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Jeudi 15 avril 4 15 /04 /Avr 11:39

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« Fick euch selbst » (« Baisez-vous vous-même »). Inscription découverte mardi 13 avril 2010 sur la maison natale du pape Benoît XVI, dans le village de de Marktl-am-Inn, dans le sud de l'Allemagne. (Merci à Julien pour sa traduction exacte)

Par Daniel C. Hall - Publié dans : MOTS : Citations philes et phobes
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Jeudi 15 avril 4 15 /04 /Avr 11:11


bhv_vincy10.jpg Veni Vidi Vincy - Photo © D. R.

 

AMEN Ô FILS

 

Cela faisait longtemps que je ne vous avais pas donné de nouvelles. La faute au temps qui se contracte, aux voyages qui élargissent l’espace, à l’amour qui occupe toutes mes heures et toute la place… Et puis les scandales de pédophilie…

— Ouh là, ça va être prise de tête son texte, là ?

— Rassures-toi ami lecteur, j’ai pris des cours à la Guillon Académie…

Les scandales rituels de pédophilie ont atteint tous les territoires de la glorieuse multinationale du Vatican. Les curés, castrés par l’intransigeance dogmatique de leur patron, trouveraient donc du réconfort auprès de leurs jeunes ouailles pures et innocentes. Savoir que tant de prêtres sont gays explique pourquoi il existe un calendrier des « dieux de la paroisse » qu’on peut se procurer à Rome : certains sont très sexys.

 

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Qu’ils touchent aux enfants est évidemment détestable. Cependant de là à clamer comme le Cardinal Tarcisio Bertone : « De nombreux psychologues et psychiatres ont démontré qu'il n'y avait aucun lien entre le célibat et la pédophilie et beaucoup d'autres, m'a-t-on dit récemment, qu'il y avait une relation entre l'homosexualité et la pédophilie », il n’en fallait pas plus pour rire aux éclats devant tant de bêtise, d’approximation. Un rire jaune car nauséeux, bileux. Aussi je vous conseille la prochaine fois que vous pratiquerez une éjaculation manuelle, buccale ou anale, de hurler : Fuck You Bertone !

Le Pape Benoît XVI, au cœur du scandale, refuse de modifier une pratique vieille de plus de neuf siècles – c’est vrai qu’au Moyen Âge on croyait encore la terre plate et on ne voyageait généralement pas au delà de son canton ‒ en déclarant que « la chasteté était un don de Dieu et qu'il ne fallait pas l'abandonner sous la pression de "modes culturelles passagères". » Là encore, reconnaissons son grand sens de l’Histoire puisque l’homosexualité est tout sauf une mode culturelle passagère et le désir d’être un couple est aussi vieux qu’Adam et Yves. Euh Eve. À trop suivre une Loi anachronique (imagine-t-on les messes en Latin ?) on en oublie son esprit. « Tout est amour » qu’il disait. Tu parles. Tout est pouvoir.

 

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Finalement, le problème du Vatican (outre ses douteux investissements, ses pratiques pédophiles, sa propagande digne d’un lavage de cerveau et son opacité complète quant à son fonctionnement) c’est bien d’être hors-du-temps. À force, la papauté s’est déconnectée de l’Humain, et ses fidèles fuient ailleurs. Évangélisme, protestantisme, laïcisme, athéisme. Personne ne trouve « normal » un vœu de chasteté qui va à l’encontre de la nature humaine et qui peut pervertir même les plus résistants. Imaginez : pas de branlette durant 60 ans. Des pollutions nocturnes honteuses… Et pour ceux qui transgressent le vœu, obligés de s’enfoncer un crucifix dans le cul, ou pire un candélabre…

L’arrogance de l’Église ‒ et avec elle sa vanité, sa cupidité, son ignorance des ressors psychologiques ‒ est d’ailleurs au cœur de l’intrigue de la série Les Tudors. Y a pas photo. Entre le Roi Henry VIII (Jonathan Rhys-Meyers, lèvres pulpeuses, regard perçant, fesses bombées, torse animal) et le Pape (Peter O’Toole, ex-Lawrence d’Arabie, aujourd’hui parcheminé et cireux), on a vite choisi notre camp.

 

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C’était au XVIe siècle, et le protestantisme (et sa déclinaison anglicane) ont envahit l’Europe du Nord. Les pays ont cessé de verser leur obole à des évêques et au Pape, qui ne se gênait pas côté luxure et cupidité. Les Royaumes furent soudainement plus riches. La prétention du Vatican était de croire que ces pays allaient sombrer. Ce fut l’inverse. L’Empire Espagnol déclina. Et l’Amérique du Nord allait être rapidement plus riche que celle du Sud.

Les erreurs du Catholicisme sont nombreuses, à force d’avoir préféré des écritures dites saintes mais qui ne correspondaient plus à notre monde en mouvement. Figé, le Vatican n’a rien de nouveau à proposer qu’un discours qui ne tient pas compte de l’évolution humaine, du progrès du Savoir, au lieu de l’accompagner avec de belles valeurs comme la solidarité, la générosité, le partage, le pardon, la compréhension de l’autre, l’acceptation.

N’oublions pas la sexualité, base primordiale du bonheur, et manière de le vivre à travers l’Autre. Et puis quitte à faire la génuflexion autant que ce soit pour sucer.

 

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Aussi, plutôt que de se soucier des déclarations de gâteux en robe ignorant le plaisir de la chair et nos angoisses du quotidien et préférant la souffrance au plaisir, je vais plutôt féliciter Ricky Martin d’avoir, non pas fait son coming-out-qui-n’a-surpris-que-les-naïfs, mais de propager des images de félicité, avec ami et bambins. Un Apollon (Dieu païen) en maillot de bain (bon le slip, je vous l’accorde, c’est très latino), sur la plage, profitant de son hédonisme, et propageant en une seule image cet incroyable don que celui de la transmission.

 

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Mais bon, on est déjà 7 milliards sur cette planète. On ne va pas éjaculer juste pour se reproduire : ce serait un non-sens démographique. Et comme il faut bien en faire quelque chose de tout ce sperme qui bouillonne en nous… Baisez ! C’est le printemps ! Mais n’oubliez surtout pas de vous protéger ! On s’en fout de ce que dit le Pape, ses propos sont de plus en plus criminels…

 

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Vincy (13 avril 2010)

 

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TO BE CONTINUED...
Par Vincy Thomas - Publié dans : LE BAZAR DE L'HOMO VINCY
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Mercredi 14 avril 3 14 /04 /Avr 16:25

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« Les francs-maçons et les Juifs contre le pape. C’est une erreur de demander pardon, de quoi ? Les Juifs sont depuis toujours des ennemis de l’Église et des déicides. Les homosexuels ? Miséricorde ! Mais les animaux sont plus dans l’ordre [de la nature] qu’eux… (…) Je pense qu’il est temps de dire : Assez. Nous avons trop demandé pardon et nous le faisons encore à la messe [allusion au Confiteor] tous les jours que Dieu fait. Que les anglicans pensent à le faire, d’autant que nombre d’entre eux ont décidé de passer au catholicisme. Maintenant je souhaite que nous n’embarquions pas une bonne dose de gays. (…) [À propos des affaires de pédophilies] Je considère que c’est majoritairement… une… attaque sioniste, étant donné sa puissance et son raffinement, ils ne veulent pas de l’Église, ils en sont les ennemis naturels. Au fond, historiquement parlant, les Juifs sont déicides. (…) [Le « lobby gay » fait-il partie du complot ?] Je n’en doute pas : eux aussi, quand ils le peuvent, ils tirent sur l’Église. Il faut traiter ceux qui ont seulement des tendances homosexuelles avec délicatesse et sans colère. [?] Mais ils doivent accepter sereinement leur croix et la maladie avec une sainte résignation. D’autres, par contre, pratiquent leur homosexualité et s’en vantent même. À ceux-là je dis que même les animaux respectent l’ordre de la nature et eux, non, de ce point de vue, mieux vaut la soumission des animaux aux nécessités de la nature. (…) [À propos de l’homosexualité] C’est un vice obscène, une chose qui dénote un manque d’équilibre et une violation de la nature. (…) [Faut-il donner la communion à un homosexuel ?] « La communion, certainement pas. Pour les funérailles, si nous devions appliquer le droit canon, je dirais non, mais des fois les parents vous demandent l’impossible et veulent une Église qui fonctionne à l’argent. Bien sûr, il faut toujours faire prévaloir la miséricorde pour ce qui est du suicide et je crois qu’il est juste de donner une sépulture religieuse [aux suicidés]. Mais pour l’homosexuel qui a outragé publiquement l’Église et l’ordre éthique, je dirais non. » Monseigneur Giacomo Babini, évêque à la retraite, interview donnée au site catholique extrémiste Pontifex Roma, 9 avril 2010.

Par Daniel C. Hall - Publié dans : MOTS : Citations philes et phobes
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Mercredi 14 avril 3 14 /04 /Avr 16:07

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Par Daniel C. Hall - Publié dans : VISUELS : Les affiches et pubs roses
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Mercredi 14 avril 3 14 /04 /Avr 11:06

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Jean-Louis Garac vit à Nice et est passionné par la littérature et la poésie, l'art et le cinéma. Il aime également écrire sur des sujets divers des « billets d'humeur ». Il possède une maîtrise de lettres modernes et son sujet de mémoire a été consacré à Colette. Il tient un blog personnel d’une excellente qualité et participe au fonctionnement de plusieurs associations. Jean-Louis, qui n’est pas responsable du titre de sa chronique (c’est un mauvais jeu de mots, spécialité du chef Daniel C. Hall), entre avec classe dans la grande famille du blog Les Toiles Roses

 

02.

NOUS « HOMOPHOBISSONS » ET D'AUTRES SONT CONDAMNÉS !


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« Toutes choses sont dites déjà ; mais comme personne n'écoute,

il faut toujours recommencer. » Gide, Traité du Narcisse.

 

Il ne se passe pas une semaine sans qu'on rapporte en France via les medias ou dans différents cercles, car tous les incidents ne sont pas relatés, des faits liés à l'homophobie. Il y a peu, c'est une agression bête et violente touchant un couple gay s'embrassant dans la rue à Nice et qui a donné lieu à quarante-cinq secondes à la télévision sur France 3, ; mais aussi c'était des policiers cannois inquiétés par leurs collègues pour leur homosexualité, parfois c'est le pari d'êtres stupides et médiocres qui se payent la tête du gay de service à coups d'insultes gratuites et de sous-entendus médisants sans que nul témoin ne bronche et sans que cela n'inquiète non plus les responsables d'une hiérarchie insaisissable ou les dirigeants indifférents d'une entreprise.


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Nous « homophobissons », si j'ose écrire en mariant le mot homophobie au verbe subir, un peu tous les jours, directement ou indirectement. Pourquoi en 2010, sous nos latitudes, donc bien loin des 80 pays arriérés qui pratiquent une homophobie légale et souvent terrible, devons-nous continuer ici à refaire sempiternellement les mêmes démarches pour appeler et réveiller les pouvoirs publics sur ces questions de violence quotidienne et demander une application totale de la loi afin que nous soyons tous sur le même pied d'égalité (un mot constitutionnel) afin que notre droit français puisse être en harmonie avec la plupart des lois des pays européens sur les questions LGBT (mariage, adoption et homoparentalité) ?

Il est vrai que certaines avancées du droit depuis une dizaine d'années ont commencé à modifier en profondeur la mentalité de nos contemporains, mais ces avancées sont loin d'être égalitaires sur le territoire français : selon la personnalité des politiques locaux, le verdict rendu par les tribunaux, et notre zone d'habitation...


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Il existe aussi des garde-fous comme la sensibilisation ou la formation pour lutter contre toutes les formes de discriminations dont celles liées à l'homosexualité ; mais ces belles paroles sont restées trop souvent, faute de volonté ou de crédits, des vœux pieux inscrits sur des règlements ou des lois mais totalement inappliqués dans les écoles, dans les collèges ou lycées, dans les universités, dans les grands organismes et dans les prisons où pourtant ces actions devraient être menées prioritairement.

Saluons ici un syndicat comme la CGT qui a commencé dans ma région à soulever ces problèmes sous l'angle des comportements homophobes au travail.

Combien d'agressions et de morts faudra-t-il pour enclencher en France une réflexion profonde sur ces sujets d'exclusions et de violences ? Les pratiques semblent plus systématiques dans les pays anglo-saxons avec l'apprentissage des différences et du respect de l'autre ! C'est essentiel de le faire dès le plus jeune âge, c'est tout simplement l'éducation ! Mais la moindre vaguelette continue à faire peur comme le film Le Baiser de la lune, qui ne m'apparaît pas pourtant d'une grande clarté sur la question homosexuelle...

Notre société est encore plombée par des questions de religions, par une « morale » dépassée qui est même devenue la seconde peau de certains politiques n'ayant ni programme ni idées mais qui jouent les référents d'un ordre aussi obsolète qu'imaginaire, « le roi est nu » mais on s'habille comme on peut... En permettant le pacs, en autorisant les établissements ouvertement gays, en punissant l'homophobie, la loi dit quelque chose, mais en refusant que le mariage puisse s'appliquer à tous comme également le refus du droit à l'adoption et à une vie homoparentale, on dit plutôt le contraire. Difficile après d'expliquer aux gens pourquoi les gays et lesbiennes doivent être respectés pour ce qu'ils sont, c'est-à-dire des hommes et des femmes libres qui assument librement ce que la nature a créé.


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Je parle de « Nature » à dessein car c'est justement l'argument numéro un des homophobes : nous sommes contre-nature ! Et bien non, on appartient à cette nature comme les autres vivants de cette planète qui peuvent être homosexuels ; il y a plus de quatre-vingts ans, Gide écrivait son livre Corydon, il faudrait d'urgence le faire lire aujourd'hui à tous ces aveugles et ces sourds !!!

Parmi les livres à proposer au grand public et à faire lire d'urgence pour entamer une réelle sensibilisation contre l'homophobie ici et ailleurs, il faut se référer au très poignant livre de Philippe Castetbon, Les condamnés, sorti aux éditions H&O cette année. Quel tour d'horizon de la bêtise humaine, invoquant Nature et Loi Divine pour assouvir ce que l'homme sait en fin de compte si bien faire : nuire à son prochain… à son prochain homosexuel en l'occurrence !

En parcourant les témoignages, rapportés par Castetbon, de ces personnes qui ne peuvent vivre ce qu'ils sont au fond d'eux-mêmes, certains comprendront peut-être toute la détresse, la lucidité, la profondeur de réflexion, le courage de ceux-là mêmes qui doivent subir en silence leur propre reniement au nom de la majorité bien pensante.

Soulignons que ceux qui cherchent à humilier et combattre les homosexuels sont aussi très souvent les mêmes qui bafouent les droits de la femme...

Chez nous aujourd'hui, c'est au détour d'une rue, dans un parc, au travail, que ce droit d'être ce que vous êtes va vous être refusé par une ou plusieurs personnes : parfois des sourires narquois, des paroles basses et des rires derrière vous, parfois des mots cinglants, parfois des coups, parfois des comportements hystériques d'hommes ou de femmes que vous croisez qui, telle l'inquisition jadis, violent votre univers, parfois des coups mortels…

Oui cela commence à bien faire de supporter ces mal formés de la tête et du cœur qui plongent d'une main dans la boue des croyances remplies de cadavres et d'interdits et de l'autre essayent de vous déchirer et de vous refuser le droit de vivre, de peur peut-être de voir leur propre désert intérieur…

 

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Interview de Philippe CASTETBON

Journaliste et photographe, auteur du livre Les Condamnés


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Philippe Castetbon, par l’intermédiaire des éditions H&O que je remercie vivement, a bien voulu répondre à quelques questions sur son dernier livre.

 

« Nous devons mener un combat contre la société, les traditions,

la religion et même notre mémoire. » Témoignage extrait du livre précité.

 

Jean-Louis Garac : Vous racontez en avant-propos comment ce livre s’est réalisé au fur et à mesure des contacts via les sites de rencontres sur Internet, cependant combien de temps vous a-t-il fallu pour engranger toutes ces informations et ces témoignages ?

Philippe Castetbon : J’ai eu l’idée et l’envie de ce projet en août 2007 lorsque je me suis inscrit pour la première fois sur un site de rencontres (où je ne suis resté qu’un mois). Puis, cette idée est restée en sommeil dans mon esprit, j’y pensais régulièrement sans jamais me lancer dans sa réalisation. Je dois préciser que dès le départ je savais exactement ce que je voulais : une photo du visage caché, un texte personnel de témoignage et la phrase « Dans mon pays, ma sexualité est un crime » traduite dans la langue natale de chaque participant au projet. Ce titre « Dans mon pays, ma sexualité est un crime » me plaisait beaucoup et il faisait sa place petit à petit dans ma tête. Et je voulais vraiment recueillir des photos, pour présenter un travail d’abord basé sur l’image, puis sur le témoignage.

Et un jour, le 14 novembre 2008, je crois, j’ai eu envie de voir si ce projet pouvait devenir réalité. Je me suis inscrit à nouveau sur un site Internet, après avoir dressé une liste des pays qui condamnent l’homosexualité féminine et masculine, et j’ai commencé à contacter des gars connectés, pays par pays, en leur expliquant mon projet.

Finalement, j’ai travaillé sur ce projet pendant un an, le dernier témoignage, celui du Guyana, est arrivé en novembre 2009, alors que tout était presque terminé.

Les sites de rencontres par Internet semblent jouer un rôle très important pour que ces personnes puissent vivre leur identité homosexuelle/homosociale, certes clandestinement…


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Pensez-vous qu’ils peuvent ainsi mieux se connaître, se retrouver, « vivre » un en peu en quelque sorte et ne pas renier leur dignité ?

Je pense, oui, que les sites de rencontres par Internet ont une place importante pour les homosexuel(le)s qui vivent dans des pays où leur sexualité est considérée comme un crime. Il permet de discuter, d’échanger avec les autres, de se rencontrer, d’avoir des relations sexuelles ou bien de vivre de vraies histoires d’amour. Dans ces pays-là, souvent il n’y a pas de bar, pas de boîte, pas d’association, pas de lieu extérieur pour se rencontrer. Donc, Internet reste l’unique moyen pour ne plus se sentir seul et découvrir que d’autres femmes, d’autres hommes sont aussi dans cette situation, obligés de se cacher et de mentir. Mais, il faut éviter les pièges et rester très prudent car parfois les rencontres suite à un échange par Internet peuvent être dangereuses et sont un piège tendu pour arrêter ou tuer la personne.


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Ces personnes sont-elles restées en contact avec vous depuis ?

Oui, je suis toujours en contact avec eux. Pas avec tous, bien sûr, mais pour la plupart, nous continuons à échanger des messages, je les informe de ce qui se passe ici en France autour de l’exposition et du livre, je leur envoie les liens vers les sites des journaux où on peut voir leur photo. Nous échangeons ensemble depuis des mois maintenant, ils se sont investis dans le projet, ont trouvé du temps pour se prendre en photo et écrire un texte, donc des relations se sont créées. Et j’en ai rencontré certains, à Paris par exemple.


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Avez-vous pu rencontrer certains de ces garçons dans leur pays ?

Non, je ne suis pas allé dans leur pays pour les rencontrer, ni pendant la réalisation du projet, ni depuis que le projet est terminé. Mon objectif était de réaliser ce travail entièrement par Internet, sans les rencontrer. Je voulais rester dans le strict cadre de la rencontre par Internet, contacter des hommes connectés en même temps que moi, chacun dans son pays. Je souhaitais que chacun puisse s’exprimer comme il le voulait, comme il en avait envie, que ce soit pour la photo ou pour le texte de témoignage. Mon envie était de leur donner la parole directement.


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Quelques garçons semblent avoir pu sortir de ces pays pour venir en Europe, comment vivent-ils depuis si vous avez gardé le contact avec eux et sont-ils maintenant réellement en sécurité ?

La phrase qui revient toujours est : « Je suis enfin libre ! » Donc, je pense que quitter leur pays est une vraie libération et la fin de la peur, pour pouvoir être enfin soi-même, en toute sécurité.

Certains intellectuels, comme Abdellah Taïa, d’origine marocaine, témoignent aujourd’hui courageusement aussi de leur « identité » ou essayent de faire progresser les mentalités de leur société.


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Avez-vous reçu leur soutien ou les avez-vous contactés ?

Abdellah Taïa est venu voir l’exposition car, sans le connaître personnellement, je l’avais invité par l’intermédiaire de son site Internet. Comme je le trouve très courageux dans sa démarche et comme j’aime ses livres, j’ai eu envie de l’informer de mon travail. Je crois qu’il a apprécié ce projet, car il sait ce qu’est la vie faite de mensonges pour cacher son identité, il sait, comme d’autres, ce qu’est la solitude quand on découvre sa différence, une différence rejetée par la société et condamnée par la loi. Des amis, qui ont aussi décidé de venir en France pour vivre en paix, m’ont dit qu’ils avaient ressenti les mêmes choses quand ils étaient dans leurs pays.


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Ce livre que vous sortez aux éditions H&O est aussi très « politique » car il dénonce les tortures morales et physiques employées contre des hommes (et des femmes aussi) qui veulent simplement être ce qu’ils sont dans ces pays, dont beaucoup restent des « partenaires » commerciaux et financiers de l’Europe et de l’Amérique du Nord. Comment ressentez-vous cela ?

Je crois qu’il reste encore beaucoup de choses à faire politiquement. Et que nous pouvons tous agir, pour essayer de changer les choses. Mais, nous le savons, les intérêts financiers passent toujours avant les êtres humains. Malgré tout, je pense que la liberté et le respect des droits de chaque individu, sont un combat nécessaire qu’il faut mener sans relâche. En trouvant des solutions pour faire pression sur ces pays afin qu’ils changent leurs lois.


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Un témoignage très intéressant est celui d’un homme de Papouasie, bisexuel, qui dit que les pratiques sexuelles et traditionnelles ont été dévoyées par des « mots étrangers » et par une morale chrétienne qui impose une vision du monde qui n’est pas celle des autochtones. Il persiste toujours ce qu’on pourrait appeler un colonialisme moral et religieux tous azimuts qui essaye de perdurer par tous les moyens. Vous semble-t-il, pour certains pays, y avoir des pistes d’évolutions favorables des mentalités vers plus de démocratie ?

Il nous faut rester optimistes. En France, le changement des mentalités est assez récent quand même. Tout cela prend beaucoup de temps. Je pense que l’évolution des mentalités se fera d’elle-même grâce, justement, à Internet. Car aujourd’hui on ne peut vivre isolé, chacun sait ce qui se passe de l’autre côté du monde. Même si certains pays ont la tentation, pour faire plaisir à la majorité de la population, de durcir les lois vers moins de tolérance (comme en Ouganda, par exemple), ils ne peuvent agir en toute impunité. Et la pression internationale, la mobilisation sur Internet, les échanges d’informations permettent de se mobiliser et d’agir pour éviter le pire. J’ai appris la semaine dernière que les « sodomy laws » des Fidji ont été abrogées, l’homosexualité n’est donc plus un crime dans ce pays ! Une bonne nouvelle...


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Faites-vous vous-même partie d’une association ou d’un organisme militant pour le droit des opprimés à travers le monde, comme l’ECPM ou Amnesty International par exemple ?

Non. Je préfère agir à ma façon. Je respecte et admire ces organismes militants qui font un travail formidable et nécessaire, mais je pense qu’il existe différents moyens d’action pour sensibiliser et informer. J’en ai choisi un autre.

 

Aujourd’hui quels sont les projets ou pistes de projets vers lesquels vous aimeriez porter votre attention ?

Je ne sais pas du tout, même si j’ai déjà quelques idées. Mais, actuellement, je m’occupe de la sortie du livre et de répondre aux différentes invitations pour accueillir l’exposition en France et à l’étranger.

 

Toute mon admiration et mon amitié à Philippe Castetbon pour sa gentillesse, sa disponibilité et pour l’intérêt qu’il a manifesté autour de ces projets d’articles.

 

Notes :

Accéder aux éditions H&O :

http://www.ho-editions.com/index.php?UID=2010021723394582.66.201.27

Bibliographie de Philippe Castetbon :

Ici est tombé, aux éditions Tirésias.

Vivre par terre, aux éditions Tirésias.

Nu, avec les photographies de François ROUSSEAU, aux éditions Fitway.

 

Les photos de l'article sont © D. R.

Les photos de l'interview sont © Philippe Castetbon et leurs auteurs. Tous droits réservés.

Daniel Conrad Hall remercie Henri et Olivier (pour leur cassoulet !) des éditions H&O.

Par Jean-Louis Garac - Publié dans : LA GARAC'ADEMY
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Mardi 13 avril 2 13 /04 /Avr 17:28

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« Nombre de psychologues, de psychiatres, ont démontré qu’il n’y a pas de relation entre célibat et pédophilie, mais beaucoup d’autres ont démontré, et m’ont dit récemment, qu’il y a une relation entre homosexualité et pédophilie. C’est la vérité, c’est le problème. » Monseigneur Tarcisio Bertone, numéro deux de l'Église catholique, cardinal secrétaire d’Etat, lundi 12 avril 2010.

Par Daniel C. Hall - Publié dans : MOTS : Citations philes et phobes
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Dimanche 11 avril 7 11 /04 /Avr 12:26


C'est Lech Kaczynski, le président polonais, au lit avec sa femme dans la chambre du Tupolev-154 présidentiel qui les emmène vers la Russie. Ils sont mariés depuis longtemps, leurs rapports sont devenus un peu routinier, alors histoire de varier, pour la première fois depuis qu'ils se connaissent, il décide de la prendre par derrière. Il lui fait son affaire vite fait bien fait, jouit comme un malade et s'endort repu, le sourire aux lèvres.

À quelques minutes de l’atterrissage, la femme demande à son mari s'il a bien dormi. Celui-ci ne lui répond pas, ne lève même pas les yeux vers elle.

La femme s'étonne :

— Mais qu'est-ce que tu as, Lech ? Tu as mal dormi ? Pourquoi tu ne me réponds pas ?

Et Lech Kaczynski de répondre avec haine :

— Je ne parle pas aux enculés !


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Par Daniel C. Hall - Publié dans : LA BLAGUE POURRIE DU JOUR
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Dimanche 11 avril 7 11 /04 /Avr 12:00
  
Visuel : (c) GayClic

Le retour de la revanche de la riposte de la contre-attaque de l'affreux barjojo...
[ATWT appartient à TeleNext Media et CBS]




Par Jag1366 - Publié dans : SERIE : AS THE WORLD TURNS (AINSI VA LE MONDE)
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Dimanche 11 avril 7 11 /04 /Avr 11:56

http://4.bp.blogspot.com/_SNWhINHHc3Q/SqBFx2GWzEI/AAAAAAAABC4/ex5p-8SlUSY/s400/LOGOPYSCAP.jpg


Les vidéos sont (c)
Univers-L.com
Les vidéos présentes et futures sont diffusées avec l'autorisation de
Isabelle B. Price et son équipe.
Par Isabelle B. Price - Publié dans : SERIE : LOS HOMBRES DE PACO
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Samedi 10 avril 6 10 /04 /Avr 12:08

Blogué par nos amis de Têtu : 

L'avion du président polonais s'écrase : l'homophobe Kaczynski est mort

Par Blaise Gauquelin samedi 10 avril 2010, à 11h11 | 358 vues

 

Lech Kaczynski, le président le plus ouvertement opposé aux droits des homosexuels en Europe, a péri ce matin, dans le crash de son avion en Russie.



Il y a des hasards sordides : Lech Kaczynski (photo) se rendait dans l'ouest de la Russie pour se recueillir sur les tombes de 22.000 officiers polonais, exécutés par la police de Staline lors de la seconde guerre mondiale. Le président polonais a péri, avec sa femme, sur les lieux mêmes du drame, dans l'épaisse forêt de Katyn, près de Smolensk, avec des dizaines de familles, venues pour participer à une cérémonie officielle, 70 ans après le drame.

L'émotion est très vive ce matin en Pologne, le dernier bilan faisant état de 132 mort dont plusieurs membres du gouvernement, des autorités militaires et bancaires du pays.
Parmi les victimes, Lech Kaczynski, catholique fervent, était connu des défenseurs des droits de l'homme pour être le dirigeant européen le plus fermement opposé à l'avancée des droits des homosexuels et des transsexuels en Europe. Opposé au traité de Lisbonne, il avait bloqué l'adoption par son pays de la Charte des droits fondamentaux en 2008 (lire notre article).


Loi homophobe et interdiction de gay prides

 
En 2007, avec son frère jumeau Jaroslaw, alors Premier ministre, il avait souhaité instaurer une loi interdisant «la propagande homosexuelle dans les écoles». Opposé à l'égalité entre couples homosexuels et hétérosexuels, il avait interdit, à deux reprises, des gay prides à Varsovie, lorsqu'il était encore maire de la capitale.

Lech Kaczynski avait été élu à la présidence de la Pologne en 2005 (lire notre article).

 

Photo AFP

Par Daniel C. Hall - Publié dans : URGENT : Gays, militants et résistants !
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Samedi 10 avril 6 10 /04 /Avr 10:56

 

Par Daniel C. Hall - Publié dans : VIDEOS : Lutte contre l'homophobie
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Samedi 10 avril 6 10 /04 /Avr 07:38
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Gay comme mon nom ne l'indique pas, et juif comme mon nom ne l'indique pas non plus, je suis tombé tout petit dans une marmite de BD (BD, pas PD !). Depuis, j'ai noirci des milliers de pages de personnages plus ou moins étranges. Depuis cinq ans, je suis chroniqueur du site Unificationfrance.com auquel je livre chaque semaine un dessin. Concerné par la cause LGBT, c'est avec plaisir que j'ai rejoint l'équipe de Les Toiles Roses, blog auquel je participerai avec mes « p’tits miquets ».

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2010 : L'Odyssée de l'espèce (1)

 

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Ainsi parlait Zarozenbergheustra...


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Du danger de trop regarder les Télétubbies... (mouarffff !)

petitgris1.jpg Alienpiss

Voir toutes les rencontres

TO BE CONTINUED...
Par Hugo Rozenberg - Publié dans : DESSINS : Rencontres de tous les types
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Jeudi 8 avril 4 08 /04 /Avr 17:14

« Le site Les Toiles Roses nous donnent leur vision de Jésus !

Bien sûr, elle est leur est propre et, non pas transgénique, mais vous le devinez : transgenre ! Ainsi, dévirilisé, biaisé, hermaphrodisé, gayfiée, gayfrendlydisé, Le Christ devient fréquentable et non plus l'objet de leurs vindictes de Gays révoltés de "gôche". De plus, il louche, est-ce pour plaire aux bigleux du monde entier ? ET se faire adopter par la comunnauté biglophile ? Ils ne crachent pas dessus, c'est déjà beaucoup... Alors que le dessinateur du site, Rozenberg, ne cesse de tirer sur l"église pédophile"- qu'on lui rappelle en passant, puisqu'il se réclame d'être Juif ("bien que son nom ne l'indique pas"  dit-il, Sic) le nombre élevé de cas de pédophilies chez les rabbins, non médiatisés - les Gays eux-mêmes ont peut-être considéré que trop de Christophobie affichée leur nuirait. Tactique ? (d'autant que plus de 80 pour 100 des cas de pédophilie sont de nature homosexuelle, donc ce n'est pas un site pro-Gay qui va dénoncer cela, sinon, où allons-nous ? Chacun voit le monde par le bout de sa lorgnette.)

Cela dit, L'image du Christ, au-delà de sa composante religieuse, nous est toujours apparue être celle d'un Homme ayant parfaitement intégré sa composante féminine. Adam et Eve, symboliquement, réconciliés en Lui avec Dieu-le-Père...

On fera aussi remarquer que si la Vierge Marie est chaste et pure, le Fils l'est tout autant, ce que l'on souligne moins : en revanche, il boit du vin et il mange. Ce qui est bien !

Certains vont sourire, certains vont frémir en lisant cet article, qui, au moins, resoulignons-le, n'est pas incendiaire... C'est d'ailleurs ce que beaucoup d'athées, d'agnostiques anti-cléricaux radotent "Le Christ est Sympa" (nous résumons), en revanche, son Eglise, ils la maudissent. Curieux que les mêmes aient si peu à dire sur les horreurs contenues dans d'autres textes "sacrés" tels le Talmud... » Article (reproduit sans corrections de notre part) de notre meilleur ennemi de la réacosphère LE GOFF, 8 avril 2010. Le lien vers l’article de Papy Potter est de mon fait.

Par Daniel C. Hall - Publié dans : MOTS : Citations philes et phobes
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Jeudi 8 avril 4 08 /04 /Avr 16:38



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Le Père Docu s'appelle Gérard Coudougnan, il est né en 1962 et a pour qualification « enseignant-documentaliste », vous savez la dame qui râle au C.D.I. (centre de documentation et d'information) : c'est lui. Pour des raisons indépendantes de sa volonté, il est en ce moment éloigné de son lieu de travail habituel mais a toujours un C.D.I. (contrat à durée indéterminée) avec les bouquins pour qui il a une vraie A.L.D. (affection de longue durée).

Au hasard de ses lectures, il a croisé Marc-Jean Filaire puis Môssieur Daniel C. Hall (« The Boss ») qui lui a proposé de regrouper ici quelques « recensions » d'ouvrages à thématique LGBT.

Toute remarque, toute suggestion sera la bienvenue. Les avis, sous forme de commentaires, pour échanger des points de vue encore plus !

La bibliothèque rose est ouverte… vous avez lu Le Club des Cinq d'Enid Blyton ? Claude, le « garçon manqué » est peut-être alors votre première rencontre avec une petite lesbienne ou une future transgenre ? Ah bon, vous n'avez pas connu les Bibliothèques Rose et Verte ? Qu'importe, entrez (couverts !) ici et faites ce que vous voulez entre les rayons, ne soyez pas sages ...

 

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Colette FELLOUS, Pour Dalida, Flammarion, 2010, 134 p., 16 €.

 

Dalida. Encore ? Oui, encore et toujours.

Mais pas une biographie, pas un produit commercial dont Orlando a le secret et grâce à qui l'Italienne de naissance égyptienne (c'est vrai, c'est vrai) est connue d'adolescents qui n'étaient pas nés le jour de son suicide le 3 mai 1984.

Pas un roman non plus.

Colette Fellous, femme de lettres et de radio (1) nous offre une romance, comme indiqué sur la couverture de ce livre qu'il est impossible de lire sans fredonner.

Cette romance est le lien tissé par l'auteure entre deux femmes, sa mère et Yolanda Gigliotti. Avec des points de départs communs, une enfance arabo-méditerranéenne, à Tunis pour l'une, au Caire pour l'autre et dans des milieux cosmopolites où l'on parlait mal plusieurs langues que l'on mélangeait dans la même phrase comme on bat un jeu de cartes.

Colette Fellous a plusieurs atouts dans son jeu : un style qui nous emporte en nous prenant par la main, comme un bambino, bambino, nous rapprochant de sa mère et d'elle-même avec un lien récurent, Dalida, la reine de cœur brisé.

Que fait ce titre dans la bibliothèque rose ? Il est là parce qu'il n'y a pas à avoir honte de certains clichés, et que si une discussion au sujet de Mylène Farmer a enflammé le blog, avec Dalida ce sera plus romantica, romantique et bohème.

Dans le Dictionnaire Gay (2) on lit à l'article « Les divas des gays » un sous-article Dalida qui remplit une page entière : « ...Le côté dramatique et excessif de son tempérament théâtral, longs cheveux et robes parfaites d'excentricité mesurée, sa voix chaude, emplie de roulades qui en font le charme, son sens de la mise en scène sur fond de paillettes et de strass, ainsi qu'un répertoire où l'amour malheureux, la nostalgie de l'amour, l'amour des jeunes et beaux mâles (Il venait d'avoir dix-huit ans) tiennent une place essentielle et lui ont attiré la sympathie d'un public gai en connivence avec sa vie sentimentale mouvementée, faite d'une suite de drames, d'échecs, d'amours fous et de douches froides.... »

Colette Fellous fait de Dalida l'inséparable complice d'une relation d'amour mère-fille qui laisse une large place à ces éléments de connivence.

Biographie de style aquarelle, désordonnée, plus axée sur les sentiments que sur la chronologie, elle offre le plus bouleversant témoignage sur une voix qui ne cesse d'agir sur les cœurs de milliers de Gigi à qui elle peut encore manquer.

 

(1) interviewée au sujet de ce livre dans Têtu n°154, avril 2010, p.32

(2) Lionel Povert, Dictionnaire Gay, Jacques Grancher, 1994, 483 p.

 

POUR EN SAVOIR PLUS :

Sur Iolanda Gigliotti : http://fr.wikipedia.org/wiki/Dalida

Le site officiel : http://www.dalida.com/

Colette Fellous parle de son livre avec Paula Jacques dans l'émission de France Inter «Cosmopotaine » le 14 mars 2010 http://sites.radiofrance.fr/franceinter/em/cosmopolitaine/

 

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Olivier DELORME, L’Or d’Alexandre, H&O éditions, 2008, 444 p., 23 €.

 

Un roman EXTRAORDINAIRE pour les lecteurs du blog Les Toiles Roses. Résumons et frappons les trois coups : coup de maître, coup de cœur, coup de foudre !

En parcourant la quatrième de couverture, on comprend assez vite que le trésor chèrement acquis par le Louvre n'est pas forcément authentique… Pourtant, ce sont de véritables pépites, invisibles au premier regard, que recèle le roman d'Olivier Delorme. Il faut attendre la page 88 pour se demander ce qu'est ce fauteuil dont parle Philippe, « en or massif monté sur roulettes en diamants ». Oui, l'un des héros de ce livre est un « c6-c7 », tétraplégique suite au « crash » qui a scindé sa vie en deux parties. Avec son compagnon Stéphane et son auxiliaire de vie Malika, ils mènent une longue enquête donnant lieu à de véritables cours de mythologie antique, de histoire de l'art de la Renaissance et d'histoire contemporaine et à d'intéressants développements sur les techniques de la contrefaçon ou l'art du boursicotage !

Olivier Delorme nous avait dans La Quatrième révélation (H&O, 2005) amenés à découvrir un Saint Paul assez étonnant, personnage trouble à qui la morale judéo-chrétienne doit beaucoup de son obscurantisme, dont fait partie l'homophobie. Ici, ce sont tous les esprits étroits autant chrétiens que musulmans (famille de Malika) qui vont en prendre pour leur grade !

L'auteur, de sa rencontre avec Michel Robert, lecteur tétraplégique à qui il dédie son livre, a su faire un portrait sincère, cru et profond d'un être humain physiquement diminué, mais humainement éblouissant, dans ses doutes comme dans ses ambitions. Numismate de formation, Olivier Delorme frappe ici un écu d'or dont l'avers s'appelle Philippe et le revers Stéphane. Philippe, sur sa « tatamobile », transcende ce roman, dont Stéphane est le principal acteur, Indiana Jones à l'esprit et au cœur puissants et sensibles. La sincérité et la force de leur relation laisseront rêveur plus d'un handi célibataire. Couple fidèle mais pas exclusif, ils en feraient presque oublier la qualité de l'intrigue et ses multiples rebondissements, qui finissent dans une clarté dont on avait pu douer à certains moments !

Avec une lucidité et une crudité rares, sans aucun pathos (on n'est pas dans un roman de Guy d'Esquarres !) le lecteur peut, sous le prétexte d'une énigme politico-policière riche en liens avec l'actualité, se mettre dans la peau d'un « invalide » et de son compagnon : leurs ennemis ne se limitent pas à de dangereux trafiquants ou à des faussaires chevronnés. Plus pervers et pernicieux sont les regards déplacés, curieux, peureux, homophobes, bien pensants culs-bénits, les proches qui « s'évaporent » face au handicap ...

Ce handicap n'occupe explicitement que quelques pages du livre, mais son essence imprègne presque chaque page et on peut facilement savoir si c'est Philippe ou Stéphane qui est le narrateur, tant leur vécu est finement transcrit dans leur pensée et dans leurs actes.

Érudit mais jamais ennuyeux, Delorme passionnera ceux qui ont une curiosité pour l'histoire et l'archéologie. Il touchera tous ceux que concernent le handicap et l'homosexualité dans un subtil cocktail à la saveur inoubliable.

L'ouvrage est un bel objet : 14,5 x 22 cm, 444 pages, c'est un cadeau de 23 € à se faire ou à suggérer... À lire pour soi, à relire à haute voix à son compagnon, à prêter à ses amis, ses soignants, son kiné ou à sa famille… en s'offrant un luxe suprême : se demander ceux à qui on va passer ce bouquin en donnant la clé « c6-c7 » et ceux à qui on laissera la surprise, le choc !

 

POUR EN SAVOIR PLUS : 

Editeur : www.ho-editions.com

Auteur : www.olivier-delorme.com/presse/presse_or.html, site chaleureux et convivial à partir duquel on peut naviguer vers les différents commentaires, strictement littéraires mais aussi à dominante handi ou gay.

Sexualité des blessés médullaires : www.c5c6csex.com

 

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Jean-Louis RECH, Mathéo et Julien, Montréal, PopFiction éditions, collection "Homonyme", 2009, 108 p., 14 €.

 

Jean Louis Rech s'est fixé un défi de taille : transposer en une centaine de pages Roméo et Juliette au XXIe siècle, entre deux jeunes hommes parisiens.

Cet auteur de nouvelles homoérotiques déjà publiées chez le même éditeur, ainsi que chez H&O, est un fin narrateur de scènes que les règles de la morale ou, selon les lieux, de la censure, interdisent aux moins de dix-huit ans.

Il n'y en a aucune dans ce roman qui reste très pudique au moment des ébats de Mathéo et Julien. C'est sur un registre plus sentimental et social que se situe l'action : comment vivre un amour entre Julien, un jeune lycéen fils de notable parisien et Mathéo, jeune enseignant sans autre statut social que celui de professeur de musique dans un autre lycée que celui de Julien ?

Le contexte familial, tout comme celui du lycée de Julien n'est pas vraiment gay-friendy mais on échappera à la rivalité Montaigu/Capulet pour rester dans une tonalité plus contemporaine... même si le dénouement peut sembler, en 2010, un peu excessif...

Un honnête moment de lecture sans ennui ni emballement.


Note de Daniel C. Hall : Si les éditeurs ou les auteurs (auto-édités ou non) souhaitent envoyer un service de presse à Gérard en vue d’une critique sur ce blog, merci de prendre contact avec le chef Daniel C. Hall qui vous communiquera ses coordonnées : lestoilesroses@hotmail.fr.



TO BE CONTINUED…

Par Gérard Coudougnan - Publié dans : LA BIBLIOTHEQUE ROSE
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Mercredi 7 avril 3 07 /04 /Avr 10:45


de  Nico Bally

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NEFERTITI ONE

 

Nico Bally a publié une multitude d'histoires étranges sur divers supports, du webzine à l'anthologie, en passant par le livre photo-musical.

Après avoir sillonné les villes les plus exotiques et palpitantes du globe (Dunkerque, Manchester), il vit aujourd'hui à Lille où il fête tous les jours son non-anniversaire (trente ans tout rond) avec un lapin gay, une chatte blanche déguisée en chatte noire, et la fée Clochette.

En marge de l'écriture, il travaille comme contrôleur de contenu pour Recisio Music malgré de longues études en sciences, informatique et philosophie. Il respecte les lois du TATBAR (Touche À Tout, Bon À Rien) en s'adonnant à la photographie naïve, la musique noise-ambiant expérimentale, les courts-métrages DIY, l'auto-pornographie, le rot tonal et la peinture sur vélo.

Pour Les Toiles Roses, il élargit ses univers fantastiques-oniriques en développant les thèmes LGBT qu'il avait trop souvent mis de côté.

 

 

Extraits du journal de bord d'Elena Kirlian, passagère du Kobna5a.

 

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Ça enregistre ? OK. Ils auraient pu mettre un voyant rouge, un truc.

Bon, ça enregistre.

J'ai négligé le carnet de bord un peu trop longtemps. SysTem me demande de m'y remettre. Donc me voilà.

Je n'ai rien de plus à dire qu'au début du voyage. Je suis sensée parler de mon mal. Sous-entendu « mal de l'espace », j'imagine. De toute façon, ici, il n'y a que l'espace. Cinq ans qu'il n'y a que ça, le vide, des étoiles lointaines, et ma petite capsule, la fière Kobna5a qui me parle, me fait jouer, m'activer, me nourrit, éjecte mes déchets, et surtout me voit dormir douze heures par jour. Une capsule révolutionnaire qui doit être aujourd'hui obsolète sur Terre.

Comment parler de la solitude ? Surtout quand on y est encore ?

J'imagine mon avenir. Je me dis que je rirai plus tard de cette période, de ces années dans le rien. Mais plus le temps passe, plus il devient difficile d'imaginer autre chose qu'un infini noir et froid.

Si haut dans le ciel, plongée dans un coton sans fin... L'idée même de désert est transcendée pour s'annuler.

Voilà, je perds la boule.

Rien de grave, rien d'imprévu.

Je savais à quoi je m'engageais. Encore six ans comme ça et j'aurai la retraite la plus dorée qui soit. À peine trente ans et je serai la riche privilégiée, payée à vie pour n'avoir rien foutu d'autre pendant onze ans qu'être catapultée dans l'espace pour trois vérifications qu'un robot est incapable d'accomplir. Et je raconterai ça en riant, j'en suis convaincue.

Si ça se trouve, à mon retour, ils les auront conçus les robots assez balaises pour prélever quatre plantes et deux rochers et les ramener chez nous sans se perdre entre deux comètes.

Mais pour l'instant, c'est un boulot d'humain, enfin d’humaine dans mon cas... De bons à rien prêts à sacrifier onze ans de vie d'un coup plutôt qu'une quarantaine d'heures par semaine jusqu'à la ménopause. Ça me va. Mais c'est dur, ça devient long.

Rien de grave.

 

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J'abuse un peu trop du caisson de résurrection.

Oui, je sais. SysTem me l'a fait remarquer plusieurs fois. « Le caisson ne sert qu'à guérir des blessures et des maladies. » Bla bla bla...

Mais j’y peux rien, j'y vais quand j'ai un coup de blues. Y'a rien à remettre à neuf, mais j'en ressors plus fraîche quand même. C'est comme d'aller pisser quand y'a rien à pisser, mais on se sent plus tranquille après. Ou la douche quand on se sait propre. Enfin bon.

SysTem m'a dit de ne pas abuser. Ça pompe l'énergie du vaisseau. J'aurai l'air fine si on se prend une météorite et que je viens d'épuiser le caisson avec mes régénérations à vide.

Je regarde un peu l'espace. Même après cinq ans, je ne m'en lasse pas.

Je me suis mise à la poésie, mais je ne l'écris pas pour l'instant, je fais ça à l'oral, comme le carnet de bord, sauf que j'enregistre pas.

SysTem a cru que je m'adressais à lui, hier. Je disais quelque chose comme : « L'enfant immatériel emprunte souvent les chemins fleuris sans fouler toutefois les jours à venir. » Et cet abruti de SysTem qui me demande de répéter ma question !

Ça me fait du bien d'avoir un vaisseau rationnel avec qui parler, mais un interlocuteur ayant le sens de l'humour et de la poésie ne serait pas de trop.

Si un ingénieur écoute mon carnet, qu'il le prenne en note : sens de l'humour et de la poésie ! C'est vital.

Parce que les amis virtuels du « module ludique » sont plutôt limités, pour ne pas dire débiles.

Bon, c'est l'heure de faire mes exercices.

 

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SysTem a repéré un objet. D'ici, on dirait une dalle épaisse… ou une brique immense.

On saura ce que c'est dans deux jours, on fait cap vers lui.

D'après SysTem, ça ne peut pas être un vaisseau abandonné. Mais il lui arrive de se tromper. Il a déjà cru voir une comète nous foncer dessus, et finalement rien, rien de rien...

J'ai évoqué la possibilité d'un appareil extra-terrestre, et il m'a rappelé que les humains étaient définitivement seuls dans l'univers. Le pauvre est incapable de rêver.

 

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L'objet est là ! C'est dingue !

C'est une femme !

Dans un cercueil…

Ou plutôt un sarcophage ?

Un sarcophage de verre…

Une Belle au Bois Dormant de l'espace ?

C'est écrit « Nefertiti One » dessus. Je répète en articulant N.E.F.E.R.T.I.T.I… O.N.E... On dirait le titre d'une chanson.

Elle est superbe, tellement bien momifiée qu'elle semble seulement endormie.

Mais elle est bien morte. Depuis plus d'un siècle, apparemment.

SysTem a analysé la signature gravée sur le sarcophage : « Innovative Icon Laboratoires ».

Ces abrutis sont les premiers industriels à avoir lancé quelque chose de non-scientifique et de non-rentable dans l'espace. Ils ont envoyé une femme pour démontrer aux extra-terrestres comme l'humanité est belle.

Des dingues !

Je ne sais pas si cette femme était volontaire ; s'ils ont attendu qu'elle meurt, ou si elle a été tuée pour ça. Elle semble avoir une trentaine d'années… à peine…

La conquête de l'espace avait tout juste commencé que ces idiots balançaient un cercueil chromé vers les étoiles, en espérant être les premiers à s'adresser aux extra-terrestres.

Quelle réaction on aurait eu, sur Terre, si on était tombé sur un cadavre de femelle alien tentaculaire ?

De la folie, bordel !

Je n'arrive pas à détacher mon regard de son visage. Des paupières closes sur le plus profond des sommeils qui soit.

Elle a les cheveux coupés courts, noirs. Son corps est parfait, comme sculpté dans le marbre. Elle est nue.

SysTem m'a demandé de la renvoyer (enfin de L’ÉJECTER !) dans l'espace, sous prétexte qu'elle était légalement la propriété d'une agence débile qui a sûrement fermé ses portes il y a des années ! Ou des dizaines d’années !

Quel con ce SysTem ! Je l'ai ignoré. Il ne peut pas la renvoyer sans mon aide, de toute façon. Pour l'instant je la garde.

 

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J'ai eu du mal à dormir. Je me suis relevée pour me rafraîchir… Ouais, bon, dans le caisson de résurrection, j’avoue…

C'est là que j'ai eu l'idée, la grande et meilleure idée : RESSUSCITER NEFERTITI ONE !

SysTem a fait son rabat-joie, comme d'habitude. Soi-disant que le cerveau est mort depuis trop longtemps… Et que même si le cœur peut (théoriquement) battre à nouveau, je n'obtiendrai qu'un légume... Et bla bla bla… Bla bla Bla…

Rien à foutre, ça vaut le coup d'essayer.

J'ai brisé le verre du sarcophage et j’en ai sorti Nefertiti. Son corps est lourd et flasque. Une impression de vide, de rien… Comme l’espace.

Je l'ai placée dans le caisson. Et merde à SysTem !

Sa peau a reprit quelques couleurs. Je ne m'étais pas rendu compte à quel point elle était… euh… grise ?

Mais toute l'énergie du caisson s'est épuisée sans pouvoir la ranimer.

Je dois maintenant attendre neuf heures avant que le caisson puisse fonctionner à nouveau.

Après plusieurs passages, elle respirera peut-être…

SysTem ! Ta gue…

[END]

 

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SysTem devient insistant ! Si Nefertiti revenait à la vie, nous serions trop à l'étroit. Le vaisseau ne peut fournir de l'oxygène et de la nourriture que pour une personne. L'écosystème interne s'épuiserait au bout de vingt-huit jours en cas, je cite, « d'invité surprise ».

Je dois choisir entre la renvoyer dans l'espace, ou tenter de la ranimer pour qu'elle meurt avec moi dans une trentaine de jours.

La deuxième résurrection n'a pas fonctionné.

 

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SysTem pense que je suis malade, que je devrais le laisser m'endormir un moment, puis suivre un programme spécialement dédié via le module ludique.

Je l'ai envoyé chier direct ! La troisième résurrection a fonctionné. Nefertiti respire.

Elle n'a pas encore ouvert les yeux, mais son cœur bat, elle respire. C’est ténu, presque imperceptible.

Je l'ai étendue sur la couchette. Je vais dormir un peu avec elle.

 

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J'ai avoué à SysTem que j'étais amoureuse.

Je ne sais même pas si c'est vrai.

Il m'a répondu que j'étais malade.

Malade.

J'ai pas envie de guérir.

J'suis pas malade.

Juste un peu fatiguée. J'ai du mal à me reposer avec Nefertiti juste à côté.

 

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Elle a ouvert les yeux.

J'en suis presque sûre.

Je l'ai regardée en souriant.

Elle semble très fatiguée.

Elle m'a légèrement sourit, je crois, puis s'est rendormie.

J'essaie de dormir aussi.

 

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J'ai éteint le son.

SysTem ne cessait de beugler des ordres en boucle.

Malade… malade… malade…

Il me parle via l'écran.

Je ne le regarde plus.

Je nourris Nefertiti.

Je l'ai lavée.

J'essaierai de lui faire faire quelques exercices quand elle tiendra debout.

Si elle y arrive.

Elle me regarde avec douceur.

Je ne suis pas malade.

La preuve ?

Je me sens ramollir dès qu'un sourire commence à se dessiner sur son visage.

Il faut parfois que je regarde longtemps pour le voir, mais je le vois… son sourire, vraiment.

 

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On dort, on mange, on se lave, on joue.

J’en suis sûre.

Je lui parle, elle m'écoute attentivement.

Je ne sais pas si elle me comprend.

Elle est encore malade…

 

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J'ai l'impression de vivre un rêve...

Je me rends compte seulement maintenant que je vais mourir dans quelques jours...

Je n'ai jamais été aussi heureuse...

Avec elle.

 

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SysTem disjoncte.

Il est malade.

Alarmes.

 

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Ce sont sûrement mes derniers mots.

Je ne sais pas quoi dire.

Nous allons mourir.

Toutes les deux.

Elle était déjà morte.

Avant ?

Maintenant ?

Plus que quelques heures.

Manque d'oxygène.

Mollassonnes.

Malades ?

Moi ?

Moi et elle ?

Je me sens... coupable.

Adieu ?

 

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Des larmes de joie.

Elle… bouge… plus…

Malade ?

Moi… J’aime… Je vais…


© Nico Bally – 2010.

Tous droits réservés.

Direction littéraire de la série : Daniel Conrad & Pascal Françaix,

avec l'aide de Gérard Coudougnan.


Lire les précédents petits contes
Par Nico Bally - Publié dans : PETITS CONTES DARK-EN-CIEL
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Mardi 6 avril 2 06 /04 /Avr 13:41

 

Fiche technique :
Réalisation : Alessandro Avellis & Gabriele Ferluga.
Durée : 80 mn. Disponible en VF.




Résumé :
La Révolution du désir est une exploration de la nébuleuse qui a donné vie aux mouvements de libération sexuelle en France et une interrogation sur le passage de la révolte à la normalisation des homos. Au travers des actions de commandos délirants et d’essais aux titres évocateurs (Le rapport contre la normalité, Trois milliards de pervers), s’esquissent les portraits de Guy Hocquenghem et de Françoise d’Eaubonne, intellectuels étonnants et partisans inconditionnels de la révolution du désir.
On y retrouve le philosophe René Schérer, Catherine Deudon, photographe du MLF, Carole Roussopoulos, cinéaste militante, Joani Hocquenghem, frère de Guy, Marie-Jo Bonnet, historienne, les Panthères Roses et d’autres intervenants.


Le travail d’Hystérie Prod. :
Les deux auteurs de ce film ont été captivés par l’aventure humaine et intellectuelle représentée par le FHAR (Front Homosexuel d’Action Révolutionnaire), ce mouvement décisif dans l’histoire des homosexuels français et européens.
C’est en 1971 que les homos parisiens descendent dans la rue pour la première fois, osant ainsi prendre part, à visage découvert, à une manifestation publique. Les slogans : « Notre corps est politique ! », « Famille = pollution », « Prolétaires de tous les pays, caressez-vous ! ». En quelques années, on oublie les vieux refrains, du genre « pour vivre heureux, vivons cachés », et avec une grande liberté le mouvement du FHAR rend visibles les homosexuel/les en France.Le film se concentre sur la lutte croisée des homos et des féministes, qui venaient elles aussi de faire leur coming-out avec le naissant MLF (Mouvement de Libération des Femmes). Dans leurs discours politiques, les femmes et les homosexuels se retrouvaient sur un terrain commun, la libre disposition du corps, et luttaient ensemble contre l’archaïque système patriarcal, qui les opprimait.


LE FHAR ?
Le FHAR fut principalement créé par des lesbiennes. Mal à l’aise dans un MLF centré sur des problématiques hétéro, elles cherchent un nouvel espace d’expression. Elles commencent alors à se réunir séparément et se font accueillir par le groupe homophile, mais légèrement misogyne, d’Arcadie.
Le moment déclencheur de la naissance du FHAR est représenté par le boycottage de l’émission de Ménie Grégoire sur RTL, en direct de la Salle Pleyel, le 10 mars 1971. Intitulée « L’homosexualité, ce douloureux problème », l’émission vire très vite à la digression homophobe décomplexée, ce qui pousse les lesbiennes et les quelques homos présents, à se révolter et à attaquer la célèbre présentatrice, qui se voit obligée à prendre la fuite.


Suite au succès de cette action et à son écho médiatique, le groupe féminin qui s’était constitué est rapidement élargi par l’arrivée de nombreux homosexuels, ce qui va petit à petit donner de l’ampleur au mouvement et permettre pour la première fois un changement radical de la vision du « douloureux problème » par la société. Soudain, on pouvait être pédé et gauchiste, tout en accusant la pensée unique bourgeoise des « hétéro-flics ».
Le MLF et le FHAR naissent des cendres de Mai 68, tout en se révoltant contre ce mouvement machiste qui avait refusé les amalgames avec des instances de libération sexuelle. Il a fallu trois ans aux membres du FHAR pour retrouver l’esprit qui les avait animés sur les barricades du Quartier Latin ou dans la cour de la Sorbonne. Des militants plus jeunes, des intellectuels, des écrivains et des anarchistes rejoignent le mouvement. On y croise Daniel Guérin, Jean-Louis Bory et Françoise d’Eaubonne, qui organise les premières réunions.


Guy Hocquenghem rejoint le groupe en cours de route et en devient assez vite une figure emblématique, par la rigueur de sa pensée et par la cohérence de ses théories révolutionnaires. Le FHAR exprime une philosophie en rupture déclarée contre la société bien-pensante de l’époque : la sexualité homo, centrée sur l’anus, peut détruire les schémas freudiens simplistes et castrateurs. La différence des homosexuels va être revendiquée et va devenir un model alternatif au couple hétéro et aux divisions de genre imposées par la famille procréatrice.
La pensée du FHAR demeure aujourd’hui révolutionnaire et garde intact son esprit provocateur. Toute une partie des réflexions développées en ces années-là, ont été trop vite oubliées. La tendance normalisante du mouvement gay et le bouleversement causé par le fléau du Sida ont beaucoup contribué à cela.
Au travers des extraits d’archives vidéo de l’époque, des journaux du FHAR (L’antinorm, Le fléau social, Sexpol) ou de ses essais (Le Rapport contre la normalité, Trois milliards de pervers), on découvre la face cachée d’une révolution culturelle explosive qui a déchiré les clichés sexuels de toute une génération. Un nouveau langage a vu le jour (« phallocrate », « cellule familiale »), toutes les mœurs secrètes ou refoulées pendant des siècles, sont devenues sujets de débats philosophiques et d’analyses sociales : la prostitution masculine, les lieux de drague, le sexe en plein air, les orgies et l’amour avec des arabes ou avec des jeunes éphèbes. Les salles des Beaux-arts, où les militant/es se retrouvaient tous les jeudis soir, deviennent très vite un lieu de séduction et de consommation sexuelle immédiate, un lieu de libération.


La conséquence est que aussi vite les revendications et les priorités politiques changent. Au fil du temps, les lesbiennes du FHAR se rendent compte que leur parole est limitée et que les combats divergent : au-delà de la base commune de l’acceptation sociale de l’homosexualité, elles luttent contre les oppressions qu’elles subissent même en tant que femmes, alors que les garçons se concentrent sur une liberté sexuelle, déculpabilisée et revendiquée. La séparation semble inévitable et le FHAR s’éteindra à petits feux.
« Le FHAR a été un feu follet », affirme un des intervenants du documentaire. Malgré ce constat, ce mouvement anarco-libertaire a déclenché au tout début des années 1970 une véritable révolution des mœurs et un incontestable changement d’horizon politique des homos français.


LES INTERVENANT/ES
La Révolution du désir recueille donc des témoignages inédits de protagonistes des mouvements de libération homosexuelle en France : René Schérer, philosophe et professeur émérite à l’Université Paris VIII, confie pour la première fois ses mémoires et partage avec nous ses souvenirs de l’existence courte mais intense de son disciple, Guy Hocquenghem. Joani Hocquenghem, son frère, nous permet de découvrir les côtés les plus intimes de cet écrivain dont les œuvres, étudiées aux États-Unis dans le cadre de la « Queer theory et des Gays studies », demeurent un peu oubliées en France. La cause de cet oubli remonte peut-être à sa « Lettre ouverte à ceux qui sont passé du col mao au Rotary » (1986), pamphlet où il osait critiquer l’intelligentsia parisienne des années Mitterrand. Anne Querrien, une des proches de Guy Hocquenghem, et Roland Surzur, son dernier petit ami, nous aident à esquisser le portrait de ce personnage-clef et à remettre en perspective ses écrits. Carole Roussopoulos, réalisatrice de films militants (FHAR 1971, dont les extraits ponctuent les propos des interviewé/es) et Anne-Marie Faure, cinéaste féministe, explorent avec nous la naissance de la vidéo, instrument qui a accompagné leurs luttes et a contribué à leur émancipation personnelle. Catherine Deudon nous explique à quel point son engagement féministe allait de pair avec sa passion pour la photo. Les moments marquants de la vie de Françoise d’Eaubonne, écrivaine récemment disparue, sont esquissés avec tendresse et nostalgie par ses proches, notamment Alain Lezongar, Marc et Magali Payen. Son humour reste vif dans l’évocation du célèbre commando saucisson ou dans les sourires de Marie-Jo Bonnet, historienne, ou d’Angelo Pezzana, un des fondateurs du mouvement gay italien, qui se souviennent de son engagement lors du sabotage du congrès de psychiatrie à Sanremo, en 1972. Un des amis de Françoise d’Eaubonne, André Piana, nous rappelle le rôle qu’elle a joué dans le combat féministe et dans celui des homos.


Le film poursuit sa recherche historique tout en se promenant régulièrement dans l’actualité et en cherchant une trace de cette rébellion dans un des jeunes groupes qui poursuivent ces luttes, les Panthères Roses. Leurs revendications transpédégouines contre l’ordre moral nous permettent de comprendre comment le message révolutionnaire de Guy Hocquenghem peut trouver un écho aujourd’hui dans les luttes altermondialistes et dans l’exploration des politiques du désir, au-delà du retour unilatéral à la conjugalité. Le but : faire sortir l’homosexualité de l’image patinée et marketing telle qu’elle est perçue dans la société et relayée par les médias.
Le film, présenté en avant-première lors du dernier Festival des films gays et lesbiens de Paris, a reçu un accueil très chaleureux. Le public, nombreux, tous âges confondus, a participé au débat très animé qui a suivi la séance.


LA PRODUCTION
Créée par trois auteures, Hystérie Prod est une société indépendante de production de films, dont la vocation première est de révéler et d'accompagner de nouveaux talents, de promouvoir un cinéma engagé à travers des courts-métrages, des longs métrages et des documentaires.
La Révolution du désir est un film historiquement très intéressant car il raconte une histoire marquante qui a eu une grande importance sur l’évolution des mentalités par rapport à l’homosexualité, mais également sur l’avancée des droits de la communauté homosexuelle. Mais qui aujourd’hui connaît le FHAR ? Peu racontée, mal connue, encore taboue, l’histoire des homosexuel/les reste malgré tout encore assez cachée. L’histoire a une importance énorme pour le mouvement lui-même, qui est toujours « en construction » et qui doit, pour avancer, connaître et analyser sa propre histoire.


GUY HOCQUENGHEM
À presque 20 ans de la mort de Guy Hocquenghem, survenue en août 1988, sort en Dvd un documentaire qui retrace le parcours de cet écrivain militant et journaliste dans le premier Libération.
La Révolution du désir – 1970, la libération homosexuelle de Alessandro Avellis et Gabriele Ferluga, suit le parcours qui a mené des jeunes rebelles de mai 68, au féminisme, jusqu’à la formation du FHAR (le Front Homosexuel d’Action Révolutionnaire). C’est aussi l’occasion pour rendre hommage à deux figures éminentes de ce mouvement, l’écrivaine et féministe de la première heure Françoise d’Eaubonne (récemment disparue), et le beau révolté, Guy Hocquenghem. Trop longtemps oublié, suite à ses attaques contre l’intelligentsia mitterrandienne des années-fric, cet essayiste anticonformiste revient à la mode dans les années 1990 aux USA, grâce à l’influence que son œuvre exerce dans l’élaboration de la théorie queer. Selon le philosophe Didier Eribon, cette théorie, née dans les départements de gay studies des universités américaines et vite répandue partout dans le monde, « peut être considérée comme une redécouverte à la fois des questionnements politiques et théoriques du FHAR et des critiques d’Hocquenghem à leur égard ». Dans son Désir homosexuel, suivant les pas de Deleuze et Guattari, ainsi que de son père spirituel et ami de toute une vie, René Schérer, Hocquenghem veut faire sortir la sexualité du triangle œdipien freudien et se concentre sur une sexualité anale comme élément d’indifférenciation des deux sexes : « notre trou du cul est révolutionnaire », écrira-t-il.


Guy Hocquenghem était surtout persuadé que l’homosexualité ne pouvait pas se concilier avec une normalisation sociale. Ce qu’il ne pouvait pas imaginer, c’était l’arrivée d’un virus terrible qui allait, par une ironie tragique, normaliser au cours d’une quinzaine d’année les homos en les montrant dignes d’humaine compassion aux yeux de la société bien-pensante. Ce même virus qui allait le tuer à l’âge de 41 ans, alors même qu’il commençait un parcours littéraire prometteur.


Aujourd’hui, les théories d’Hocquenghem reviennent d’actualité. Une conception révolutionnaire, ou du moins rebelle, de l’homosexualité demeure possible dans un monde globalisé, qui a conformé les homos aux lois du tout-marketing et de l’ultralibéralisme. S’opposer à la fausse tolérance de certains politiques, critiquer les magouilles électorales d’un Sarkozy qui, malgré les beaux discours, garde dans son parti l’homophobe Vanneste, ou d’un Delanoë qui inaugure en grande pompe la place du réactionnaire pape Jean-Paul 2, militer pour les droits des transsexuels, restent parmi les objectifs d’une partie du mouvement LGBT qui demeure combative et vivace. Dans le documentaire en question, les deux auteurs ont choisi de mettre en relation le FHAR avec les Panthères Roses (« Gouines et pédés à l’offensive » est un de leurs slogans) et de comprendre les influences des jeunes hyper idéologisés d’antan, sur les militants, peut-être un peu plus désabusés, d’aujourd’hui.


Parue en 1986, La « lettre ouverte à ceux qui sont passés du col mao au Rotary », de Guy Hocquenghem, montre un autre aspect de l’actualité de la pensée de cet écrivain. Le parcours des « nouveaux philosophes » giscardiens et des différents ténors du mitterrandisme sont examinés, entre souvenirs personnels des barricades de mai 68 et déclarations publiques, afin d'amorcer le portrait de l’élite d’une génération qui, en grande partie, a renié ses valeurs et qui est passée du pacifisme et des grands idéaux de cette jeunesse dorée au militarisme forcené, au soutien du nucléaire et du système ultra capitaliste. Guy Hocquenghem, lui, n’aurait pas été étonné de voir Kouchner dans le gouvernement Fillon/Sarkozy…
Pour plus d’informations :
Par Hystérie Prod. - Publié dans : FILMS : Les Toiles Roses
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Lundi 5 avril 1 05 /04 /Avr 11:03

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16.

QUAND JÉSUS EST UNE FEMME (PRESQUE) COMME LES AUTRES...

Papy Potter

 

Papy Potter est né en pleine folie hippie de parents qui ne l'étaient pas. Depuis lors, il vit au milieu de ses arbres avec son adorable pirate des trains, tout au bord d'un marais nommé « du ru d'amour ». À quelques kilomètres de là, s'étend une vaste forêt où il travaille. Dans le chaudron rose, comme il est devenu vieux (il a presque 40 ans) et que Moudulard a fermé ses portes depuis longtemps, il glose sur le lien sulfureux et amoureux liant les gays aux diverses spiritualités du monde.


Jésus ? Une femme ? Qu’est-ce qu’il va encore nous inventer, le chaudronneux ? vous entends-je penser.

Laissez-moi vous conter d’abord l’événement qui se trouve à l’origine de ce billet. Il y a quelques mois, nous nous sommes rendus à Notre Dame à la Rose, à Lessines, en Belgique, afin d’y découvrir les plantureux jardins de plantes médicinales. Tant que nous y étions, nous avons également visité le musée qui, autrefois, était un hôpital et un couvent. Nous choisîmes la visite « version longue » qui s’est avérée être un vrai délice de découvertes.

Aujourd’hui, l’endroit retrace tout un pan de l’histoire médicale et hospitalière. Rien que pour cela, le musée se montre d’une précieuse richesse culturelle. Par ailleurs, de nombreuses œuvres d’art accueillent le visiteur. Parmi elles, le tableau « des lamentations » est, à lui seul, une vraie curiosité. Son auteur est, hélas, inconnu, le tableau n’étant pas signé. Toutefois, dès que je l’aperçus, un détail attira tout de suite mon regard. Et non des moindres. Le Christ barbu, nu de poitrine, était pourvu d’une très étrange caractéristique. En effet, il avait des seins… de femme. Vous n’imaginez pas ma stupeur lorsque je découvris ce tableau. Le conservateur a eu la gentillesse de m’envoyer ce document de très grande qualité :

 

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Le guide du musée a eu la gentillesse de me fournir une étude concernant cette peinture. Elle date en fait du XVIème siècle et aurait été commandée par la sœur supérieure de l’époque. Cette représentation montre très clairement un Christ muni d’une poitrine de femme, le doigt désignant d’ailleurs ces seins comme pour attirer l’attention du spectateur sur eux. L’artiste a donc nettement voulu représenter un Christ à la fois homme et femme. On imagine le scandale qu’une telle représentation a pu causer à l’époque. Et pourquoi aussi elle fut « corrigée » au XIXème siècle.

La question est alors : « Pourquoi un Christ muni de seins ? »

L’idée qui vient la première à l’esprit est la louable intention d’exprimer que le Christ est venu pour sauver l’humanité toute entière. Donc, pas seulement les hommes. Mais également les femmes. Et qu’à ses yeux, hommes et femmes sont égaux, comme ils le sont dans son cœur. Il est aussi possible que l’artiste ait voulu présenter le Christ comme « fiancée » de l’humanité. Voire exprimer une forme de maternité (avec sa Résurrection, le Christ « accouche » d’une humanité « nouvelle », différente). Il est aussi « nourricier », il allaite l’humanité du lait de son amour, il la nourrit de ses paroles. Sa souffrance se compare alors à celle d’un accouchement. Toute une mystique maternelle s’incarne donc au « sein » de cette représentation. Très vivante et très riche. Une mystique où le Christ est aussi « notre Mère ». Voilà une réflexion que l’on retrouve par exemple chez Mechtild de Hackenborn (au XIVème siècle) ou Julienne de Norwich (au XVème siècle).

Rappelons aussi que Saint Ambroise de Milan, le précepteur de Saint Augustin, écrivait déjà au IVième siècle : « Nous sommes nourris, par le lait spirituel du Christ. Le Christ est la fiancée qui a consacré le mariage avec l'humanité, nous a portés dans ses entrailles, nous a enfantés et nous a maintenus en vie par son propre lait... » Détail important : les religieuses de Lessines étaient des augustines.

On peut imaginer également l’aide mystique que constitue un tel tableau pour des religieuses. Il est en effet important pour elles de pouvoir s’identifier au Christ, de le rejoindre, de le « vivre ».  N’oublions pas qu’une iconographie a une valeur d’abord contemplative. Elle doit servir de support à la méditation des sœurs.

Par ailleurs, de nombreuses représentations de la dernière cène montrent Saint Jean (le disciple préféré) penché sur la poitrine du Christ. On sent une tendresse particulièrement profonde entre eux, un amour qui déborde de Jésus, une affection quasiment maternelle.

Toute une mystique existe donc où Jésus n’est pas seulement le fils, il est aussi, et contre toute attente, « la mère ». Et donc, oui, Jésus y est également femme.

Les Christs androgynes sont relativement rares, c’est vrai, mais ils existent. Étrangement, le plus célèbre est sans doute… celui de la carte du Monde, dans le tarot. Il est somme toute évident de songer que la femme au milieu est tout simplement, bien, une femme. Oui, mais, alors… pourquoi cette femme est-elle représentée entourée des symboles des quatre évangélistes ? Divers auteurs n’hésitent pas à avancer que cela s’explique tout bonnement par le fait que cette femme n’est autre que le Christ lui-même. Un Christ que sa Résurrection a rendu mère d’une humanité nouvelle. Et que c’est précisément la raison pour laquelle cette carte suit celle du Jugement dans la logique du tarot. Elle incarnerait la victoire de l’amour du Christ.

 

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Cette hypothèse est loin de faire l’unanimité, vous vous en doutez. D’autres disent que cette femme qui semble danser, toute nue, au milieu de l’arcane du Monde serait en fait… Marie Madeleine (of course) et non le Christ. Info ? Intox ? Je connais suffisamment le tarot pour affirmer que ce n’est pas demain la veille qu’on en aura cerné tous les mystères. Toutes les suppositions restent possibles de ce point de vue. La seule chose qui me semble certaine est qu’effectivement le tarot soit d’inspiration religieuse. Ceux que cela intéresse trouveront d’autres éléments sur ce lien :

http://www.camoin.com/tarot/Tarot-Marie-Madeleine-Magdala.html

Mais revenons à nos moutons. Des Christs androgynes, dans le genre de celui de Notre Dame à la Rose, on en trouve également ailleurs. Par exemple, sur ce vitrail représentant le jugement dernier, sur une rosace du couvent des cordeliers à Châteauroux.

 

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Peut-on dire que ces Christ soient asexués ? Non, au contraire, ils sont très sexués, je trouve. Barbus avec une poitrine de femme. Ils sont androgynes dans le sens premier du terme : homme ET femme. Comparables du même coup à certaines représentations du diable. D’où sans doute le scandale qu’ils peuvent provoquer et qui entraîne, parfois, le fait qu’on camoufle « ces seins que l’on ne saurait voir… »

 

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Je poursuivis mes recherches et allai de surprise en surprise. En avançant dans mes lectures, je découvris ainsi un nombre peu négligeable de saintes aux histoires méconnues. Et surtout au caractère transgenre avéré…

Par exemple, on sait que certaines saintes assumèrent une identité masculine au cours de leur existence monacale. Ainsi en est-il de Sainte Euphrosine (http://fr.wikisource.org/wiki/Sainte_Euphrosine), de Sainte Eugénie d’Alexandrie :

http://carmina-carmina.com/carmina/Mytholosaintes/eugenie.html

et de Sainte Pelagie :

http://www.abbaye-saint-benoit.ch/voragine/tome03/151.htm

Plus récemment, on trouve Vasil Popovici, un moine roumain du XIXème siècle du monastère de Tzibukani dont on découvrit à sa mort qu’il était femme. Il existe également Catalina de Erauso, la célèbre « nonne soldat » : http://fr.wikipedia.org/wiki/Catalina_de_Erauso.

Cela va même parfois plus loin que le travestissement. Des barbes poussèrent  à certaines religieuses, comme Sainte Galla, Sainte Paule d’Avila et Sainte Wilgefortis :

http://translate.google.be/translate?hl=fr&langpair=en%7Cfr&u=http://en.wikipedia.org/wiki/Wilgefortis

Parfois grâce à l’intervention du Christ lui-même.

Peut-on imaginer que ces saintes barbues répondent, d’une certaine manière à ces Christs pourvus de seins ? Je l’ignore, c’est une hypothèse. Après tout, pourquoi pas ?

Dans le même ordre d’idée, je vous invite également à songer à ce verset étonnant de l’Evangile apocryphe que l’on prête à Saint Thomas :

Au verset 117, Jésus dit de Marie Madeleine : « Moi, je l’attirerai pour la rendre mâle, afin qu’elle aussi devienne un esprit vivant pareil à vous (ses apôtres), les mâles. Car toute femme qui sera faite mâle entrera dans le Royaume des Cieux ».

Étrange, non ? Que penser de cette phrase ? Est-ce à dire que seuls les hommes entreront dans le Royaume des Cieux ? Serait-ce à corréler avec toutes ces saintes qui devinrent hommes ou qui se conduisirent comme tels ? Ne disait-on pas jadis que les femmes doivent se taire dans l’assemblée des Chrétiens ? Certaines femmes prirent-elles l’habit des hommes pour dépasser cette espèce de tabou pesant sur les femmes ? Je l’ignore totalement. Je peux juste en émettre la supposition.

Cela dit, d’autres discours existent. Certains disent en effet que la véritable chute de l’être humain fut d’être séparé en deux. Les deux sexes s’incarnèrent, on le sait, dans des corps différents. Il y a l’homme et il y a la femme. Adam et Eve. La venue du Christ devait donc sauver l’humanité en restaurant l’androgynie initiale.

Dans l’évangile apocryphe de Thomas cité tantôt, Jésus dit, verset 27 :

« Lorsque vous ferez des deux un, et que vous ferez l’intérieur comme l’extérieur et l’extérieur comme l’intérieur, et le haut comme le bas, et si vous faites le mâle et la femelle en un seul, afin que le mâle ne soit plus mâle et que la femelle ne soit plus femelle, alors, vous entrerez dans le Royaume des Cieux .»

Au Verset 109, on lit aussi : « Lorsque vous ferez que les deux soient un, vous deviendrez fils de l’homme et si vous dites, montagne, déplace-toi, elle se déplacera ! »

Dans un autre texte apocryphe, celui de Philippe, on peut lire : « Le Christ est venu pour rétablir ce qui a été ainsi séparé au commencement et réunir à nouveau les deux. »

Restaurer l’androgynie initiale de l’humanité… Voilà qui éclaire différemment ces Christs androgynes et ces saintes devenues barbues, ne trouvez-vous pas ?

On dira que ces évangiles sont apocryphes et je répondrai que c’est vrai, en effet. Cependant, Saint Maxime affirmait au VIème siècle l’androgynie du Christ et le retour de l’humanité à cet état lorsque viendrait la fin des temps. De même, la lettre de Paul aux Gallatiens ne dit-elle pas de son côté qu’il n’y a ni homme ni femme car nous sommes unis dans le Christ ?

Johannes Erigena, un théologien du Xème siècle, pensait de son côté que, par la Résurrection, Jésus avait expérimenté le retour à l’androgynie initiale, ce à quoi il nous appellerait lui-même à la fin des temps.

Par ailleurs, le fusionnisme, un mouvement religieux du XIXème siècle fondé par Jean Baptiste de Torreil affirmait que nous nous rapprochons, de vie en vie, d’une existence plus androgyne et plus proche de Dieu.

Enfin, Ganneau est, lui, le fondateur d’un mouvement spirituel appelé Evadisme et visant à reconstituer l’union d’Adam et Eve telle qu’elle l’était avant leur séparation (d’où le nom Evadisme). Il croyait donc en l’existence d’un être androgyne primordial. Le mouvement réclamait aussi l’égalité de l’homme et de la femme sur un plan social et spirituel.

Cela nous éloigne fort de la pensée religieuse chrétienne traditionnelle, je vous le concède. Toutefois, voilà des penseurs, des religieux, des mouvements, qui parlent de l’androgynie du Christ. Ils le voient homme ET femme, débarrassé au moment de sa Résurrection du déterminisme sexuel dans lequel nous sommes nés. Et pourquoi pas ? L’idée est-elle si dérangeante ? Nous nous trouvons alors à bien des lieues d’une idéologie sexiste refusant à la femme les aspirations spirituelles auxquelles elle a droit. Car (et là, c’est moi qui me pose juste la question) si le Christ est homme ET femme, pourquoi les femmes ne pourraient-elles pas accéder à la prêtrise ?

On peut aller plus loin encore. Finalement, avec l’idée d’un Christ androgyne, nous nous éloignons aussi d’une spiritualité séparant les rôles masculins et féminins au point de mépriser les plus efféminés des hommes et les plus masculines des femmes. Nous nous trouvons en face d’une idéologie très différente, qui invite l’homme à retrouver sa part de féminité et la femme sa part de masculinité.

Voilà où j’en suis dans mes réflexions. C’est un tableau qui m’y a conduit. Un de ces rares tableaux, accroché dans un ancien couvent, en Belgique, qui me fait écrire aujourd’hui : « Christ, pour bien des gens, n’était pas seulement un homme. Il était aussi une femme. » Et le mystère de sa mort et de sa Résurrection est tout à fait central à ce niveau. Le tableau de Notre Dame à la Rose représente une descente de croix ou une mise au tombeau. Et le vitrail de Chateauroux illustre le Jugement dernier. Il se trouve justement que c’est par sa mort et sa résurrection que le Christ a exprimé, on vient de le voir, son androgynie. De même qu’il est annoncé que c’est à la fin des temps que l’humanité retrouvera la sienne. Ces œuvres d’art ont donc bien un sens.

Je ne sais pas vous, mais moi, un Christ barbu avec des seins, je le trouve plutôt sympathique. Parce que plus proche de l’humanité. De TOUTE l’humanité, et pas seulement des hommes.

Alors, que montrent ces Christs androgynes ? Jésus-Mère ? Jésus entièrement humain (donc aussi femme) ? Ou tout simplement Jésus libéré du déterminisme sexuel de son incarnation ?

Peu importe, finalement. Ils sont, je trouve la superbe expression d’une tendresse, d’un amour, plein, entier, simplement vrai.

 

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Pour terminer ce billet, sachez qu’il existe un ouvrage présentant notamment des peintures modernes de Jésus androgynes :

http://www.amazon.fr/Art-That-Dares-Jesus-Christ/dp/1933993294/ref=sr_1_2?ie=UTF8&s=english-books&qid=1268828225&sr=8-2

 

Plongez dans les précédents « Chaudrons roses »

 

TO BE CONTINUED...
Par Papy Potter - Publié dans : LE CHAUDRON ROSE
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Dimanche 4 avril 7 04 /04 /Avr 19:49

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Par Hugo Rozenberg - Publié dans : LA BLAGUE POURRIE DU JOUR
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Dimanche 4 avril 7 04 /04 /Avr 12:03
  
Visuel : (c) GayClic

Fins de mois difficiles ? Demandez donc à Luke. Entre sa Fondation fantôme et ses richissimes père(s) et mère, il sera ravi de vous venir en aide...
Prochain épisode : nouvel habillage de la série, et un retour (in ?) attendu.
Jake Silbermann (Noah) a écrit un vrai film dans la vraie vie : Stuffer.
[ATWT appartient à TeleNext Media et CBS]




Par Jag1366 - Publié dans : SERIE : AS THE WORLD TURNS (AINSI VA LE MONDE)
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Samedi 3 avril 6 03 /04 /Avr 12:01

http://4.bp.blogspot.com/_SNWhINHHc3Q/SqBFx2GWzEI/AAAAAAAABC4/ex5p-8SlUSY/s400/LOGOPYSCAP.jpg


Les vidéos sont (c)
Univers-L.com
Les vidéos présentes et futures sont diffusées avec l'autorisation de
Isabelle B. Price et son équipe.
Par Isabelle B. Price - Publié dans : SERIE : LOS HOMBRES DE PACO
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