, donne un coup de pied dans la porte du van et fait tomber un policier. Deux
autres drag-queens s'échappent, mais sont rattrapées et rouées de coups. A partir de ce moment, la foule devient hystérique. "Ordures !", "Putains de flics !", "Gay power !" entend-on
hurler. Des briques font éclater la vitrine du bar. Des parcomètres sont arrachés, des poubelles mises à feu. La police, effrayée par la foule, se retranche à l'intérieur du bar. Les
gays ont pris le contrôle de la rue. La rage est à son comble. En quelques minutes, les homos s'étaient révoltés.
Les unités anti-émeute ne tardent pas à arriver. Craig Rodwell téléphone immédiatement à la presse, qui dépêche aussitôt des reporters sur place. Les
émeutes durent jusque tard dans la nuit. Il y a de nombreux blessés. Vers quatre heures du matin, la police reprend le contrôle de la situation.
Le lendemain, les trois grands quotidiens new-yorkais relatent l'événement. Dès le début de l'après-midi, une foule nombreuse se rassemble à nouveau
devant le bar, et les affrontements reprennent de plus belle. Craig a dès le matin rédigé un tract : "Plus de mafia et de flics dans les bars gays !", et par écrit, prédit que les
émeutes de la veille vont entrer dans l'Histoire.
Divisions internes
Pendant cinq jours, en intermittence, la bataille de rue continue. Dès lors, une frange de gays, Craig Rodwell en tête, cesse d'adopter le profil bas.
Mais la majorité des homos ne voit pas ces événements d'un bonœil - Mattachine en
tête, qui fait inscrire sur les murs du Stonewall : "Nous les homosexuels demandons à nos gens de rester pacifiques et d'adopter une attitude tranquille dans les rues de Greenwich
Village." Avec des travestis troublant l'ordre public, les stéréotypes étaient renforcés !
Le 4 juillet, après une nouvelle nuit d'émeutes, Craig Rodwell descend à Philadelphie pour la traditionnelle manifestation de la Fête de l'Indépendance
organisée par Mattachine. Les affrontements de Stonewall avaient donné du courage à certains. Deux femmes se prennent la main. Mais le leader de Mattachine, Frank Kameny, soucieux de
l'image irréprochable à donner, les sépare. C'en est trop pour Craig. A ce moment précis, il devient clair dans son esprit qu'une autre ère doit s'ouvrir. Finies les ridicules
manifestations silencieuses cautionnant la honte - il est temps de passer à l'action et de se montrer au grand jour ! "Christopher Street Liberation Day !" pense-t-il. L'an prochain,
il s'agira de commémorer les événements de Stonewall !
"Come out !"
De retour à New York, Craig se distancie de Mattachine, mobilise ses proches, et fonde le "Gay Liberation Front" (GLF). En décembre 1969 est créée une
autre association, la Gay Activist Alliance (GAA). Du côté des lesbiennes, quelques tentatives pour monter des associations échouent. Mais les femmes, bien qu'en minorité, sont
présentes dans le GLF. En parallèle, Craig met sur pied le comité d'organisation du Christopher Street Liberation Day. Foster Gunnison, un autre activiste, souligne les difficultés du
comité à rassembler des gens : "Le problème principal est celui du secret et de la peur, l'incapacité des homosexuels à sortir du placard". Mais bien déterminés à faire vivre cette
Christopher Street Liberation Day Parade, Craig et Foster font des appels à l'aide financière. Ils ne parviennent à récolter qu'un petit millier de dollars. Ils font faire des
affiches - une quinzaine de jeunes gens marchant fièrement dans les rues avec le slogan "Come Out". Lorsqu'ils demandent finalement l'autorisation de manifester, les autorités exigent
des garanties à raison de 1,25 million de dollars, et le chef de la police, Ed Davis, affirme publiquement qu' "accorder un permis à ces gens serait incommoder les citoyens en
permettant un défilé de voleurs et de bandits." L'American Civil Liberties Union (ACLU), une association frondeuse dans la lutte pour les droits des gays, porte l'affaire au tribunal.
Quelques heures seulement avant le début de la manifestation, le dimanche 28 juin 1970, le juge accorde finalement l'autorisation en déclarant les exigences de garantie trop
élevées.
Le lieu de ralliement était Washington Place au coin de la Sixième Avenue. Peu avant deux heures de l'après-midi, quelques dizaines de jeunes gens se
rassemblent. La nervosité est à son comble. Des centaines de policiers bordent l'avenue. La nouvelle circule que la veille cinq jeunes gays ont été tabassés à coups de batte de
base-ball et se sont ensuite fait chasser du commissariat en étant menacés d'être inculpés pour "conduite immorale" s'ils portaient plainte. Personne ne sait si le cri de ralliement
va être écouté. Personne ne sait à quoi s'attendre. Les flics ne bougent pas. Quelques insultes fusent, mais rien de plus. Petit à petit, quelques centaines de gays et de lesbiennes
se rassemblent sous diverses bannières: "Gay Pride", "Gay is Good". Et à deux heures et quart, vêtus de leur T-shirts ornés du signe Lambda, morts de peur, mais n'ayant plus rien à
perdre, ces garçons et ces filles s'élancent ensemble en brandissant le poing et en criant de toutes leurs entrailles : "GAY POWER !"
Au fil du parcours, d'autres homos viennent grossir les rangs des manifestants. Au total, près de deux mille gays et lesbiennes remontent la Sixième
Avenue jusqu'à Central Park. A l'arrivée, des larmes de bonheur envahissent les visages de Craig et de ses amis. Ils avaient réussi leur pari. L'euphorie ! Unissant leurs forces, ils
étaient finalement chacun parvenus à surmonter leurs peurs pour aboutir à cet inimaginable rassemblement sans heurts. Le premier de l'Histoire des gays et des lesbiennes - témoin d'un
passé douloureux et espoir incertain d'un avenir meilleur.
Une étape clé
Les émeutes de Stonewall marquent-elles le début de l'émancipation homo ? Pas vraiment. En Europe, dès le XIXème siècle, des pionniers tels que le
Suisse de Glaris Heinrich Hössli et l'Allemand Karl Heinrich Ulrichs osent les premiers revendiquer le droit d'aimer une personne de même sexe. Puis au début de ce siècle, le
Berlinois Magnus Hirschfeld, certainement le plus grand activiste gay de tous les temps, lance le Comité Scientifique Humanitaire, puis l'Institut pour la Recherche Sexuelle et
contribue au fabuleux mouvement de libération gay dans l'Allemagne de Weimar, avant que la barbarie nazie efface presque toutes les traces de son travail. Au lendemain de la Seconde
Guerre mondiale, c'est de Zürich que résonnent les revendications homos, notamment à travers la publication de Der Kreis (Le cercle), la seule revue gay internationale jusqu'en 1967. Dans la mouvance de Mai 68 se créent en France le Front Homosexuel d'Action Révolutionnaire
(FHAR), et en Suisse le Groupe de Libération Homosexuelle de Genève (GLHOG). Mais les émeutes de Stonewall marquent à n'en pas douter une étape clé de l'émancipation gay. Elles sont
la source et le symbole d'une révolution internationale, et sanctionnent le début de la véritable visibilité, un changement d'attitude radical : à la honte s'est enfin substituée la
fierté gay, la gay pride.
Dès 1971, on assiste aux premières Gay Pride en Europe, à Londres et à Paris. En Suisse, la première Gay Pride rassemble 300 homos à Berne en 1979.
Après Zürich il y a quelques années, le phénomène gagne la Suisse Romande : près de 2'000 personnes défilent dans les rues de Genève en 1997, puis le double l'année suivante à
Lausanne. Puis c'est au tour de Fribourg d'accueillir la grande messe homo, qui rassemble plus de 15'000 personnes. Enfin Berne, la capitale, avant que le mouvement ne gagne le Valais
en 2001 en suscitant une grande controverse, puis les rives du Lac de Neuchâtel en 2002, pour aller en 2003 investir la capitale jurassienne Delémont.
Oui, les mœurs changent. Le message de fierté fait des
adeptes. Trente-huit ans après les émeutes de Stonewall, on célèbre la Gay Pride dans plus de deux cents villes dans le monde. Les pays scandinaves ont déjà adopté le partenariat
enregistré depuis une dizaine d'années. La France a voté le PACS et l'Allemagne a fait pareil. Même la Suisse semble disposée à octroyer l'égalité des droits aux couples homosexuels.
Mais si une relative acceptation se profile sur le papier, il n'en va pas de même dans la vie quotidienne, une fois sorti de certains milieux urbains. La problématique de fond n'a pas
changé : l'homophobie a de solides racines, et la majorité des gays et des lesbiennes continue de vivre recluse dans le placard de la honte et de la peur, au travail, en famille, à
l'école, et dans la rue. Puisse la Gay Pride, avec un message politiquement fort, accroître encore la visibilité et la fierté, en proposant le respect des diverses formes de
l'amour.
Stéphane Riethauser
Article paru dans 360°, Le Courrier, La Liberté (juin 1999)
Références : Martin Duberman, STONEWALL, New York, Plume Books/Penguin, 1994
*****
NOTA BENE: les ouvrages utilisés pour ce travail sont répertoriés dans la bibliographie
Ce travail est l'oeuvre de Stéphane Riethauser. Il sera publié en 14 parties sur le blogLes Toiles Rosesavec son autorisation. Qu'il en soit chaleureusement remercié. Stéphane est joignable
sur le site delambda éducation.
Plus que jamais, cet épisode nous rappelle que nous sommes bien dans un infâme soap-opéra. Quelques clés pour comprendre : Carly et Jack sont l'un des couples les plus populaires de ATWT. Ils ont été mariés et ont divorcé deux fois déjà (je vous passe leurs autres
mariages). Ils ont plusieurs enfants ensemble, dont Parker (vu dans "Le Procès"). Carly a également été mariée à Brad, le frère de Jack. (On les a vus se battre à Thanksgiving). Jack est
policier. Actuellement, Carly fréquente plus ou moins un Anglais, Neal, qu'on voit dans le résumé du début. Quant à Jack, il est avec Janet, nouveau personnage apparu en mai 2008, qui eut
naguère une aventure avec Brad (le frère de Jack). De cette aventure d'un soir est née Liberty, aujourd'hui adolescente, qui actuellement drague ouvertement Parker - son cousin, si j'ai bien
suivi (au grand dam des fans de Nuke qui pensent qu'ils finiront dans un lit avant Luke et Noah, malgré leur jeune âge). Vous suivez toujours ? Ne vous en faites pas, moi-même, je m'y perds
totalement... C'est vraiment la famille tuyau-de-poêle. Pendant ce temps, nos deux tourtereaux roucoulent toujours aussi chastement en s'effleurant la main... [ATWT appartient à PGP, "Daily Recap" by CBS]
Un billet d'humeur d'Isabelle B. Price, d'Univers-L
Dire que j’ai un problème avec la cuisine est un doux euphémisme. Je pense que je fais une réaction allergique au fait de devoir cuisiner mais
que cela n’a malheureusement encore jamais pu être prouvé par aucun test ou éruption cutanée. Seulement prévoyante comme je suis, je préfère jouer la prudence et limiter mon temps de
stationnement dans ma cuisine.
En même temps, ne pensez pas que je réagis ainsi parce que je ne sais pas cuisiner. Je sais cuisiner… suffisamment pour survivre en tout cas.
Non, trêve de plaisanterie, quand je dois faire à manger pour la famille ou les amis, je parviens tout de même à faire des recettes demandant plus de 5 minutes de préparation. J’ai déjà fait un
civet de lapin, je peux faire de vraies pizzas, des tartes, des quiches, des gâteaux au chocolat, des gratins… Seulement, je pense qu’enfant, j’ai réagi de manière très radicale à certaines
obligations sociales et familiales.
En fait, comme pour de nombreuses petites filles, on a voulu me formater en me faisant jouer avec des poupées et en me mettant des robes. Ma
mère s’amuse à dire qu’elle a dû arrêter les petites robes à fleurs et les chapeaux à l’instant où j’ai su dire non ; je ne suis pas loin de la croire. L’avantage d’avoir été élevée avec
deux frères, c’est que je pouvais leur jeter à la tête les poupées que l’on m’offrait ou leur taper dessus avec afin de m’emparer de la caisse de Lego™ ou de leurs petites voitures. C’était une
arme comme une autre, parfois réellement redoutable. Et comme de nombreuses petites filles donc, il était sous entendu qu’à l’âge adulte, pour être bonne à marier, il faudrait que je sache
cuisiner et coudre.
Mes grands-mères n’auraient jamais du ne serait-ce que penser une chose pareille. Rien que par esprit de contradiction et par désir d’affirmer
ma personnalité et mon autonomie, j’ai volontairement refusé d’écouter les conseils de mes parents en matière de cuisine et de couture. Même les essais répétés de mon père pour m’apprendre
quelques rudiments de base dans ces deux matières ont échouées. Vous vous dites que mon père est un homme et que ses énormes compétences auraient dû m’impressionner et me faire reconsidérer ces
rôles imposés. Il n’en a rien été. Et pourtant, je vous assure que mon papa travaille toujours, encore aujourd’hui, à me faire changer d’avis sur le sujet, l’air de rien.
Non, moi rien que pour enquiquiner mes grands-mères et aussi parce que franchement c’était tellement plus utile et rigolo, j’ai appris à
changer les pneus de ma voiture, j’ai appris à poncer le bois, à restaurer les vieux meubles, à tapisser, à me servir d’un marteau et d’un burin, etc… etc. C’était tellement plus
intéressant.
Et puis le partage des tâches, mes frères et moi avions tout de suite très vite compris comment ça fonctionnait. On a rapidement joué sur notre
complémentarité. À trois, même les pires corvées peuvent devenir gérables. L’un mettait le couvert, tous les trois débarrassions, un autre essuyait la nappe pendant que le dernier passait le
balai. Pareil pour les crêpes. Mon frère faisait la pâte, je faisais cuire les crêpes (le saut périlleux étant une chose attirante, c’était évident que ce travail me revenait) et le petit dernier
attendait de voir s’écraser les crêpes dans l’assiette, tout prêt à les tartiner de Nutella™.
Tout cela pour dire que je cuisine parce que j’y suis obligée. On doit manger pour vivre. Et même si récemment j’ai décidé d’élargir mon régime
alimentaire et de le diversifier, je continue à adorer me nourrir de pizzas congelées, de frites au four et de hamburgers surgelés. Mais comme je vous l’ai signalé, en ce moment je fais des
efforts et je cuisine. J’alterne pâtes et riz, les premières avec de la sauce bolognaise (en boîte) et le second avec de la sauce aigre-douce (en boîte également). Leurs accompagnements de
prédilection étant pour les premières les steaks hachés surgelés et pour le second les nuggets de poulet. Si ça, ce n’est pas cuisiner, je ne sais pas ce que c’est mes amis…
Mais ce jour-là, revenant d’un séjour d’une semaine chez mes parents, j’avais décidé de me lancer dans un plat plus conséquent. C’est le
problème des séjours chez mes parents, mon estomac se réhabitue très rapidement à de l’excellente nourriture et se met donc à en réclamer quand il revient chez moi. Plutôt désagréable au départ,
il faut juste qu’il comprenne qu’il vient de changer de département…
Donc bref, ce jour-là, je travaillais de soir. C’est-à-dire que je débute le boulot à 13h45, donc que je pars de chez moi à 13h15. Ces horaires
décalés me laissent tout le temps de dormir, entre autre, mais surtout de cuisiner. J’avais pris une très bonne résolution et avait décidé d’utiliser les pommes de terre récupérées chez ma
grand-mère pour me faire un excellent petit repas.
À 10h00, j’avais mis à décongeler mon steak haché, oui, il ne faut pas pousser trop loin non plus les excellentes résolutions. Enfin, j’ai
découvert que quand on fait décongeler les steaks comme ça à l’avance, ils ont le cœur tendre après quand on les fait cuire. Oui, messieurs dames, j’ai découvert ça toute seule ! Mais
revenons-en à nos moutons. Mon steak se décongèle et à 11h50, pas trop tôt non plus, sinon ça gâche ensuite le sentiment d’urgence avant d’aller bosser, je m’installe dans ma cuisine pour
éplucher mes patates.
La musique à tue-tête, je m’assoie très calmement et l’épluchage se passe sans accroche. Ça commence bien. Ensuite je me mets en tête de les
râper. Oui, parce que la superbe recette que je souhaitais faire est une recette familiale transmise de génération en génération par toutes les familles de France et de Navarre. On épluche des
patates, on les râpe, on ajoute des œufs, on fait cuire le tout dans une poêle et on déguste. Facile en pratique mais long question cuisson.
Bien évidemment, vous vous doutez qu’il y a eu un problème. Enfin plusieurs même sinon ce ne serait pas marrant. Le premier a été le dérapage
accidentel de mon doigt sur la râpe. J’en ai laissé un petit bout avec les patates. C’est super douloureux et forcément très handicapant pour une infirmière. Le pire c’est qu’en plus de la
douleur, ça saigne abondamment sinon ce n’est pas drôle. Donc le but consiste à abandonner sans rajouter de casse ce que l’on faisait, de ne pas coller de sang bien rouge partout sur les patates
râpées bien jaunes et de se précipiter sous l’eau. Là, ça cuit, vous vous maudissez en alignant les gros mots et vous ne faites pas comme moi, vous ne donnez pas un coup de pied dans le placard
pour avoir mal ailleurs, c’est là qu’en général le placard n’aime pas. Bref. Ensuite vous vous mettez en quête d’un mouchoir en papier pour palier l’urgence. Une fois que l’hémorragie est
régulée, vous partez à la recherche d’un pansement. Cette dernière partie, je ne l’ai pas faite puisque que comme tout le monde le sait si bien, c’est le cordonnier le plus mal chaussé. Donc, en
tant qu’infirmière, je ne dispose d’aucun pansement chez moi. Limite déjà si j’ai du spasfon™ quand j’ai ces fichues douleurs mensuelles. Donc des pansements, holà malheureux ! Faut pas
rêver non plus.
Une fois l’hémorragie jugulée avec un pansement ou un mouchoir en papier scotché autour du doigt (oui, il faut quand même qu’il tienne), vous
pouvez reprendre votre activité. Là, le but est de ne pas perdre plus de temps parce que vous n’étiez déjà pas en avance (« Time time time is running out » comme le dit si bien la
chanson). Donc vous reprenez en faisant attention aux autres doigts.
Une fois toutes mes patates râpées, j’ai fait chauffer mon huile dans ma poêle. Ah oui, j’ai simplifié la recette, je ne rajoute pas d’œufs.
Non, depuis que j’habite seule je n’ai pas acheté d’œufs parce qu’ils ne les vendent que par 6 et que je n’arriverais jamais à les manger tous. Je me connais, j’en oublierais forcément un qui va
pourrir dans le fond de mon frigo et ce n’est pas une bonne idée.
Ma poêle chauffe, je fais délicatement glisser les patates râpées en faisant gicler de l’huile partout. Manque d’habitude et de pratique, ça
gicle toujours, je n’ai pas encore trouvé le truc de ce côté-là. Pendant que ça commence à crépiter, j’étale tout, je monte un peu le volume de la musique pour pouvoir danser derrière ma poêle et
je jette un coup d’œil sur l’horloge. Je suis parfaitement dans les temps.
Mais c’est là que tout a foiré. Tout à coup, pffff. Oui, pffff. Moi aussi, je me suis dit c’est quoi ce pffff. Je me suis baissée pour regarder
sous la poêle et là, je n’avais plus de feu. L’espace d’un instant, je me suis rappelée de ce que mon père m’avait dit une semaine plus tôt à savoir : « Elle est pas mal finalement
cette petite bouteille de gaz, ça fait plus d’un an et tu ne l’as pas encore changée. » Ben oui mais non ! Je me suis dit : « Pas ça maintenant. Tout sauf ça maintenant. Pas
aujourd’hui. » En femme intelligente et avisée, je suis donc allée secouer la bouteille pour voir. Elle s’est très bien laissée secouer. J’ai remis le feu… et j’ai eu une flammette. Force
était de reconnaître que la bouteille était vide. Saleté de punaise ! Que faire ? Plus de midi déjà, et aller acheter une bouteille là maintenant tout de suite n’était pas concevable.
Je n’aurais jamais le temps de revenir, de faire à manger, de manger, de me préparer et d’aller bosser.
Dans ces cas-là, il est primordial de ne pas paniquer. Donc je n’ai pas paniqué. J’ai ouvert mes placards. Hummmm. Mon seul repas possible
consistait en des tartines de beurre et de confiture et du cacao. Oui, sans gaz on est si peu de choses. Pas de pâte ni de riz parce que ça doit cuire. Comme de hasard, c’était le début de mes
bonnes résolutions et je n’avais plus ni pizzas surgelées ni frites au four ni hamburgers. J’avoue que je n’avais pas non plus fait les courses. En clair, c’était la m***.
J’ai regardé ce qui devait être mon repas, désespérée de voir se gâcher de la si bonne nourriture. En plus mon steak était pour le coup
totalement décongelé. Une seule et unique solution m’est alors apparue. Le four ! Je l’ai mis en marche, j’ai pris une feuille de papier d’alu et j’ai collé le steak dessus et la râpée de
patates bien étalée pour qu’elle cuise. J’ai enfourné le tout en me disant que ça allait être dégueulasse.
J’avais raison. 25 minutes plus tard, j’ai sorti un steak aussi dur que le pneu de mon vélo et une plaque de patates râpées qui refusait de
lâcher ce fichu papier d’alu. Mauvaise idée le papier d’alu, me suis-je alors dit. Après une lutte sévère, j’ai quand même réussi à avoir quelques restes, le papier d’aluminium ayant, je l’avoue,
gagné le gros de la partie. Évidemment, vous vous doutez bien que ce n’était pas cuit.
Les seules choses mangeables à la fin de ce repas furent le fromage et le fruit. L’avantage de ne pas avoir eu à y toucher.
Et le pire, loin de se limiter à ce repas raté, reste la réflexion de mon père quand je lui ai raconté ma mésaventure : « Pourquoi
t’as pas utilisé la plaque électrique ? »
Est-ce que moi je vous pose des questions de ce genre ? Non ! Ben lui n’a pas le droit de le faire non plus ! Pourquoi ?
Parce que je n’y avais pas pensé ! On était en pleine crise et en situation d’urgence ! Comment j’aurais pu me rappeler que ce que je considère comme un second plan de travail est en
fait une fichue plaque pour cuire les aliments mais avec de l’électricité !
Je déteste quand mon père a le dernier mot, je déteste vraiment ça.
Avec Amira Casar, Julie Gayet, Bruno Putzulu, Johnny Hallyday, Alexandra London, Carmen Chaplin, Brigitte Rouan, Marie-France Pisier et Eli
Medeiros. Réalisé par Stéphane Giusti. Scénario : Stéphane Giusti. Directeur de la photographie : Antoine Roch.
Durée : 95 mn. Disponible en VF.
Résumé :
Camille, fanatique de la Guerre des étoiles, aime et vit avec Ariane qui, elle, préfère Kierkegaard. Les parents d'Ariane ne sont pas
au courant de leur relation amoureuse. Eva et Nico, amateurs d'Alien, forment un couple hétérosexuel parfait aux yeux de leurs parents mais Eva aime les filles et Nico les garçons. Enfin
Lili, la secrétaire des éditions de science-fiction où ils travaillent tous ensemble aime les garçons mais collectionne les chagrins d'amour. Josepha, la mère de Camille, décide de réunir tout ce
petit monde dans son château le temps d'un week-end.
Pourquoi pas moi ?est une agréable surprise ; l’on pouvait en effet
craindre le pire à l’idée de découvrir la crème des jeunes acteurs français jouant aux homos dans le cadre d’une comédie populaire. La présence d'un Johnny Hallyday entourant ce beau linge
n’était pas non plus très excitante, au regard d’une filmographie composée exclusivement de navets hormis Le Spécialiste de Sergio Corbucci et Détective de Godard. De plus, le
film démarre assez mal en suivant Camille (Amira Casar), jeune fille à la démarche garçonne et au regard baladeur dont les répliques sont référencées Star Trek et Star Wars. Aïe
! Pourtant, peu à peu, à travers son récit d'un gay et de trois lesbiennes décidant de faire ensemble et dans une grande villa leur « coming out » (c'est à dire, révéler leurs tendances
à leurs parents), Pourquoi pas moi ? va prendre ses marques et nous séduire ; et ce malgré une mise en scène assez plate dont les quelques "audaces" ne sont pas vraiment
justifiées (surtout quand les personnages se retrouvent comme projetés dans l'espace filmique entre le début et la fin d'un mouvement de caméra).
Première qualité : le film a l'intelligence d'éviter la caricature genre "folles" et "camionneuses", ce qui est certainement une première dans
l'histoire de la comédie française abordant un tel sujet. Car Stéphane Giusti est trop proche de ses personnages pour les réduire à des archétypes risibles (même l'affreux paternel incarné par
Jean-Claude Dauphin finira par avoir sa chance). Si le spectateur s'amuse ici, c'est toujours avec eux, et jamais de façon condescendante. Pourquoi pas moi ? transpire
l'amour, le désir, la joie de vivre ; et ça fait du bien parce que c'est une démarche devenue rare.
Le casting, quant à lui, est assez jouissif, et, outre les comédiens précédemment cités, on retiendra les prestations de Brigitte Roüan,
Marie-France Pisier (toujours hilarante et même touchante dans son rôle de bourgeoise maniérée), Elli Medeiros, Assumpta Serna et la géniale Vittoria Scognamiglio (ces deux dernières interprétant
Viens m'embrasser, version espagnole, de Julio Iglesias, dans la scène la plus réussie du film). Ces cinq mères sont improbables comme l’ensemble du film (il n'est pas très fréquent, je
pense, qu'une mère suive sa fille dans une boîte homo quelques heures après que celle-ci lui ait indiqué ses préférences)... Pourquoi pas moi ? est davantage du côté de la
rêverie, de l'utopie ; et, par là-même, nous réconcilie pour un temps avec le monde.
L'avis de Parpaing :
Un groupe de gays et de lesbiennes, colocataires, cobites, cofounes et collègues décident d'annoncer leur homosexualité à leur parents au cours
d'un déjeuner convoqué ad hoc. Ils veulent dénoncer un mensonge qu'ils entretiennent collectivement, les uns faisant croire depuis quelques années qu'ils vivent ensemble et qu'ils sont futur mari
et femme (le beau BrunoPutzuludel'AcadémieFrançaise), les autres qu'elles sont justes colocataires (les deux autres filles).
Annoncer à la famille que ce qu'on vit n'est pas vraiment ce qu'ils attendent, mais plutôt ce qu'ils redoutent, ce n'est pas facile – ah bah
non, c'est pas facile.
Je n'ai quand même pas trop accroché à la présentation typée de tous les personnages. Les gays en question font des efforts pour ressembler à
un certain modèle, tout en essayant, pour faire genre, de ne pas en avoir l'air : Bruno Putzulu en footballeur hétérrorisant, une telle qui dès qu'elle le peut s'agrafe de piercings, les autres
hésitantes entre féminité et moue lesbienne.
Les parents, spécialement choisis pour leurs airs de Monsieur et Madame Tout le monde, sont à peu près aussi crédibles : Johnny Halliday en
ex-torero-qui-pique-sa-colère-quand-il-faut-mais-qui-est-tolérant-quand-même, une mère fanatiquement pro-gay, le couple bourgeois et coincé versus le couple fauché mais tolérants, sans oublier la
maman diva qui était finalement lesbienne (quoique, était-ce vraiment une femme ???).
Comédie gentille, qui se nourrit de clichés agréables et de plus ou moins bons mots, qu'on peut voir dans une salle conquise. Mais pas trop
subtile.
Je suis un peu fatigué de ce genre de film mettant en scène de manière centrale des personnages homosexuels. Le thème de la différence
est exploité de plus en plus en tant qu'outil d'affirmation et d'existence (« on est belles, on est lesbiennes, on est fières », entend-on dans le film), mais plus en tant que moyen de
réflexion sur soi et son propre statut, sur sa propre normalité. On affirme sa propre normalité sans nuance, et on reconstruit des clichés et des normes pas forcément plus réfléchis que ceux qui
viennent d'être dénoncées.
On décrédibilise l'autre en le traitant de réactionnaire, en en faisant un épouvantail. Le père qui dans ce film n'accepte pas l'homosexualité
de sa fille se décrédibilise tout seul en utilisant des arguments que même Christine Boutin a déjà arrachés de son missel ! Pourquoi les parents ne sont-ils pas contents de savoir cela ? Mystère.
Et pourquoi vont-ils l'accepter ? Parce qu'il faut bien. Un peu court, tout cela – même pour une comédie.
L'homosexualité dans le cinéma a eu cela de très intéressant qu'elle permettait les double lectures de films, les sens cachés, les seconds
degrés : comment représenter dans un film ce qui est interdit ? C'était une belle contrainte.
Maintenant qu'on peut tout dire, voire qu'on doit tout dire directement, l'homosexualité est-elle encore un thème contraignant ?
Dire les choses sans les dire, quelle belle complication – ah, où sont passés nos pédérastes d'antan ?
La bannière et la vidéo sont (c)Films entre
potes Les vidéos présentes et futures sont diffusées avec l'autorisation deLaurenthimself. Un grand merci à l'équipe de Foup !
Avec Fred Blanco, Randy Brown, Angel Ceja, Jesus Covarrubias, Smith Forté, Dan Franck, Bunny Gibson, David Vincent Holland, Randy Huiting, Eli
Kabillio, Ericka kein, Koing Kuoch, Mark Larson, Elizabeth Mehr, Alex Mercer, Bernet Nelson, T.J. Paolino, Alejandro Patino, Robert Pecora, Gary Perez, Tymme Reitz, Antonio Rosas et Lobo
Sebastian. Réalisation: Doug Witkins. Scénario : Doug Witkins. Musique : Bob Christianson.
Durée : 90 mn. Disponible en VO et VOST.
Résumé :
Ils sont cinq, quatre garçons et une fille, colocataires/amis/amants. Ils habitent tous ensemble une grande maison à Los Angeles dans les
collines d’Hollywood. Tom, le quasi gourou du groupe, meurt dans un accident qui pourrait être un crime. Leurs vies sont profondément bouleversées par cette mort. Kevin (Smith Forte qui est le
pivot du film), le propriétaire, doit rechercher un nouveau co-locataire pour boucler ses fins de mois. Après avoir reçu quelques déjantés, il accepte un employé de banque gros et serviable, une
sorte d’eunuque à voix de fausset dont la duplicité se révèlera progressivement.
Un chassé-croisé sentimentalo-sexuel se met en place. Wendy (Ericka Klein), la seule fille du groupe, avoue être enceinte des œuvres de feu
Tom. Kevin, l’ancien amant de Tom, demande Wendy en mariage. Le mignon Vince (Korny Kuoch), un asiatique efféminé et adorable de 18 ans tombe amoureux du macho Ramon (Tymme Reitz), un mignon
latino de son âge, un voisin, dont la mère courtise Andy, danseur gay... Mais bientôt une intrigue policière va dévoiler le côté sombre de chacun.
Les habituels clichés gays sont, à la fois, habilement utilisés et détournés. Par un jeu de quiproquos, de retournements de situation et de
coups de théâtre, la vie et surtout la sexualité ambivalente des protagonistes vont se révéler, hésiter, osciller. Le message de Doug Witkins est clair, presque trop clair : la sexualité n'est
pas chose figée, bien que latente en chacun de nous, elle peut se révéler au gré des expériences. Et pourtant, la volonté d'une vie amoureuse impose nécessairement un choix. Et c'est à travers
une bande de copains devenus co-locataires, partageant une maison à Hollywood Hills, qu'il nous entraîne dans un véritable marivaudage gay.
C'est d'abord la disparition de Tom elle-même, en tant que source de deuil et de manque affectif, qui va déclencher dans notre maisonnée
quelques petits remaniements surprenants. Puis la thèse du meurtre et une sombre histoire d’argent volé va prendre la relève afin d'exacerber les passions et de révéler les vrais visages de
chacun.
Cette intrigue policière n'est qu'un prétexte, mais elle fonctionne bien comme telle et n'enlève rien à la fraîcheur de ce premier film. Mais à
ce stade du scénario, l'agitation l'emporte quelque fois trop sur l'humain, et c'est dommage. Défaut très américain, s'il en est. Cette intrigue est du reste tellement rocambolesque qu'elle
s'inscrit bien davantage dans une comédie que dans un vrai polar. Il ne faut surtout pas s’attacher à la vraisemblance des péripéties. On sent bien que Doug Witkins ne se prend pas au sérieux. Il
parvient néanmoins à rendre les personnages attachants, et à nous emporter dans un élan d'euphorie.
D'un personnage à l'autre, No Ordinary Love passe en revue les principaux thèmes clefs liés à l'homosexualité dans le cinéma :
découverte de sa sexualité, identité sexuelle, rapports aux parents (ici, à la mère), coming out, homophobie, information gay, regard des autres, vie amoureuse, rapports passionnels, rapports à
l'autre sexe, bisexualité, désir d'avoir des enfants… Ça nous fait un film un peu compulsif, une sorte de film-catalogue, qui agace parfois mais qui est servi par quelques très bonnes trouvailles
scénaristiques dont la meilleure est peut-être la façon dont la bixesualité des protagonistes brouille régulièrement les cartes, empêchant de prévoir l’évolution des différentes histoires
d’amour. La mise en scène est souvent inventive dans des espaces très réduits et toujours délurée (particulièrement dans les fantasmes et souvenirs des personnages) malgré un tout petit budget de
tournage. No Ordinary Love emprunte la structure d’une sitcom télévisée qu’il subvertit par l’indifférenciation sexuelle des comportements.
La principale faiblesse de ce Petit meurtre entre amis gay réside dans les flash-back, dans lesquels nous découvrons le mort, Tom (Dan
Frank), qui apparaît plus comme un manipulateur cynique et une franche crapule que comme un ami charismatique. Mais Witkins a réussi le contrat qu’il s’était apparemment fixé : raconter une
histoire pleine de rebondissements, pimentée de sexe avec légèreté et humour, jouée par de beaux et bons acteurs.
Le réalisateur, qui est par ailleurs le boss de l'excellente maison d'édition américaine « Picture This ! Entertainment »,
n’oublie pas son militantisme : seules seront sauvées par le scénario les liaisons homosexuelles.
Réalisé en 1994, No Ordinary Love a déboulé sur les écrans français, ou plutôt sur un écran, celui du cinéma l’Accattone
qui l’a projeté en exclusivité. On comprend d’ailleurs assez mal l’intérêt soudain d’un distributeur pour ce premier film américain sans grand intérêt si ce n’est celui de sa marginalité (aussi
bien économique que thématique). Et comme la faiblesse des moyens n’excuse pas celle de l’œuvre, on aura vite fait de ranger Doug Witkins dans la catégorie des cancres
pseudo-subversifs...
Résumé de l’objet : quatre garçons et une fille partagent une maison à Los Angeles. Mais le jour où l’un deux (Tom) meurt dans des
circonstances mystérieuses, tout est remis en question. L’arrivée de Ben, le nouveau colocataire, n’arrange pas les choses. Surtout que chacun porte sa croix : Kevin est pédé mais sa maman
l’ignore ; Vince est pédé et aimerait bien se faire donner par Ramon, le petit voisin latino (mais qui dit latino dit hétéro) ; Andy est bisexuel et se tape la mère de Ramon ; Ben
est gros et con, et Wendy est une fille. Dure, dure, la vie... Mais attention, No Ordinary Love n’est pas qu’un long épisode de Melrose place revisité par Gai
pied, car derrière le sexe se cache une trame de film noir digne d’un collégien accro à Navarro. Entre sodo, hold-up, meurtre et coming-out, l’éclectisme est donc de rigueur.
Malheureusement, l’ensemble est traité avec une décontraction qui frôle l’incompétence. Et si l’on pardonne les cadrages approximatifs et la laideur de la photo, il est difficile de ne pas
s’insurger contre l’inconsistance des personnages et, a fortiori, des dialogues. Forcément, l’obèse se bâfre, l’un des homos s’habille en drag-queen, et le latino réprime ses tendances gay.
Alors, les bobines ont beau défiler, l’on demeure avec l’impression d’assister passivement à un spectacle se contentant de sa propre et terrible vacuité. Simplement du vide dont ne se détache ni
un plan, ni même une image. No Ordinary Love ? Un film de plus, un film pour rien.
Barack Obama a présenté samedi à Springfield son futur vice-président s'il est élu à la Maison Blanche. Il s'agit du sénateur de l'état du
Delaware, Joseph Biden, âgé de 65 ans, celui-là même qui l'avait combattu lors des primaires démocrates. Bien que catholique, Joe Biden est connu pour ses positions pro-choix concernant
l'avortement et plutôt pro-gay. En effet, à l'exception d'un vote en 1996 en faveur de la loi de défense du mariage (DOMA) qui définit le mariage comme devant être entre un homme et une femme, ce
pilier de la politique américaine a en général soutenu l'ensemble des législations en faveur des homosexuels, notamment contre la discrimination au travail ou dans la proposition d'inclure dans
les crimes de haine ceux liés à l'orientation sexuelle. Bien que le mariage pour les homosexuels soit pour lui probablement « inévitable », Joseph Biden ne soutient pour
l'instant, comme Obama, qu'une union civile qui donnerait les même droits. Il s'est également exprimé en faveur de l'abrogation de la loi « Don't Ask, Don't Tell » qui interdit aux
soldats américains d'être ouvertement gay : « L'idée que nous tournions le dos à de courageux et patriotiques américains volontaires à cause de leur orientation sexuelle est ridicule et
totalement irrationnel. » Ce choix de Barack Obama pour le poste de vice-président devrait être un signal plutôt encourageant pour les gays américains qui ont l'air bien
décidés à poursuivre le combat jusqu'à la reconnaissance et l'égalité totale de leurs droits.
Fiche technique : AvecJuan Minujín, Mimí Ardú, Carlos Echevarría, Bárbara Lombardo,
Javier Van Der Couter, Osmar Nunez, Ricardo Merkin, Carlos Portaluppi, Monica Cabrera et Carlos Echevarria.Réalisation : Anahi Berneri. Scénario : Anahi Berneri et Pablo Perez, d’après l’oeuvre de Pablo Perez. Compositeurs : Leo Garcia et
Martin Bauer.
Durée : 95 mn. Disponible en VO et VOST.
Résumé :
En 1996, à Buenos Aires, Pablo est un jeune poète qui vient d’apprendre sa séropositivité. Aucun éditeur n'a encore accepté de le publier. Pour
subvenir à ses besoins, il donne quelques cours particuliers et surtout, il doit demander le soutien de sa famille. Il est hébergé chez sa tante qui souffre de troubles psychiques et son père lui
verse une pension. La trithérapie venant de faire son apparition, il refuse tout d’abord l’absorption massive de médicaments, puis s’y résout progressivement. En quête d'amour, il se met à
fréquenter un cercle « d'amateurs de cuir », adeptes du sado-masochisme. La sexualité devient bientôt un moyen d'affirmer son individualité. Un an plus tard, Pablo a écrit des pages et
des pages sur ses aventures sexuelles et sur le traitement qu'il suit pour combattre sa séropositivité. Cette fois, le texte est édité ce qui bouleverse sa famille qui décide de lui couper les
vivres.
L’avis parBernard Alapetite: Une année sans amour est surtout pour le spectateur 100 minutes avec ennui malgré un sujet neuf : comment un
malade du sida en 1996 à l’apparition des trithérapies ne sachant rien de leur efficacité appréhendait le traitement, ceci par le biais de l’autofiction et d’un journal écrit. Mais la maladie
semble n’être qu’un accélérateur car Pablo devait un jour ou l’autre en venir à s’interroger sur ce qui le pousse à vivre et à (se) révéler son désir de cuir et de douleur. Le scénario, basé sur
des faits réels, est l’adaptation du livre éponyme de Pablo Perez qui a participé à son écriture. La plupart des œuvres de cet écrivain relève de l’autofiction. Le livre de Pablo dans la réalité
connaîtra un grand succès de librairie, ce qui en fera une sorte d’Hervé Guibert argentin ce que ne dit pas le film, celui-ci s’arrêtant aux premiers jours de la parution de l’ouvrage. Mais pour
que le spectateur s’intéresse à une autofiction, faut-il encore qu’il entre un minimum en empathie avec son narrateur et cela me parait impossible avec l’anti-héros d’Un an
sansamour tant le personnage est égoïste, autocentriste, égotiste et doté d’un cœur sec. Cette distance est encore aggravée par la réalisation.
Le film, tourné en 16mm gonflé en 35, est d’une laideur constante avec ses plans à la profondeur de champ
infinie qui viennent buter sur des décors crapoteux et ses images charbonneuses. La médiocrité du filmage est encore accentuée par le parti pris de la réalisatrice de choisir systématiquement ce
qu’il y a de plus laid. Le Buenos Aires de Berneri est encore plus moche que le Rome désolé de Duteurte, c’est peu dire. Malgré les déclarations de la cinéaste : « Mapplethorpe a été une grande influence pour moi. Il y a peu de représentations crédibles du fétichisme en dehors de films spécialisés, ou de quelques films
récents comme Irréversible de Gaspar Noé ou Romance de Catherine Breillat. Mapplethorpe aborde la sexualité avec une rigueur et une frontalité qui rendent à ses sujets toute
leur noblesse. Il ne pose aucun jugement, c’est cela que je recherchais. » Nous sommes loin du modèle revendiqué car jamais elle ne parvient à dépasser les images convenues du
sado-masochisme.
Le film n’est presque composé que de gros plans et de plans moyens filmés caméra à l’épaule, et si nous sommes
toujours au plus près de Pablo, les autres personnages ne parviennent pas à exister et pourtant ils sont tous interprétés avec talent. Mais surtout le film bénéficie d’une extraordinaire
performance d’acteur avec Juan Minujin qui a véritablement investi la personnalité de Pablo. Juan Minujin fait partie d’une troupe de théâtre de Buenos Aires qui travaille sur le thème de
l’érotisme. Sa performance est criante de vérité et l’on est persuadé que l’on assiste à un documentaire et non à une vie recréée à l’instar du très beau Les petit-fils d’Ilan
Duran-Cohen qui sait, lui, nous toucher parce que ses protagonistes sont beaucoup plus dignes d’amour que celui d’Une année sans amour. D’autre part, ni la sincérité ni le sérieux de la réalisatrice ne peuvent être mis en doute. Un Año sin
amor est documenté par de nombreux fragments, pages de journal intime, écrans d’ordinateur, couvertures de magazines, pictogrammes, dossier d’aide sociale ou fiche de patient...
Suffisamment. Ils ancrent le film dans le réel tout en l’éloignant du strict documentaire. Dans le film, l’amant disparu de Pablo se prénomme Hervé, rencontré lors du séjour du jeune homme à
Paris. Évocation d’Hervé Guibert, mort du sida, dont l’autofiction était la marque littéraire. Pablo, qui a pu vivre, continue de lire Neruda.
Un Año sin amorn'en est pas moins un film
sur la liberté, la liberté d'aimer malgré la maladie. Un film sur la recherche de l'amour, la perte de l'amour, la peur de mourir ; tout cela nous concerne mais l’art consiste entre autres à
amener vers l’esprit ces grandes interrogations par l’intermédiaire du cœur et la cinéaste n’y parvient pas, faute d’avoir pris un passeur si peu aimable. Pour son premier film, Berneri a mis la barre trop haute mais elle a eu le grand mérite de l’ambition et du
courage.
Anahi Berneri est née en 1975 à Martinez, province de Buenos Aires. Elle est diplômée de Institute Audiovisual
Production School (ORT) et de l'Institut National de l'Audiovisuel à Paris. En 1997, elle écrit et réalise le court-métrage documentaire Modelo para amar qui reçoit une récompense.
Depuis cette date, elle a exercé dans l'industrie cinématographique des métiers aussi variés que directrice de casting, assistante réalisatrice, directrice de production et assistante monteuse.
Elle a notamment travaillé avec Daniel Burman, Martín Rejtman, Marco Bechis, Mercedes García Guevara et Santiago García. En 2002, elle réalise le show télévisuel Maximo, produit par Wap
Media pour TV Pramer. Elle est chargée de cours à l'Université de Buenos Aires et enseigne le design du Son et de l'Image. Un Año sin amorest sorti en France le 19
avril 2006, C’est son premier long-métrage. Le DVD, édité par Épicentre, devrait paraître à l’automne 2006.
L’avis deMatoo : Il s’agit du film pédé du moment, et vous me connaissez, moi quand on me prend par les sentiments… En outre,
c’est un film argentin, et je me suis donc régalé de cet accent si particulier (et plaisant) des personnages. Il s’agit surtout d’un très bon film, et qui relève l’incroyable challenge de parler
de la séropositivité, de l’homosexualité, du SM même, et le tout en suivant la destinée d’un écrivain gay de Buenos Aires de 30 ans en 1996, à ce curieux tournant de l’histoire du SIDA, au moment
où les trithérapies commencent à agir. Le défi n’est pas simplement d’évoquer tout cela, mais vraiment de le faire comme cela ne l’a pas été avant, sans mièvrerie ou voyeurisme, sans verser dans
le glauque ou l’artiste suicidaire, au contraire avec une histoire simple, linéaire et authentique. Le film est basé sur un roman autobiographique éponyme de Pablo Pérez, ce qui aide sans doute à rendre l’œuvre
si « pure » et digeste malgré tout ce qu’elle véhicule. On suit donc la vie de ce jeune homme, Pablo Pérez, écrivain non publié, qui est séropositif, vit avec sa tante dans un appartement qui
appartient à son père. Ses défenses immunitaires vont en défaillant, et il refuse les nouveaux traitements, car il s’en méfie. Il voit ainsi sa vie lui échapper, et il pressent une mort à court
terme, qu’il veut transcender dans un roman sous forme de journal intime. C’est ce journal qui narre cette « année sans amour ».
Il tente de trouver l’âme sœur en faisant passer des petites annonces dans les journaux gays, et puis il décide
aussi d’explorer le milieu SM cuir qui l’attire énormément. Il y fait la connaissances d’amants, de mentors et essaie de se (re)trouver dans tout cela. Évidemment on retrouve des scènes de cul, mais ce n’est pas non plus l’objectif du film qui joue des
clairs-obscurs plutôt que de la crudité. J’ai vraiment surtout aimé le fait que toute l’histoire soit présentée de manière si réaliste, et sans jugement de valeurs aucun. On comprend à la fois le
désespoir relatif de l’écrivain qui se sent défaillir, mais aussi sa quête d’amour, ou sa recherche de lui-même dans les relations qu’il entreprend. Le film ne joue pas sur le registre pathétique
et non plus sur l’homosexualité « spectacle », mais vraiment sur un homme, Pablo Pérez. Ce n’est pas non plus le chef-d’œuvre des chefs-d’œuvre, mais il s’agit là d’un film vraiment novateur,
intéressant et stimulant. Cela change des films de tapioles habituels ou des Almodovar, donc ça vaut le coup d’y jeter un œil et de se forger une opinion.
L’avis deDragibus : Le film commence sur un gros plan, celui du curseur vert fluo sur écran noir d’un ordinateur... rien à voir avec
Matrix, quoique certains costumes rappellent les tendances SM de Néo et Trinity ! À part ça, Pablo est un jeune poète, qui donne des cours de français ici ou là, et qui, une fois n’est pas
coutume, cherche un mari... Son truc, nous sommes en 1996 et Internet est rare, ce sont les petites annonces dans les magazines gays, et
c’est dans l’intimité réflexive de la rédaction de sa propre annonce que nous le surprenons la première fois. Trouver les mots justes, trouver l’expression qui colle le mieux à la description de l’homme souhaité, quand
pourtant les désirs et l’envie d’amour sont au delà des mots. Et puis, à force d’entrer dans l’intimité de Pablo, la cohabitation avec sa tante, la quête sexuelle dans des
cinémas gays, les sorties en boite qui finissent en plan d’un soir, on finit par se rendre compte que Pablito possède un peu de nous-même, je me surprends à penser que je suis un Pablo en
puissance sauf que je roule beaucoup moins bien les « R » (mais je ne parle pas du tout espagnol !)
Pablo, c’est un peu un blogueur avant l’heure, qui pianote chaque jour sur le clavier de son PC pour écrire un
bout de lui-même, quelques morceaux choisis de sa vie, de la quête romantique donc désespérée d’un prince charmant dans son « année sans amour ». Pablo c’est moi ! J’ai commencé en octobre mon blog sans queue ni tête (au sens propre comme au figuré) et je m’approche lentement
vers une année complète sans amour ! Il ne s’agit pas de l’amour reçu ça et là, amical, furtif, fraternel ou filial, nous n’en manquons pas vraiment lui et moi, il s’agit plutôt de l’amour qu’on
pourrait être capable de donner, à celui qui est... (???) à celui que l’on cherche inconsciemment ! Sa solitude affective ressemble à un abîme sans fond où il se perd, en sexe à la sauvette, en parties
sado-masochistes, où quand l’assouvissement sexuel d’une pulsion fait oublier un certain vide. Un vide qui se creuse aussi rapidement que la chute vertigineuse de son taux de lymphocyte CD4, car là s’arrête
la comparaison, Pablo est séropositif. Après réflexion, là aussi peut se poursuivre la comparaison... Toute la réussite du film est de nous dépeindre
le quotidien de Pablo en toute simplicité et avec pudeur, loin des clichés et du pathos habituels dès que l’on aborde le VIH chez un gay !
Ainsi, chaque scène possède la même importance, des cours particuliers donnés à une élève qui ne peut cacher son
béguin pour le bellâtre, aux coquetteries borderline de sa tante en passant par cette scène poignante où Pablo est réveillé en pleine nuit par une quinte de toux, se lève et s’habille, sort de
chez lui comme d’habitude, marche lentement dans la nuit. On le retrouve non pas dans le cinéma habituel mais dans le couloir lugubre d’un hôpital, à calmer sa dyspnée sous un aérosol à la
lumière blafarde d’un néon trop vif qui nous laisse suffoquant à notre tour lorsqu’on aperçoit les gouttes de sueur perler sur son front trop pâle. On prend alors conscience de sa propre mortalité en même temps que Pablo et l’on comprend d’autant mieux
pourquoi il écrit chaque jour avec frénésie : ce journal est celui d’un condamné, s’il se presse à nous raconter cette année sans amour, c’est qu’il sait qu’en refusant un traitement de fond
il peut partir très vite... Toute la contradiction du personnage s’exprime dans son rapport à sa maladie, elle lui inspire du dégoût, il
déteste l’idée de devoir souffrir mais redouble d’énergie dans ses pratiques sado-masochiste ! Et puis lorsque tout fout le camp, encore plus vite que prévu, une rencontre, un jour comme les autres,
transforme cette course contre la mort en course avec l’amour, contre l’amour, sans amour, mais avec beaucoup de vie... Ce conte moderne et cruel m’a touché en plein cœur parce qu’il raconte avec pudeur et force quelque chose qui
ressemble à la vraie vie, des scènes SM les plus crues jusqu'à la lumière diaphane qui entoure Pablo dans une nature qui déborde de poésie, le personnage est toujours beau, comme le propos de ce
film, qui l’espace d’1h30 m’a fait aimer ma vie ! Pour plus d'informations :
Entre 1939 et 1945, la dictature nazie règne sur l'Europe. Comme les Juifs, les Tziganes, les handicapés, les communistes, les catholiques, les témoins
de Jéhovah, les nains, les épileptiques ou les sourds-muets, les homosexuels sont victimes de la barbarie nazie et déportés en masse dans les camps de concentration. Sous la houlette
de Heinrich Himmler, des campagnes d'épuration sont menées au sein même des rangs SS et de la Hitlerjugend (Jeunesses hitlériennes). Dans les camps de la mort, de nombreux
homosexuels meurent victimes de monstrueuses expériences "scientifiques" testées par les docteurs du IIIe Reich. Portant le triangle rose sur leur uniforme de prisonnier, entre 5'000
et 15'000 détenus homosexuels périssent derrière (ou parfois jetés contre) les barbelés des camps nazis. En France, le gouvernement de Vichy fait passer l'âge de consentement à 21 ans
pour les relations homosexuelles, un décret repris par l'administration De Gaulle à la Libération le 8 février 1945. Une Libération qui a un goût amer pour bon nombre d'hommes qui
aiment les hommes : en effet, les homosexuels sont le seul groupe à qui a été déniée toute reconnaissance ou réparation à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Une fois libérés des
camps, certains homosexuels ont même été remis en prison pour débauche. (au sujet de la persécution nazie, voir l'interview de Pierre Seel)
Tableau Nazi
2. 1945-1968 : l'Europe conservatrice, entre MacCarthysme et Stalinisme
Deux séries d'ordre se mettent en place après la Deuxième Guerre mondiale en Occident : l'approche soviétique, et l'approche républicaine puritaine
américaine. Pendant 25 ans, les homosexuels subissent encore les foudres de la société tant à l'Est, sous les purges staliniennes qui voient périr des dizaines de milliers
d'homosexuels en Sibérie, qu'à l'Ouest avec la chasse aux sorcières du sénateur MacCarthy aux Etats-Unis qui s'attaque aux homos avec autant de virulence qu'aux communistes.
La réaffirmation de la morale traditionnelle et la dénonciation des déviances est à l'ordre du jour. En Europe, certains groupes homosexuels se reforment
à nouveau timidement, à l'image de l'association Arcadie, fondée par André Baudry, qui prône une discrétion absolue.
Les homosexuels sont contraints de vivre dans la honte et le secret : drague anonyme dans d'obscurs endroits, mariages de façade, hantise d'une
dénonciation. Car la répression policière est présente. Au lendemain de la guerre, la nouvelle République fédérale allemande garde le §175 dans son code pénal. Entre 1950 et 1965, pas
moins de 45'000 condamnations sont prononcées. En comparaison, 9'375 personnes ont été jugées dans les 15 années de la République de Weimar. En Angleterre éclate en 1951 l'affaire des
espions de Cambridge, Guy Burgess et Donald Maclean, accusés d'avoir livré des informations confidentielles à l'URSS, largement reprise par la presse, qui renforce l'idée que les
homosexuels représentent un danger pour la nation.
Guy Burgess
En France, "l'amendement Mirguet", du nom du député qui le soumet au vote, est adopté par l'Assemblée nationale pour donner les moyens au gouvernement de
combattre le "fléau social" qu'est l'homosexualité. Il faudra attendre l'arrivée au pouvoir de François Mitterrand pour que la légalité complète des relations entre hommes soit rétablie
dans l'Hexagone le 4 août 1982 (âge de contentement abaissé de 21 à 15 ans, comme pour les relations hétérosexuelles).
Dans les années 1950-1960, l'homophobie s'accentue encore par le discours médical qui avance ses théories de la déviance et prétend guérir
l'homosexualité, les thérapies d'électrochocs étant, selon les docteurs auréolés de l'autorité de la science, un moyen très efficace pour convertir les homosexuels à l'hétérosexualité.
Il faut attendre 1973 pour que l'American Psychiatric Association ôte l'homosexualité de la liste des maladies mentales, 1982 pour que le Ministre de la Santé l'imite en France, et le
1er janvier 1993 pour que l'Organisation Mondiale de la Santé fasse de même. Les théories de Krafft-Ebing et de Freud ont aujourd'hui encore beaucoup d'adeptes dans certains cabinets de
psychiatres.
3. 1969-2002 : de la libération homosexuelle à la reconnaissance légale
Ce n'est que suite aux contestations de Mai 68 en France et plus particulièrement aux émeutes de Stonewall à New York fin juin 1969 qu'un nouveau mouvement de libération homosexuelle
refait surface, luttant pour une reconnaissance juridique et sociale de l'amour entre personnes de même sexe, donnant le coup d'envoi à la révolution sexuelle des années 1970. Depuis
1970, on célèbre à New York la Gay Pride, la fierté gay, qui s'est substituée à la honte. Un mouvement qui va gagner l'ensemble du monde occidental dans les années qui suivent,
jusqu'à devenir de gigantesques rassemblements de centaines de milliers de gens dans les grandes villes d'Amérique du Nord, d'Australie et d'Europe. Il faut souligner ici le rôle
essentiel joué par les mouvements féministes : début 1970, l'émancipation de la femme redéfinit les rôles sociaux et familiaux, et les revendications homosexuelles profitent largement
de ce courant novateur. L'homophobie n'est-elle pas la petite sœur du sexisme ?
Affiche de la première Gay Pride, New York, 1970
Au niveau juridique, la dépénalisation des relations homosexuelles intervient en Angleterre en 1967. En 1969, c'est au tour de l'Allemagne de finalement
ranger le tristement fameux §175 au placard. En Autriche, les relations homosexuelles sont décriminalisées en 1971, tout en stipulant un âge de consentement plus bas pour les
relations hétérosexuelles (14 contre 18 ans). L'article 220 du code pénal autrichien qui punit la "promotion de l'homosexualité et de la bestialité" de six mois de prison n'est abrogé
qu'à la fin de l'été 2002.
Dans le sillage de Mai 68 est créé en France le Front Homosexuel d'Action Révolutionnaire (FHAR). En Suisse, il faut attendre le milieu des
années 1970 pour voir apparaître le Groupe Homosexuel de Genève (GHOG) et le Groupe Homosexuel Lausannois (GHL), ouvrant ainsi l'ère de la visibilité. Les
publications et les actions médiatiques de cette poignée de visionnaires marquent un important tournant dans le travail de conscientisation de la population, et le début des
revendications politiques et sociales, préparant le terrain aux victoires futures. Ils doivent affronter non seulement l'homophobie au quotidien, mais aussi les attaques émanant
d'homosexuels qui prônent la discrétion et la non-revendication, à l'image du groupe lausannois Symétrie (pendant de l'association française Arcadie d'André
Baudry).
L'apparition du virus du sida au début des années 1980 va contribuer de manière significative à une recrudescence du militantisme et de la visibilité
homosexuels. Si la maladie ravage la communauté en tuant des milliers de gens, une véritable tragédie, elle permet aussi une médiatisation et engendre une solidarité qui soude le
milieu gay et y associe des gens de l'extérieur.
Les revendications des gays et des lesbiennes commencent à trouver un écho : ce sont les pays scandinaves qui sont premiers à reconnaître la légalité
des couples de même sexe. Le 1er octobre 1989, le Danemark instaure le partenariat enregistré pour les couples homosexuels, conférant ainsi l'égalité des droits par rapport aux
couples hétérosexuels, à l'exception notable de l'adoption d'enfants. Au début des années 1990, la Suède et la Norvège emboîtent le pas à leur voisin. L'Islande fait de même en 1997,
octroyant elle le droit d'adopter l'enfant du conjoint. Puis, après des débats plus que houleux et des manifestations homophobes de grande envergure, la France adopte le Pacte
d'action civile et de solidarité (PACS) en octobre 1999, qui confère des droits limités aux couples de même sexe. L'Allemagne fait de même en instaurant un partenariat en août 2001,
confirmé par le tribunal constitutionnel de Karlsruhe en août 2002 suite à une action légale de contestation des milieux conservateurs. Les Pays-Bas, qui quant à eux reconnaissent
déjà les couples gays et lesbiens depuis quelques années, vont au début 2002 jusqu'à autoriser les homosexuels à se marier et à adopter des enfants. En Suisse, le canton de Genève
fait office de pionnier en adoptant un PACS en février 2001. Zürich ne tarde pas à suivre : le 22 septembre 2002, par 63 % de oui, les Zürichois acceptent l'instauration d'un contrat
de partenariat au niveau cantonal. Quant à la Confédération, elle est en passe de légiférer en la matière : une loi sur le partenariat devrait voir le jour d'ici 2003 ou 2004. (Ce qui
a été effectivement le cas. NdDCH. Ajoutons qu'aujourd'hui le Canada, l'Espagne, l'Afrique du Sud ont rejoint les pays légalisant le mariage et l'homoparentalité)
4. Et maintenant ?
Si l'amour entre personnes de même sexe cesse aujourd'hui progressivement d'être vu comme un crime, un péché ou une maladie mentale en Occident, si la population
démontre une acceptation progressive de la réalité gay, lesbienne et bisexuelle, le combat pour la reconnaissance sociale et juridique est loin d'être terminé. Il demeure
très difficile d'infléchir la courbe dessinée par plusieurs siècles de conditionnement hétérosexiste et de nombreux irréductibles bastions conservateurs subsistent.
L'homophobie est toujours institutionnalisée à de nombreux niveaux, notamment dans le domaine de l'éducation, et la censure et la répression continue de sévir à travers le
monde.
Quelques pays européens punissent encore actuellement les relations entre personnes de même sexe de peines de prison : Chypre, la Bosnie, la Serbie et la Roumanie, où la loi
est appliquée de façon stricte (5 ans de réclusion). Même en Europe centrale, une fois sorti du cadre urbain, il reste difficile de vivre son amour pour une personne du même
sexe ouvertement. Ailleurs dans le monde, plus de cent pays criminalisent encore l'amour entre personnes de même sexe. Nombre d'entre eux, de l'Arabie Saoudite à l'Iran, en
passant par l'Egypte, l'Irak, le Soudan, ou Zimbabwe prévoient la prison, parfois la peine de mort. En Amérique du Sud, le machisme et la tradition catholique semblent
inébranlables.
Encore fortement réprimé, l'amour homosexuel n'a pourtant jamais été aussi visible et accepté qu'en ce début de XXIe siècle. Puisse le mouvement d'ouverture gagner chaque
jour encore des esprits. Car dans la dérive sécuritaire de l'après-11 septembre, la morale chrétienne, sexiste et impérialiste distillée par l'administration Bush, la
politique de fer de Vladimir Poutine en Russie, l'Italie fascisante de Berlusconi, les pleins pouvoirs au régime conservateur de Chirac et les 20 % d'électeurs d'extrême
droite en France, la montée des partis politiques de droite en Autriche, au Danemark et ailleurs, ou encore l'intégrisme islamique qui gangrène de trop nombreux pays,
associés à l'instabilité économique et l'explosion démographique, sans parler des guerres qui ravagent la moitié de la planète, la situation politique et sociale ne laisse
rien présager de bon pour les minorités sexuelles, ni pour personne. L'Histoire suit son cours.
*****
NOTA BENE: les ouvrages utilisés pour ce travail sont répertoriés dans la bibliographie
Ce travail est l'oeuvre de Stéphane Riethauser. Il sera publié en 14 parties sur le blogLes Toiles Rosesavec son autorisation. Qu'il en soit chaleureusement remercié. Stéphane est joignable
sur le site delambda éducation.
Il fallait bien que j’en parle un jour. Les savons, c’est quand même l’une de mes spécialités, même si Jag1366 vous a fait découvrir Ainsi
va le monde. Personnellement, j’aurais opté pour un titre plus voltairien : Le monde comme il va. Faisons simple et appelons As The World Turns comme on l’écrit en
Amérique : ATWT.
ATWT est l’un des plus anciens savons en cours de tournage. Le doyen des feuilletons à l’eau de rose est Guiding Light, diffusé à la
télévision depuis le 30 juin 1952, mais né sur les ondes radiophoniques en janvier1937 ! ATWT, quant à lui, est diffusé sur CBS depuis le 2 avril 1956. En voici le tout premier
générique.
La version suivante faisait directement référence à la marque de savon commanditaire, Procter & Gamble. Impensable en France ! C’est
un peu comme si le générique de Thierry La Fronde avait été barré d’une réclame pour Skip.
Le générique n’a vraiment commencé à devenir moderne et sexy qu’au tournant du millénaire. En voici la preuve.
Jusqu’à ce que l’année dernière, il adopte sa version actuelle. Vous reconnaîtrez le morceau musical qui accompagne les vidéos de
Jag1366.
Étant très paresseux, je ne vais pas vous faire l’historique de ce savon quinquagénaire qui n’a jamais eu l’honneur d’être diffusé sur les
écrans français. Je vais donc me contenter de l’étudier sous l’angle des Toiles Roses, sachant que ce feuilleton, s’il n’est pas le premier à parler d’homosexualité, est cependant un
pionnier en ce qu’il montre un couple gay : Luke Snyder et Noah Mayer. Ces deux-là sont faits pour s’entendre : ils ont 82 % de compatibilité sur le Lovecalculator.
Néanmoins, leur romance n’est pas un long fleuve tranquille. Ce couple est le préféré des fans d’ATWT, il tient le haut du pavé depuis des mois
sur le sondage hebdomadaire du magazine Soap Opera Digest. Malheureusement, les fans commencent à désespérer de la situation de nos héros qui, un an après le début de leur histoire
d’amour, ne l’ont toujours pas consommée sous la couette…
L’étrange chasteté prolongée de l’un des couples les plus populaires de la télévision est abordée sans détour par la revue CBS Soap In
Depth dans son numéro du 18 août au 1er septembre. Le thème en est : « Let’s get physical ».
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Ricky2345 s’émeut de ce que ATWT montre un couple d’adolescents hétéros, Parker et Liberty, perdrent ensemble leur virginité, tandis que Luke
et Noah sont cantonnés aux regards langoureux et aux baisers occasionnels. En clair, ça commence à bien faire ! Les fans ne l’expriment pas ainsi, mais ils pensent que cela devient
complètement irréaliste que nos héros n’aient pas encore fait cricon-criquette dans le lit de grand-mère Emma, ni le moindre 69 sur un ballot de paille dans l’écurie d’Holden.
RazzleDazzle se sent frustré(e) de ne pas voir nos jouvenceaux passer à l’étape suivante, naturelle dans toute relation. D’abord c’est la
paralysie de Luke qui les en a empêchés. Ensuite, ce fut le mariage de Noah avec Ameera, puis l’engagement de Noah dans l’armée, et à présent la crise au sein de la famille de Luke (Lily et
Holden sont séparés). Il ou elle se demande avec angoisse ce que les scénaristes timorés vont encore imaginer la prochaine fois pour retarder l’échéance. Pour Angie, il ne fait aucun doute que si
Luke et Noah consomment un jour leur amour, la scène se passera hors caméra. J’imagine Lucinda Walsh ouvrir une bouteille de champagne à l’hôpital en racontant l’événement de l’année au beau
docteur Chris Hughes, voire au comité directeur ! Elle nous sortirait alors cette réplique d’anthologie : « Enfin, mon petit-fils n’est plus puceau ! »
Que les choses soient bien claires : ATWT est un programme familial, et en aucun cas vous ne verrez jamais une scène d’amour entre deux
protagonistes telle qu’on en voit au cinéma. Pour ma part, je pense que de les voir se donner un baiser passionné, torse nu, puis s’effondrer sur la couette dans les bras l’un de l’autre, serait
amplement suffisant pour suggérer que, enfin, ils passent aux choses sérieuses ! Je crois même qu’un travelling sur Jake Silbermann embrassant la poitrine imberbe de Van Hansis et descendant
un peu plus bas serait de nature à expliciter l’acte irréparable qu’ils vont commettre. Ce faisant, je me demande si ce qui bloque les scénaristes serait de n’avoir pas encore décidé qui est
l’actif, qui est le passif, ou s’ils sont tous deux auto-reverse…
Cette scène attendue depuis longtemps ferait sans aucun doute exploser l’audimat, encore qu’elle chagrinerait Helen R., ménagère à Knoville,
Tennessee, qui n’approuve pas de voir deux hommes s’embrasser à la télévision, et souhaite encore moins les voir ensemble dans un lit. Encore une qui n’a pas compris les bienfaits apportés par la
télécommande… Teddy, quant à lui, pense que Luke et Noah ne devraient pas coucher ensemble. Il souhaite même les voir se séparer car, écrit-il, « Luke mérite de trouver un mec qui soit
plus à l’aise avec sa sexualité et qui aimerait Luke autant que Luke l’aime. Noah a tellement de casseroles au cul qu’il n’en vaut pas la peine » ! Voilà qui soulève un débat. Et
vous, mes chers fans, qu’en pensez-vous ?
Affaire à suivre, donc, grâce à mon collègue Jag1366 qui vous montrera les vidéos le temps venu. Sachez que depuis quelques semaines, Martha
Byrne ne joue plus le rôle de Lily Snyder. Elle a été virée du jour au lendemain après de nombreuses années de bons et loyaux services, et remplacée par la jolie Noelle Beck, déjà connue du petit monde des savons pour avoir incarné pendant dix ans le rôle de Tricia Alden dans
Loving (Amoureusement vôtre), feuilleton autrefois diffusé sur France 2 après Télématin et remplacé sur le même horaire, après la diffusion de son dernier épisode, par
Days of our Lives.
Dans l’actualité du savon, sachez que Casey Hughes (le turbulent fils de Margo, qui sortait avec Maddie avant d’aller en taule) s’est marié
avec Emily Stewart (qui couchait avec Dusty), mais leur mariage Las Vegas style a été promptement annulé. Sachez aussi que John James (ex Jeff Colby de Dynasty) revient dans le
rôle d’un médecin inquiétant.
Pour terminer, je vous livre un scoop en or : Dusty Donovan n’est pas mort ! Les fans de Grayson McCouch seront ravi-e-s de revoir sa
gueule canaille à partir du 24 septembre prochain. Nul doute que son retour spectaculaire du royaume des ombres donnera matière à de nombreux rebondissements qui, peut-être, empêcheront une fois
de plus Luke et Noah de jouer ensemble avec leurs zizis…
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Zanzi
Post scriptum : pour ma part, je trouve que le plus beau mec d’ATWT est sans conteste Agim Kaba qui interprète Aaron Snyder (demi-frère de Luke).Il
est too much, rhâââlovely !!!C’est normal : il est Verseau
3e décan comme moi. En deuxième plus beau mec, je vote Dylan Bruce alias Chris Hughes.
Fiche technique : Avec Dean Stockwell, James Remar, Jason Behr, Kenny Cloutier, Andrew Cooper, Marianna Elliott (II), Joseph Foss, George Georgiadis, Brenda
James, Robert Glen Keith, Joseph Kell, Andreas Michael Lamelas, J . Nancy Sawyer, Rondell Sheridan, Thomas G. Waites et Jaimz Woolvett.Réalisé par Victor Salva. Scénario : Victor Salva. Images : Don E. Fauntleroy. Musique : Bennett Salvay. Montage : Ed Marx. Son : Benjamin
Patrik. Durée : 95 mn. Disponible en VO.
Résumé : Del Farraday (Dean Stockwell), la soixantaine bourgeoise et sportive, invite pour quelques jours, son fils aîné (Robert Glen Keith), jeune
avocat englué dans sa médiocrité banlieusarde, dans son chalet de chasse, situé au bord d’un lac, en pleine forêt. Il désire se réconcilier avec lui. Arrivant au chalet, les deux hommes sont
surpris d’y trouver déjà Campbell, le plus jeune des fils de la famille, que pourtant le père avait chassé deux ans auparavant lorsqu’il avait découvert son fils dans les bras d’un autre garçon.
La nuit tombe, autour de la table du dîner la tension monte. Le père, brutal et homophobe, veut s’expliquer avec ses deux fils, lorsque soudain on frappe à la porte de la maison. Deux étrangers
(James Remar et Jaimz Woolvett) demandent de l’aide. Ils prétendent que leur voiture est en panne dans ce lieu isolé. Del Farraday les fait entrer. Bientôt on découvre que c’est un piège. Les
deux hommes sont en fait de dangereux psychopathes évadés de prison. Il s'avère que le fils gay est à l'origine de tout cela. Il s’est lié d'amitié, et même plus, avec l’un des taulards. Il a
monté ce traquenard afin de se venger de son père, à qui il ne pardonne pas d’avoir brisé son histoire d’amour. Mais les choses ne se passent pas tout à fait comme Campbell l’avait
prévu...
L’avis deBernard Alapetite: Ne baraguinons pas : nous voilà devant l’un des meilleurs thrillers de ces dernières années. Le film bénéficie d’un savoir-faire
cinématographique indéniable, d’une interprétation remarquable et surtout d’un scénario palpitant et toujours imprévisible. Il est en outre riche d’un sous texte qui permet au spectateur
d’imaginer bien des péripéties hors champ. Rites of Passage échappe à tout accent mélodramatique. L’angoisse est distillée avec beaucoup d’habileté. Les quelques retours en arrière sont
bien amenés. Ils offrent à la fois des plages de calme, faisant redescendre la tension, et des informations sur le passé des personnages, éclairant notamment l’incommunicabilité entre le père et
ses fils. Le film évite le piège de la prise de parti, du bon contre les méchants, tant cette barrière entre le bien et le mal demeure ici floue et insoupçonnée. Rites of Passage n’est
pas une œuvre gay, selon la dénomination classique dans le cinéma américain, mais l’homosexualité nourrit toute l’intrigue.
Cela commence comme un drame familial, pour se métamorphoser en un thriller haletant. Victor Salva raconte, dans le commentaire du film sur le DVD, qu'il s'est inspiré d'événements de son passé
pour écrire son scénario. Il a été également doté, comme son héros, d’un père autoritaire et obtus. Le tournage a été vécu pour lui de manière cathartique. Il a réalisé Rites of Passage
directement après être sorti de prison. Le réalisateur, qui n’a jamais caché son homosexualité, ce qui aurait difficile au vu de ses films, a en effet été condamné à plusieurs années de prison,
malgré ses dénégations, pour des actes de pédophilie sur un garçon de 12 ans. Il se serait inspiré de certains de ses anciens codétenus pour les personnages des tueurs.
C'est en 1986, à l'occasion de la Sony/AFI Home Video Competition que Victor Salva – qui a commencé dès l’âge de treize ans à tourner des courts métrages en super 8 – est remarqué par Francis
Ford Coppola, membre du jury. Son court métrage, Something in the basement, reçoit le prix dans la catégorie fiction. Deux ans plus tard, Francis Ford Coppola produit le premier long
métrage de ce Californien d’alors trente ans, Clownhouse, un thriller à petit budget, dans lequel trois garçons sont attaqués par trois malades mentaux déguisés en clowns. Dès lors, le
cinéaste se spécialise dans le registre de la série B angoissante ; il signe en 1995 Nature on the beast, un autre thriller interprété par Eric Roberts et Lance Henriksen. L'année
suivante, Victor Salva change de genre cinématographique et met en scène son premier film fantastique, Powder, pour les studios Disney. Interprété par Jeff Goldblum et Mary Steenburgen,
ce long métrage met en scène les aventures d'un jeune homme, doté de pouvoirs de télékinésie. C’est un énorme succès commercial.
Après son incarcération, il est mis au ban d’Hollywood mais Coppola ne l’a pas oublié et co-produit Rites of Passage, de l’aveu de
Salva son film le plus personnel. Puis il revient à ses premières amours, le thriller d'épouvante, avec JeepersCreepers, le chant du diable. Ce film à petit budget et sans
prétention, dans lequel deux adolescents se retrouvent aux prises avec une terrifiante créature, remporte un succès surprise à travers le monde. Cette faveur du public le remet définitivement en
selle et il ne tarde pas à lui donner une suite, sobrement intitulée : Jeepers Creepers II (2003). Cette fois, c'est à un bus rempli de basketteurs que le monstre s’attaque. Les
deux Jeepers Creepers sont à forte teneur homoérotique. On ne risque pas d’oublier une séquence du début de Jeepers Creepers II où de beaux adolescents prennent un bain de
soleil sur le toit de leur schoolbus ! En 2006, Victor salva a tourné Peaceful Warrior qui se déroule dans un gymnase, avec Scott Mechlowicz et Nick Nolte mais qui ne nous est pas encore
parvenu ici, sur nos écrans.
L’interprétation de Rites of Passage est irréprochable. Elle démontre quel réservoir de talents possède le cinéma américain. Il faut bien dire qu’avant le film de
Salva, on attendait peu de choses de Jason Behr, vu presque seulement à la télévision, surtout dans Roswell. Il a fait aussi de nombreuses apparitions dans d’autres séries comme
JAG (où il retrouve Dean Stockwell), Profiler, 7 à la maison, Cracker et Buffy. En 1999, il joue le rôle récurrent de Chris Wolfe dans la série Dawson (saison
2). Parallèlement à sa carrière télé, Jason fait une courte apparition dans Pleasantville avec Reese Whiterspoon. Ici, il est remarquable dans son rôle de jeune gay écorché vif et tient
le film de bout en bout. On l’a revu avec plaisir dans TheGrudge. On a pu voir Robert Glen Keith (D J Farraday) en vedette dans l’excellent remake californien de Mort à
Venise, Death in Venice, CA. À la manière d’Hitchcock, Salva apparaît furtivement en pianiste d’hôtel au tout début de Rites of Passage.
Pouvez-vous vous souvenir, vous que la camarde a épargné et qu’Alzheimer traque, du temps où, rue d’Ulm ou bien dans un pelucheux cinéma de quartier, vous restiez le dernier, assis dans votre
inconfortable fauteuil, au risque de vous faire écraser les orteils, jusqu’à la dernière image pour tenter de mémoriser le générique du film que vous veniez de voir, classique ou nanar peu
importait ; ce qui comptait, c’était d’engranger un maximum d’images et de noms, qu’ensuite vous vous réciteriez pour conjurer vos insomnies, comme d’autres se remémorent la litanie des empereurs
romains ou la nomenclature des papes. Si vous êtes de ceux-là, mes frères cinéphiles et cacochymes, l’apparition du nom de Stockwell, le père homophobe, aura dû vous titiller la mémoire. Vous
vous serez précipité vers votre bibliothèque ou votre ordinateur et « mais bon dieu, mais c’est bien sûr ! », ce nom vous disait quelque chose, mais comment reconnaître dans ce père
intransigeant Le Garçon vert du film éponyme de Losey traqué par tous parce que... différent.
Rites of Passageest une œuvre mature. On sent que le réalisateur est
proche de ses personnages. Il traite frontalement de l'homophobie tranquille de certains parents. Le couple père/fils composé de Dean Stockwell et Jason Behr fonctionne à merveille dans cet
affrontement entre le désir d’être soi et les vieilles lunes moralisatrices. Il est aussi très rare de trouver l'homosexualité au centre d'un thriller américain. Elle est presque toujours
cantonnée dans les comédies ou les comédies dramatiques. Chaque scène est excellemment filmée. Salva sait bien profiter des magnifiques décors où il a eu le bon goût de situer son thriller. Don
E. Fauntleroy, qui signe aussi l’image des deux Jeepers Creepers, est un virtuose des atmosphères nocturnes dans lesquelles se déroulent les trois quarts du film.
Il y a un DVD seulement pour la zone 1, sans sous-titres français, chez deux éditeurs (??). Il contient un précieux commentaire du réalisateur et des scènes coupées qui ne sont pas inutiles à la
compréhension de l’intrigue et qu’il aurait été bon de garder dans le montage final. Pour plus d’informations : Voir labande annonce
C'est la routine à Oakdale : Luke et Noah attendant la Saint Glin' Glin' (on est aux USA) pour s'envoyer en l'air, Lily et Holden se
font des cachoteries, Lucinda improvise son texte en parlant fric et avocats, darling. Ça commence de façon abrupte, mais c'est bien le début de l'épisode (pour preuve, le logo de limitation d'âge en haut à gauche). Les
monteurs font ça à la hache... Scène préférée : le haussement de sourcils de Noah à 1'07.
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