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Mercredi 10 juin 3 10 /06 /Juin 02:09

 

 

(Some like it Camp)


par  Tom Peeping


 

Tom Peeping (T.P. pour les intimes, comme Tippi Hedren) aime se promener sur les chemins de traverse du 7ème art et de la télé et s’arrêter pour soulever des pierres. Les films qu’il y déniche, la plupart méconnus ou oubliés, méritent pourtant leur place près de l’arc-en-ciel. Camp, kitsch, queer ou trash, ils racontent une histoire du cinéma des marges. Gays sans l’être tout en l’étant, ils espèrent retrouver dans cette rubrique leur fierté d’être différents.

Tom Peeping, quand il ne visionne pas quelque rareté de derrière les fagots, est conférencier en histoire de l’art et fréquente assidûment les musées parisiens pour y gagner sa vie de vive voix. Il est né dans les Sixties, la décennie du Pop Art, des Yéyés et des Go-Go Girls.



 

Le sommet de la carrière filmée de Judy Garland n'est-il pas la série de shows TV qu'elle a faite pour CBS en 1963-1964 : The Judy Garland Show ?Elle y est insurpassable.

Cette série de 26 shows télévisés de 1 heure que Garland a tournée dans les studios CBS de Los Angeles devait donner une nouvelle orientation à sa carrière. CBS pensait que le public serait ravi de retrouver Judy à la télé dans un show régulier et Garland, qui avait 41 ans, avait cruellement besoin d'argent. Un deal est signé. Judy chantait, dansait, jouait des sketchs, seule ou avec des artistes invités (c'est là qu'elle a fait débuter Streisand à la télé par exemple) et même ses enfants. Elle faisait ses numéros solo devant un public live (comme en concert) et enregistrait les sketchs. Un peu comme les shows de Maritie et Gilbert Carpentier, mais en N&B.

Les décors étaient simples et épurés, d'une stylisation jamais vue à la télé jusqu'alors. Un décor récurrent était celui dans lequel Garland chantait la plupart de ses numéros solo : sur une scène prolongée par un catwalk qui allait vers le public, une grosse malle de voyage était posée. C'est Garland elle-même qui avait voulu cet unique accessoire, qui devait symboliser pour elle toute une vie de vagabonde du spectacle.

Mais Judy avait bien changé physiquement depuis ses films musicaux et les téléspectateurs se sont sentis mal à l'aise de retrouver leur Dorothy prématurément vieillie. De plus, la concurrence était rude avec la chaine rivale NBC, qui passait à la même heure la nouvelle série Bonanza... en couleurs. Les shows ont commencé à ramer et CBS a décidé de les stopper au 26ème numéro, plongeant Garland dans une profonde déprime et provoquant la colère des vrais fans et des critiques, qui avaient perçu le caractère exceptionnel du projet et l'investissement physique personnel stupéfiant de Garland. Ses biographes sont tous d'accord sur le fait que cet échec a précipité sa fin (Judy Garland est morte en 1969, à 47 ans).



Les 26 numéros du Judy Garland Show restent un moment unique de l'histoire du showbiz télévisuel et Garland n'y a jamais été aussi proche, humaine, drôle et bouleversante. Par exemple, son interprétation de "Old Man River" dans le show #1 (voir extrait YouTube ci-dessous), est une expérience émotionnelle sans équivalent pour un admirateur de Judy et à mon humble avis la meilleure version jamais interprétée de cette chanson magique. Son interprétation du "Battle Hymn of the Republic" (Glory Glory Hallelujah) qu'elle a chanté dans son Show au lendemain de l'assassinat de Kennedy, est un morceau d'un lyrisme désespéré inoubliable et fut la séquence la plus applaudie de l'ensemble des programmes. C'est dans ces shows qu'on peut mesurer, s'il en était encore besoin, combien elle a été une artiste absolument complète.




L'ensemble du Judy Garland Show est disponible en DVD Z1 (remasterisé, qualité vidéo et audio stupéfiante) en deux coffrets qui sont assez chers mais qui sont inestimables pour les fans.

Et tant que j'y suis, une autre édition concernant Judy Garland : Judy Garland Speaks! qui est une rareté absolue sortie en CD (googlez pour le trouver). Ce sont les bandes sonores que Judy Garland a enregistrées chez elle sur un magnétophone entre 1963 et 1967 dans le but de documenter une autobiographie qui n'a jamais vu le jour. Les bandes sont conservées aujourd'hui à la Columbia University de New York. En tout, 90 minutes d'enregistrements de Garland toute seule face à son micro, qui raconte sa vie, ses succès et ses échecs personnels et professionnels. Elle n'a pas la langue de bois et dit tout ce qui lui passe par la tête.



Comme les bandes ont été commencées après la débâcle de son show sur CBS, le début en est très amer... pour s'enfoncer encore plus au fur et à mesure de l'enregistrement. On entend souvent le bruit des glaçons dans le verre de whisky (elle termine souvent un enregistrement ivre morte). Au final, c'est une Judy Garland totalement désabusée par sa carrière qui révèle toute sa rage contre le système hollywoodien et sa terreur devant ses propres démons. Elle parle aussi de ses quelques souvenirs heureux, comme sa rencontre avec Mankiewicz ou Minnelli (mais pas sur le même ton de la fin de leurs relations), ses enfants et ses performances scéniques. Plus on avance dans l'écoute, plus un sentiment de malaise nous prend et l'expérience finale en tant qu'auditeur est plutôt désagréable. Judy Garland, défaite et d'une voix cassée, crache son amertume dans la seconde partie (elle insulte même ses fans, c'est-à-dire nous), parle beaucoup du désastre de sa vie privée et de son instinct de survie face à la mort qui semble la guetter. Quand on sait comme tout cela a fini, on a vraiment l'impression d'entendre un fantôme qui n'a pas trouvé le repos qui nous parle depuis la tombe. Bref, une écoute morbide que je ne recommande pas du tout à qui veut garder l'image rayonnante de la Judy Garland qu'on aime. Un document exceptionnel mais éprouvant. Je ne connais rien de semblable pour aucune autre star de la magnitude de Judy Garland.

Par Tom Peeping - Publié dans : STONEWALL : 40 ANS !
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Mercredi 10 juin 3 10 /06 /Juin 01:04


« Stonewall est d’abord perçu comme une révolte de coiffeuses et pas une révolte d’intellectuels comme mai 68 en France. » Patrick Cabasset, Ex-Aequo n°29/juillet-août-septembre 1999.

Par Daniel C. Hall - Publié dans : STONEWALL : 40 ANS !
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Mercredi 10 juin 3 10 /06 /Juin 00:29

 

par  BBJane Hudson

 


C’EST LA FAUTE À JUDY

 

Donc, il faut parler de Stonewall. C’est ennuyeux, j’y étais pas. Et puis c’est de l’histoire ancienne… Pensez donc ! Quarante ans !... C’est du lointain passé dans le fond des mémoires… qui fermente et macère… qui se décompose en fumier… Le fameux « mur de pierre », c’est un vieux pan d’ancienne victoire qui peu à peu se désagrège… juste bon, une fois l’an, à y pisser en chœur nos vieilles rancœurs… un hochet qu’on agite aux parades de printemps pour justifier notre fierté… une marotte poussiéreuse dont les grelots rouillés font « Proud ! Proud ! »… c’est un prétexte à défiler quand tout à l’entour s’ankylose, s’égruge, se délite…

C’est quoi Stonewall, au fait ?... Vous n’êtes pas forcés de savoir… Je vous brosse les faits vite fait : le 28 juin 1969, vers une heure trente du matin, huit flics débarquent au « Stonewall Inn », un bar gay de Christopher Street, Greenwich Village, New York. Rien que de coutumier. C’est pareil tous les mois dans toutes les boîtes à pédales. Le prétexte de la descente, c’est qu’on y vent du liquoreux sans avoir de licence. Le rituel est immuable : vérification des papiers, fichage des contrevenants, menottage d’une poignée de mineurs et d’une brassée de folles. Le port de vêtements réservés au sexe opposé est passible de taule ; pour éviter toute méprise et ne pas boucler d’innocents, des agents féminins, matonnes habilitées, font se dépoiler les suspect(e)s et perquisitionnent les culottes. D’habitude, le taf est peinard, les lopes ne bronchent pas d’un faux cil, se laissent enfourgonner sans piper mot… Cette nuit-là, elles regimbent, font tout un pataquès… Elles se cabrent devant le panier à salade, refusent de se laisser rafler… Un attroupement se forme dans la rue… travestis et lesbiennes mélangés à quelques beatniks… de la racaille en somme, qui grossit à vue d’œil et semble très à cran… Les flics se font huer, essuient quolibets et injures, bientôt suivis de projectiles. Un brin décontenancés, ils optent pour le retranchement et se claquemurent dans le troquet. Cocktails Molotov, escarpins, parcmètres déracinés du trottoir aident à les déloger. Des semeurs d’ordre déboulent en renfort, pas moins de 400 poulets contre 2 000 gays et lesbiches particulièrement remontés. Il faudra près d’une heure pour pacifier le quartier – très momentanément… Le lendemain, les rixes reprennent. Elles se succèdent cinq jours durant à travers le Village… C’est le premier mouvement massivement revendicatif de la communauté homo… c’est en mémoire de l’événement que l’on organise les Gay Pride aux environs de la fin juin.

Stonewall, acte de naissance de l’activisme gay, fut précédé par des obsèques. L’après-midi du 27 juin, quelques heures avant le chambard, 20 000 croquants suivaient sur Madison Avenue le cercueil de Judy Garland. Dans la foule, des homos en masse rendaient à leur idole un ultime et fervent hommage. Ce funèbre cortège, c’était peut-être au fond la première « Marche des Fiertés ». Une telle procession de pédés, en grappes grouillantes et compactes, au grand jour dans la rue, c’était du jamais vu. Judy était alors notre icône absolue, ça tenait du délire… l’énormité du culte gay était à peine pensable... Mylène à côté, c’est peau de balle… Les psychologues tentaient d’élucider le phénomène dans les colonnes du Times, de l’Advocate. Ils bricolaient des théories, freudonnaient des raisons… ils y voyaient une sorte de transfert… d’identification… Les gays se reconnaissaient en Judy… un être fragile, tourmenté… mal dans sa vie et dans ses rêves… une âme écartelée… star adulée, femme meurtrie… capable de tous les excès, mais quand même une battante, tenant en laisse son chien de sort autant qu’elle en avait la force, broyée au bout du compte par un système dévorateur. Accident ou suicide, une overdose de somnifères l’avait finalement emportée par-delà l’arc-en-ciel.



C’est peu dire que sa mort secoua la communauté. Le pulluleux rassemblement des « Amis de Dorothy » (1) à ses funérailles en atteste. Faut-il lier ce deuil aux émeutes de Christopher Street ?... Certains s’y sont risqués… des historiens, des analystes, ont parlé d’un rapport plus ou moins de cause à effet… L’un d’eux a même écrit : « Les émeutes de Stonewall, considérées comme le détonateur du mouvement de libération gay, ont été menées par des travestis en pleurs le jour de l’enterrement de la star. » (2)

Le coup des « travestis en pleurs », là, c’est peut-être un peu poussé… Au « Stonewall Inn », pour commencer, les drag-queens étaient reluquées d’un œil torve. On les écrémait à l’entrée, il leur fallait de la souplesse pour passer le battant… D’ailleurs les patrons du boucard étaient cent pour cent straights… fricotaient avec la Mafia… négociaient avec les poulets les sonnantes modalités d’une paix relative… Les bars gays tenus par des tantes, c’était rarissime à l’époque. Nous étions alors, comme souvent, une affriolante clientèle, spéculée par les hétéros, parfois cossue, toujours trayable

Mais revenons à Judy… Sa mort eut-elle une incidence sur le déclenchement du grabuge ?... Les larmes de tristesse ont-elles fait déborder la coupe ?...

À vrai dire, peu importe. Ce qui m’intéresse dans la question, c’est l’indignation qu’elle soulève. Car elle provoqua des remous. Ça n’est pas sérieux, voyez-vous, d’établir un rapport entre un acte de rébellion historique et couillu, et le trépas d’une diva des tantouses… John Loughery et Martin Duberman, auteurs de solides ouvrages sur Stonewall, protestent d’abondance contre un tel rapprochement. « Les émeutiers, dit le premier, n’étaient pas du genre à rêver sur les albums de la Garland ou à se rendre à ses concerts. Ils étaient plus préoccupés de savoir où ils dormiraient et d’où viendrait leur prochain repas. » (3) Un lecteur de The Advocate, suite à un papier litigieux, se récrie en substance qu’il est bien dégoûtant d’insinuer de telles sornettes, que la connexion est puante et ne fut suggérée que des années plus tard, que le modèle des émeutiers, c’étaient les Black Panthers, qu’ils criaient « Gay Power ! » et pas « Love you, Judy ! »… Il y a du vrai là-dedans… Il y a aussi comme un déni des enjeux affectifs, au profit d’une gloire sociale et militante…

— Comprenez… Il faut en finir !... Vous allez tout féminiser !... Lopettiser la noble geste !... De quoi on aura l’air encore ?... Ah ! merde !... Laissez tomber Judy !... Une droguée, et puis suicidaire !... Picoleuse et neurasthénique !... C’est pas pour nous redorer le blason ! Ça va nous faire encore un beau profil !... Vous y songez au moins ?... La représentation ?... Ça compte un peu, mon brave !... L’image de nous qu’on donne !... Nos aînés ne se sont pas fait ratatiner la gueule pour que leurs héritiers se fardent le portrait !... La Représentation !... Nous avons tant souffert de visions réductrices ! amputeuses et avilissantes !... Mêler Judy à nos combats !... L’icône des follingues !... Mais c’est rétrograder plein pot !...

Stonewall, ce fut bien méritoire, je n’en disconviens pas. Ce fut un pas considérable. Nous y avons acquis, entre autres beaux progrès, une visibilité

Moi, c’est son corollaire qui me fait un peu suer. À présent qu’on peut s’afficher, le sinistre souci de représenter quelque chose ! qui si possible n’indispose personne, qui ne choque ni ne déroge… Ces jours derniers, je lisais un bouquin joliment instructif d’une essayiste américaine (4). Il y est question de Judy et Stonewall. Stonewall, selon l’auteur, ça a sonné le glas du Camp. Le culte des divas, l’effémination, l’artifice… le goût de la futilité, de la pose et des fanfreluches… le rêve aussi, la nostalgie… tout ça fut bel et bien biffé à dater des émeutes. On ne renoue avec tout ce fatras qu’une fois par an, pour le défilé des honteuses, pour mémoire et pour défouler nos sales mauvaises tendances. Mais les trois-cents-soixante-et-quelques jours restants, prière de se déperruquer, de raidir le poignet et figer le croupion. C’est tout pareil qu’au Moyen Âge avec les carnavals… le paroxysme autorisé pour affermir le musellement… Sinon, de quoi nous aurions l’air ?...

C’est effrayant, la Représentation… l’obsession de la bonne image… Un exemple parmi tant d’autres : prenez le cinéma… il faut de moins en moins qu’on y voit des pédés méchants, lubriques ou onduleurs… des caractères un peu complexes ou pas tout à fait blancs… Ça nous a valu, ça nous vaut d’impensables pensums, honnêtes et consternants… C’est le revers du « mur de pierre »… C’est pourquoi il m’est difficile de causer de Stonewall sans évoquer Judy et ses pleureuses, dont les lamentations, que ça nous chante ou non, ont un peu cimenté le parement, il me semble…

— Mais pas du tout !... Vous n’y comprenez rien !... Ça, c’étaient les mœurs du placard ! de l’armoire à biscottes !... C’étaient les gays de l’ancien temps !... On est francs du collier, maintenant ! On n’est plus des pédés vintage !... On n’a plus de manières !Vous pensez à nos droits, bordel ?... Notre égalité, merde !... On les décrochera pas en tortillant !... L’Image, ma chère ! L’Image !... Cachons nos différences, ça nous rendrait scabreux !... Aujourd’hui qu’on peut s’intégrer, finies les simagrées !... fredaines !... On pourrait jamais pouponner ! Y avez-vous songé ?... On n’aura pas droit aux mouflets en leur mettant toujours la main aux fesses !... On était trop évaporés, on méritait pas le mariage !... Aujourd’hui, on est du concret !... Issus du « Mur de Pierre » !... On est substantiels ! Consistants ! Parce qu’on a su se fondre…

J’entends ces propos-là tout le temps... L’Image ! La Représentation !... D’accord… moi, je veux bien… N’empêche, j’ai parfois l’impression… la fierté gay, plus elle court et moins elle avance… Ça vire à la fierté caniche… Ça se pare d’un fumet popote, de fragrances de fond de couche… Des fois, ça fait du bien de sentir un peu le fagot… Alors, Stonewall, il faut faire gaffe… Ce fut beaucoup notre Libération ; c’est un peu, parfois, notre entrave…

 

 

(1) Nom de code que s’attribuaient les homosexuels américains, en référence au personnage interprété par Judy Garland dans « Le Magicien d’Oz »

(2) Antoine Pickels, « Je suis un mensonge, donc je suis la vérité », in Le Labyrinthe des apparences, éd. Complexe, 2000

(3) John Loughery, The Other Side of Silence (Henry Holt, 1998)

(4) Rosemary J. Coombe, The Cultural Life of the Intellectual Properties (Duke University Press, 1998)

 

Par BBJane Hudson - Publié dans : STONEWALL : 40 ANS !
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Mardi 9 juin 2 09 /06 /Juin 02:07

 

« Gay Power ! »

Par Daniel C. Hall - Publié dans : STONEWALL : 40 ANS !
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Mardi 9 juin 2 09 /06 /Juin 01:20





BEFORE STONEWALL (USA - 1984) :

Une chronique d'Isabelle B. Price, d'Univers-L
 



Fiche technique :

Avec Rita Mae Brown (Narratice), Anne Bannon, Lisa Ben, Gladys Bentley, George Buse, Carroll Davis, Allen Ginsberg, Barbara Gittings, Barbara Grier, Mabel Hampton, Evelyn Hooker, Jim Kepner, Audre Lorde, Bruce Nugent, Henry Otis, Johnnie Phelps, Chuck Rawland, Ted Rolfs, Donna Smith, Ricky Streiker et Hank Vilas. Réalisation : John Scagliotti et Greta Schiller. Scénario : John Scagliotti et Greta Schiller.

Durée : 85 mn. Disponible en VO et VOST anglaise.



Résumé :

Dans la nuit du 27 au 28 Juin 1969, à New York City a eu lieu la fameuse révolte du Stonewall Inn. Dans ce bar, un affrontement terrible opposa les forces de police aux Drag Queens.

Cette rébellion est considérée par beaucoup comme le point de départ de la libération gay et lesbienne. Ce documentaire s'applique à montrer, à partir de témoignages et d'images d'archives comment se déroulait la vie pour la communauté gay et lesbienne avant cette révolte de Stonewall.



Avis personnel :

Ce documentaire est puissant, fort et courageux. Il traite ouvertement de la visibilité homosexuelle avant 1969 et de la révolte de Stonewall. Il présente tout le chemin parcouru en quelques dizaines d'années par ces hommes et ces femmes qui se sont battus et engagés pour être reconnus et traités à leur juste valeur. En 1984 c'était osé et je suppose que les réalisateurs ont dû se battre et faire preuve d'une formidable énergie pour que ce film voie le jour.



Before Stonewall est relativement impressionnant parce qu'il donne la parole de manière égale aux gays et aux lesbiennes. Il étudie les similitudes et les différences de ce qu'ils ont eu à affronter et c'est encore rare de nos jours.

Les interviews des intervenants, souvent des activistes et militants, sont entrecoupées d'images d'archives, d'extraits de journaux, de films. Ce documentaire est extrêmement bien monté. C'est original et frais, sensible et bouleversant. Les personnes interrogées parlent de leur vie, de leur vécu, de leur combat et le spectateur ne peut être qu'impressionné.



La parole est également donnée à quelques opposants à l'homosexualité mais de manière moindre. Les persécutions, l'inquisition, la pression sociale sont principalement décrites par les intervenants ce qui leur donne une réelle sensibilité complétée par les images d'archives et les extraits de journaux. La période du maccarthysme est à ce titre parfaite décrite et présentée. Ça fait froid dans le dos.



Et il y a cet autre passage qui aborde la Seconde Guerre Mondiale et l'entrée massive des gays et lesbiennes dans l'armée. Quand Johnnie Phelps, imprimeuse, déclare qu'elle s'est engagée pour faire son devoir. Elle ajoute que d'après elle, 97 % des femmes présentes devaient être lesbiennes. Un jour, elle a été convoquée dans le bureau de son officier qui lui a dit qu'il pensait qu'il y avait des lesbiennes dans la division. Il lui a ensuite donné l'ordre de faire une liste de celles-ci et de la lui présenter. Johnnie a répondu qu'il y avait effectivement des homosexuelles dans la division et qu'elle ferait son enquête mais qu'il devait tout d'abord savoir que le premier nom sur la liste serait le sien. Elle lui a explicitement dit qu'elle était lesbienne puis elle lui a expliqué tous les avantages qu'offraient les homosexuelles dans l'armée, le fait qu'elles ne tomberaient pas enceinte, qu'elles étaient les plus décorées. L'officier supérieur lui a alors dit d'oublier cet ordre.

Before Stonewall donne envie de remercier tous les gays et lesbiennes qui se sont battus pour nous permettre d'avoir, aujourd'hui, ces droits que nous possédons et cette visibilité. Parce que cela n'a pas toujours été le cas. Parce que cela ne coulait pas source.

Un cours d'histoire américaine à ne surtout pas manquer ! Exceptionnel !



CRITIQUES PRESSE & RÉCOMPENSES :

Nommé au Festival de Sundance en 1985 dans la Catégorie Meilleur Documentaire pour Greta Schiller.

Vainqueur au Festival International du Film Gay & Lesbien de Torino en 1989 pour Greta Schiller.


EXTRAITS :

« Aujourd'hui, la communauté gay et lesbienne est plus visible dans la société américaine. Comment est-ce arrivé ? »

« Je pensais que j'étais la seule. [...] Je savais que je ne devais pas en parler. Je savais que je devais me cacher. »

« Quand j'ai grandi, personne ne parlait de sexualité et d'éducation sexuelle. »

« Ce que je savais de la sexualité ? Rien. Je n'avais jamais entendu le mot lesbienne. »

« Je suis gay et fier. Je chante beaucoup. Je ne suis plus effrayé d'être moi. Dis-le à ta soeur, dis-le à ton frère. C'est OK. Je chante beaucoup. Je suis gay et je suis fier. »

Par Isabelle B. Price - Publié dans : STONEWALL : 40 ANS !
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Mardi 9 juin 2 09 /06 /Juin 01:17

Par Daniel C. Hall - Publié dans : STONEWALL : 40 ANS !
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Mardi 9 juin 2 09 /06 /Juin 00:41

par Stéphane RIETHAUSER

Le temps de la honte

Nous sommes à New York, dans les années 60. Partout dans l'Etat, il est interdit de servir des boissons alcoolisées aux homosexuels, illégal de danser entre hommes et strictement prohibé de se travestir. Mais au 53, Christopher Street, au cœur de Greenwich Village, le Stonewall Inn est l'un des seuls bars où les gays peuvent se retrouver, malgré les fréquentes descentes de police. Tenu par trois parrains de la mafia, le Stonewall cible volontairement la clientèle gay, car elle rapporte gros. Plus de 200 personnes se retrouvent le week-end et y avalent des cocktails frelatés. Chaque semaine, "Fat" Tony, le patron, graisse la patte des officiers de police du 6e district en leur remettant une enveloppe contenant 2'000 dollars. Ceux-ci organisent régulièrement des raids au Stonewall. Mais après les humiliations d'usage et quelques arrestations, ils tolèrent la réouverture du bar. Les clients, quant à eux, habitués aux ratonnades et aux insultes, gardent la tête basse et souffrent en silence. Le temps est à la honte. Les quelques organisations homophiles existantes de l'époque, parmi lesquelles la Mattachine Society, fondée en Californie dans les années 50, prônent la discrétion absolue et œuvrent en coulisses.

Craig Rodwell, un jeune homme de Chicago, débarque à New York au début des années 60. Immédiatement, il rejoint les rangs de Mattachine. En 1965, il organise la première manifestation homosexuelle devant le Capitole à Washington. Sous l'œil ahuri de la police et des passants, une trentaine d'intrépides encravatés défilent en silence avec des pancartes réclamant des droits pour les homosexuels. En 1967, Craig ouvre la première librairie gay au monde, le "Oscar Wilde Bookshop" sur Christopher Street, toujours en activité à ce jour.

Année après année, Mattachine répète l'expérience de la manifestation lors de chaque Fête de l'Indépendance à Philadelphie. Mais le désarroi de Craig augmente. Cette poignée de militants à l'allure proprette peut-elle faire bouger les choses ? Les revendications homos restaient lettre morte, et ce même dans le tumulte de la révolution estudiantine, des protestations contre la guerre du Viêt-nam, des revendications noires des Black Panthers, et des premiers pas de la lutte féministe. Les jeunes de la Nouvelle Gauche se refusaient à soutenir la cause gay. Et l'écrasante majorité des homosexuels eux-mêmes n'étaient disposés à sortir du placard à aucun prix.

Une descente de trop

Habitué du Stonewall, Craig, comme les autres clients, subissait les humiliations de la police sans broncher. Mais dans la nuit du vendredi 27 juin 1969, sur le coup d'une heure du matin, alors qu'il s'approche du Stonewall, Craig aperçoit un attroupement à l'extérieur du bar. Une nouvelle descente de police est en cours, la deuxième en moins de quinze jours. A l'intérieur, les flics sévissent plus brutalement que d'habitude. Le panier à salade attend devant l'entrée. Une à une, des drag-queens menottées montent dans le fourgon. Parmi elles, Tammy Novak, 18 ans, une figure emblématique du Stonewall. L'ambiance, cette fois, est électrique.
Le matin même, on a enterré quelques rues plus haut Judy Garland, l'idole de tous les gays. Et voilà qu'en sus de perdre leur star préférée, partie rejoindre son arc-en-ciel, les homos subissent une nouvelle humiliation. La foule, d'habitude silencieuse, commence à manifester. La colère monte, et quelques enhardis osent des insultes : "Sales flics ! Laissez les pédés tranquilles !" Des pièces de monnaie et des bouteilles de bière commencent à voler. Tammy reçoit des coups de matraque alors qu'elle est poussée vers le fourgon. Soudain, elle réplique en envoyant un crochet au policier.
A l'intérieur du fourgon, une autre drag-queen de 18 ans, Martin Boyce, donne un coup de pied dans la porte du van et fait tomber un policier. Deux autres drag-queens s'échappent, mais sont rattrapées et rouées de coups. A partir de ce moment, la foule devient hystérique. "Ordures !", "Putains de flics !", "Gay power !" entend-on hurler. Des briques font éclater la vitrine du bar. Des parcomètres sont arrachés, des poubelles mises à feu. La police, effrayée par la foule, se retranche à l'intérieur du bar. Les gays ont pris le contrôle de la rue. La rage est à son comble. En quelques minutes, les homos s'étaient révoltés.

Les unités anti-émeute ne tardent pas à arriver. Craig Rodwell téléphone immédiatement à la presse, qui dépêche aussitôt des reporters sur place. Les émeutes durent jusque tard dans la nuit. Il y a de nombreux blessés. Vers quatre heures du matin, la police reprend le contrôle de la situation.

Le lendemain, les trois grands quotidiens new-yorkais relatent l'événement. Dès le début de l'après-midi, une foule nombreuse se rassemble à nouveau devant le bar, et les affrontements reprennent de plus belle. Craig a dès le matin rédigé un tract : "Plus de mafia et de flics dans les bars gays !", et par écrit, prédit que les émeutes de la veille vont entrer dans l'Histoire.


Divisions internes

Pendant cinq jours, en intermittence, la bataille de rue continue. Dès lors, une frange de gays, Craig Rodwell en tête, cesse d'adopter le profil bas. Mais la majorité des homos ne voit pas ces événements d'un bon œil - Mattachine en tête, qui fait inscrire sur les murs du Stonewall : "Nous les homosexuels demandons à nos gens de rester pacifiques et d'adopter une attitude tranquille dans les rues de Greenwich Village." Avec des travestis troublant l'ordre public, les stéréotypes étaient renforcés !

Le 4 juillet, après une nouvelle nuit d'émeutes, Craig Rodwell descend à Philadelphie pour la traditionnelle manifestation de la Fête de l'Indépendance organisée par Mattachine. Les affrontements de Stonewall avaient donné du courage à certains. Deux femmes se prennent la main. Mais le leader de Mattachine, Frank Kameny, soucieux de l'image irréprochable à donner, les sépare. C'en est trop pour Craig. A ce moment précis, il devient clair dans son esprit qu'une autre ère doit s'ouvrir. Finies les ridicules manifestations silencieuses cautionnant la honte - il est temps de passer à l'action et de se montrer au grand jour ! "Christopher Street Liberation Day !" pense-t-il. L'an prochain, il s'agira de commémorer les événements de Stonewall !

"Come out !"

De retour à New York, Craig se distancie de Mattachine, mobilise ses proches, et fonde le "Gay Liberation Front" (GLF). En décembre 1969 est créée une autre association, la Gay Activist Alliance (GAA). Du côté des lesbiennes, quelques tentatives pour monter des associations échouent. Mais les femmes, bien qu'en minorité, sont présentes dans le GLF. En parallèle, Craig met sur pied le comité d'organisation du Christopher Street Liberation Day. Foster Gunnison, un autre activiste, souligne les difficultés du comité à rassembler des gens : "Le problème principal est celui du secret et de la peur, l'incapacité des homosexuels à sortir du placard". Mais bien déterminés à faire vivre cette Christopher Street Liberation Day Parade, Craig et Foster font des appels à l'aide financière. Ils ne parviennent à récolter qu'un petit millier de dollars. Ils font faire des affiches - une quinzaine de jeunes gens marchant fièrement dans les rues avec le slogan "Come Out". Lorsqu'ils demandent finalement l'autorisation de manifester, les autorités exigent des garanties à raison de 1,25 million de dollars, et le chef de la police, Ed Davis, affirme publiquement qu' "accorder un permis à ces gens serait incommoder les citoyens en permettant un défilé de voleurs et de bandits." L'American Civil Liberties Union (ACLU), une association frondeuse dans la lutte pour les droits des gays, porte l'affaire au tribunal. Quelques heures seulement avant le début de la manifestation, le dimanche 28 juin 1970, le juge accorde finalement l'autorisation en déclarant les exigences de garantie trop élevées.

Le lieu de ralliement était Washington Place au coin de la Sixième Avenue. Peu avant deux heures de l'après-midi, quelques dizaines de jeunes gens se rassemblent. La nervosité est à son comble. Des centaines de policiers bordent l'avenue. La nouvelle circule que la veille cinq jeunes gays ont été tabassés à coups de batte de base-ball et se sont ensuite fait chasser du commissariat en étant menacés d'être inculpés pour "conduite immorale" s'ils portaient plainte. Personne ne sait si le cri de ralliement va être écouté. Personne ne sait à quoi s'attendre. Les flics ne bougent pas. Quelques insultes fusent, mais rien de plus. Petit à petit, quelques centaines de gays et de lesbiennes se rassemblent sous diverses bannières: "Gay Pride", "Gay is Good". Et à deux heures et quart, vêtus de leur T-shirts ornés du signe Lambda, morts de peur, mais n'ayant plus rien à perdre, ces garçons et ces filles s'élancent ensemble en brandissant le poing et en criant de toutes leurs entrailles : "GAY POWER !"

Au fil du parcours, d'autres homos viennent grossir les rangs des manifestants. Au total, près de deux mille gays et lesbiennes remontent la Sixième Avenue jusqu'à Central Park. A l'arrivée, des larmes de bonheur envahissent les visages de Craig et de ses amis. Ils avaient réussi leur pari. L'euphorie ! Unissant leurs forces, ils étaient finalement chacun parvenus à surmonter leurs peurs pour aboutir à cet inimaginable rassemblement sans heurts. Le premier de l'Histoire des gays et des lesbiennes - témoin d'un passé douloureux et espoir incertain d'un avenir meilleur.

Une étape clé

Les émeutes de Stonewall marquent-elles le début de l'émancipation homo ? Pas vraiment. En Europe, dès le XIXème siècle, des pionniers tels que le Suisse de Glaris Heinrich Hössli et l'Allemand Karl Heinrich Ulrichs osent les premiers revendiquer le droit d'aimer une personne de même sexe. Puis au début de ce siècle, le Berlinois Magnus Hirschfeld, certainement le plus grand activiste gay de tous les temps, lance le Comité Scientifique Humanitaire, puis l'Institut pour la Recherche Sexuelle et contribue au fabuleux mouvement de libération gay dans l'Allemagne de Weimar, avant que la barbarie nazie efface presque toutes les traces de son travail. Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, c'est de Zürich que résonnent les revendications homos, notamment à travers la publication de Der Kreis (Le cercle), la seule revue gay internationale jusqu'en 1967. Dans la mouvance de Mai 68 se créent en France le Front Homosexuel d'Action Révolutionnaire (FHAR), et en Suisse le Groupe de Libération Homosexuelle de Genève (GLHOG). Mais les émeutes de Stonewall marquent à n'en pas douter une étape clé de l'émancipation gay. Elles sont la source et le symbole d'une révolution internationale, et sanctionnent le début de la véritable visibilité, un changement d'attitude radical : à la honte s'est enfin substituée la fierté gay, la gay pride.

Dès 1971, on assiste aux premières Gay Pride en Europe, à Londres et à Paris. En Suisse, la première Gay Pride rassemble 300 homos à Berne en 1979. Après Zürich il y a quelques années, le phénomène gagne la Suisse Romande : près de 2'000 personnes défilent dans les rues de Genève en 1997, puis le double l'année suivante à Lausanne. Puis c'est au tour de Fribourg d'accueillir la grande messe homo, qui rassemble plus de 15'000 personnes. Enfin Berne, la capitale, avant que le mouvement ne gagne le Valais en 2001 en suscitant une grande controverse, puis les rives du Lac de Neuchâtel en 2002, pour aller en 2003 investir la capitale jurassienne Delémont.

Oui, les mœurs changent. Le message de fierté fait des adeptes. Trente-huit ans après les émeutes de Stonewall, on célèbre la Gay Pride dans plus de deux cents villes dans le monde. Les pays scandinaves ont déjà adopté le partenariat enregistré depuis une dizaine d'années. La France a voté le PACS et l'Allemagne a fait pareil. Même la Suisse semble disposée à octroyer l'égalité des droits aux couples homosexuels. Mais si une relative acceptation se profile sur le papier, il n'en va pas de même dans la vie quotidienne, une fois sorti de certains milieux urbains. La problématique de fond n'a pas changé : l'homophobie a de solides racines, et la majorité des gays et des lesbiennes continue de vivre recluse dans le placard de la honte et de la peur, au travail, en famille, à l'école, et dans la rue. Puisse la Gay Pride, avec un message politiquement fort, accroître encore la visibilité et la fierté, en proposant le respect des diverses formes de l'amour.

Stéphane Riethauser
Article paru dans 360°, Le Courrier, La Liberté (juin 1999)
Références : Martin Duberman, STONEWALL, New York, Plume Books/Penguin, 1994


*****


NOTA BENE: les ouvrages utilisés pour ce travail sont répertoriés dans la bibliographie 

Ce travail est l'oeuvre de Stéphane Riethauser. Il est publié sur le blog Les Toiles Roses avec son autorisation. Qu'il en soit chaleureusement remercié. Stéphane est joignable sur le site de lambda éducation.
Par Stéphane Riethauser - Publié dans : STONEWALL : 40 ANS !
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Lundi 8 juin 1 08 /06 /Juin 01:16

 

Jan Le Bris de Kerne a 31 ans, vit et travaille à Paris. Tzigane de l'audiovisuel, il a travaillé comme journaliste, chroniqueur, blogueur, communicant, etc. Gitan et aventurier par nature, au-delà de sa vie professionnelle de jour, il a été très actif dans la presse magazine gay et a participé au lancement de Pink TV. Aujourd'hui, il publie dans PREF Magazine en kiosques une chronique appelée « Vodka Pimenta » ! Il tient aussi le blog Jan de Kerne dans le Lisbonne gay.

 

La révolte fondatrice des gays, comme si vous y étiez.

Du sang, des larmes, de l’adrénaline et de la conscience politique.

 


En 1933, les lois américaines interdisent la simple existence de bars gays. Quelques mafieux profitent du manque en ouvrant des enseignes louches pour toute sorte de laissés pour compte : drag queen, clones vêtus de cuir, blacks, latinos et prostitués. Le Stonewall, créé en 1960, est un de ces endroits interlopes au 53 Christopher Street à New York. Il ne désemplit pas. Les gays lui reconnaissent l’immense mérite d’exister.

En 1966, l’interdiction de se regrouper dans les bars est enfin levée. Regain de succès pour le Stonewall. Du coup, chagrin, pour les forces de l’ordre qui préparent une opération spéciale coup de filet dans les milieux de la pègre. C’est le motif de la descente.



27 juin 1969. Il est 3 heures du matin. 9 flics en civil entrent dans le bar. Pétrie d’intentions délicates, la police contrôle un à un les clients avant de les jeter dehors, non sans les gratifier de quelques doux adjectifs. Ils ordonnent la fermeture immédiate du bar.

5 heures du matin. Le bar est vide. La jeunesse gay délogée aurait du s’évanouir aux quatre vents, la peur au ventre. Seulement voilà, ce 27 juin à 5 heures du matin, sur le trottoir de Christopher Street, la jeunesse gay en a assez d’avoir peur et au ventre, elle n’a rien d’autre que la rage. 200. Ils sont 200 à attendre en silence et à laisser monter en eux l’insurrection.



La police sort du Stonewall avec comme prise le barman, le portier ainsi que trois trav’. Cette vision a pour effet celui de l’étincelle sur la poudre. Les folles sont les premières à dégainer. Elles se ruent sur leurs amis arrêtés. Cris, coups, larmes. Et puis pierres et bouteilles sur les policiers. La foule gronde. De tout le quartier arrivent des dizaines de travelos perchés sur talons, pédés en cuir et pire, des lesbiennes. 400. Ils sont maintenant 400.

Leur belle assurance virile perdue, les policiers se réfugient dans l’antre de leurs adversaires : ils se barricadent dans le Stonewall. Les hurlements redoublent, Un parcmètre est arraché et placé contre la porte : la police est prise au piège. Dans la rue, on allume un brasier. Mais les renforts arrivent, la foule est dispersée et 13 arrestations sont opérées.



28 juin 1969. La même foule en furie. Ivre de rage et festive. Les unités anti-émeute interviennent sous les jets de bouteilles enflammées. Quelques excentriques se tiennent par le bras et dansent le french cancan. On les calme à coup de matraques, deux heures durant.



29 juin 1969. Le New York Daily titre : « Descente dans une ruche homo: les abeilles piquées sont devenues folles ! » 500. Ils sont 500 à gueuler des slogans comme « Gay is good ». Les matraques fondent déchaînées sur les pédés. Une violence inouïe. Beaucoup sont blessés et restent à terre mais deux jours d’émeutes suivront encore.



La révolte des coiffeuses et des folles de Stonewall a donné une conscience politique aux gays et provoqué la première Gaypride en 1970. Fin d’un chapitre qui a permis à d’autres chapitres de s’ouvrir : celui des marches des fiertés LGBT du monde entier.

Pour faire vivre ce bel héritage de courage et de révolte face à l’injustice, une seule chose à faire : marcher.

Par Jan Le Bris de Kerne - Publié dans : STONEWALL : 40 ANS !
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Lundi 8 juin 1 08 /06 /Juin 01:10



PRIDE 2009
Music & lyrics by Jon Gilbert Leavitt

Silk top hats and button shoes, erotic tintypes, midnight cruise, Berlin gay society 1903
Sigmund Freud's Vienna's hype, identifies the homo-type, The Intermediate Sex and Heterodoxy
The gay wave moves across the sea, hello there Miss Liberty, Betty Boop is hot and hooch is out in the cold
Greenwich Village, Bloomsbury, gays in high society, Harlem nights, Chicago fights, Leopold and Loeb...

[CHORUS]: Pride, gotta have pride - we've been around too long to keep it inside.
Pride, can't sit back and watch from the side, pride is power and power is pride.
It's time to celebrate all the colors of the rainbow, get out into the streets, follow the tide...


The Captive hits the Broadway stage, The Fleet's In, Cadmus' all the rage, and The Well of Loneliness appears on the stands
Depression, bread lines, Crystal Night, Adolf shows Olympic might, put on your pink triangles and put up your hands
A-Bomb, 50's keen, the Kinseys shake the cocktail scene, James Dean, Mattachine, Doris Day and Harry Hay
Donald Webster Cory writes, Joe McCarthy picks a fight, J. Edgar, Roy Cohn shame on you, what else do you plan to do?

Christine Jorgensen's reborn, Daughters of Bilitis form, Ginsberg, Naked Lunch, Giovanni's Room.
Marilyn, the Beatnik scene, Jackie's in her Cassini, Vatican II and something's coming soon...
Summer 1969, the heat is rising all the time and over the rainbow Judy Garland sleeps
Stonewall Bar, men in blue, heads were broken bottles flew, "out of the bars and into the streets..."

CHORUS...

Boys in the Band played, Bette Midler sang, those bathhouse days, Lance Loud, gay and proud, Oscar Wilde Bookstore
...Sister George, Doonesbury, Tales of the City, Anita Bryant, Village People, Studio 54
Harvey Milk, rough trade, Aaron Fricke's prom date, GRID, Torch Song Trilogy, Boy George, GMHC
HIV identified, Rock Hudson, Liberace died, Bowers versus Hardwick's heard, Reagan finally says the word…

Barney Frank, AIDS quilts, ACT-UP, Randy Shilts, Queer Nation, Mapplethorpe, AZT
Amendment 2, Cracker Barrel, "don't ask, don't tell," Angels in America, March on DC
Greg Louganis, Elton John, George Michael, what is going on? Lilith Fair, riot grrls, spend a day at Disney World,
Cunanan scare, the McVeigh case, Ian, Ellen, Will & Grace,
Matthew Shepard- God bless you, what else can we look forward to...?

Gay-dot-com, VaxGen, another Bush in Washington, Millennium March, Mary Cheney, Queer as Folk
Dr. Laura's evil ways, bug chasers, ex-gays, 9/11 – Mark Bingham, Father Mychal Judge.
Holland starts the marriage trend, Beanie Man and Eminem, L-Word, Dubya's back, Queer Eye for the Straight Guy.
Executions in Iran, no same-sex marriage ban, linguists discharged in Iraq, one step forward, two steps back...

Logo, Rosie, crystal meth, PNP, Mark Foley, Jim McGreevey, John Amaechi tells all
Doogie Howser, Lance Bass, Brokeback, Superman, Rufus does Judy at Carnegie Hall
Larry Craig - vice squad, Mahmoud Ahmadinejad - Dumbledore, Nutmeg State, Obama wins, so does Prop 8 -
Forty years ago who knew, when Miss Rivera threw her shoe –a raid became a movement – and our Fourth of July…

CHORUS…

Music & lyrics by Jon Gilbert Leavitt. © 2009 JGLsongs, LLC (ASCAP)
All Rights Reserved.
Par Daniel C. Hall - Publié dans : STONEWALL : 40 ANS !
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Lundi 8 juin 1 08 /06 /Juin 00:39



« Les patrons et les clients du Stonewall Inn à New York ont résisté aux forces de police. C'est l'acte fondateur du mouvement des droits des LGBT (lesbiennes, gays, bisexuels et transsexuels).

Durant le mois des fiertés gays (ce mois de juin), nous célébrerons les événements de juin 1969. Je rejoins l'Onu dans la dépénalisation de l'homosexualité et continue de supporter les mesures en faveur de l'égalité des droits pour les LGBT… ce qui inclut les unions civiles, la lutte contre la discrimination au travail, la réponse au droit à l'adoption et la fin du Don't ask don't tell. »

Barack Obama, Président des États-Unis, lundi 1er juin 2009.

Par Daniel C. Hall - Publié dans : STONEWALL : 40 ANS !
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Dimanche 7 juin 7 07 /06 /Juin 00:34
  
Visuel : (c) GayClic

L'an dernier pour le ATWT Luncheon, j'avais eu droit à un autographe... Cette année, grâce à MissVanWest (Gwen) et aux Twins (Natalie et Nicole), j'ai nettement mieux...
[ATWT appartient à PGP ; Daily recaps à CBS]


Par Daniel C. Hall - Publié dans : SERIE : AS THE WORLD TURNS (AINSI VA LE MONDE)
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Dimanche 7 juin 7 07 /06 /Juin 00:27
  
Visuel : (c) GayClic

Grâce à Darling et à sa moitié, Luke reprend du poil de la bête... (2ème partie)
[ATWT appartient à PGP ; Daily recaps à CBS]


Par Jag1366 - Publié dans : SERIE : AS THE WORLD TURNS (AINSI VA LE MONDE)
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Dimanche 7 juin 7 07 /06 /Juin 00:23
  
Visuel : (c) GayClic

Grâce à Darling et à sa moitié, Luke reprend du poil de la bête...
[ATWT appartient à PGP ; Daily recaps à CBS]


Par Jag1366 - Publié dans : SERIE : AS THE WORLD TURNS (AINSI VA LE MONDE)
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Samedi 6 juin 6 06 /06 /Juin 10:52
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Les Toiles Roses remercient PowerPodcast.fr, pour son autorisation et les moyens mis à notre disposition pour diffuser sur votre blog préféré tous les podcasts de Gaypodcast.
Par Gaypodcast - Publié dans : WEBSERIE : GAYPODCAST.FR
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Vendredi 5 juin 5 05 /06 /Juin 00:32

chaudronpotter

 

01.

ANUKITE, LA FEMME-CERF

Papy Potter



Papy Potter est né en pleine folie hippie de parents qui ne l'étaient pas. Depuis lors, il vit au milieu de ses arbres avec son adorable pirate des trains, tout au bord d'un marais nommé « du ru d'amour ». À quelques kilomètres de là, s'étend une vaste forêt où il travaille. Dans le chaudron rose, comme il est devenu vieux (il a presque 40 ans) et que Moudulard a fermé ses portes depuis longtemps, il glose sur le lien sulfureux et amoureux liant les gays aux diverses spiritualités du monde.


 

Quand le soleil trompa la lune avec une simple femme 


Alors que l’église nous menace des pires flammes de l’enfer, les sioux, eux, ont un peu plus de chance. Chez les indiens des plaines en effet, les homosexuels et les transgenres sont sous la protection d’une divinité : ANUKITE.

Mais d’abord, découvrons son histoire. Avant de devenir une déesse, ANUKITE était une femme. ITE était son véritable nom, ce qui veut dire « visage ». WAZI, son père, était le chef du clan. KANKA, sa mère, était une prophétesse. ITE avait une qualité enviée. Elle était d’une beauté rare, pour ne pas dire divine. Son époux chanceux était un dieu : TATE, divinité du vent. Ensemble, ils avaient eu quatre fils, dont nous parlerons d’ailleurs une autre fois. Au moment où se sont déroulés les évènements qui ont tout bouleversé, ITE attendait son cinquième enfant.

Un jour, le peuple des cavernes reçut la visite d’IKTOMI, un dieu menteur, farceur, qui prend souvent la forme d’une araignée. Les parents d’ITE enviaient leur fille qui avait épousé un dieu. Ils auraient tant aimé détenir eux-mêmes quelques pouvoirs Oh, pas grand-chose. Deux ou trois dons du ciel. IKTOMI le savait et il fit un cadeau. C’est ainsi que KANKA, la mère d’ITE, reçut un don extraordinaire des mains du dieu arachnéen. Elle pourrait embellir chaque chose selon sa seule et unique volonté.

IKTOMI aimait intriguer. Il avait l’âme entremetteuse. Il s’approcha alors d’ITE et lui confia ceci. WI, le soleil, serait tombé éperdument amoureux d’elle.

Mais ITE, et on peut la comprendre, en doutait farouchement. Certes, elle était déjà fabuleusement belle, mais pas au point de séduire le soleil. C’est pourquoi sa prophétesse de mère sauta sur l’occasion de tester son nouveau pouvoir. Elle lui lança un sortilège afin qu’ITE devienne encore plus belle qu’elle ne l’était. Et elle y réussit. La jeune femme se transforma aussitôt et devint bien plus chatoyante que les plus colorées des fleurs, plus fraîche que la rosée de l’aube et plus radieuse que le ciel étoilé. En bref, elle était d’une beauté sans pareille. Là, c’était sûr, si le soleil avait déjà le béguin pour elle, à présent, il serait à ses pieds.

ITE ne songea dès lors plus qu’à une chose : se faire remarquer de lui. Car après tout, pourquoi se contenter d’être la femme du vent, si on peut être aimée du plus brillant des astres ? Un jour qu’elle paradait en espérant attirer son regard, WI posa le regard sur elle. Il s’approcha, sourit, multiplia les poses et les phrases aguicheuses. Ils marchèrent quelques heures ensemble et babillèrent. Et c’est sans hésiter qu’elle accepta, quand il baisa sa main, de le joindre à sa table lors du prochain banquet. Le soleil était sous son charme.

De son côté, IKTOMI intriguait. HANWI, la lune, flânait dans ses appartements où des voiles argentés flottaient doucement. Elle chantait, inconsciente du danger. Elle étrangla une note quand elle vit s’approcher la divine araignée, toute hérissée de poils et de soie blanche. Dans quel piège allait-elle tomber, qu’il tissait autour d’elle ? Mais IKTOMI, adroit, prit sa voix la plus douce et ouvrit une fenêtre aux voilages scintillants. Là, en-bas, le soleil minaudait, au bras de la mortelle. Et une sueur glacée mouilla les cheveux de la lune.

— Qui est cette mortelle ?, demanda-t-elle, d’une voix plus blanche que son visage.

— C’est l’épouse du maître des vents, répondit IKTOMI.

— Elle est si belle, constata la déesse.

Une colère sourde lui broyait la poitrine. En bas, visiblement, son mari draguait une humaine. Le fourbe. Le dieu arachnéen se rapprocha alors de la déesse lunaire :

— Elle viendra au banquet. Vous n’avez pas le choix, oh, ma déesse. Belle comme elle est, les invités n’auront d’yeux que pour elle. Vous devrez être exceptionnelle pour l’éclipser. Laissez-moi vous donner ces conseils, très chère lune. Le jour du banquet, travaillez d’arrache-pied. Composez-vous la plus légère des robes, le plus soyeux des maquillages, le plus suave des masques, faites de votre visage une merveille. Ne pressentez-vous pas toute l’ampleur du danger ?

Il s’approcha, une lueur rouge dans son regard octuple :

— Une autre femme convoite votre époux.

Le jour dit, la lune s’attarda donc à sa toilette, tandis que le soleil présidait à la table du banquet. À côté de lui, un siège vide attendait la venue de la lune. Ce fut ITE qui apparut enfin. Et sans attendre, il la convia à s’asseoir près de lui. La lune, elle, hésitait, quant aux voilages à assembler, aux scintillements à réveiller, aux splendeurs à créer sur son visage inquiet.

De sorte que quand elle se présenta, bonne dernière, au banquet, elle ne put qu’amèrement constater que le siège de l’épouse était déjà formellement occupé par la mortelle rieuse. Tandis qu’elle s’approchait, hypnotisée, la lune sentait ses habits se raidir, son maquillage ternir, son visage se faner. Elle se le recouvrit, honteuse, et se mit à pleurer.

L’assistance, bien cruelle, comme il en est l’usage dans ce genre de mondanités, éclata d’un rire gras, amusé, presque heureux du scandale qui jouait son théâtre devant eux.

Les larmes de la lune ruisselèrent dans les cieux.

C’est alors qu’un grondement annonça l’arrivée du grand dieu du ciel. SKAN. Le redouté. Le juste.

Après avoir interrogé les uns, les autres, témoins ou non, sur les raisons de ce désordre, il prononça sans hésiter un jugement sans appel.

— Dorénavant, la lune et le soleil ne pourront plus paraître ensemble dans le ciel.

Les deux astres encaissèrent la sentence, impuissants. Car tous devaient se conformer aux volontés du ciel qui leur donnait asile.

— Les parents d’ITE, eux, deviendront « vieille femme » et « vieil homme ». Ils enseigneront aux plus jeunes de leur peuple, et oublieront, par leur travail, ce qu’ils désiraient être : des dieux.

En, bas, dans l’ombre des cavernes où ils vivaient, WAZI et KANKA, vieillirent en un instant, se recouvrirent de rides, perdant leurs cheveux par poignées. Le poids des ans courba leur dos en l’espace de quelques secondes et le peuple des hommes se mit à hurler de frayeur.

Quant à ITE, il la châtia, elle aussi. Il la punit sur ce qu’elle détenait de plus précieux. Non ses enfants, ni son mari, comme il l’est d’habitude des femmes, mais bien sur sa beauté. La moitié de son visage demeura aussi beau qu’il l’était avant. Mais l’autre moitié fut frappée d’une effrayante malédiction. Elle en devint hideuse et repoussante. Consciente de la terrible épreuve dont elle serait désormais la victime, ITE entra presque aussitôt dans les tourments de l’enfantement. Elle accoucha bien avant l’heure de son cinquième enfant.

Quant au dieu araignée, qui était malgré tout la cause première de ce désordre, que devint-il ? Allait-il échapper à la colère du ciel ? Ne devait-il pas écoper du pire des châtiments ? Ce fut peut-être le cas. Car il fut condamné à errer sur la terre, maudit et craint de tous. Le farceur eut l’audace pourtant de s’en moquer. En effet, dans son châtiment, le dieu du ciel n’avait pas mentionné le peuple des animaux. IKTOMI annonça qu’il pourrait, dès lors, aller librement parmi eux. Qu’est-ce qui l’en empêcherait ? Il en fut donc ainsi, l’araignée ne faisant frissonner que le peuple des hommes, et jamais l’animal.

Et la lune, ah, la lune ! Chacun le sait d’expérience. En souvenir de ce jour-là, il arrive bien souvent qu’elle se couvre le visage. HANWI sera toujours l’amoureuse du soleil, mais elle ne règne plus avec lui dans les cieux. Leur couple est désuni, pour la plus froide des éternités.

 

Sous les ramures de la femme-cerf


Depuis ce jour, ITE porte le nom d’ANOG ITE, ou ANUKITE, qui signifie « double visage ». Il est fréquent qu’elle se transforme en cerf à queue noire, le plus souvent après avoir révélé son message ou pour prendre la fuite. Ce pourquoi on la nomme également « la femme-cerf ». La malédiction qu’a subi la mortelle l’a condamnée à l’isolement et à l’exil.

Ceux qui s’approchent d’ANUKITE sont d’abord subjugués par la moitié splendide de son visage, avant d’être effrayés par la partie hideuse et de s’enfuir. ANUKITE, dans son malheur, a pu garder son mari auprès d’elle. Mais le peuple des hommes la fuit avec constance. Mais quel rapport, me direz-vous, avec les homosexuels ?

C’est simple. Chez les sioux, c’est par le rêve que les dons se révèlent. Qu’en est-il donc de ceux et celles qui rêvent d’ANUKITE ?

Place aux femmes tout d’abord. Celles qui rêvent d’ANUKITE sont ainsi fréquemment dotées, qui s’en étonnera ?, d’un très puissant pouvoir de séduction. Voilà qui rend les hommes méfiants et les condamne souvent à vivre seules. Une femme trop belle, chacun le sait, n’est décidément pas bonne à épouser. Surtout si elle exerce sur les mâles de la tribu sa puissance séductrice. Certaines d’entre ces filles d’ANUKITE sont par ailleurs lesbiennes. Car la mortelle divinisée, en faisant fuir les hommes, n’interdit pas aux femmes de se lier entre elles.

Les personnes qu’ANUKITE protège de ses ramures possèdent de nombreuses qualités, pour le tissage par exemple, ou le dessin en général et en tout cas pour de nombreuses tâches spécifiquement féminines, et cela, que l’on soie homme ou femme. De grands artistes sioux se revendiquent ainsi d’ANUKITE.

De nos jours, les femmes que cette déesse protège évoquent souvent une autre féminité que celle dont jouissent les femmes ordinaires. Une féminité plus indépendante des hommes notamment. Elles avancent par exemple le fait que leur activité artisanale demande une telle maîtrise qu’elle est souvent incompatible avec une vie familiale et l’éducation des enfants. Une indépendance par rapport aux fonctions matrimoniales que l’on ne peut s’empêcher de rapprocher de la LILITH judéo-chrétienne. Leur vie entière se consacre dès lors à la maîtrise de la parure, de la beauté, et de l’art visuel, ce en quoi elles incarnent l’esprit d’ITE et la malédiction d’ANUKITE. Femmes célibataires et lesbiennes sont ainsi le deuxième visage de la femme dans le peuple sioux. Une autre facette de la féminité, investie d’un farouche esprit d’indépendance. Une deuxième face qu’ANUKITE exhibe par son double visage.



Et les hommes, direz-vous ? Ceux qui rêvent d’ANUKITE sont, eux aussi, investis de fonctions particulières. Ils sont d’abord soumis à un test de confirmation. On leur propose divers objets parmi lesquels ils doivent choisir. S’ils jettent leur dévolu sur un objet féminin, cela possède un sens : ce sont des hommes « aux deux esprits », que l’on appelle « winkta ». Le terme « winkta », contre toute attente, désigne indifféremment les homosexuels et les transsexuels. Le mot dérive en effet de « win » qui signifie « femme » et de « kta », le suffixe désignant le futur. De sorte que le mot « winkta » signifie littéralement « sera femme ». En conséquence, les « deux esprits » se travestissent fréquemment, accomplissent des tâches féminines aussi bien que masculines et ont aussi le droit d’épouser d’autres hommes. Ils illustrent, eux aussi, le visage double. La féminité présente en chaque homme. Voire la masculinité présente dans la femme. Ils sont l’incarnation de ce deuxième visage.

De par le fait que son visage est double, ANUKITE est ainsi la déesse de toutes les dualités. Elle révèle que chaque chose a en elle-même le germe de son contraire et que les énergies complémentaires cohabitent bien souvent au sein d’une même entité ou d’un même corps. ANUKITE révèle donc l’homme en la femme et du même coup la femme en l’homme. Cette dualité porte également sur le domaine de la sexualité. Les deux visages de la femme-cerf reflètent à la fois les sexualités, correcte et incorrecte. Il serait tenté d’opposer du même coup homo et hétéro-sexualités, mais ce serait réducteur. Le problème n’est pas tant le sexe du partenaire que la fonction du couple. Il est important de savoir qui on est et, en conséquence, de quel type de partenaire on a besoin. Mal choisir son conjoint conduit au désordre et, symboliquement à la mort. C’est la raison pour laquelle on dit souvent que coucher avec une femme-cerf est mortel.

Ce n’est sans doute pas un hasard non plus si les « winkta » sont souvent investis de tâches matrimoniales. En tant que « deux esprits », ils ont le droit de fréquenter les cercles masculins ET les cercles féminins de la tribu. Voilà qui les pourvoit d’une expérience extraordinaire de la masculinité et de la féminité. Observateurs privilégiés des deux sexes, ils en deviennent les coordinateurs. Dès qu’un problème se pose dans un couple, c’est le « winkta » que l’on s’en vient trouver. Il comprend, lui, les attentes toutes particulières des hommes aussi bien que celles de leurs épouses. Il est ainsi conseiller conjugal. À ceux qui prétendraient que l’homosexualité est une menace pour la famille, on pourrait donc opposer sans problème le modèle des sioux. Les homos n’y sont pas une menace mais au contraire un outil. Ils permettent aux couples hétéros de se comprendre et de rester ensemble. ANUKITE, on s’en souvient, avait tenté de séparer le soleil et la lune, de désunir le couple mythique. Pour cela, elle a été punie. Est-il dès lors si étonnant que celui qui se trouve sous sa protection soie investi de ces fonctions de médiateurs ? Sans doute que non. Ces intermédiaires réparent en fait la faute qu’ITE avait commise avant de devenir ANUKITE. Comme c’est fréquemment le cas, la déesse règne sur un axe, celui du couple. Cet axe rejoint les divers états, les différentes facettes du couple, qu’elle incarne tour à tour. Si elle représente à la fois l’infidélité et la sexualité débridée, elle est aussi liée au célibat et à l’équilibre matrimonial. Finalement, l’important est que chacun soie avec le bon conjoint, si conjoint il doit y avoir.

Les amérindiens, comme plusieurs anciennes autres civilisations, ont donné aux homosexuels des fonctions sociales bien précises qui peuvent être par ailleurs religieuses. Les « deux esprits », comme c’est souvent le cas chez les païens, accomplissent par exemple les rites funéraires. Ils président donc à l’accompagnement des morts, de la même manière qu’ils baptisent les enfants d’un nom sacré. Ce sont les gardiens de la porte.

Il est peu probable que les winkta se soient rassemblés en foyers. Généralement, ils vivaient seuls et étaient craints, ce qui renvoie inévitablement à l’exil que subit ANUKITE depuis des millénaires.

Pour en finir avec cette divinité, on peut également s’attarder au symbolisme du cerf chez les sioux. Les hommes qui sont sous la protection du cerf à queue noire peuvent tuer d’un seul regard, dit-on, ou capturer une âme dans un miroir… On pense alors qu’avoir des relations sexuelles avec une femme cerf est mortel. On peut associer ce symbole au fait que les personnes que la femme-cerf protègent restent célibataires ou s’unissent fréquemment avec des partenaires de même sexe. Dans les deux cas, ils n’ont pas de descendance. Voilà qui contribue à parer d’une aura terrifiante les homos des deux sexes chez les sioux. Ils sont respectés, oui, mais ils sont craints. Car ils mobilisent avec eux des énergies complexes. Ils ne donnent pas naissance physiquement à des enfants. Mais ils leur donnent pourtant un nom sacré. Lequel est d’ailleurs révélé au père biologique de l’enfant après qu’il aie couché avec le « winkta ». Avec nos yeux d’occidentaux, nous parlerions de prostitution, d’un acte sexuel « monnayé ». Je ne peux m’empêcher de songer à Christopher Penczak qui affirme, à l’instar d’Aleister Crowley : « tout comme les relations hétérosexuelles aident les cycles de la vie à se poursuivre sur un plan physique, les relations homosexuelles, ne dirigeant pas leur énergie sur la conception physique, dirige l’énergie à des fins magiques, peut-être en continuant les cycles vitaux des réalités magiques, comme l’inconscient collectif. » Quoi de plus magique et sacré que le nom sacré d’un enfant ? Dans cette prostitution que certains qualifient d’outrageante, il est possible de voir la conception de cet enfant magique, l’enfant sacré. Car c’est après avoir eu des relations charnelles avec le père que le « winkta » enfante, lui, du nom sacré. Il définit de cette manière la personnalité magique de l’enfant. De sorte que la relation homosexuelle, si elle est stérile sur le plan physique, ne l’est pas forcément sur le plan spirituel.

Mais le symbole du cerf est également transgenre dans le cas bien précis de la femme-cerf. Le cerf porte en effet des ramures et respire la puissance, la masculinité. Dans son espèce, les sexes sont particulièrement bien différenciés. On reconnaît aisément une biche d’un cerf. Qu’une femme, comme ANUKITE, se transforme en cerf ne laisse donc aucun doute sur son caractère transgenre. Le féminin devient le masculin. On peut aussi y voir l’illustration du caractère matrilinéaire originel des peuples amérindiens défendu par William K Powers. Cet auteur insiste lourdement sur l’importance de la femme chez les sioux. La femme, ne l’oublions pas, accouche à la fois des hommes et des femmes. L’homme, quant-à-lui, n’accouche pas. Il est hautement probable que cette constatation ait favorisé le culte de la déesse-mère des temps anciens. Les sioux n’ont pas non plus échappé à la règle. Plusieurs femmes sacrées jalonnent d’ailleurs les mythes oglala. ANUKITE en est un exemple, la femme bison blanc en est un autre.

Il est significatif de voir que le mot femme « win » se retrouve dans les différentes appellations qu’une jeune fille prend tout au long de son existence (winona, winu…). Par contre, ce même préfixe n’apparaît pour l’homme que quand celui-ci est adulte et marié. Il devient alors « wicasa » . Le terme « wica » désigne en général la masculinité. « san » ou « sa » voulant dire « rouge ». « wicasa » veut donc dire « homme rouge ». Le mot le plus proche est « winsan », qui veut dire « femme rouge » mais également « vagin ». « wicasa » aurait donc, pour racine, le mot « vagin ». Ce qui est d’autant plus logique que « wicasa » ne désigne que les hommes adultes. La notion de féminité apparaît donc en langue sioux jusque dans le terme représentant la masculinité. Les homosexuels n’échappent pas à la règle vu qu’on les nomme « winkta », donc « seront femmes ». Le fait de définir les homosexuels par rapport au mot « femme » n’est donc pas propre à eux. Par ailleurs, les lesbiennes sont nommées « winkta win », soit « femme sera femme », ce qui indique bien la place centrale occupée par la femme dans la civilisation sioux.



Qu’on songe aussi à l’image forte que le cerf évoquait aux yeux des peuples anciens. Il porte des bois sur la tête. N’est-il pas d’une certaine manière un des rares animaux à unir en lui-même les mondes animal et végétal ? La femme-cerf est alors un symbole puissant : celui de la cohabitation, au sein d’une même entité, d’énergies, d’idées, d’opinions,…certes opposées mais néanmoins complémentaires. Les enfants de la femme-cerf sont donc ces hommes et ces femmes aux « deux esprits », capables d’expérimenter en eux l’homme et la femme et d’accomplir, en fait, l’union sacrée.

 

À suivre le mois prochain :

Vent d’Ouest et Oiseau-tonnerre

Couple mythologique homo chez les indiens sioux

Par Papy Potter - Publié dans : LE CHAUDRON ROSE
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Jeudi 4 juin 4 04 /06 /Juin 09:05

 


(5.13)




L’été arrive, et les gens nagent dans le bonheur. Dans un mois à peine, la moitié des Français qui auront coulé des jours heureux de RTT et de fins de semaine longues comme des viaducs ou le pont d’Avignon vont partir en vacances. Certes, en majorité ils les passeront dans un camping de pauvresses. Peu importe, ils n’en foutent pas une rame de toute façon. Entre-temps, des étudiants en grève depuis janvier se verront décerner le diplôme le plus dévalorisé de tous les temps. Ils sont heureux, ils n’ont rien branlé d’autre que leurs sexes pendant six mois et ils sortiront diplômés de la Fac. Le temps de réaliser qu’ils n’auront droit qu’au chômage n’est pas encore venu. Ils sont jeunes, ils sont heureux, ils vont profiter de leurs vacances et de leur jeunesse entre copains et copines, forniquer dans les dunes, prendre des bains de minuit et des cuites mémorables dont le souvenir adoucira le triste quotidien qui les attend au tournant de l’âge adulte et des responsabilités qui seront les leurs.

L’été arrive, et les gens se fichent pas mal des élections européennes. Vingt-huit listes en présence rien qu’en Ile-de-France, voilà de quoi décourager les meilleures volontés. Eh quoi ! d’ailleurs c’est le jour de la Fête des Mères. Pour peu qu’en plus il fasse beau, faudrait être maso pour aller se faire chier au bureau de vote du coin, non ? Alors, j’active le mode révolutionnaire, version mi-Che mi-Fidel, et appelle tout le monde à s’abstenir massivement d’aller voter le 7 juin ! Non pour rejeter l’Europe et la construction européenne dont je me réjouis, encore que sur ce point j’aurais préféré que l’on approfondisse et consolide les institutions avant d’élargir à tout-va l’Espace communautaire, mais pour signifier aux guignols qui nous gouvernent et à la masse de cloportes qui veulent devenir députés européens qu’on les envoie se faire foutre ! Avec leurs conneries, ils finiront bien par tuer la démocratie. Donc, le 7 juin, fêtez votre maman, dites-lui que vous l’aimez de toutes les façons que ce soit, et oubliez le reste. Avec 80 % d’abstention, Zanzi criera victoire ; à 85 % ou plus, ce sera un triomphe !

L’été arrive, et je suis toujours célibataire. Ça m’ennuie de croiser des couples qui affichent un bonheur indécent. Être jeunes, beaux et heureux sous le soleil est une insulte à ma détresse sentimentale. D’aucuns diront que je ne fais pas vraiment ce qu’il faut pour changer les choses. Je réponds : à quoi bon ? À quoi bon essayer de trouver l’amour à Caribouland alors que dans un peu plus d’un an je vais quitter ce pays, et que personne ne me suivra quelle que soit ma future destination ? À quoi bon, aussi, essayer de trouver l’amour en France, puisque je suis encore bloqué à Caribouland pour un an et que les relations à distance sont vouées à l’échec ? La quadrature du cercle, me direz-vous ? Les mathématiques et la géométrie n’ont jamais été mon fort. Combien de temps devrai-je encore attendre pour goûter à la joie de vivre et éprouver du plaisir à être vivant ? Je ne veux plus attendre.


L’été arrive, et pour en profiter au maximum, j’ai décidé de me la péter en roadster cabriolet (1) et de faire mon coming-prout. Je reconnais que cela ne remplace pas l’amour, mais en attendant, ça met du baume au cœur. Dimanche 31 mai, sous le soleil, j’ai éprouvé une joie enfantine au volant de ma nouvelle voiture. Rouler cheveux au vent, c’était un rêve d’enfant. Il est devenu réalité. Je suis allé à la marina de Shediac, et l’on aurait dit un festival de voitures de sport et de cabriolets. Des BMW, des Corvette, et ma mienne. Flambant neuve, à peine 300 km au compteur, une sellerie en cuir rouge, un bijou. Et vous savez quoi ? Les gens d’ici s’en fichent. Je ne fais pas d’envieux, et c’est très bien ainsi. Je satisfais mon plaisir personnel, à bien y réfléchir il s’agit d’une forme d’onanisme. Personne ne me regarde dans la rue ou quand je sors le samedi soir, personne ne me regarde davantage quand je suis au volant de ma voiture. Seul avec mon joyau de 200 chevaux, je zappe sur les canaux de la radio satellite et puis je me fous de tout le reste.

En conduisant mon roadster, j’ai laissé mon esprit vagabonder vers un ailleurs dont les contours ne sont pas très bien définis. Et j’ai rêvé que je conduisais une vieille Jeep sur une piste à moitié désertique, pleine de bestioles qui font peur, style mygales, tarentules, cobras, et des plantes qui piquent, comme des cactus. J’aurais un vieux chapeau vintage pour protéger ma tête des rayons du soleil, tout serait vintage en fait, cabossé de partout, avec un réel vécu au fond de l’âme. Je commence d’ailleurs à être vintage, moi aussi. Ne suis-je pas l’un des plus anciens blogueurs des Toiles Roses ? Cela fera 3 ans à la fin du mois d’août. Quand l’été qui arrive entamera son déclin.

 

Zanzi, le 1er juin 2009 (2)

 

(1) Suite à cet achat, et parce que je ne suis pas hypocrite, j’ai quitté le groupe « Exister n’est pas consommer » sur Facebook. Quand je l’ai rejoint, il s’appelait « Il faut plus qu’un sac Vuitton pour m’impressionner ». Et c’est vrai ! C’est d’un m’as-tu-vu…

(2) Bon anniversaire à Norma Jeane Mortensen Baker, alias Marilyn Monroe (83 ans) et à Diana Frances Spencer, Princesse de Galles (48 ans).


Lire le précédent épisode,
cliquez ici.
Par Zanzi - Publié dans : HUMEUR : Zanzi and the City
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Jeudi 4 juin 4 04 /06 /Juin 00:49




JEUNES FILLES EN UNIFORME
(Allemagne, France - 1958) :

Une chronique d'Isabelle B. Price, d'Univers-L
 

Fiche technique :

Avec Lilli Palmer (Mle Elisabeth von Bernburg), Romy Schneider (Manuela von Meinhardis), Therese Giehse (la directrice), Margaret Jahnen (Miss Evans), Blandine Ebinger, Adelheid Seeck, Gina Albert, Sabine Sinjen, Christine Kaufmann et Danik Patisson. Réalisation : Geza von Radvanyi. Scénario : Friedrich Dammann (sous le pseudonyme de F. D. Andam), Franz Höllering et Christa Winsloe. Directeur de la photographie : Werner Krien. Montage : Ira Oberberg. Compositeur : Peter Sandloff.

Durée : 96 mn. Disponible en VF.



Résumé :

Prusse, 1910, la mère de Manuela vient de mourir. L'adolescente de quatorze ans est alors prise en charge par sa tante qui l'envoie à Postdam, un pensionnat strict pour les jeunes filles issues de la noblesse. Là-bas, les adolescentes sont élevées dans le respect des traditions, avec rigueur et discipline pour être de bonnes élèves puis de bonnes épouses et enfin de bonnes mères de famille.



La directrice, une femme intransigeante et dure, dirige ces jeunes élèves d'une main de maître. Patriote, elle forme la nouvelle génération de mères de futurs soldats. Manuela a du mal à accepter cette discipline de fer tout et se rebelle à plusieurs reprises.

Au fil des jours, l'adolescente admire de plus en plus Mlle von Bernburg, son professeur, et tombe rapidement amoureuse de cette dernière. Malheureusement cet amour est inconcevable.



Avis personnel :

En 1931, sortait dans les salles le film allemand Mädchen in uniform réalisé par Leontine Sagan et Carl Froelich. Il était basé sur une pièce de théâtre, Gestern und Heute, écrite par F.D. Adam et Christa Winsloe qui signaient d'ailleurs le scénario de cette adaptation cinématographie. Un doux parfum de scandale accompagna la projection de ce long métrage. L'homosexualité féminine était pour la première fois ouvertement évoquée même si elle n'était pas nommée et l'héroïne se travestissait en homme. Il y avait de quoi choquer la société puritaine bien pensante.



Quelques années plus tard, en 1958, ce film eut droit à un remake comme le cinéma sait si bien les faire. Celui-ci comprenait une distribution prestigieuse et bénéficiait d'une réalisation certes classique mais d'actualité (pour l'époque).

Le rôle de Manuela von Meinhardis permit à Romy Schneider de s'émanciper et de faire la démonstration de son talent, loin des compositions de jeunes filles prudes auxquelles elle était habituée.



Que dire sur ce long métrage ? À part qu'il s'agit d'un classique historique dans la représentation de l'homosexualité féminine au cinéma. Évidemment, il se termine mal. Manuela tente de se suicider mais ses camarades la sauvent de justesse et Mlle von Bernburg quitte l'école pour permettre à l'adolescente de l'oublier et de mener à nouveau une vie « normale ». À savoir que la première version se terminait encore plus mal puisque dans celle-ci, Manuela se suicidait réellement.



Dès le début du film, il est facile de comprendre que toutes les adolescentes vouent une admiration sans borne à Mlle von Bernburg qui est l'unique personne à leur témoigner un minimum d'intérêt et d'affection. Lorsque Manuela arrive à l'école, son uniforme lui est remis. Il a déjà servi comme elle le fait si bien remarquer et la précédente propriétaire des vêtements a brodé les initiales EVB dans un cours. Des initiales qui signifient Elizabeth Von Bernburg.



Toutes les adolescentes aiment Mlle von Bernburg. Elles se battent pour passer du temps avec celle-ci pour lui plaire et cherchent à savoir par tous les moyens quelle est sa « préférée ». Alors que pour la plupart elle comble l'absence d'autorité parentale aimante, pour Manuela, elle représente rapidement beaucoup plus. Manuela tombe réellement et profondément amoureuse de sa professeur.

Et lorsque complètement ivre, après son triomphe en Roméo dans la pièce de Shakespeare Roméo et Juliette, elle avoue à toutes ses camarades qu'elle aime Mlle von Bernburg et que celle-ci l'aime, elle est mise en quarantaine, isolée à l'infirmerie. Les autres adolescentes n'ont plus le droit de lui adresser la parole et Mlle von Bernburg est convoquée chez la directrice. Celle-ci lui interdit de reparler à Manuela pour son bien. Mais Manuela désobéit comme elle l'avait déjà fait auparavant et se rend dans le bureau de Mlle von Bernburg pour lui avouer son amour.



Au final, cet amour ne sera jamais consommé à part un timide baiser lors d'une répétition de Roméo et Juliette. Il n'empêche qu'il est dépeint de manière juste et réaliste. Mlle von Bernburg se sacrifie pour une noble cause. Elle a peu de droits mais beaucoup de devoirs envers ses élèves, des futures mères de soldats prussiens ayant pour devoir de protéger leur pays.

À noter que lorsqu'une élève désobéit aux ordres et parlent à Manuela, elle est arrêtée par une enseignante qui déclare : « Je t'assure que Manuela ne mérite pas ton amitié. Et sa fréquentation ne peut que te nuire. [...] Tu es encore trop jeune. Crois-moi, tu comprendras plus tard et tu me remercieras de mes conseils. » Malgré les années, il est incroyable de penser que ce film est toujours aussi actuel.



EXTRAITS :

MANUELA  : Vous êtes… Je veux dire… Vous êtes tellement… tellement. Merci.

MLLE VON BERNBURG  : Alors va dormir maintenant, descends. Bonsoir.

MANUELA  : Bonsoir. Le dimanche, quand je vous vois vous en aller dans votre jolie robe, vous êtes si élégante que j'ai toujours peur que vous ne reveniez pas avec nous.

MLLE VON BERNBURG  : Pourquoi te mettre de telles idées en tête, où voudrais-tu que j'aille ?

MANUELA  : Je ne sais pas. Tous les soirs, quand je m'endors, comme je vous l'ai promis, je me dis que je suis heureuse, très heureuse. Mais vous, je ne crois pas que vous vous disiez cela.

MLLE VON BERNBURG  : Tu te trompes. Si je ne me le dis pas comme toi, tous les soirs, je suis très heureuse, le matin, quand je vous retrouve, quand vous arrivez toutes en classe, que mes regards se posent sur vous. Je t'assure, je suis très heureuse. Bonsoir Manuela.

MANUELA  : Bonsoir.

 

MISS EVANS  : Vous avez ignoré la première des règles d'un professeur, la règle qu'un éducateur se doit d'observer et qui est de garder ses distances.

MLLE VON BERNBURG  : Je garde les distances lorsque je le juge nécessaire.

MISS EVANS  : Pour Meinhardis, cela vous a paru inutile. Et votre attitude envers elle est pour le moins étrange.

MLLE VON BERNBURG  : Je crains qu'il ne vous soit impossible d'en juger. Vous commandez à des uniformes, je ne vois que des jeunes filles à éduquer.

MISS EVANS  : Votre éducation me parait assez particulière.

MLLE VON BERNBURG  : Vos insinuations sont absolument injustifiées.

LA DIRECTRICE  : Quoi qu'il en soit, il est certain que Manuela Von Meinhardis a eu à votre égard, une attitude. une attitude équivoque et malsaine. Pour ne pas déplaire à la princesse, je ne puis la renvoyer. Aussi, ai-je décidé que jusqu'à nouvel ordre, nous l'isolerons complètement des autres élèves. Elle sera seule, dans une chambre où vous-même n'aurez pas accès.

MLLE VON BERNBURG  : Mais madame la directrice.

LA DIRECTRICE  : Je ne tolère aucun commentaire.

Par Isabelle B. Price - Publié dans : ET LES FILLES, ALORS ?
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Mercredi 3 juin 3 03 /06 /Juin 00:31

by  Lucian Durden

 

 


Lucian Durden a 34 ans. Il est membre fondateur des Écrivains mendiants de Paris. Ancien chef de la succursale des Flandres de l'École des tripes et amis du foie de veau. Publications dans le Bulletin de la société Jules Verge N° 45, 2ème trimestre. Il occupe les fonctions de directeur de la WithoutBooks Publishing en Pennsylvanie. Ah oui, il est aussi hétérosexuel. C’est notre quota légal dans l’équipe du blog Les Toiles Roses.

 

Lire l'aventure précédente

 

Deuxième aventure

 

 

…bar du Coxx… j’ai pas mal bu… dois écrire un article pour Hall… Paris-plage… librairie… où en étions-nous ? Ah oui…

Je reviens donc au bar après ma tentative de branlette avortée, m’accoude sur le zinc patiné et songe à une multitude d’alternatives acceptables à cette soirée bien mal partie. À ma droite un type, forcément, que peut-on trouver d’autre ici ? Qui me demande si je veux boire un verre. Fallait que ça arrive, je comprends alors ces nanas qui se plaignent de ne pouvoir rester deux minutes à siroter leur boisson sans qu’un gros lourdaud vienne leur casser les ovaires. Je lui dis que je dois sortir pour prévenir ma femme que je rentrerai tard – « Ah oui, je sais ce que c’est » qu’il répond tandis que je m’éloigne. Louanges à toi qui que tu sois ! J’ai réussi à tomber sur le seul hétéro du rade, si ce n’est pas de la chance ça ! Il sait ce que c’est… il sait ce que c’est…

— Oui chérie c’est moi… Ne m’attends pas… Je suis avec des copains, on prend quelques verres… Et puis… Mais non, t’inquiète, pas de filles… Y sont pédés… Ben ouais… C’est pour ça, t’inquiète… Bisou oui…

 

À présent que ce problème est réglé je peux retrouver mon nouvel ami de bistrot et voir ce qu’il propose pour le reste de la nuit. Au bar nous buvons sa bière, puis la mienne, puis la sienne encore et ainsi de suite jusqu’à ce que je doive me concentrer une minute trente pour formuler une phrase de cinq mots, il me propose finalement d’aller boire ailleurs. Sur le trottoir j’allume un clope et le suis, il semble connaître le quartier, pas mal de monde, avec de la chance il va nous trouver quelques nanas, avec encore plus de chance je me ferai sucer avant demain matin, je lui en parle, il sourit et me dit que tout est possible. Pas besoin de parler des heures, entre hétéros on se comprend.

Nous arrivons dans un bar bondé, devant moi au loin des types à poil prennent leur douche dans des cabines surélevées et off course, pas opaques pour un sou. Je suis excité en songeant que l’on arrive à temps, qu’après c’est au tour de quelques superbes femelles de se trémousser en caressant leurs courbes dingues à grand renfort de gant de toilette, la nuit s’annonce de folie. Nous passons à la vitesse supérieur mon ami et moi – je ne sais toujours pas comment il s’appelle – et commandons des vodkas. La musique électronique est aspirée par un trou noir, elle est lointaine de plus en plus et devient simple chuintement vaporeux, mon nouveau pote de fête s’étire tel un songe – je suis complètement cuit. Blackout.

Je pleure. Je pleure comme si je venais de perdre ma mère. Alors que la lumière du dehors commence à se répandre sur les murs et qu’un souffle tiède s’invite par une des fenêtres ouvertes, je jette violemment la tête en arrière pour ne plus voir le mec à genoux occupé à me sucer. Je pleure et me laisse faire car à aucun moment depuis le début de cette foutue soirée on ne m’a forcé ni à me bourrer la gueule à mort, ni à avaler des petits cachets. Je me lève et traverse la chambre dans laquelle je me trouve presque malgré moi, laissant incrédule et frustré le type qui sentait sous sa main la fin imminente. La pièce est éclairée par des bougies branlantes vissées dans leur cire sur différents meubles, par la télévision qui projette ses spectres stroboscopiques sur la moquette mauve qui recouvre les murs, il y fait une chaleur étouffante. Je me plante devant la jeune fille dont le mascara coule sur sa figure d’opaline, elle aussi semble n’en plus vouloir, ça fait déjà une heure que deux filles, et un travelo, la baisent tant et plus. Les cheveux de la fille, noirs comme les ailes d’un corbeau, se collent à ses joues et à sa nuque humide. Elle est jeune, à peine en âge de jouir légalement. Sur sa hanche un tatouage dit qu’on peut la prendre « dead or alive ». Je pose ma main gauche sur l’un des embryons de seins fatigués de la jeune fille et me termine de l’autre, déchargeant mon sperme d’hétéro sur la moquette épaisse, là où gisent en vrac des préservatifs dégoulinants. Après quoi, presque aussitôt, je reboutonne mon pantalon et descends les deux étages de l’hôtel par l’escalier de service. Nausées. Je titube en appuyant des deux mains sur mon cœur dont le rythme ne cesse d’augmenter dangereusement. Extincteur bousculé. Un voile opaque tombe sur mes yeux. Brouillard – merde ! – des marches loupées, je me casse la gueule ! Et la rampe, la rampe qui se dérobe sous ma main moite !

Sur le trottoir le contraste lumineux est tel qu’il me semble un instant perdre la vue. Magnifique journée chaude et bruyante me dis-je. Je jette un œil à ma montre : sept heures et quatre minutes. Je ne sais pas combien d’heures j’ai passé dans cet hôtel miteux, comme je ne sais pas non plus si tout ça a commencé le matin même, la nuit ou la veille. Je ne me souviens plus vraiment de ce que j’ai fait, bien que mon caleçon est frais et humide. Je suis heureux de retrouver ce trottoir semblable à tous les trottoirs de toutes les villes – un anonymaland sur papier glacé dans lequel je peux me cacher un temps. Je garde une main plaquée sur ma poitrine afin de maintenir un contrôle de mon activité cardiaque malmenée. Un extraordinaire sentiment de vide s’empare de moi et je me mets à sangloter comme un enfant abandonné… Un type me suçait ! Que se passe-t-il après ça ? Est-ce que lentement ce truc va envahir mon corps et mon esprit ? Est-ce que je suis contaminé ?

J’ai très peur de devenir un pédé à cause d’un moment d’égarement. Je reprends l’escalier en sens inverse, il faut qu’il me donne des explications ce salopard qui s’est fait passé pour un hétéro pour mieux me… Sale petite merde ! J’ouvre la porte de la chambre, ils sont là tous qui clopent en riant.

— Espèce de connard, tu m’as dit que t’étais hétéro !

— Jamais dit ça…

— Si tu l’as dit… Je t’ai dit que je devais téléphoner à ma femme et t’as dit … Oui… Je sais ce que c’est…

— Je sais ce que c’est, parce que je ne suis pas débile… Pas parce que je suis hétéro…

 

Je prends à droite à l’angle de la rue, et marche en direction de je ne sais où. La rue sent la friture, la bière et les parfums de femmes, parfums qui me renvoie à ma condition d’hétéro contaminé, j’ai envie de vomir, je pense qu’il faut que je baise une fille dans l’heure qui vient, que c’est l’antidote. Plus loin, je le sais, des putes martèlent le pavé de leurs talons usés. Voilà la solution. L’adolescent qui tarde à frétiller de la queue devant les filles on l’emmène voir des putes, c’est bien connu. Elles sont les derniers êtres vraiment touchants de la planète. Selon moi, toutes les autres femmes se cachent derrière les masques d’une vertu préfabriquée et donnent à leur mari, appelant ça faire l’amour, leurs organes excrémentiels. Quant à elles, les putes, elles vendent leurs abjections et se moquent de celui qui dépense l’argent familial pour se coller les dents sur quelques gouttes d’urine et plonger le nez dans la noirceur du cyclope Anus ; elles vendent leur corps mais offrent le remède à la tafiolisation. Ce qu’il me faut ! Je veux caresser une épaule maigre de femme !

 

TO BE CONTINUED…

Par Lucian Durden
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Mercredi 3 juin 3 03 /06 /Juin 00:18

(Some like it Camp)


par  Tom Peeping


 

Tom Peeping (T.P. pour les intimes, comme Tippi Hedren) aime se promener sur les chemins de traverse du 7ème art et de la télé et s’arrêter pour soulever des pierres. Les films qu’il y déniche, la plupart méconnus ou oubliés, méritent pourtant leur place près de l’arc-en-ciel. Camp, kitsch, queer ou trash, ils racontent une histoire du cinéma des marges. Gays sans l’être tout en l’étant, ils espèrent retrouver dans cette rubrique leur fierté d’être différents.

Tom Peeping, quand il ne visionne pas quelque rareté de derrière les fagots, est conférencier en histoire de l’art et fréquente assidûment les musées parisiens pour y gagner sa vie de vive voix. Il est né dans les Sixties, la décennie du Pop Art, des Yéyés et des Go-Go Girls. Et il rejoint, pour notre (et votre) plus grand plaisir, l'équipe du blog Les Toiles Roses.

 


 

Fiche technique :

Avec Emilia Hunda, Dorothea Wieck, Herta Thiele, Hedwig Schlichter et Ellen Schwanneke. Réalisation : Leontine Sagan et Carl Froelich. Scénario : F. D. Adam et Christa Winsloe, d’après sa pièce Gestern und Heute. Directeur de la photographie : Reimar Kuntze et Frantz Weihmayr. Décors : Frotz Maurischat et Frederick Winckler-Tannenberg. Compositeur : Hansom Milde-Meissner.

Durée : 96 mn. Disponible en VO.

 


L’accroche de Tom Peeping :

Jeunes filles en uniforme (Mädchen in Uniform) : si le titre est très familier, le film l’est beaucoup moins par manque de visibilité depuis sa première sortie au début des années Trente. Mais ArtHaus l’a édité en DVD (Allemagne) en 2008 et sa réévaluation est maintenant possible. En deux mots, c’est un excellent film en plus d’être une passionnante fenêtre sur le cinéma et la société de la période de Weimar.



Adapté de la pièce Gestern und Heute ("Hier et Demain") de Christa Winsloe (1888-1944) qui connut un triomphe en Allemagne en 1930, Jeunes filles en uniforme fut immédiatement mis en chantier pour en capitaliser le succès. Le film fut produit de façon très originale par des fonds coopératifs sous la direction du cinéaste Carl Froelich (1875-1953) et non par un studio : les dividendes en furent donc distribués aux particuliers qui avaient investi dans la production. Celle-ci reprit peu ou prou la même équipe de comédiennes qu'à la scène et confia la réalisation à Leontine Sagan (1889-1974), actrice et metteur en scène de théâtre qui avait dirigé la pièce et dont c’était le tout premier film (elle n’en fit que trois dans sa carrière). Nouvelle aux métiers du cinéma, Sagan fut assistée tout au long du tournage par Froelich, qui est mentionné dans le générique comme « consultant artistique » mais qui fut, dans les faits, la véritable tête pensante du projet et de sa réalisation.



Jeunes filles en uniforme connut un très grand succès public et critique lors de sa sortie en Allemagne en 1931 (après quelques coupes volontaires faites par les producteurs et une modification de la fin d’origine) et fut exporté dans le reste de l’Europe, aux États-Unis et au Japon, où son accueil fut plus mitigé. Appartenant à la première génération des films allemands parlants, il fut l’une des premières productions cinématographiques allemandes de l’époque à être exportée à l'international et devait être la vitrine, pour les producteurs, de la vitalité retrouvée du cinéma national en perte de vitesse face à la concurrence américaine et française. En 1933, l’arrivée des Nazis au pouvoir modifia la donne : sorti de sa période d'exclusivité, le film fut interdit de ressortie à cause de ses thématiques subversives, même si, paradoxalement, Goebbels raconte dans l’entrée de son « Journal » du 02/02/1932 qu’il a beaucoup aimé le film pour ses qualités artistiques. Jeunes filles en uniforme fut relégué dans les recoins de la mémoire collective des spectateurs qui avaient pu le voir entre 1931 et 1933 et tomba peu à peu dans l’oubli. Un remake – que je n'ai pas vu – en fut fait avec Romy Schneider et Lily Palmer en 1958 (je préfère m'en tenir à l'original...).



Résumé :

Postdam, à la fin des années 1920 : Manuela von Meinhardis (Hertha Thiele), 14 ans, orpheline de mère et dont le père est trop pris par son travail pour s’occuper d’elle, est amenée par sa tante dans un pensionnat de jeunes filles dirigé de main de fer par la revêche Fräulein von Nordeck (Emilia Unda). Manuela est bien accueillie par ses camarades mais se renferme d’abord sur elle-même avant de transférer son besoin d’affection sur la professeur de littérature, la Fräulein von Bernburg (Dorothea Wieck). En effet, celle-ci se rend compte que les jeunes pensionnaires ont besoin de chaleur humaine et est la seule adulte travaillant au pensionnat à les traiter comme des jeunes filles de leur âge et non comme d’impersonnels numéros. Mais le sentiment que Manuela ressent pour son amicale professeur prend vite une tournure plus profonde : la jeune fille retrouve la joie de vivre au contact de son aînée.



Après un spectacle d'école de « Don Carlos » avec lequel elle triomphe dans le rôle titre (ce qui permet au passage une étonnante scène de travestissement), Manuela, qui a fêté sa performance avec un peu trop d’alcool, clame son amour pour la Fräulein von Bernsburg devant ses camarades et ses professeurs médusées. « Ein Skandal ! » hurle la directrice en tapant du pied et de la canne. Le scandale éclate. Remise (gentiment) à sa place par l’objet de son amour et renvoyée de l’établissement sous quelques jours, elle sombre dans la dépression et les pensées suicidaires. Ses camarades vont alors voler à son secours et faire plier l’intolérante directrice…



L’avis de Tom Peeping :

Raconté comme cela, Jeunes filles en uniforme a tout d’un mélodrame. Et c’en est un, mais c’est aussi beaucoup plus que cela. Car l’intérêt du film est multiple.

C’est d’abord, en 1931, le premier film d’importance qui focalise son histoire sur une relation lesbienne. Manuela est de toute évidence amoureuse de son enseignante (elle le dit d'ailleurs clairement) qui lui donne l’affection dont elle semble avoir été privée depuis la mort de sa mère. Le sentiment est-il réciproque ? Le film ne l'affirme pas et on peut supposer que s’il l’est, la Fräulein von Bernsburg connaît les risques d’engager une relation avec son élève mineure au sein de l’établissement et garde avec raison la distance nécessaire. La gentillesse et la douceur de la professeur (qui traite toutes les pensionnaires de la même façon même si elle passe plus de temps avec Manuela, qui lui semble plus en demande d’affection) est sans doute sur-interprétée par la jeune fille, notamment lors de cette très belle scène, la plus célèbre du film et à juste titre, où, au moment de l’extinction des feux dans le dortoir, l’enseignante passe embrasser sur le front toutes les filles l’une après l’autre mais dépose un baiser sur la bouche de Manuela. Il est intéressant de noter que, même si l’auteur de la pièce d’origine, Christa Winsloe, était une lesbienne affichée (elle fut assassinée avec son amie en Bourgogne en 1944 dans des circonstances obscures) et que Leontine Sagan l’était aussi, les quelques vagues que fit le film lors de sa sortie en 1931, ne furent pas dûes à son traitement d’une relation lesbienne mais à la métaphore de l’autoritarisme politique (en 1933, évidemment, il en fut tout autre). Bien sûr, vu aujourd’hui à la lumière des Gay Rights et des Gender Studies, Jeunes filles en uniforme ne peut être considéré autrement que comme l’une des pierres fondatrices du cinéma gay et lesbien, l'un de ses jalons les plus importants.



Une autre interprétation du film réside dans la représentation de ce pensionnat, un univers clos régi par des règles et des rituels incontournables. Le monde de ces pensionnaires est celui des soldats : les nombreuses images de statues de personnages militaires qui décorent les bâtiments publics de Postdam et apparaissent en insert au cours du film sont révélatrices. Dans la République de Weimar qui vit la naissance de la pièce et du film, la métaphore était claire pour les contemporains : Jeunes filles en uniforme était une mise en garde contre les dérives possibles d’un pouvoir politique, militaire ou policier qui serait trop fort. En 1931, deux ans avant le triomphe d’Hitler aux élections, le film pouvait être vu, non comme un brûlot anti-Nazi (ce serait une lecture anachronique) mais plutôt comme un avertissement des dangers du fascisme et du totalitarisme (l’obsession soviétique elle, n’était pas anachronique du tout). Encore une fois, la lecture qu’on peut avoir du film aujourd’hui et celle qu’on devait en avoir en 1931 ne sont pas les mêmes mais ont évolué à la lumière des événements postérieurs. Comme le montrent bien les coupures de presse d’époque, c’est bien cette portée pamphlétaire politique du film qui fit le plus tiquer en 1931. Mais comment ne pas lire d’une autre façon, après 1945, les scènes du film qui montrent les rangs de pensionnaires qui marchent au pas, vêtues d’uniformes à rayures ou encore la mise à l’index et à l’isolation d’une jeune fille un peu différente des autres ? Prémonitoire, oui... mais rétrospectivement. À partir de 1933, les choses étaient toutes autres et le sous-texte lesbien de l’histoire comme la charge politique furent intolérables aux Nazis, maintenant au pouvoir, qui interdirent aussitôt le film "dégénéré".



Techniquement, Jeunes filles en uniforme est admirable. La caméra n’est pas aussi mobile que dans un film de Murnau et le choix de réalisme de la mise en scène le projette loin des excès de l’Expressionnisme qui venait de mourir de sa belle mort après avoir produit en Allemagne une impressionnante série de chefs-d’œuvre. L’austérité des décors, justifiée par le fait que l’ensemble du film se passe dans les murs du pensionnat (il n’y a aucune scène à l’extérieur), est mise en valeur par la lumière qui joue sur les murs blancs, les couloirs obscurs, l’escalier central qui à un rôle essentiel au cours du film. Beaucoup de gros plans s’attardent sur les visages des comédiennes en leur permettant d’exprimer au mieux la palette des sentiments de leurs personnages tout en donnant aux images une remarquable force érotique. L’implication de Karl Froelich dans le film est évidente dans chaque plan : Leontine Sagan elle-même n’en faisait d’ailleurs pas mystère.



Il faut aussi dire quelques mots des jeunes comédiennes de Jeunes filles en uniforme. Toutes sont excellentes et une des grandes surprises de ma découverte récente du film fut de voir la saisissante modernité du jeu – et du physique – de ces jeunes actrices et de Dorothea Wieck (l’enseignante), notamment dans les nombreuses scènes où, laissées sans surveillance, les pensionnaires retrouvent leur joie de vivre et espièglerie d'adolescentes. Le naturel de leur prestations est remarquable pour un film du tout début des années Trente. Cela est sans doute dû au fait que pour la plupart, elles avaient joué la pièce de très nombreuses fois et possédaient parfaitement leur personnages. Les actrices plus âgées (le directrice, les autres enseignantes, les surveillantes, la Princesse qui vient visiter le pensionnat), par contraste, font plutôt « vieille école ». Cette différence sensible dans le jeu des actrices renforce encore les différents messages progressistes du film. Et illustre à merveille le titre original de la pièce : Gestern und Heute ("Hier et Demain"). La beauté de Dorothea Wieck, âgée de 23 ans au moment du tournage, une mince brune à la peau pâle et aux yeux bleus clairs, est la cerise sur le gâteau. Pour la petite histoire, le film précède de huit ans The Women de George Cukor (1939) dans son originalité de n’avoir dans son casting que des femmes et de ne pas montrer à l’écran un seul homme.



Le parcours des deux actrices principales après la sortie du film est intéressant : Hertha Thiela (l’élève) refusa de travailler pour le cinéma de Goebbels et, sa carrière brisée, dut s’exiler en Suisse en 1937, puis en France où elle devint infirmière après la guerre. Elle revint en Allemagne de l’Est en 1966. Dorothea Wick (l’enseignante), sympathisante nationale-socialiste au début des années Trente, s’en éloigna ensuite mais resta en Allemagne pendant la guerre en se faisant discrète pour se consacrer au théâtre. Elles sont mortes toutes les deux à Berlin, respectivement en 1984 et 1986. Quant à Leontine Sagan, juive, elle quitta rapidement l’Allemagne pour aller d’abord à Paris puis en Afrique du Sud, où elle créa le Théâtre National de Johannesburg et où elle est morte en 1974.



Sorti aux États-Unis en 1932 avec quelques scènes "allégées", le film connut d'abord un succès d’estime mais, dans un pays loin de la morale libérale de la République de Weimar, sa thématique distinctement lesbienne ne fut pas du goût de tout le monde, notamment des ligues de vertu. Jeunes filles en uniforme y fut rapidement interdit. Il fallut qu’Eleanor Roosevelt, admiratrice fervente du film, s’en mêle pour que le film puisse être de nouveau temporairement projeté, toujours dans sa version censurée. Puis, difficilement visible pendant plusieurs décennies après les années Trente, le film fut devint une sorte d’Arlésienne pour les cinéphiles et les gays du monde entier. L’évocation de son titre seul, Jeunes filles en uniforme, faisait surgir des images fantasmatiques qui ont permis au film de survivre dans la mémoire collective mais en lui collant une étiquette faussée. Aujourd’hui, le film doit être revu pour ce qu’il est : l’un des excellents films des débuts du parlant (juste avant la chape de plomb dont le pouvoir Nazi allait recouvrir le cinéma allemand), une pierre angulaire du cinéma queer et un audacieux pamphlet politique anti-fasciste dont la portée a traversé les décennies sans encombre. Jeunes filles en uniforme est un film important qui mérite largement une redécouverte.

Pour plus d’informations :

Le DVD allemand édité par ArtHaus (visuel ci-dessus) est très bien. Le film n’a pas subi une restauration majeure mais plutôt un nettoyage et la qualité de l’image et du son est bonne. L’image est seulement un peu granuleuse dans les plans larges. Le son ne présente aucune distorsion. Pas de sous-titres français (mais des sous-titres allemands optionnels). Un DVD très recommandable, donc, pour ce film passionnant à plus d'un titre.

Quelques extraits (pas issus du DVD) peuvent être vus sur YouTube.

Par Tom Peeping - Publié dans : CERTAINS L'AIMENT CAMP
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Mardi 2 juin 2 02 /06 /Juin 12:01

 

Photo (c) D. R.


AMOUR

Fabien Fernandez (alias Fablyrr)

 

Pour la dix-septième livraison de cette série de textes basée sur les hypothèses "Si j'étais homosexuel(le)" pour nos ami(e)s hétéros gay-friendly et "Si j'étais hétérosexuel(le)" pour nos ami(e)s gays hétéro-friendly, j'accueille pour la première un artiste : Fabien Fernandez, alias Fablyrr. Après des études artistiques, Fablyrr s’est armé de ses pinceaux, crayons, stylet et palette graphique pour œuvrer dans l’image. Brassant les techniques au gré des envies et des besoins, il cumule plusieurs illustrations pour des romans et des jeux de rôles chez divers éditeurs : Fantasy Flight Games, ActuSF, Nuits d’Avril, Icare, Ours Polar, Griffe d'encre, Le Calepin Jaune... Ayant toujours des envies d’expression créatives, il décide de temps à autre d’abandonner l’illustration au profit de la peinture en différents formats, techniques et supports qui donnent lieu à des expositions collectives et personnelles sur les thèmes fantastiques et noir. Rebondissant sur la cartouche policière, il a fait aussi un petit passage par l’affiche du festival polar 2008 de Saint-Symphorien. Mais l’imaginaire n’ayant pas de limite, Fabien se permet aussi quelques sauts artistiques dans des domaines aussi divers que le story-board pour un court métrage, le design graphique pour un jeu de plateau, quelques petites animations d’images sur internet, etc. Aujourd’hui, il a passé sa troisième décennie, il vient de terminer un projet d’importance pour lui dans le jeu de rôles (Project : Pelican – CDS éditions) et garde plusieurs projets en cours (livre pour enfant, nouvelle graphique, livre illustré, expositions à thème sanguin et aquatique,…). Ses goûts ont évolué au fil du temps, mais il apprécie tout particulièrement de travailler avec la peinture numérique, les crayons, la peinture à l’huile, la gouache et l’acrylique, le pastel sec, l’encre de chine et le lavis. L’œuvre réalisée pour ce blog a été fait en s’inspirant de ce qui peut le plus convenir à la réponse au sujet : Amour. Une des plus belles représentations artistiques existante étant selon lui « Amour et Psyché » de Canova, c’est tout naturellement qu’il s’en est inspiré pour la reformulée à l’aide de pinceaux et d’acryliques.

 

 

 

Fabien Fernandez (alias Fablyrr)

(Site : http://www.fablyrr.com)

Par Daniel C. Hall - Publié dans : SI J'ÉTAIS... HOMO (ou) HÉTÉRO
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