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Vendredi 24 juillet 5 24 /07 /Juil 19:37



Fiche technique :

Avec Xavier Dolan, Anne Dorval, François Arnaud, Suzanne Clément, Niels Schneider, Patricia Tulasne, Monique Spaziani, Pierre Chagnon et Niels Schneider. Réalisation : Xavier Dolan. Scénario : Xavier Dolan. Directeur de la photographie : Stéphanie Anne Weber Biron et Nicolas Canniccioni. Musique : Nicholas Savard-L'Herbier.

Durée : 100 mn. Actuellement en salles en VF.

 


Résumé :

Hubert (Xavier Dolan), un jeune gay de 16 ans du côté de Montréal, n'aime pas sa mère (Anne Dorval). Il la juge avec mépris, ne voit que ses défauts, alors qu'elle se sacrifie pour lui et l'aime de tout son cœur mais maladroitement. Ce qui ne l'empêche pas d'être manipulatrice cherchant à culpabiliser son fils qui est parfois une parfaite tête à claques. Hubert est rendu confus par cette relation qui l'obsède de plus en plus. Il est nostalgique d'une enfance heureuse, et cherche, également maladroitement, à reconquérir sa mère, jaloux de la relation qu'entretient son amant, Antonin (François Arnaud), avec la sienne. Il est concomitamment troublé par Julie (Suzanne Clément), une enseignante qui ressent une attirance pour lui. Chaque initiative d'Hubert ou de sa mère pour se montrer leur amour ne fait que confirmer l'existence du gouffre qui les sépare. Hubert est un adolescent à la fois marginal et typique : découvertes artistiques, expériences illicites, ouverture à l'amitié, sexe et ostracisme...



L’avis de Marie Fritsch :

Sortir à peine à l'air libre et se dire, enfin, enfin un bon film. Certains film donnent ce sentiment d'avoir paradoxalement tout saisi de l'instant et invitent pourtant à un second visionnage pour être sûr de ne pas avoir été trompé. Et bien souvent, ce sont ceux-là même qu'on ira voir une troisième fois en y emmenant son amour, sa mère ou soi-même encore et encore. Et quelques années après seulement, fatigué et vautré dans un écroulatoir devant la télé, ce même film paraît soudainement sans couleurs et sans charme. Le mystère reste total. Le cinéma est comme un instantané entêtant et fragile.

En allant voir J'ai tué ma mère, je ne m'attendais à rien de spécial. Mais comme le dit Hub à propos du regard que l'on porte sur la vie et les gens, assis presque nu sur le bord de sa baignoire , face caméra dans un exercice périlleux mais réussi d'autofiction : « On dit que c'est spécial parce que la différence fait peur, spécial ça passe tout de suite mieux ». Le film de Xavier Dolan est spécial, pardon, différent. Et c'est cette différence qui en fait toute sa valeur. Disons qu'il tombe bien au bon moment. Dans 5 ans, devant ma télé, je ne sais pas. Mais là, en ce premier soir de vacances d'été, sous un ciel froid et chargé de pluie, tandis que mon amour est loin, je n'ai rien à perdre et vais m'enfermer dans une petite salle au troisième rang, la nuque cassée en deux pour rendre plus distant un écran au ras du plafond.



L'inconfort est vite oublié et le public silencieux, immédiatement captivé par le charme de ce beau gosse de 20 ans (17 ans dans l'histoire), Xavier Dolan himself, qui nous explique avec une sobriété en noir et blanc pourquoi il a tué sa mère. OK, on n'y croit pas une seconde, personne n'est dupe et là n'est pas le but du film. Rien que dans le titre, inutile d'avoir fait ne serait-ce qu'une petite année de psycho pour savoir que tuer sa mère ou son père est un passage obligé pour l'enfant, et bla et bla et bla... Faire de cette ritournelle un film semble casse-gueule au premier abord. Mais Xavier Dolan s'en sort bien, très bien même, puisque dès les cinq premières minutes il parvient à nous faire oublier ce mauvais titre et ce qu'on imaginait devoir subir comme non-suspense. L'ado est un diable de beauté et d'intelligence, loin de la caricature ingrate du jeune de sa publicité récurrente qu'on nous sert à la louche dans tous les films de « djeuns » du moment. Non ici, un rien snob mais toujours classe et pertinent, Hubert étonne et distribue des baffes à toutes les pensées préconçues sur la jeunesse des années 2000. La mère, loin d'être parfaite, a des faux airs lisses de ne pas y toucher. Ces deux-là se haïssent, et même les rares instants de réconciliation restent en demi teinte. Zéro consensus.

Le jeune Hub, complètement désorienté par la haine qu'il voue à cette femme avec qui il est obligé de cohabiter jusqu'à ses 18 ans, nous confie : « Si quelqu'un lui faisait du mal je ne pourrais pas m'empêcher de le tuer, et pourtant il existe 100 personnes dans ma vie que j'aime plus que ma mère. » Tout le film se lit via le prisme de cette interrogation du jeune homme, pourquoi n'aime-t'-il pas sa mère, et le lien qui résiste aux coups de ciseaux d'une violence inouïe entamant leur relation. Drôle de sujet, pour un film qui ne l'est pas, mais force est de constater que le talent est indéniablement présent tant à l'image qu'à la narration. Aucun ennui, la forme et le fond se courent après tout du long, quand l'un s'essouffle l'autre reprend le rythme.



Peut-être peut-on reprocher une utilisation trop forcée de quelques flash back sur l'enfance, filmés caméra à l'épaule et qu'on aurait déjà vu et revu ici ou là. Et une musique gentillette, du sous Yann Tiersen, là où on aurait bien vu un rock agressif qui pique et qui gratte. Pour le reste, le film se savoure à toute vitesse et colle aux doigts des heures durant, avec ce doux parfum suave qu'on veut faire goûter à tout le monde. Même la scène d'amour sur fond de « Vive la Fête » aurait pu tomber dans les clichés, au lieu de quoi le corps à corps des deux garçons, empreinte de grâce, doit tout à sa férocité et sa jeunesse. Le thème de l'homosexualité n’est pas l'objet du film, même si en filigrane certaines vérités sont dites, sur les rites de passage obligatoires et le coming out adolescent (agression homophobe, bel ange croisé dans les allées du pensionnat, jeune prof vainement amoureuse de son élève explicitement gay, court-circuit des infos qui met la mère au pied du mur). Bien au contraire, Dolan insuffle à son cinéma comme une évidence et se débarrasse des manières ampoulées de bien de ses aînés. La seule et belle référence qui me soit venue à l'esprit est celle d'un étrange remix des Enfants et des Parents terribles, avec dans le rôle titre un Michel/Paul, avec pour visage la bonté et la cruauté de l'enfance mêlées sous les mêmes traits. Et les tempêtes issues de ce drôle de mariage balaient contenances et bienséances en un grand coup de vent dont on ne sait jamais jusqu'à quel point il pourrait être fatal...

Un beau film sur lequel il reste beaucoup à dire. Mais pour en être sûr, il faudrait le voir au moins une seconde fois, après quoi on pourra se lécher les doigts pendant quelques années encore, avant de se demander quel en était le parfum...



L’avis de Voisin blogueur :

Hubert a 17 ans et partage avec sa mère une relation complexe. Celle qu’il aimait tant autrefois l’exaspère aujourd’hui au plus haut point. La décoration kitsch de la maison, ses tenues vestimentaires d’un mauvais goût criant, ses changements d’avis et d’humeurs… Leur quotidien à deux (les parents sont séparés) est fait de grandes engueulades et réconciliations. Quel est vraiment ce rapport qu’ils entretiennent ? Hubert clame facilement qu’il la déteste mais par moments il est également emporté par un élan de démonstration affective. Parviendront-ils à faire la paix ?

Attention, petit génie : à peine âgé de 20 ans, Xavier Dolan nous présente son premier long-métrage. Il y occupe de nombreux postes : réalisateur, scénariste, acteur principal et même producteur. Pour ce passionné de cinéma érudit, qui a commencé très tôt comme acteur, les choses semblent se faire le plus naturellement du monde. Œuvre fortement autobiographique, articulée autour de confrontations Mère-Fils savoureuses, jubilatoires ou émouvantes, J’ai tué ma mère est un habile mélange de comédie (à l’humour souvent féroce) et de portrait intimiste. Ou comment mettre en scène la violence des échanges familiaux tout en maîtrisant le second degré.



Doté d’un budget restreint, l’auteur tire le meilleur des contraintes imposées et délivre un film à la photographie soignée, aux plans très étudiés, tout en imposant un style tout à fait personnel. De cet amour vache (car il s’agit bien d’amour malgré les apparences), Xavier Dolan fait deux portraits bien croqués d’une mère et de son fils qui ont du mal à communiquer et qui n’ont plus qu’une certaine nostalgie partagée pour s’apaiser. C’est à croire qu’ils ne peuvent s’exprimer, vivre, que de façon extrême. Soit ils sont dans l’euphorie et se balancent des « Je t’aime » à la chaîne, soit ils se jettent des phrases assassines à la figure (pour lui) ou organisent de petites mesquineries (pour elle). Jusqu’au moment décisif où il faut « tuer la mère », c’est à dire accepter de grandir et que rien ne sera plus comme avant.

Le sujet est universel (qui n’a jamais été en conflit avec sa mère, surtout pendant l'adolescence ?), il est abordé avec fantaisie et beaucoup de grâce. En effet, ce premier long-métrage témoigne d’une maitrise assez sidérante : plans volontairement décadrés pour isoler les personnages, plans fixes parfaitement composés, inserts de photographies, affiches et autres détails… Bienvenue dans l’univers d’un jeune auteur à l’univers bien marqué. Chez Xavier Dolan on rit pour oublier qu’on a envie de pleurer, on parle souvent comme on pense, on s’aime librement entre garçons. Il y a là une énergie folle, un regard décalé et subtil et des personnages extrêmement attachants. À la violence de certains dialogues s’opposent des images, une ambiance souvent délicate. Sans aucun doute un des meilleurs divertissements de l’année car il est présenté par un auteur inspiré, spontané et malicieux. Coup de cœur.

FILM VU AU FESTIVAL DE CANNES – QUINZAINE DES REALISATEURS 2009 



L’avis de Bernard Alapetite :

On peut situer J'ai tué ma mère – auquel on peut juxtaposer bien des qualificatifs comme dérangeant, drôle, impitoyable, cruel, j'en oublie beaucoup, premier film d’un cinéaste de 20 ans, Xavier Dolan – entre C.R.A.Z.Y. et Tarnation, tout en étant bien supérieur à ces deux films. La première chose qui s’impose aux spectateurs est la parfaite maîtrise de la grammaire cinématographique du jeune réalisateur, qui est en plus le formidable acteur principal de son film. Cette qualité est d'autant plus méritoire que Dolan n'a bénéficié que d'un étroit budget de 800 000 $, dont 175 000 de sa poche, pour tourner son film. On peut juste reprocher au scénario, également de Dolan, quelque répétitions ; la coupure de ces redites allégerait le film et renforcerait encore son impact. Il faut signaler que pour toutes personnes sensibles certaines scènes mettent très mal à l'aise.



Il faut saluer la maestria avec laquelle le cinéaste et son chef opérateur réussissent à dynamiser les scènes d’affrontement entre la mère et le fils, par de fréquents changements d’angle et même par l’intrusion d’effets spéciaux presque tous convaincants.

Les dialogues sont si justes que l’on se demande parfois si l’on n’a pas affaire à du cinéma vérité obtenu grâce à des caméras cachées, ce que contredisent bien sûr la densité des échanges verbaux et la parfaite qualité des images.



Xavier Dolan parvient à faire exister tous les personnages secondaires, ce qui démontre d'une profonde compréhension de la nature humaine de la part du cinéaste qui définit son film par ces mots : « C'est un drame aéré par l'humour. C'est un cri primal, un cri du cœur. Je dirais aussi que c'est une forme de catharsis. Il y a une très belle scène onirique où je poursuis ma mère dans la forêt... »

Tous les rôles sont très bien interprétés même lorsque ceux-ci n’ont qu’une scène pour s’affirmer. La psychologie des personnages est impeccablement traduite par un excellent scénario.

Le scénario a le courage de soulever des questions qui restent taboues dans notre société, telles que les enfants sont-ils condamnés à devoir aimer leurs parents, et symétriquement, les géniteurs doivent-ils éprouver un amour incommensurable pour le fruit de leur copulation plus dû au hasard qu’à la nécessité ? Dans le cas du film, il ne s’agit pas de désamour mais plutôt d’une maladresse à aimer tant de la part de la mère que du fils.



Le traitement de l’homosexualité dans ce film devrait rendre les gays optimistes. Jamais l’homosexualité du héros n’est, dans son quotidien, un problème seulement un trait de son caractère qui semble aller de soi, sans ostentation et qu’il doit gérer comme le reste… au mieux. Cette déculpabilisation nous évite l’obligée scène de coming out qui devrait, heureusement, bientôt être rangée au rayon des antiquités scénaristiques.

Au sujet de l'homosexualité d'Hubert, le réalisateur déclare : « Mon personnage, gay ou pas, a une histoire : il hait sa mère, dit-il. Son orientation sexuelle est purement accessoire, c'est un trait de personnalité et non sa raison de ne pas aimer sa mère. C'est un film sur la haine infantile, l'incompatibilité. »



Ce qui est tout à fait unique dans le film de Xavier Dolan, c’est que l’on partage les réactions et les sentiments d’un adolescent sans le filtre du temps puisque le réalisateur est lui-même à peine sorti de l’adolescence ; il a 19 ans lorsqu’il tourne le film et 17 lorsqu’il en jette les prémisses sur le papier. Cela se sent et donne une authenticité incomparable au film. La rédaction du scénario était pour lui, d’après ses déclarations, une sorte de thérapie pour combler le vide créé par l’abandon de ses études.



Ce qui est remarquable, c'est que pour son âge son premier opus – qui espérons-le sera suivi de nombreux autres – ne croule pas sous les références. Et s'il se réclame d'Haneke et de Cocteau (il est de plus mauvais maîtres), il a une phrase du poète tatouée au-dessus du genou ! Jamais il ne songe pourtant à singer « l'oiseleur »... Quant à moi, je vois plus chez ce jeune homme du Truffaut mâtiné d'Ozon...

À propos des projets de Xavier Dolan, voici ce qu'il envisage pour son prochain film, Laurence Anyways, qui devrait se tourner à l'automne 2009, cela donne envie : « Il s'agit d'une ode à l'amour impossible. Un homme et une femme filent le parfait amour, quand lui décide de devenir une femme. Et elle décide de le suivre. Leur histoire dure 20 ans. Ils se trouvent, se perdent, se réinventent, prennent la fuite, se quittent, se retrouvent, se tuent, se font du bien... »



Autre atout du premier long métrage de son réalisateur, la parfaite troupe qui lui donne vie, composée par des acteurs confirmés, à commencer par Xavier Dolan, acteur qui joue son propre rôle (?) – on ne sait pas si l’on est dans l’autobiographie ou l’autofiction (d'après la passionnante interview que l'on peut trouver ici, il semble bien que nous soyons plutôt dans l'autofiction) mais qu’importe, il se révèle être un acteur remarquable et, en plus, il est loin d’être désagréable à regarder, comme d’ailleurs le sont tous les acteurs qu’il a choisi – ; l'actrice, épatante Anne Dorval, qui interprète le rôle de la mère d'Hubert n’est en rien un laideron repoussant. En évitant la caricature, il donne beaucoup d’opacité au personnage de la mère qui ne se révèle vraiment que dans la formidable scène avec le directeur de l’institution où elle a exilé son fils.



Les ruptures de ton et de style aèrent les scènes d’affrontement entre la mère et le fils. Dolan manie subtilement l’humour, ce qui lui permet d’avoir du recul sur ses personnages, y compris le sien.

Sélectionné à la « Quinzaine des réalisateurs du festival de Cannes 2009 », curieusement J'ai tué ma mère n'a pas obtenu la Caméra d'or. Il a néanmoins été récompensé par Le Prix SACD, le Prix Regards Jeunes et le Prix Art Cinéma Award.

Pour plus d’informations :

Par Marie Fritsch, Voisin blogueur et Bernard Alapetite - Publié dans : FILMS : Les Toiles Roses
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Jeudi 23 juillet 4 23 /07 /Juil 10:33


Fiche technique :

Avec Chip et Ovi. Réalisation : Panayotis Evangelidis. Assistant résalisateur : Aracelli Laimos.

Durée : 46 mn (+ bonus). Disponible en VO et VF.



Résumé :

Chip et Ovi se sont rencontrés dans un orphelinat près de Cluj-Napoca, en Roumanie, alors qu'ils étaient encore adolescents. Ils sont tous les deux handicapés : Ovi est né avec des malformations aux bras, et Chip a une jambe très abîmée par la polio. Leurs mères les ont abandonnés avec leur acte de naissance en poche peu de temps après leurs naissances. Ils ont été éduqués dans des orphelinats d'état. Ils vivent en couple depuis un an et demi, et essaient de mener une vie normale, de surmonter leurs handicaps, la discrimination sociale, la pauvreté, les problèmes de couple et la difficulté de trouver un emploi... Sans oublier de vivre leurs rêves : Chip veut devenir vendeur de pétrole au Texas et Ovi caméraman professionnel...



L’avis de Gérard Coudougnan :

Quarante-six minutes de documentaire grec sur Chip et Ovi, un couple de Roumains : l'un parle anglais, l'autre roumain. C'est doublé en français artisanalement. Le couple a cessé de vivre ensemble mais continue à se fréquenter. La caméra est portée sur l'épaule, assez instable. L'éclairage est « moyen ». Le film a été tourné en dix jours, sans aucune aide technique ni financière.

Je ne vous ai pas encore découragés ?



Chip et Ovi sont handicapés : Chip boîte avec son orthèse de jambe. Ovi n'a pas de mains. Chacun des deux rêve de fonder une famille et d'avoir des enfants. Ils sont tous deux orphelins, enfants abandonnés par leurs mères et élevés dans ces orphelinats « 100% zandys » du Danube de la pensée, Nicolae Ceausescu.



C'est en faisant la promo de Devotee (1) à New York que Rémi Lange a déniché ce film de Panagiotis Evangelidis, réalisé en 2007.



Chip et Ovi sont deux hommes d'une trentaine d'années. Ils crèvent l'écran par leur beauté, leur force, leur sincérité. Aucun voyeurisme, aucun misérabilisme dans ce film. Le moment le plus triste est peut-être celui où Ovi déclare en souriant : « My life is comme ci comme ça ». Le plus bouleversant est sans doute celui où, pour exprimer gestuellement son admiration envers Chip, il lève les bras (sans avant-bras) au ciel.



Ovi rêve d'être photographe ou cameraman. Chip voudrait être homme d'affaires au Texas et porter un Stetson en allant de banque en banque. Ils ont la même ambition : « Je voudrais faire quelque chose de ma vie ».

Ils aimeraient fonder une association pour les handicapés homosexuels et orphelins... l'étroitesse du créneau ne les effraie pas (2) et leur lucidité est totale.



Ces deux-là ont une beauté intérieure et extérieure qui illumine tout ce qui les entoure. On peut les voir et les revoir, leurs doutes, leurs forces et leurs faiblesses, leur sincérité, leur refus de l'apitoiement sont tout simplement éblouissants.



Chip est content de marcher sans cannes : cela lui permettra de ne plus effrayer les filles qui aiment marcher main dans la main avec les garçons. Maintenant, c'est possible ! Et quand il sera papa, il n'ira plus baiser avec les mecs, c'est clair, net et précis.



Ovi a déjà tourné des films vidéo. C'est plus dur de vivre sans mains mais il ne se plaint jamais et quand il mange, « like a dog », il y a tellement d'amour dans le regard de Chip que l'on se dit qu'avant d'avoir des enfants, ces deux-là, même s'ils ont cessé de vivre ensemble, ont encore un chemin à partager.



Un ange passe... Rémi Lange.

Et même si c'est un autre qui tient la caméra (Rémi est l'une des voix en français), ce Panagiotis a beaucoup de points communs avec les techniques, les moyens et les principes des Films de l'Ange : amateurs et détracteurs comprendront !

 


(1) http://www.lestoilesroses.net/article-20714602.html

(2) Dans le créneau handicap + homosexualité on a, en France :

http://www.handigay.com/ et http://aglh.blogspot.com/



POUR EN SAVOIR PLUS :

Sur le film : http://chipetovi.blogspot.com/

Sur Evangelidis : http://www.ameamedia.gr/en/g-competitive#chi

Sur les Films de l'Ange : http://lesfilmsdelange.blogspot.com/

Par Gérard Coudougnan - Publié dans : FILMS : Les Toiles Roses
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Mercredi 22 juillet 3 22 /07 /Juil 10:53

 


(5.16)




Je ne sais plus si je vous l’ai déjà dit, mais j’ai eu une enfance heureuse, protégée. C’était le temps où l’on jouait aux billes dans la cour de récré, à la balle au prisonnier, à colin-maillard. Le soir, après les devoirs, on regardait L’Île aux Enfants, le pays de Casimir. Le mercredi, sur TF1, Soizic Corne et Jacques Trémolin venaient nous enchanter avec Sibor et Bora, les visiteurs de ce jour-là, tandis que naissait un concurrent sur Antenne 2, Récré A2. Les téléphones n’étaient pas portables, ils avaient encore un cadran, mais les plus modernes commençaient à fonctionner avec des touches. Il n’y avait pas encore le Minitel, pas d’Internet. C’était le temps d’un bonheur simple, j’aurais aimé qu’il ne finisse jamais.

Mais tout a une fin, et tout a un commencement. Mon enfance est morte à la fin de l’été de mes onze ans, lorsque je suis entré en sixième. Quand j’ai quitté l’école primaire de mon quartier pour l’immense bâtisse d’un collège-lycée, c’est là que les problèmes ont commencé. Enfant joyeux et expansif, je suis subitement rentré dans ma coquille et devenu un adolescent difficile à cerner, désorienté par un mal-être indéfinissable. Capable d’être brillant dans les matières qui m’intéressaient, archi nul car dilettante dans les autres, mais également capable d’être bon dans mes matières faibles et mauvais dans mes matières fortes, je pense, avec le recul, que j’ai fait à cette époque charnière et délicate de mon existence une forme de dépression qui n’a pas été diagnostiquée. Et par-dessus tout ça, j’ai développé des complexes.

D’abord, un complexe de taille. Il est rapidement apparu que je n’atteindrais jamais la taille idéale du héros de mon enfance, Tarzan, soit 1m85 (selon le roman d’E.R. Burroughs). Pis, j’étais globalement moins grand que les autres. À l’orée de l’âge adulte, ma croissance s’est arrêtée à la taille Tom Cruise/Nicolas Sarkozy (en trichant un peu, mais eux-mêmes trichent aussi). Soit. Avec le temps, je me suis aperçu que je n’étais pas le seul dans ce cas et que ce n’était pas un drame en soi. Néanmoins, demeurait sous-jacent un certain malaise à une époque qui vante à outrance le culte du corps et de la jeunesse. Je suis bien proportionné, mais la société dans laquelle nous vivons nous incite à en vouloir toujours plus, générant ainsi d’inévitables frustrations.

Autre complexe : ma voix. Là, je reconnais que c’est bête. Je présuppose que c’est le lot commun d’éprouver un complexe lorsque la voix mue. Cela vient du fait que, durant une période transitoire, on n’est plus ce que l’on était avant, et l’on n’est pas encore que ce que l’on sera ensuite. Une fois passée la transition, vient le temps de l’adaptation, de l’acceptation d’un soi nouveau, mais celle-ci est rendue malaisée par les supports d’enregistrement. Au niveau de l’oreille interne, personne ne s’entend comme les autres nous entendent, et ceci provoque un effet de distorsion lorsque nous entendons un enregistrement de notre voix. Ce sont mes paroles, mais ce n’est pas moi. Je n’aime pas cette voix, je n’aime pas ma voix. Longtemps, ce complexe m’a empoisonné l’existence.

Tout a commencé à changer le jour où j’ai recommencé à chanter. Je dis bien « recommencer », car je chantais déjà beaucoup durant mon enfance, répétant les chansons écoutées sur mon petit transistor. J’ai même intégré beaucoup plus tard la chorale municipale pendant un an, mais c’était surtout pour avoir un semblant de vie sociale. Et puis, un jour, ou plutôt un soir, j’ai participé à un concours de karaoké. Une Harley Davidson était en jeu. Je n’ai pas gagné la moto, mais ce soir-là, j’ai reçu davantage en cadeau : j’ai finalement appris à aimer ma voix. Cette voix portée par le micro et la reverb qui enthousiasma l’audience, était la mienne. J’ai chanté « Hello » de Lionel Richie, et ce moment magique fit l’effet d’un déclic.

Depuis, je m’amuse beaucoup de l’effet de surprise que provoque le son de ma voix chez celles et ceux qui, ne connaissant de moi que mon visage, sont étonnés du décalage qui existe entre l’image et le son. Nul ne s’attend à ce timbre de velours, parfois grave, souvent langoureux, volontiers charmeur. J’ai appris à en user au téléphone qui en retranscrit bien les effets.

Quelquefois, il m’arrive encore d’éprouver un vague regret à l’idée que je ne serai jamais un apollon sur papier glacé, aux mensurations idéales, au visage parfait (peut-être trop), qui suscite l’envie et le désir des foules. Et puis je me dis que ces garçons trop beaux qui font la couverture des magazines finissent par avoir une vie banale et sans relief. Ils se succèdent les uns aux autres, comme un clou chasse l’autre, et le nouveau fait vite oublier l’ancien. Connaissez-vous le nom du mec en couv’ de Têtu ou de PREF ce mois-ci ? Vous souvenez-vous de celui du mois dernier, ou d’il y a six mois ? Bien sûr que non. Une esquisse de célébrité mensuelle ne suffit pas à les tirer de l’anonymat. En revanche, vous n’allez pas oublier ce qui va suivre.

         Pour me prouver à moi-même que je suis capable de balancer aux orties ce qui me reste de complexes, j’ai décidé de poser, et de m’exposer. Nu, dans les limites de la bienséance imposées par une serviette qui cache ce que le commun des mortels ne saurait voir, et qui est réservé à de rares élus, en attendant l’unique. Me voici, dans un éclairage retouché par Charles Louis Hennecent Orsini, qui semble nimber d’or mon corps offert à vos regards ébahis.




Zanzi, le 2 juillet 2009


Lire le précédent épisode,
cliquez ici.
Par Zanzi - Publié dans : HUMEUR : Zanzi and the City
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Mardi 21 juillet 2 21 /07 /Juil 12:07


Le commentaire de Salim Kechiouche :

 


Pour Grande École, je suis plus mature, plus consciencieux, trop peut-être. Robert est très technique. Pour moi c'est une étape. Avant je n'avais pas le trac, là c'est la première fois que j'avais le trac, je connaissais mon texte par cœur six mois avant, trou noir avant de tourner. C'est un rôle de composition, pour lequel j'ai dû changer la voix, plus douce, c'est un rôle plus gentil. C'est un vrai travail. Il fallait que je me mette en position de faiblesse, de demande, genre le petit candide. Un jour ça m'a fait chier, je suis revenu au style caillera et Robert a crisé, d'autant plus que je lui avais donné « le vrai Mécir » aux répétitions, parce que je savais que c'était cela qu'il voulait. Le réalisateur, c'est le maître dans le vaisseau, c'est lui qui a écrit son truc. Si on a t'a donné une Super 5, c'est pas le lendemain que tu roules en Porsche. Ça l'embêtait aussi de me demander de ne pas sortir de l'enclos.En voyant le film je me dis vraiment que ce n'est pas moi, c'est un personnage, c'est Mécir, je ne connais pas son nom. Le personnage est là, il est incarné, je suis content par rapport à ça, j'ai essayé de le servir au maximum. C'est vrai que j'avais eu le trac mais ça a servi le rôle, cette pression mise par Robert a sûrement servi à ce que le personnage soit juste. Ce trac venait des concessions que je devais faire par rapport à ce personnage. Parfois, ses réactions par rapport à sa vie m'énervaient, ça ne pouvait pas être moi.En ce qui concerne la coupe, mes cheveux étaient plus lisses et ça donnait au personnage ce côté lisse, qui subit, même si d'un autre côté, c'est quelqu'un qui s'assume socialement, qui bouge, qui vit, il travaille, il a sa carte bleue. Ce rôle, c'est un retour sur les écrans avec un film d'auteur, Robert Salis, que je respecte et qui respecte beaucoup ses comédiens. Je sais que j'ai vraiment partagé une bonne expérience.

© Pascal Faure pour salimkechiouche.com


Fiche technique :
Avec Grégori Baquet, Alice Taglioni, Jocelyn Quivrin, Salim Kechiouche, Elodie Navarre, Arthur Jugnot, Yasmine Belmadi et Eva Darlan. Réalisation : Robert Salis. Scénario : Robert Salis et Jean-marie Besset, d’après l’œuvre de Jean-Marie Besset. Directeur de la photographie : Emmanuel Soyer.
Durée : 110 mn. Disponible en VF.




Résumé :
Un groupe de jeunes gens intègre l'une des grandes écoles où se forment les futurs dirigeants et où s'entrouvrent les portes du pouvoir. Ils sont la crème des étudiants et constitueront l'élite de demain.
Mais la vie a toujours plus d'imagination que nous. Grandes écoles, oui, grands amours aussi, difficiles à vivre parfois. Le trouble du je et du jeu, des sentiments, de l'esprit et de la chair désinhiberont leurs certitudes. Ils devront faire avec eux-mêmes, devenir ce qu'ils sont et s'apercevoir que l'école qui est grande n'est peut-êyre pas celle annoncée.


L’avis de Media-G :
Malgré les apparences, l'intrigue ressemble curieusement à celle de Maurice (James Ivory-1987), où un aristocrate britannique tombait sous le charme – sans conclure – d'un de ses copains étudiants de Cambridge. Puis, bravant les barrières sociales, tombait dans les bras d'un ouvrier et se découvrait tel qu'il était. La ressemblance s'arrête là.
Prenant le décor d'une quelconque école supérieure de commerce déshumanisée, Grande École entend parler de la Grande École de la Vie, donc du travail et celle de l'amour. Partant d'un sujet pourtant intéressant et peu traité dans le cinéma français (hormis à travers des gaudrioles effroyables à la Sexy Boys) le film trahit très rapidement ses origines théâtrales et se plante tout droit dans le décor.
Les personnages sont réduits à des caricatures monofacettes : l'ambitieux, la manipulatrice, le travailleur coincé... sans jamais essayer de voir au-delà des apparences. Seul Paul (Gregori Bacquet, formidable), torturé dans l'âme entre ses idéaux en train de se morceler et sa sexualité vacillante, donne lieu à une véritable étude de caractère. Mécir (Salim Kechiouche, épatant et émouvant) reste lui fidèle à ses convictions : c'est bien le seul qui sorte digne de cette histoire. Peu dupe de sa qualité d'objet de désir, il se laisse prendre au piège de ses émotions. Mais reste un tantinet prisonnier du cliché du bel arabe fantasmé les mains dans le plâtre : le film se prend un peu les pieds dans le tapis des clichés qu'il souhaite décrire.


Le rythme languissant n'arrange en rien cette impression de lourdeur démonstrative. Chaque effet est appuyé d'un dialogue explicatif (genre explication de texte au cas où personne n'aurait compris), le ton engoncé dans un montage mou. Ça traîne, ça se pose des questions, ça ne répond jamais : on tourne en rond, acteurs, histoire comme spectateur. La cerise sur le gâteau, ce sont les dialogues : ampoulés, déclamés comme au théâtre, ils tombent régulièrement à plat, oubliant que le passage au cinéma s'accompagne de l'oubli de la scène et que les acteurs n'ont pas à articuler comme des bêtes pour se faire entendre. Résultat : des scènes supposées emplies d'émotions (la scène d'explication finale) provoque l'hilarité de par le peu d'emprise sur la vie réelle.
Et l'amour dans tout ça ? L'amour... hum... le film ne lésine en scènes de cul à tous les étages. Peu avare en nudité masculine, on est gratifié de deux scènes de douche après un match de water-polo. Dont l'une supposée représenter le trouble du héros. Trop longue pour être honnête, elle apparaît totalement gratuite. La sexualité apparaît survoltée dans les scènes hétérosexuelles mais sensuelle, un peu hors du temps et onirique dans celles homosexuelles. Vision hédoniste d'un moment suspendu dans le temps, aboutissement du désir, cet impossible objet.


Comme dans tout film français parlant de sexualité compliquée par le désir, d'ordre et de désordre (amoureux ou professionnel), les héros ne savent pas choisir. Comme le dit le héros à la fin « je veux choisir de ne pas avoir le choix ». Mouais, un peu facile. la conclusion est au diapason du film : incapable de choisir entre théâtre et cinéma, le cul entre deux chaises d'une sexualité non épanouie. Cette description d'un monde industrialisé à outrance dans ses choix de société où les rapports sont prévus à l'avance, demeure statique, démonstrative, d'une lourdeur emphatique qui mène à un ennui grandissant. C'est très dommage car il y avait matière à moins verber et à agir plus : indécrottable prétention auteurisante à la française.
Le héros du livre et du film Maurice, prenait une décision radicale : celle de s'assumer. Celui de Grande École ne sait pas (ne veut pas ?) prendre cette décision, tout comme le film qui ne sait pas (ne veut pas ?) s'assumer comme tel.
Pour terminer, Robert Salis est le réalisateur de l'inénarrable documentaire sur le naturisme Vivre Nu – À la recherche du paradis perdu. Son dernier film, Grande École, est terminé depuis longtemps mais a peiné afin de trouver un distributeur et une fenêtre de sortie.
Grande École est sorti en DVD chez Optimale.


L’avis de Polo :
Une grosse déception que ce film qui aborde pourtant l’homosexualité d’une manière assez originale à travers la vie d’un groupe d’étudiants en grande école, promis à un avenir professionnel radieux.
Des textes qui ne sont pas sans rappeler les classiques du théâtre que nous avons tous étudiés au lycée mais qui, à l’instar de séries comme celle très célèbre du nom de Dawson’s Creek, sont parfois difficiles à imaginer dans la bouche de protagonistes aussi jeunes. Bref, un texte bien trop littéraire qui nous permet de ne pas oublier une seconde que ce film est l’adaptation d’une pièce de théâtre, ajoutant de la difficulté à la compréhension de ce scénario parfois pesant. La trame de fond reste limpide mais ce sont tous ces petits dialogues parallèles qui paraissent confus car inadaptés aux personnages.
Il ne suffit pas de montrer quelques corps masculins nus ou à demi nus pour faire d’un film « gay themed » un bon film. Il n’en demeure pas moins que cette petite touche sympathique reste un des attraits principaux de ce film dans lequel on se réjouit de revoir l’acteur Salim Kechiouche, que nous avons déjà pu suivre avec beaucoup de plaisir lors de son apparition dans le film Les Amants criminels de François Ozon ou plus récemment dans Le Clan de Gaël Morel.
Contrairement à d’autres sentiments dont on ressent moins la sincérité à travers leurs jeux, les acteurs, réussissent parfois à faire passer la sensualité de certaines scènes, malgré un texte ne leur permettant pas vraiment de s’exprimer en étant très crédibles mais il n’en reste pas moins que leur jeu est souvent plat ce qui rend certains passages plutôt désagréables.
Le thème était pourtant intéressant : Exprimer le contraste que l’on peut trouver dans ces très grandes écoles entre les certitudes de futurs dirigeants et les doutes qu’on peut avoir à un âge où tout se bouscule facilement.
Les deux points positifs de ce film restent à mon avis la nature des sentiments troubles que peut avoir le personnage principal pour son colocataire mais surtout la touche de fraîcheur apportée une fois de plus par Salim Kechiouche qui mériterait qu’on lui offre sa chance d’avoir son premier rôle.


L’avis de Olivier Valkeners :
Était-il vraiment besoin de prouver qu'une œuvre théâtrale s'adapte mal au cinéma ? Si cela était le cas, ce film en est la preuve ultime ! Bon d'accord, je schématise, il est vrai que de nombreuses pièces à succès se sont vues adaptées brillamment à l'écran. Mais définitivement pas celle-ci ! Des garçons de bonne famille, Paul, Louis Arnault et Chouquet (!), pétris de valeurs et de certitudes, intègrent une grande école de commerce où ils vont être formés à devenir les futurs dirigeants du monde moderne. Mais avec la cohabitation naissent sentiments et troubles. Choc des cultures et des classes, désirs charnel, intellectuel, rien ne va plus au royaume du certain et Paul perd pied.
Dès le générique, on a envie de rire. Avec un titre qui avance vers le spectateur pour emplir l'écran, comme ça se faisait dans les années 80, on sent toute la dimension de grandeur et de théâtralité pompeuse que le réalisateur a voulu insuffler à son film. Et peut-être aussi le fait qu'il n'ait plus réalisé de fiction depuis 84 ! On ne sait si c'est par ambition artistique ou pour s'éloigner du réalisme des documentaires filmés entre temps par Salis, mais bien qu'ayant été retravaillée, la pièce n'a nullement l'air d'avoir été adaptée ! Les acteurs, aussi bons soient-ils, ont un mal fou à se dépêtrer des dialogues littéraires au langage châtié et malgré tout le talent qui les habite, peinent à nous faire croire au naturel de leurs mots et des situations, poussées jusqu'à l'insupportable dans le ridicule.


Alors, bien sûr, c'était dans l'intention du réalisateur que de conserver un style théâtral par l'usage du jeu et de décors propres à la scène, afin de déstabiliser le spectateur et lui faire ressentir le trouble émotionnel des personnages, mais si le concept peut paraître intéressant, le résultat est loin d'atteindre les espérances d'une présentation sur papier. Dans quelle mesure un film peut-il être personnel au point d'en devenir inaccessible ? Je ne suis pas en faveur d'un cinéma commercial (loin de là) qui privilégierait les attentes d'un soi-disant grand public, mais lorsqu'on réalise une œuvre cinématographique, aussi artistique que puisse être la démarche, n'est-elle pas destinée à un public ? Est-ce qu'en cinéma, on peut rester aussi égoïste dans l'écriture d'une œuvre qu'on pourrait l'être dans une autre discipline ? Et si même c'était le cas, le minimum ne serait-il pas d'au moins le faire un peu correctement ?!
Entre la mise en lumière des décors aussi naturels que la décoloration des protagonistes et le montage de scènes surjouées, on ne sait que choisir ! Peut-être les choix musicaux, énormes et lourds, ruinant les séquences, l'une après l'autre, transformant notamment cette scène de douche au vestiaire en vulgaire et pathétique matage de culs quand elle devrait signifier le paroxysme du trouble ressenti par Paul, le personnage principal. Grégori Baquet a bien du mal avec son Paul, et seul Jocelyn Quivrin réussit plus ou moins à s'en sortir avec naturel. Une distribution de jeunes acteurs/trices au talent indéniable que l'on se doit de saluer, vu le caractère périlleux de l'exercice !
Un film à oublier, mais des comédiens à suivre.


L’avis de Oli :
Trois colocataires sur le campus d’une grande école de commerce, dont deux ont une copine. Des considérations humanistes ou financières sur le monde du travail, des pulsions homosexuelles naissantes, un petit jeu au sein d’un couple sur qui séduira un tiers. Et en toile de fond, une tentative de réflexion sur les sentiments humains, prétention audacieuse de la part du scénariste.
Tiré de la pièce éponyme, ce film a essayé d’en garder le style théâtral, avec le jeu de langue presque racinien (« Andromaque, que ne me prêtes-tu pas ton polycopié de finance sur les swaps ? »). Sous couvert de justification par le milieu huppé qui fréquente cette école, censé parler couramment XVIe. Mouaif, admettons. Seul le beur ouvrier (Salim Kechiouche) a un langage normal, tant mieux pour lui. Pour le reste, faut aimer les incohérences et les inaboutissements. Une certaine dénonciation des préjugés en matière sentimentalo-sexuelle contrebalancée par un discours caricatural sur les grandes écoles. On n’est sûr que d’une chose : le scénariste n’y a jamais mis les pieds. Et sinon, comme écrivait ma prof de philo quand je présentais une copie insuffisante : « des pistes intéressantes qu’il faut davantage creuser ».
N’y aller que pour les sexes masculins visibles, le reste n’a pas grand intérêt.


L’avis de Zvezdo :
Ce film est une soupe peu homogène de choses ratées et réussies...
Pour ceux qui l'ignoreraient, c'est l'adaptation d'une des pièces les plus personnelles de Jean-Marie Besset. (Je vous recommande sa très jolie interview ; il dit drôlement que Les Lettres sont suspectes (...) moins que des cours de danse, mais plus que des leçons de piano et ne sent pas très en accord avec la vision bisexuelle du désir que véhicule le film – ouf!!!!!)
J'ai vu avec enthousiasme tout le théâtre de Besset depuis Ce qui arrive et qu'on attend que nous étions allés voir en meute à Montparnasse en 1993; et j'ai vu Grande école au théâtre 14, sans doute au moment de sa création. J'ai lu depuis que Guillaume Canet et Romain Duris ont joué le rôle ; je n'en ai pas le moindre souvenir, ils devaient être beaucoup plus jeunes, et totalement inconnus. En tous cas, j'ai le souvenir que c'était formidablement bien joué, ce qui n'est pas le cas dans le film.
J'y vois deux défauts principaux (au film) : 1) trop de maïzena, 2) des acteurs trop fadasses, pas vraiment crédibles.
Trop de maïzena, trop de sauce, trop de kitsch. Dès que le réalisateur ne sait plus quoi faire, on a droit à des effets ridicules (effets de miroirs, etc. La seule chose amusante dans ce registre, ce sont les gambettes de nageurs vus à l'envers; en reflet dans l'eau :-). Sur le plan de la musique, c'est une compile de tubes classiques mal assortis (Bizet, Puccini), sans que soit assumée la moindre ironie. La scène où le héros dissimule mal son trouble dans les vestiaires de la piscine face à l'objet de son désir dure des plombes... et c'est filmé comme un mauvais clip, pas de trouble, rien, que de l'eau qui coule.
Les filles sont fadasses, modèle Star’ac. Le héros (Grégori Baquet) n'est pas mauvais, mais, je vais être horrible, il a au moins 2 défauts : 1) il n'a pas l'âge du personnage et çà se voit, 2) il se teint les cheveux et ça se voit aussi.
C'est dommage, parce que le sujet me touche : le passage de la province à Paris, la vaine attirance pour un garçon hétéro. Les scènes avec Salim Kechiouche, le jeune beur, sont très bien, on croit au personnage, à l'enthousiasme et la rage mêlées.
Je pense que les pièces de Besset sont plus intéressantes qu'une simple description sociologique ; c'est du bon théâtre, qui supporte bien de bons acteurs. Je crois, j'espère qu'il n'y a pas besoin d'avoir fait une école de commerce ni prépa à Ginette pour les apprécier (je n'ai fait ni l'un ni l'autre, je tiens à le préciser...)
Pour plus d’informations :
Par Media-G, Polo, Olivier Valkeners, Oli et Zvezdo - Publié dans : FILMS : Les Toiles Roses
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Mardi 21 juillet 2 21 /07 /Juil 11:57


Fiche technique :

Avec Stéphanie Michelini, Yasmine Belmadi, Edouard Mikitine et Josiane Stoléru. Réalisé par Sébastien Lifshitz. Scénaristes : Stéphane Bouquet et Sébastien Lifshitz. Producteur : Gilles Sandoz et Christian Tison. Directeur de la photographie : Agnès Godard. Compositeur : Jocelyn Pook.
Durée : 93 mn. Disponible en VF.



Résumé :
La rencontre d'un trio de marginaux, composé d'un émigré russe, d'une transsexuelle et d'un jeune maghrébin, dans le Paris contemporain, et l'amour qui naît entre eux. Leur alliance sera d'autant plus forte qu'elle se déroulera sur fond de clandestinité et de mort…

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L'avis de Samuel M. :

Auteur des Corps ouverts, de Presque Rien et de La Traversée, Sébastien Lifshitz refuse l’étiquette à la mode de réalisateur gay. Pourtant, il reste fidèle au traitement de la marginalité sexuelle. Son dernier film, Wild Side, apparaît comme pleinement abouti en regard de son projet artistique. Par les sujets abordés, Lifshitz se mettait en danger : tout plaçait son entreprise sur le fil du rasoir. Grâce à un ensemble de choix narratifs et esthétiques, Wild Side déjoue ces pièges et parvient à nous raconter l’histoire de ses trois personnages. Stéphanie, une transsexuelle, vit avec Jamel, un jeune maghrébin, et Mikhaël, un émigré russe qui semble avoir déserté la guerre en Tchétchénie. Rassemblés au chevet de la mère de Stéphanie qui agonise, ils se révèlent au hasard de bribes de leur passé.

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Le risque de voyeurisme est évident quand il s’agit de représenter Stéphanie. Les retours en arrière dans son enfance montrent son transsexualisme non comme un rejet, mais plutôt comme l’inscription intime de l’histoire familiale - on pourrait l’interpréter comme l’introjection de sa soeur morte. De même, les retrouvailles avec l’ami d’enfance amoureux de lui/elle, révèlent qu’elle chérit encore ce souvenir, mais sous une autre forme. Cette scène profondément émouvante met en jeu l’acceptation des attirances, quel que soit le corps de la personne.

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Comme on le voit lorsqu’elle prend son bain, Stéphanie possède un corps de femme et un pénis. Elle nourrit alors les fantasmes bisexuels de ses clients : elle attire en tant que femme, mais sodomise l’homme âgé qui fait appel à ses services. Le risque de sombrer dans le misérabilisme surgit, par le travail de prostitution à la chaîne, qui déshumanise Stéphanie. Mais la réalité est plus complexe, et de la prostitution bisexuelle de Jamel peut faire naître l’humour, ou la gravité quand Mikhaël veut qu’il abandonne cette activité.

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L’affection qui lie ces trois personnages peut paraître invraisemblable ou « politiquement correcte » en voulant montrer trop de minorités réunies à la fois. Mais il y a justement une logique à la naissance de leur trio, celle de l’exclusion sociale et d’une expérience partagée. Les relations qu’entretiennent Stéphanie, Jamel et Mikhaël unissent trois exclus de la société. L’amour qui les unit éclate dans des scènes lumineuses, qui transfigurent leur sort et font oublier un quotidien sordide. La séquence finale, qui montre comment se sont rencontrés Stéphanie et Mikhaël, en est l’illustration magistrale.

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Les acteurs irradient d’une émotion toujours juste. Ce film à la narration fragmentaire mais à la réalisation fluide, aux personnages complexes malgré leur situation proche des stéréotypes, refuse la facilité et le manichéisme. Il s’avère d’autant plus bouleversant qu’il affiche une grande sobriété.

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L'avis de Jean Yves :
Mikhail et Djamel partagent le lit de Stéphanie, une jeune transsexuelle. Au départ, ce sont trois solitudes qui se rencontrent, et malgré la vie chaotique de chacun, ils trouvent un réconfort dans les bras l'un de l'autre : un trio sur la route de l'indépendance.

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Dans un monde qui aime bien mettre les gens dans des cases, Sébastien Lifshitz risquait d'être connoté comme un cinéaste homo, surtout après le succès de Presque Rien (et de l'affiche signée par Pierre et Gilles). Pourtant, lorsqu'on plonge dans l'univers intime de son nouveau film, on comprend qu'il échappe à toutes les catégories. Wild Side est un film marginal sur le parcours de trois marginaux.

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La rencontre d'un trio de marginaux, composé d'un émigré russe, d'une transsexuelle et d'un jeune maghrébin, dans le Paris contemporain, et l'amour qui naît entre eux. Leur alliance sera d'autant plus forte qu'elle se déroulera sur fond de clandestinité et de mort…
Il aurait été facile de basculer dans un mélodrame stéréotypé si le but avait été de raconter la seule liaison entre une jeune transsexuelle (Pierre devenu Stéphanie), un prostitué marocain (Djamel) et un clandestin russe (Mikhail)... Lorsque Stéphanie part chez sa mère, ses amants la rejoignent, mais ils restent en dehors de sa confrontation avec son village, son enfance et ses souvenirs. Il n’y a aucun conflit entre le monde de son enfance et celui actuel car ce qui émerge avant tout dans ce film c’est de l'amour. C'est cela qui frappe, avant tout le reste. L’important, c’est cette rencontre fusionnelle entre ces trois personnages (qui ne sont plus à la dérive) sans oublier celle extrêmement sobre et émouvante entre Pierre (devenu Stéphanie) et sa mère.

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Wild Side n'est pas un film bavard : les dialogues sont courts, parfois un peu difficiles à suivre à cause des obstacles linguistiques des personnages. Mais ceci n'est pas vraiment un handicap car la représentation de leur intimité fragile est très présente tant dans leurs rapports physiques, dans leurs regards que dans leur lutte pour échapper à la solitude. Les silences et le mélange linguistique drôle donnent un ton plutôt léger au film, ce qui n’est pas pour déplaire. Stéphanie Michelini dans le rôle de Stéphanie est magnifique : sa présence écarte tout des clichés de la représentation de la transsexualité. Avec douceur et charme, elle mène l'histoire entre le présent et les flashba
cks de l'enfance, entre la vie au nord de la France et les expériences de prostitution à Paris.

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L'avis de Petit Ian :
Impossible d'échapper à la comparaison avec le Tiresia de Bertrand Bonello. Construit autour du parcours d'une trans prostituée, le film de Sébastien Lifshitz livre l'une des clés de son esthétique par le choix, identique à celui de Bonello, de filmer le bois de Boulogne en un long et superbe travelling balayant le bas-côté de la route. Abbas Kiarostami dit du travelling qu'il s'agit d'un mouvement sans réalisme, donnant l'impression que les verticales du champ courent, tandis que le seul appareil mobile est la caméra. Et sa réponse, comme celle de Lifshitz, comme celle de Bonello, c'est la voiture.

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Filmer dans la voiture en marche, depuis le point de vue des passagers, afin de projeter à l'écran (= le pare-brise) la réalité du monde. Wild Side comme Tiresia donne donc au spectateur, dans un premier temps, la sensation d'être le chauffeur, le voyeur, le client, qui roule et déshabille du regard ce qui pourrait être l'argument du film : contempler une trans. La figure du voyeur est double : il est intégré à la diégèse (Terranova dans Tiresia, le dernier client dans Wild Side), il est aussi spectateur, et cela nécessite d'être déjoué par l'exposition, une bonne fois pour toute, du sexe de Tiresia et de Stéphanie.

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Déjouer la curiosité implique par ailleurs des choix, tous deux défendables, tous deux judicieux, bien qu'opposés : deux acteurs (un homme et une femme) pour un même rôle dans Tiresia ; une vraie trans dans Wild Side, où la démarche partiellement documentaire se doit par conséquent d'évincer toute exploration digne d'un laboratoire. Sébastien Lifshitz renonce ainsi à la crudité excessive de Bonello (aucune connotation péjorative à l'adjectif « excessive » ici), chez qui sexe et violence sont dans la démesure : à la fois au sens propre, si l'on considère la taille du phallus dans la séquence répétée d'amour à trois de Tiresia, et au sens figuré, si l'on considère l'atrocité de l'acte de Terranova.

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Lifshitz, lui, adopte une représentation paradoxale de l'acte sexuel. D'abord montrée sans fard (il a déjà prouvé dans Presque rien que la nudité n'est pas un obstacle), l'étreinte s'achève par des plans répondant à la théorie eisensteinienne du montage des attractions : à deux reprises, l'éjaculation est traduite par des métaphores, qu'il s'agisse d'un combat de manga ou d'une envolée d'oiseaux. Il y a ainsi, dans Wild Side, une coexistence du vrai et du symbole, illustrée par la photographie d'Agnès Godard : celle-ci n'est-elle pas autant habituée à sublimer les corps (voir son travail sur Beau travail et Trouble Every Day, de Claire Denis) qu'à montrer la réalité brute (cf. La vie rêvée des anges, d'Eri
ck Zonca) ?

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A ce titre, Wild Side se détache de Tiresia, mythe cinématographique, par une certaine authenticité : la trans et le beur sont condamnés à la prostitution, dans laquelle finit par sombrer à son tour le clandestin russe de manière incontrôlée. La menace des clichés pessimistes est sitôt contredite par le soucis d'évincer certaines idées reçues : l'amour à trois trouve son épanouissement, et la thèse d'une sexualité choisie est, quant à elle, réfutée (petitE, Pierre/Stéphanie est déjà androgyne). Sur cette question, le scénario co-écrit avec Stéphane Bouquet fait preuve de qualités rares : tandis que la mère de Stéphanie persiste, jusqu'à la mort, à appeler sa fille « mon petit garçon », un ancien camarade déclare « Au fond, tu n'as pas changé » – et Stéphanie de répliquer : « Ben non, c'est toujours moi. » Si Lifshitz en dit peu du passé de Jamel, il founit des informations sur celui de Mikhail et de Stéphanie, présentés comme deux survivants : qui, en effet, aspire à la vie, dans ces parcours parsemés de morts ? Un gay, rescapé de la guerre de Tchétchénie. Dans ses bras, une trans qui perd toute sa famille : le père, la soeur et bientôt la mère.

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Le réalisateur ne nie pas les stéréotypes, mais refuse d'y cloisonner ses personnages. Il serait réducteur de ne les considérer qu'en fonction de leur marginalité. Lifshitz lève des tabous plutôt que des clichés : en effet, il n'y a guère que Téchiné, Morel et lui à oser filmer des beurs gays ; quant à l'homosexualité russe, elle se révèle, chez d'autres auteurs, ou niée (Alexandre Sokourov) ou implicite (Serguéï Eisenstein, Serguéï Paradjanov – il faut néanmoins saluer ces deux derniers pour leurs efforts de suggestion, compte tenu de la période à laquelle ils filmaient) ; enfin, il faut attendre Bonello et Lishitz pour dépasser l'image des travs et des trans imposée par le cinéma hétéro-beauf depuis La Cage aux folles jusqu'alors. Cela suffit à conférer au film une dimension politique, peut-être pas revendiquée, mais évidente et nécessaire.

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L’avis de Laurence Reymond :
Autour de trois marginaux, une transsexuelle et ses deux amants, Wild Side tisse une histoire d'amours et de famille bouleversante, d'où le voyeurisme est totalement absent. On est loin du Tiresia de Bonnelo, nul drame divin ici, mais toute la complexité humaine de trois personnages unis dans un fragile équilibre. Loin de tous les clichés attendus, l'élévation, elle, est belle et bien là.

Wild Side est un petit miracle en soi : partant d'un scénario qui accumule les situations « plombées » (une histoire d'amour entre une prostituée transsexuelle, un jeune beur borderline et un émigré russe, leur voyage dans le Nord de la France où la mère de la première se meurt), le film parvient pourtant à s'envoler, à s'extraire du constat social, secondaire, pour s'attacher à des individus complexes et touchants, car touchés par une certaine grâce.

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La comparaison avec le film Tiresia de Bertrand Bonnelo est révélatrice : alors que les deux films partagent comme sujet principal du récit une transsexuelle, et comme moyen de la cerner une forme de grâce, Bonnelo représente au maximum le mythe, l'abstraction, sans vouloir oublier le corps. D'où le contre-sens fondamental du passage par le médical et les hormones, qui désamorce le caractère du mythe, nie son implacable inhumanité. Dans Wild Side, la transsexualité de Stéphanie est révélée dès les premières images. Le sexe étant « mis à jour », il libère le récit de sa présence, et ce ne sera que dans le rapport à sa mère que la question inévitable de la transformation se retrouvera.

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La grande beauté du film tient ainsi à sa manière subtile de nous replonger par bribes dans le passé de Stéphanie, pour tracer un portrait en pointillé. En retrouvant sa mère, qui l'appelle toujours Pierre, le film aborde « l'avant », mais sans tomber dans un système de cause à effet. Nulle explication à tirer, pas de cause évidente, car l'évidence se trouve ailleurs dans le film, à travers la sensualité des corps de ce trio amoureux. Sébastien Lifshitz ne tente pas de comprendre ce corps cinématographique unique par les mots, mais par le cinéma, par le regard profondément compréhensif, au sens de prendre avec soi, qu'il porte sur eux.

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Emmené par un trio d'acteurs impeccables, Wild Side réussit là où le cinéma français échoue trop souvent : un scénario construit autour des personnages (et non l'inverse), des acteurs dont la présence insuffle une véritable énergie « brute » aux plans. Le premier talent de Sébastien Lifshitz est ainsi d'avoir su trouver ses acteurs, mi-professionnels, mi-non, en particulier sa Stéphanie, une véritable transsexuelle dont le charisme impressionnant semble naître autant de sa grande beauté que de sa fragilité.

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Mais surtout, Lifshitz semble ici atteindre une maturité certaine de réalisation. Epaulé par la grande Agnès Godard (une des chefs op les plus brillantes de l'hexagone), il filme ses trois personnages avec un amour et une tendresse qui les subliment. D'une très grande beauté plastique, Wild Side ne cesse, dans un même mouvement contradictoire, de se rapprocher au plus près de ces vies douloureuses tout en s'élevant progressivement vers un sentiment d'apaisement.

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On pense souvent à un certain cinéma américain, qui a su si bien filmer les individus marginaux sans jamais en faire des symboles ou des clichés. En les aimant, tout simplement. Wild Side se situe là, à une distance toujours sensible et juste des corps et des personnes. Un film qui cherche la marge, pas pour s'y perdre, mais bien plutôt pour s'y retrouver.

Pour plus d’informations :

Par Samuel M., Jean Yves, Petit Ian et Laurence Reymond - Publié dans : FILMS : Les Toiles Roses
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Mardi 21 juillet 2 21 /07 /Juil 11:52


Fiche technique :
Avec Yasmine Belmadi, Bernard Verley, Sébastien Charles, Valérie Donzelli, Florence Giorgetti et Sébastien Lifshitz. Réalisation : Sébastien Lifshitz. Scénario : Sébastien Lifshitz et Stéphane Bouquet. Image : Pascal Poucet. Montage : Yann Dedet. Son : Yolande Decarsin.
Durée : 62 mn. Disponible en VF.

Résumé :
Parce qu’il vient d’être renvoyé de son travail, Djamel, à peine 20 ans (Yasmine Belmadi, qui interprétait déjà le rôle principal dans Les Corps ouverts et que l’on retrouvera dans Wild side), s’engueule violemment avec sa grand-mère chez laquelle il vit (deux scènes hors champ). Il décide de quitter Paris, sans toutefois oublier, en guise d’au revoir, de se faire tailler une pipe par sa petite amie.
Il débarque à Grenoble (pourquoi Grenoble ?) où il trouve, étrangement, facilement du travail comme manœuvre dans une usine. Dans cette entreprise, il drague sans attendre une secrétaire qui lui fait rapidement une place dans son lit. Dans le même temps, il éprouve une curieuse attirance pour son patron (Bernard Verley), qu’il va jusqu’à espionner à son domicile... Je vous en dis un peu plus ci-dessous, mais pas tout, car ce film, qui joue constamment sur le frottement entre l’identité sexuelle et l’identité sociale, fusionne ce qui est d’ordre sexuel et ce qui relève du refoulé politique de la France, ce film disais-je est aussi un film à suspense

L’avis de Bernard Alapetite :
Pendant toute la première moitié du film, on s’ennuie un peu et on peut être légèrement déçu. Certes Lifshitz filme parfaitement mais on a le sentiment qu’il refait Les Corps ouverts, à la fois en mieux mais aussi en moins excitant. Il est bien difficile de s’intéresser aux deux protagonistes principaux. Ils nous apparaissent comme deux médiocres salauds. Djamel semble être un beur dépeint à la Le Pen et le patron parait sorti d’un discours de Laguiller ! C’est à ce moment que Lifshitz, en une scène extravagante, dynamise le film et le dynamite, l’élève au dessus du naturalisme, qui jusqu’alors le plombait. Djamel entre dans le bureau du patron (incarné remarquablement par Bernard Verley, qui était déjà parfait dans un autre rôle de père dans Nord de Xavier Beauvois, à la lourde silhouette, la face bouffie et ravagée) pour le mettre en garde contre ses employés qui fomentent une grève. Première surprise devant cette attitude, le petit beur macho se mute devant nous en balance, en traître à sa classe comme on le disait naguère. Le spectateur, à peine remis de sa surprise, va être stupéfait par le coup de théâtre suivant, quand le garçon annonce à l’homme qu’il vient de flatter qu’il est son fils ! Pendant un très court instant, on pense que notre beur est tout à fait givré. Nous sommes aidés en cela par sa curieuse attitude jusqu’alors vis-à-vis de chacun. Mais le cinéaste ne nous laisse pas reprendre notre souffle. Le garçon sort de sa poche une photo de sa mère et la montre au patron médusé en disant que cela l’aiderait à se rafraîchir la mémoire. Et contrairement à ce que l’on pouvait attendre, le patron patelin dit qu’en effet il a bien connu sa mère, une putain qu’il a fréquenté plusieurs semaines, mais qu’il n’est rien pour lui et que vingt autres peuvent être son père !
Le film, jusqu’à son terme, vivra sur la lancée formidable qu’a impulsé cette scène qui ne doit pas durer plus de quatre minutes. On est passé du naturalisme XXe siècle au mélo échevelé dans la grande tradition du XIXe, avec fils caché, père indigne, mère putain et morte jeune, bien sûr, phtisique ou syphilitique sans doute. Le scénario que cosigne, tout comme pour Les Corps ouverts, Stéphane Bouquet ne mollit pas ; il nous assène le coup de grâce en nous révélant en une image que le fils du patron est pédé ! C’est le réalisateur (Lifshitz) lui-même qui embrasse à pleine bouche le fils à papa, en l’occurrence plus un fils à maman, qui elle est snob et superficielle, pour nous faire bien comprendre la chose. Hitchcock se réservait de moins agréables silhouettes dans ses opus. Lifshitz est un récidiviste, il s’était « dévoué » de pareille façon dans son film précédent. L’effet de surprise n’est qu’à moitié réussi, car l’on avait fait qu’apercevoir le fiston et bien des spectateurs ne l’identifieront pas immédiatement. C’est une des rares faiblesses du film, avec celle d’un montage parfois inutilement compliqué ; il y a aussi quelques scènes inutiles, comme celle du voyage qui rompt l’unité de lieu de la ville de Grenoble, cernée par les montagnes, une ville d’où il semble que l’on ne puisse pas s’échapper.
Djamel drague… en digne fils indigne ! Sébastien Charles est très juste dans le rôle ingrat de la victime sacrificielle, le seul personnage un peu sympathique de cette histoire. On peut voir cet habitué de l’œuvre d’Ozon dans Sitcom, Une Robe d’été et Scènes de lit, ainsi que dans Les Passagers de Guiguet... On comprend vite que ce n’est pas le désir sexuel qui anime Djamel mais la volonté de vengeance : enculer son demi-frère pour, dans sa petite tête de macho, le souiller. Et pourtant… le doute subsiste lors de la belle scène du rendez-vous dans la forêt entre les deux garçons qui ont le même âge. Le cinéaste se moque de lui-même lorsqu’il prête au personnage joué par Sébastien Charles ses propres fantasmes sur les beurs : la beauté de leurs mouvements, la fermeté de leurs corps... fantasmes auxquels Djamel répond : « Si tu voyais mon oncle c’est un véritable poivrot », le garçon répond : « Cela ne peut pas être pire que mon père... » Un dialogue qui illustre bien le regard que porte le réalisateur sur l’humanité, un regard que l’on peut qualifier de célinien, même mélange de dégoût, de colère mais aussi de tendresse. Il y a aussi du Chabrol dans cette bourgeoisie provinciale macérant dans son jus, qui ne songe qu’au paraître.
Après avoir batifolé dans les sous-bois enneigés, arrive la grande question, qui devrait déclencher bien des souvenirs chez beaucoup de spectateurs : où aller pour une suite plus sérieuse, résumée par une formule lapidaire de Djamel : « J’ai envie de te la mettre. » Le fils à maman répond le classique : « Il y a mes parents chez moi », auquel Djamel répond le non moins convenu : « On ne fera pas de bruit. » Et les voilà partis dans l’antre bourgeoise de l’ogre. Nouvelle et dernière accélération du scénario avec l’intrusion d’un suspense : Djamel mettra-t-il à exécution son plan diabolique : baiser le fils de son père supposé (rêvé, désiré ?) et le faire savoir à ce dernier ? Vous aurez la réponse pour la deuxième interrogation en voyant ce film âpre et fort. Pour la première, c’est oui, ce qui nous offre un beau plan de baise vu du plafonnier d’où l’on peut admirer les fesses et le coup de reins de Djamel (Lifshitz reprendra le même plan pour la scène de sexe dans les dunes dans Presque rien).
Comme tout cinéaste français qui se respecte, Lifshitz ne fait – bien entendu ! – pas de films gays, voici sa version de cette évidence : « Les Terres froides ne sont pas un film sur l’homosexualité. Je déteste les films qui sont ”sur”, je préfère ceux qui font ”avec”. Les films à thèse destinés à un public précis m’insupportent. Ici, l’homosexualité arrive presque comme une incidence dans le récit... Chez beaucoup d’homos, il y a un fantasme des beurs et des blacks. On les voit comme le symbole de la masculinité ou d’une certaine virilité. Ils sont assez obsédés par la puissance et cultivent sans cesse leur corps. Même désœuvrée, la jeunesse immigrée est magnifique, leur corps c’est leur dernière fierté, même s’ils ont souvent le sentiment de n’être rien dans la société. Les gays, eux, reconnaissent ça chez les blacks et les beurs. Et puis, il y a aussi probablement, chez les gays, le fantasme du voyou, c’est toute la mythologie de Genet qui ressort. » Si je suis plus que dubitatif sur la première partie de sa déclaration, la fin me semble une évidence.

Les Terres froides fait partie de la série Gauche/Droite, collection commanditée par Pierre Chevalier pour Arte, dans laquelle on trouve également le remarquable Petit voleur.
L’image inquiète ; elle intrigue, toujours inventive ; elle distille une perpétuelle sensation de danger. Dans une lumière qui claque comme un temps froid et sec, les personnages évoluent avec rectitude dans le champ de la caméra. Elle est beaucoup plus parlante que les dialogues : ce sont les yeux, les attitudes, les ambiances qui sont bavards, pas les dialogues. Une grande maîtrise de l’ellipse scénaristique fait que de nombreuses zones d’ombres de ce film sont laissées à l’interprétation du spectateur, ce qui lui procurera un plaisir rare, bien au delà de l’heure de visionnage. La bande-son privilégie toujours les « bruits » par rapport aux dialogues. Elle se place dans la droite ligne de celles de Godard. On peut aussi penser à Godard, le Godard post-soixante-huitard, pour ce télescopage entre marxisme et psychanalyse, œdipe et lutte des classes. Lifshitz parvient à insuffler à son discours contestataire une vraie puissance romanesque. Du coup, l’impact du film s’en trouve décuplé, porté il est vrai par une majesté visuelle dont peu de cinéastes peuvent se targuer.
Dans une interview, Lifshitz définissait son film par une réplique réjouissante extraite de Masculin-Féminin de Jean-Luc Godard : « Nous vivons sur la terre, la plus atroce des planètes, parmi les hommes qui sont plus cruels que les pierres. »

Pour plus d’informations :

Par Bernard Alapetite - Publié dans : FILMS : Les Toiles Roses
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Mardi 21 juillet 2 21 /07 /Juil 11:48

 

 

Le commentaire de Salim Kechiouche :

Saïd (Salim Kechiouche) - (c) Pierre & Gilles, tous droits réservés.

 


Ambiance plus dure que pour À toute vitesse. Ozon est distant, manipulateur, en retrait et en même temps très professionnel. C'est surtout la rencontre avec Yasmine et Jérémie qui sont encore mes amis très proches, comme des frères. Le cinéma t'offre des rencontres comme celles-là que tu n'aurais peut-être jamais faites dans la vie. Rencontrer un mec d'Aubervilliers et un autre de Bruxelles, je ne pense pas que je les aurais rencontrés ailleurs. Le travail avec Ozon est intéressant, très technique, ça permet de voir une autre façon de travailler.

Ça me faisait un peu chier d'être tout le temps mort. Un mec me dit « tu es dans la cave, on t'enterre la jambe », c'était pour de vrai, dans la terre, j'avais l'impression qu'il y avait des fourmis, des asticots, des bêtes qui commençaient à me ronger la peau. C'était inconfortable, sans bouger, entouré par une couverture affreuse, et la cerise sur le gâteau c'est quand on m'a dit qu'on allait me poser cinq rats dessus, des gros rats, « mais t'inquiète pas, les rats sont apprivoisés ». On a fait vingt fois la prise. Je me rappelle des moustaches des rats qui venaient frôler mon visage, je sentais leur petite mâchoire qui commençait à s'approcher de ma joue, là c'était incroyable.

© Pascal Faure pour salimkechiouche.com

 


Fiche technique :
Avec Jérémie Renier, Natacha Régnier, Miki Manojlovic, Salim Kechiouche, Yasmine Belmadi. Réalisation : François Ozon. Scénario et dialogues : François Ozon. Son : François Guillaume. Images : Pierre Stoeber. Montage : Claudine Bouché et Dominique Pétrot. Décors : Arnaud de Moléon.
Durée : 90 mn. Disponible en VF.




Résumé :

Alice manipule son petit ami, Luc, pour qu’il assassine un de leurs camarades de lycée. Le couple tue Saïd, puis dissimule son corps dans la forêt. Leur sinistre besogne est épiée par un homme des bois qui bientôt enlève et séquestre le couple…


L’avis de Bernard Alapetite :
Les Amants criminels, c’est un peu un bonzaï de Tueurs nés dont le jardinier velléitaire serait Michel Tournier.
Dès les deux premières scènes du film, on comprend qu’il ne peut être réussi. Dans la première, une jeune fille, Alice (Natacha Régnier découverte par Zonca dans La Vie rêvée des anges), dans la chambre de son petit ami, Luc (Jérémie Renier découvert lui par les frères Dardenne dans La Promesse), se livre à un faux strip-tease. Le garçon est assis sur son lit les yeux bandés. Debout, face à lui, Alice ment. Elle dit qu’elle se déshabille, qu’elle a les seins nus, qu’elle les mouille de sa salive alors qu’elle reste vêtue. Luc la croit sans la voir. Elle l’excite verbalement pour le faire bander. Hélas, quand la fille baisse le slip du garçon, l’objet du désir, aperçu furtivement, est très sage. Le but du film sera de faire bander Luc !.. La scène suivante nous montre deux jeunes beurs (Salim Kechiouche et Yasmine Belmadi, le héros des Corps ouverts et de Wild side de Lifchitz) à moitié nus dans une chambre où ils évoquent leurs désirs pour les filles. L’un caresse son copain sous le prétexte de lui montrer comment il a caressé Alice. Dans ces deux scènes, autant les corps des garçons sont érotisés autant celui de Natacha Régnier est filmé avec une froideur et un désintérêt patent. Cette inégalité dans le traitement rend le film bancal et nous empêche de nous intéresser aux événements improbables qui vont suivre.


Alice pousse Luc à tuer l’un des deux beurs, Saïd (Salim Kechiouche à la vidéofilmographie gay déjà riche : Le Clan, Grande école, Vie et mort de Pier Paolo Pasolini, superbe tant par son jeu que par son corps), en lui faisant croire que Saïd l’a violée. Ozon traite le personnage de Saïd comme un fantasme de sexualité bestiale ou un fantasme raciste ? On désire son corps mais on hait ce désir, c’est pourquoi il faut le tuer, tant dans l’esprit d’Alice que bientôt dans celui de Luc. Le crime est filmé comme un acte sexuel, un grand morceau de cinéma, hommage brillant au fameux crime sous la douche de Psychose. Le couple décide d’aller enterrer leur victime dans une forêt. Au passage ils commettent un hold-up minable. Là, le film devient carrément mauvais à la limite du ridicule, mais peut-être est-ce du second degré, avec Ozon le doute est toujours permis et ce n’est pas là un mince mérite. Ayant enfin trouvé leur forêt, ils enterrent le cadavre, scène aussi pénible que celle analogue dans Sang pour sang des frères Cohen auquel on ne peut s’empêcher de penser.


Ils se sentent épiés. Pris de panique, ils s’enfoncent dans les bois où ils se perdent, poursuivis par une mystérieuse présence invisible, séquence impressionnante et très réussie. Ils découvrent une cabane dans une clairière. Ils s’y introduisent, mais bientôt l’ogre (Miki Manojlovic, l’acteur fétiche de Kusturica, ici beaucoup plus sobre que chez le Yougoslave parce que mieux dirigé !) revient et les séquestre. À ce moment commence un autre film, celui qui intéresse vraiment le réalisateur et qui nous réveille tant il était difficile de se passionner pour ces deux adolescents, ces deux blocs de bêtise, tentés par l’expérience du mal.


Ce qui motive le cinéaste, c’est la mise en image de la relation sexuelle entre un adolescent et un homme de cinquante ans (ce qu’il fera avec talent et une totale originalité dans son film suivant : Gouttes d’eau sur pierre brûlante). Le réalisateur quitte alors le naturalisme de la première partie qui était inspirée par un fait divers réel filmé avec la même sécheresse que son excellent Regarde la mer, pour une esthétique à la fois trash et kitch. Nous entrons alors dans le monde des contes (il y avait déjà de la fable dans Sitcom). Malheureusement Ozon est atteint du syndrome Tournier, comme lui il dissimule son homosexualité sous les oripeaux des mythes. Pourtant, toutes les scènes entre Luc et le monstre sont parfaites et font naître enfin l’émotion dans le film. Leurs relations sexuelles, tant celle où l’ogre masturbe Luc, que celle où il le sodomise sont filmées avec une grande maîtrise. Scènes à la fois érotiques et pudiques où pour la première fois dans le film, il existe le hors-champ indispensable à l’érotisme.


Ozon déclare préférer à un cinéaste comme Kubrick qui tourna un film tous les dix ans, un cinéaste comme Fassbinder qui réalisa parfois trois films en une année, souvent pas complètement réussis mais qui contiennent au moins une séquence superbe qui les justifie absolument... Les scènes entre Luc et l’ogre sont de celles-là.
Les vrais amants criminels ne sont pas Luc et Alice, mais Luc et l’ogre. Luc jouit quand il est branlé puis sodomisé par l’homme des bois, pour reprendre l’intitulé du générique. Luc et Alice ne seront jamais réellement amants. Avant d’avoir fait l’amour avec l’ogre, Luc ne bande pas et à la fin de leur histoire, après s’être enfuis de chez l’ogre, lorsqu’ils font l’amour, nus dans la nature, ce qui nous vaut un clin d’œil assez ridicule à La Nuit du chasseur, Alice ne jouit pas et Luc n’en a pas le temps, interrompu par les policiers.


La grande faiblesse du scénario réside dans le personnage d’Alice. Alice n’a pas d’épaisseur, elle est juste nécessaire pour amorcer la fiction, à partir du moment où Luc rencontre l’ogre, le scénario se débarrasse d’Alice en l’enfermant dans la cave de l’ogre... passée littéralement à la trappe pour mieux laisser les deux mâles face à face. Dès que les deux jeunes gens, après avoir échappé à l’ogre, se retrouvent, la tension du film baisse d’une manière vertigineuse et ce n’est ni la scène de copulation dans laquelle Ozon ne montre que le garçon (merci pour les beaux plans sur les fesses de Luc) ni surtout le final très convenu qui enlèveront in extremis l’adhésion du spectateur.


Ozon serait bien inspiré de remplacer l’audace à tout prix par plus de sincérité envers ses désirs quotidiens. Messieurs Tournier et Téchiné ne sont pas de bons exemples. Paradoxalement, il est beaucoup plus franc dans le commentaire de son film : « ... Dans Les Amants criminels, j’aurais aimé peut-être jouer l’ogre, dans l’espèce de passivité de Luc, je ne me retrouve pas vraiment. Dans mes films, il y a souvent des héros masculins assez faibles, sans identité et justement ils la construisent au cours du récit, tout à la recherche d’eux-mêmes et de leur sexualité. Je suis en train de me dire qu’à 16 ans je ressemblais plus à Luc. Maintenant je me sens plus ogre… Je pense que les homos seront plus aptes à comprendre ces aspects du film, son sadomasochisme... Je m’en fous de l’étiquette du cinéma pédé, même si ça me fatigue. Ce qui m’énerve, c’est d’entendre des gens me dire : ”Ras le bol de ces sujets-là !” alors que personne ne reproche à Claude Sautet de faire des films hétéros. »
Ozon gagnerait aussi à un peu moins appuyer ses allusions qui ne deviennent plus allusives du tout. Appeler son héroïne Alice et lui faire rencontrer un lapin n’ouvre pas automatiquement la porte du monde de Lewis Caroll. On ne doute pas, qu’il en soit rassuré, que le jeune homme connaisse littérature et cinéma. Était-il nécessaire de convoquer les déjà cités : Hitchcock, Laughton, Lewis Caroll, Tournier sans oublier Perrault, Grimm, Freud, Bettelheim, Camus, Nicholas Ray, Bunuel... Il n’est pas non plus obligatoire de déconstruire le récit pour faire moderne.
Il y a aussi quelques bizarreries dans l’élaboration de ce film qui devait être tourné avant Sitcom mais le projet n’avait pas alors obtenu l’avance sur recette qu’il obtiendra un an plus tard. Le cinéaste s’était rabattu sur Sitcom d’un coût plus modeste. Pourquoi avoir teint en auburn foncé le blond Jérémie Renier, ce qui le dessert plutôt ? Est-ce que dans l’esprit du cinéaste la chevelure rousse évoque-t-elle plus le monde des contes ? Mais alors pourquoi n’en avoir pas fait un nouveau poil de carotte ? Autre curiosité, alors que le film a inspiré à Pierre et Gilles une magnifique image qui traduit parfaitement le climat fantastique de la deuxième partie du film qui est de loin la meilleure, cette œuvre n’a pas été utilisée ni pour l’affiche, où elle aurait fait merveille, ni pour la promotion du film.

 

Photographie (c) Pierre et Gilles.


Ozon a réussi un film aux trois quarts ratés qu’il faut voir absolument.
Il est conseillé au possesseur du DVD paru chez Film Office de voir la version remontée par le réalisateur qui améliore nettement le film.

Pour plus d’informations :

Par Bernard Alapetite - Publié dans : FILMS : Les Toiles Roses
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Mardi 21 juillet 2 21 /07 /Juil 10:50
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Fiche technique :
Avec Yasmine Belmadi, Pierre-Loup Rajot, Mohammed Damraoui, Margot Abascal, Dora Dhouib, Karim Belkhadra, Réjane Kerdaffrec et Malik Zidi. Réalisation : Sébastien Lifshitz. Scénario : Stéphane Bouquet & Sébastien Lifshitz. Montage : Stéphane Mahet & Jeanne Moutard. Directeur de la photographie : Pascal Poucet. Musiques : AKHENATON, Rob DOUGAN, L'orient imaginaire et ALLA.
Durée : 48 mn. Disponible en VF.

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Résumé :
Rémi, 18 ans, participe un jour à un casting pour rompre la monotonie de sa vie. Marc, le réalisateur, est charmé par Rémi. Les deux hommes couchent ensemble. Déboussolé par cette expérience ainsi que par la maladie de son père, Rémi erre dans les rues, multipliant les rencontres sexuelles, filles et garçons confondus.

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L’avis d’Olivier Nicklaus :
L'adolescence est l'un des grands sujets du cinéma d'ici, de Truffaut à Téchiné pour prendre des exemples presque clichés. Dans ce moyen métrage (45 mn), Sébastien Lifshitz se montre largement à la hauteur de l'héritage en renouvelant avec talent la manière de filmer la douleur et l'exaltation de cet âge des possibles.

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Son adolescent, Rémy, un lycéen d'origine maghrébine, se rend un jour à un casting où il se fait draguer par le metteur en scène. Cette scène houleuse et tendue est le centre nerveux du film. A tel point que Sébastien Lifshitz l'a fragmentée et disséminée tout au long du récit. Une formidable intuition qui engage à parler de metteur en scène à son propos. Car entre deux plans du casting au sens strict, les autres scènes deviennent le casting de l'identité que Rémy se cherche. Face à son père, il tient le rôle du fils prévenant et travailleur. Face à sa soeur, il joue le grand frère méditerranéen et responsable.

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Face au personnage de Margot Abascal, il s'essaie à l'emploi d'amoureux. Mais il est surtout préoccupé par les garçons. Un rôle un peu ingrat quand on a 18 ans : Rémy a bien du mal à articuler le "Je suis pédé" fatal. Au détour d'une scène, dans les toilettes sombres d'un sex-shop de la rue Saint-Denis, il rencontre un garçon pour une relation qu'on imagine purement sexuelle. Et puis une tendresse amoureuse prend le relais, et sans que grand-chose se soit passé ou dit, on sent Rémy délesté à la fin de la scène. Ce partenaire de passage est incarné par Sébastien Lifshitz lui-même, doublement présent par ce rôle et par le personnage du metteur en scène.

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Une transparence un peu soulignée, mais après tout pas si courante. Et si le film échappe à la pure théorie, à la maîtrise stérile, c'est à la faveur de trouées bienvenues dans la narration. Ainsi, ce beau plan au début du film où une araignée court sur le torse nu de Rémy. La scène n'offre que ça, mais l'offre complètement. Plus tard, on sentira de façon presque épidermique la rumeur de la nuit. En ce sens, le film mérite complètement son titre. Les corps y sont à vif. Les sens, en alerte. Et pendant la fameuse scène de casting à répétition, la plus violente, Yasmine Belmadi et Pierre-Loup Rajot se donnent généreusement dans un affrontement intime. Mais vient quand même un moment où le spectateur se sent de trop. Il est alors temps que Les Corps ouverts se referme.

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Ce qu’en pense Vincent Dieutre :
Les Corps ouverts
est un film envoûtant. Rien ne nous sera imposé, ni la sacro-sainte histoire, ni aucun jugement ou analyse. Il faut tout ouvrir comme disent les danseurs, s'ouvrir au film comme son jeune personnage s'ouvre au monde.
Un monde auquel Rémi cherche avec nonchalance à donner un sens tant bien que mal. Pour cela, au gré des rues, des hasards, des rencontres, il glane des bouts de certitudes, des sensations imprécises. C'est Paris, c'est aujourd'hui, c'est, très exactement la peinture d'un éclatement de soi.

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Et le film avance, entre l'affection d'un réalisateur aux projets vagues, le père qu'il faut aider à mourir doucement, et l'errance de ce jeune homme bientôt adulte, à la recherche de sa sexualité. Pas pressé de trouver, la flânerie est si belle. Il apprendra qu'il est beau, qu'il est fils d'immigré, et qu'il a le droit d'être aimé. Et nous, de cette balade instable, entre boites de nuit et cuisine vieillotte, entre masculin et féminin, nous n'aurons que les brides, les morceaux choisis.
Alors on pense à Pasolini, à Warhol, mais Les Corps ouverts est d'abord un film extrêmement contemporain, touchant et tendu. Sebastien Lifshitz arrive à y dire la complexité du monde, des gens, et des situations, sans tricher ni grossir : car il plonge son cinéma comme son spectateur, dans la fragile sidération du fragment.

Pour plus d’informations :

Par Olivier Nicklaus & Vincent Dieutre - Publié dans : FILMS : Les Toiles Roses
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Mardi 21 juillet 2 21 /07 /Juil 10:42

Par Daniel C. Hall - Publié dans : VISUELS : Les affiches et pubs roses
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Lundi 20 juillet 1 20 /07 /Juil 12:31
  
Visuel : (c) GayClic

Et voici la 2ème partie, mes petits loups.
Prochain épisode : un kiss inattendu..
.
[ATWT appartient à PGP ; Daily recaps à CBS]


Par Jag1366 - Publié dans : SERIE : AS THE WORLD TURNS (AINSI VA LE MONDE)
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Lundi 20 juillet 1 20 /07 /Juil 12:27
  
Visuel : (c) GayClic

Attention les Zyeux.

[ATWT appartient à PGP ; Daily recaps à CBS]


Par Jag1366 - Publié dans : SERIE : AS THE WORLD TURNS (AINSI VA LE MONDE)
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Dimanche 19 juillet 7 19 /07 /Juil 12:27







Par Daniel C. Hall - Publié dans : LES NEWS ROSES
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Samedi 18 juillet 6 18 /07 /Juil 02:26
http://www.neomanox.com/manoxfilms/images/1hombrespaco.jpg


Les vidéos sont (c)
Univers-L.com
Les vidéos présentes et futures sont diffusées avec l'autorisation de
Isabelle B. Price et son équipe.
Par Isabelle B. Price - Publié dans : SERIE : LOS HOMBRES DE PACO
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Samedi 18 juillet 6 18 /07 /Juil 01:26
http://www.neomanox.com/manoxfilms/images/1hombrespaco.jpg


Les vidéos sont (c)
Univers-L.com
Les vidéos présentes et futures sont diffusées avec l'autorisation de
Isabelle B. Price et son équipe.
Par Isabelle B. Price - Publié dans : SERIE : LOS HOMBRES DE PACO
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Vendredi 17 juillet 5 17 /07 /Juil 13:46


Le Père Docu joue l'envoyé spécial des Toiles Roses au festival d'Avignon : il fait péter les notes de frais : TGV, hôtel 5 étoiles, restaurants de luxe, avec son escort boy favori (un certain Bernard qui n'a pas encore réussi à le fourguer au boss des Toiles Roses).

Durant ses quelques heures de lucidité et de mobilité quotidiennes, le Père Docu abuse de la confiance de quelques troupes qui auront eu pitié de ce pauvre homme et à qui elles font l'obole d'une invitation... et l'honneur d'une conversation.

 

 

Chroniques des temps de sida

Écrit et mis en scène par Bruno Dairou, avec Laurent Ciavatti et Antoine Robinet.

Compagnie « Pourquoi ? »

Au Théâtre du Vieux Balancier, 2 rue d'Amphoux, tous les jours à 13h jusqu'au 31 juillet.

Climatisation et accès handicapés. 45 places.

 

 

Le théâtre du vieux balancier est un lieu minuscule dans une ruelle du vieil Avignon. Quelques fauteuils de cinéma fatigués et des chaises devant une petite scène et les acteurs qui passent par la rue pour revenir sur les planches en changeant d'itinéraire. Un décor minimal qui doit être compatible avec les cinq spectacles occupant successivement les lieux : du pur « lieu du off » avec la mention « confortable et chaleureux »... qui n'est pas partout une règle absolue !

J'avais repéré et choisi ce spectacle en raison du mot « sida »... Si vous craignez entendre des propos sur la maladie, prenez place sereinement, il n'en sera pas explicitement question. L'auteur a choisi ce repère pour des raisons chronologiques afin de relier deux saynètes déjà jouées : Les Cimetières du nord (1996) et Parce que ce soir-là il y avait du vent (2005). Les deux personnages des deux moments évoluent dans le même univers carcéral, dans un contexte où ils sont des parias.

Les dialogues de la première partie sont violents, percutants, entre celui qui occupe les lieux (une cellule ?) et qui accueille, dans une alternance d'agressivité et de tendresse masquée, un nouveau venu. Les deux hommes sont issus de milieux sociaux différents, opposés. Enfermés pour des motifs semblables (opinions politiques ? orientation sexuelle ? maladie ?), leur débat peut devenir un peu abstrait, métaphorique.

Cette première partie est en 2009 trop allusive pour avoir la force qu'elle eut lors de sa création quinze ans plus tôt : Bruno Dairou m'a expliqué qu'elle avait été écrite à un moment où un borgne haineux parlait de « sidaïques » et où l'homophobie avait trouvé dans le « cancer gay » un argument supplémentaire. Ce contexte donnait aux Cimetières du nord une force plus difficile à ressentir aujourd'hui, quelles que soient les qualités d'interprétation de Laurent Ciavatti et d'Antoine Robinet.

Dans la deuxième partie, Antoine Robinet est seul et se met à nu, dans tous les sens du terme. Son propos n'est pas un monologue : il va successivement se fixer dans les yeux de chacun des spectateurs pour le prendre à témoin, lui glisser une confidence, lui faire un aveu, provoquer son indignation ou son étonnement. Plus encore que sa beauté physique, c'est par la force de son regard, qu'il subjugue. Avec un texte sur l'exclusion, la différence, le poids du regard des autres, il réussit à « rendre cette fragile passerelle entre le dit et l'inexprimable » (1) et donne à ces moments trop courts une vraie force émotionnelle et humaine.

 

(1) in Notes d'intention de mise en scène, dossier de presse.

 

Pour aller voir Chroniques des temps de sida :

http://www.avignonleoff.com/programmation/2009/spectacles/theatre/C/chroniques_des_temps_de_sida_3136/lieu/vieux_balancier_276/

Le site de la Compagnie « Pourquoi ? » (en construction en juillet 2009)

http://www.compagniepourquoi.com/

 

*

Un mariage follement gai

De Thierry Djim, avec Geneviève Gil, Sylvia Delattre et... Thierry Dgim.

Tous les jours à 18h au Paris III, 5 rue Henri Fabre : 90 places, climatisation, fauteuils, accès handicapés.


 

Le Paris est un ancien cinéma qui n'ouvre plus que pour le Festival OFF, à deux pas de la « rue de la Ré » et à cinq minutes de la place de l'Horloge.

 

Sébastien fait « un peu » de musculation pour entretenir son corps... Il ne veut pas déplaire à Jean-René, son mec... Les spectateurs se voient, eux, soumis à une bonne heure de musculation intensive des zygomatiques, sans recours à un quelconque artifice de type « sport-élec ».

Voici le genre de spectacle qui n'est pas réservé à un public spécifiquement gay. La salle est comble : tous les âges, tous les genres sont représentés et les enfants rient autant que les aînés.

Cet humour est sain, d'une immense finesse. Sous une allure Birkenstock de l'humour, Thierry Djgm chausse (au propre comme au figuré !) des talons aiguilles pour faire réfléchir tout en amusant. Sans aucune pesanteur, sans jamais intellectualiser ni ridiculiser des sujets aussi lourds que l'homophobie ou le coming out, il plante en cinq tableaux enchaînés de main de maître un récit burlesque, authentique et bourré de clichés intelligemment cadencés.

Les Feux de l'amour, Chantal Goya, Madonna, Les Dieux du stade, Jean Galfione, Catherine Lara et même Florent Pagny et Pascal Obispo sont au programme de cette folie théâtrale.

Le texte de Thierry Dgim est travaillé au millimètre près : s'il a un écho plus fort chez les gays, il n'y a aucune « private joke » inaccessible au grand public, aucune vulgarité. Une autodérision mesurée (« On n'est pas des pédés ! ») et surtout l'envie de recommander ce spectacle à TOUT LE MONDE. LGBT comme parents, amis et... ennemis qui en sortiront sans nul doute avec un regard différent sur des thèmes auxquels ils n'avaient jamais songé. Le parfait exemple de travail léger, subtil et tellement drôle contre... contre quoi ? Ah, on peut encore être homophobe après avoir vu Un Mariage follement gai ? J'étais tellement gai que j'ai pensé que ce mot était déplacé en ces lieux !

 

Pour y aller (dernier jour le 31 juillet 2009) :

http://www.avignonleoff.com/programmation/2009/public/U/un_mariage_follement_gai_-_1786/lieu/paris_-le-_266/

Réservez : c'est souvent complet : 08 99 70 60 51 (1,34€ l'appel + 0,34€ la mn)

Vidéo : http://www.wideo.fr/video/iLyROoafYQ9Q.html

Le site de Thierry Dgim :

http://www.thierrydgim.com/index.html

 

*

De Profundis

D'Oscar Wilde, par le Théâtre de l'Ours, avec Jean-Paul Audrain.

Mise en scène de Grégoire Coette-Jourdain. Avignon festival OFF.

 


Jean-Paul Audrain est seul sur une scène au dépouillement parfaitement étudié. Il ne joue pas Oscar Wilde : il est l'écrivain déchu, incarcéré pour deux années au pénitencier de Reading sous le matricule C 3-3. Tel un conjoint déçu après un divorce prononcé à ses torts, il énonce la stratégie judiciaire dans laquelle il s'est lancé pour satisfaire la haine de son jeune amant Bosie envers son père, marquis de Queensbury, qui saura habilement amplifier le conflit père-fils d'une ostracisation de l'homosexualité, punie par les lois du Royaume-Uni victorien.

Procès perdu aux conséquences fatales pour le dandy irlandais à qui l'on va retirer ses enfants chéris, qui va devoir divorcer, et être déclaré en faillite : il ne survivra pas trois ans à sa libération.

Ce texte n'était pas destiné au théâtre. Il s'agit d'une lettre à celui par qui, pour qui, il se retrouve aux travaux forcés et qui a disparu. Wilde l'intéressait sur son piédestal ; l'homme cloué au pilori a quitté ses pensées. Lettre d'amour, de justifications, de reproches, concerto d'amertume mais aussi brillante leçon d'espoir, de renaissance de celui qui, après l'épreuve de la vindicte publique sur le quai d'une gare a appris la valeur d'un « bonjour Monsieur » qui, dans la bouche d'un gardien, suffit à illuminer une journée.

La mise en scène de Grégoire Couette-Jourdain est un écrin brut qui donne aux mots de Wilde une force que l'on n'attendrait pas d'un style épistolaire. Ses références à la « Première épître aux Corinthiens » de Saint-Paul, l'apôtre de l'homophobie (1) sont de moindre importance par rapport à son inspiration, également citée dans le dossier de presse, des toiles d'Egon Schiele (2) dont Jean-Paul Audrain atteint la force d'expressivité.

Le décor est celui d'un lieu de réclusion : une cellule de prison qui pourrait être aussi une chambre d'hôpital ou de centre de rééducation...

Sans donner aucune leçon, ce témoignage de résistance face à une douleur exquise atteint une valeur universelle.

 

Pour aller voir De Profundis à Avignon jusqu'au 31 juillet 2009, tous les jours à 15h30 :

http://www.avignonleoff.com/programmation/2009/public/D/de_profundis_3221/lieu/luna_-theatre_la-_315/

Salle accessible aux handicapés (attention : gradins) 70 places, climatisation.

 

(1) Première épitre aux Corinthiens, 6 – 9, 10 : Ne savez-vous pas que les injustes n'hériteront point le royaume de Dieu? Ne vous y trompez pas: ni les impudiques, ni les idolâtres, ni les adultères, [10] ni les efféminés, ni les infâmes, ni les voleurs, ni les cupides, ni les ivrognes, ni les outrageux, ni les ravisseurs, n'hériteront le royaume de Dieu. 

On trouvera bien pire dans l'épitre aux Romains, 1 – 26, 27 :

http://www.ebible.free.fr/livre.php?_id=ro&_chap=1

(2) Œuvres d'Egon Schiele :

http://images.google.fr/images?rlz=1C1GGLS_frFR320FR320&sourceid=chrome&q=egon+schiele&um=1&ie=UTF-8&ei=ShRgSt32FN2fjAfrl6G9Dg&sa=X&oi=image_result_group&ct=title&resnum=1

POUR EN SAVOIR PLUS :

Le site de la compagnie : http://theatredelours.typepad.fr/

Oscar Wilde : sa vie, son oeuvre : http://fr.wikipedia.org/wiki/Oscar_Wilde

Compléments bibliographiques :

De Profundis : http://www.critiqueslibres.com/i.php/vcrit/5212

Le Procès d'Oscar Wilde : http://www.critiqueslibres.com/i.php/vcrit/13304

L'affaire Oscar Wilde : http://www.critiqueslibres.com/i.php/vcrit/3779

 

[Remerciements] : Daniel C. Hall, Big Boss des Toiles Roses, remercie les responsables des différences compagnies et tous les acteurs des spectacles présentés ici d’avoir invité nos collaborateurs et les avoir si bien reçu, comme tout représentant de la presse « officielle ». Merci à vous toutes et tous, et bravo pour votre passion et votre talent.

Par Gérard Coudougnan - Publié dans : LA BIBLIOTHEQUE ROSE
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Vendredi 17 juillet 5 17 /07 /Juil 10:15


Le Père Docu s'appelle Gérard Coudougnan, il est né en 1962 et a pour qualification « enseignant-documentaliste », vous savez la dame qui râle au C.D.I. (centre de documentation et d'information) : c'est lui. Pour des raisons indépendantes de sa volonté, il est en ce moment éloigné de son lieu de travail habituel mais a toujours un C.D.I. (contrat à durée indéterminée) avec les bouquins pour qui il a une vraie A.L.D. (affection de longue durée).

Au hasard de ses lectures, il a croisé Marc-Jean Filaire puis Môssieur Daniel C. Hall (« The Boss ») qui lui a proposé de regrouper ici quelques « recensions » d'ouvrages à thématique LGBT.

Toute remarque, toute suggestion sera la bienvenue. Les avis, sous forme de commentaires, pour échanger des points de vue encore plus !

La bibliothèque rose est ouverte… vous avez lu Le Club des Cinq d'Enid Blyton ? Claude, le « garçon manqué » est peut-être alors votre première rencontre avec une petite lesbienne ou une future transgenre ? Ah bon, vous n'avez pas connu les Bibliothèques Rose et Verte ? Qu'importe, entrez (couverts !) ici et faites ce que vous voulez entre les rayons, ne soyez pas sages ...

Jérémie SARIEL, J’ai eu quinze ans, Éditions Gaies et Lesbiennes,
128 p., 2009, 5 €

 

Un roman « à l'eau d'étoile rose » vient de paraître... Les Toiles Roses l'ont déniché pour vous !

Entre La Vie est belle et Moi Pierre Seel, déporté homosexuel (1), la place est large. Elle a été cinématographiquement enrichie par Bent (2) et Un Amour à taire (3). Les références historiques du drame des Triangles roses ont été en France cernées par divers travaux de Jean Le Bitoux (conseiller du téléfilm Un Amour à taire) et le contexte général de la sexualité des années 1940-1945 récemment scénarisé en « défaite des mâles » historique par Patrick Buisson (4).

Le roman de Jérémie Sariel ne peut être qualifié de roman historique : qu'importe ?

Il agacera les maniaques de l'orthographe (l'éditeur aurait pu faire des relectures plus attentives) comme les historiens. Il fournira aux lecteurs, aimant les belles histoires où cruauté et bonheur alternent gentiment, de bons moments d'émotions. Défenseur sincère du respect des différences et de l'amour sans limites, l'auteur a utilisé librement un contexte historique douloureux sans s'encombrer de trop de contraintes érudites. Petit roman de science-fiction sentimentale, il attire l'attention sur le drame de la déportation des homosexuels dont il fait le cadre d'une histoire à l'eau d'étoiles roses, pleine de sincérité et touchante de naïveté.

Un roman d'une trempe assez semblable, Folle Alliée (5), n'avait pas trouvé un aussi bon éditeur que les Éditions Gaies et Lesbiennes et reste diffusé de façon marginale.

Cet « amour doublement interdit » vécu à quinze ans sera une lecture facile, rapide et enrichissante pour ceux qui n'ont pas le temps, l'occasion ou l'envie d'entrer dans la réalité documentaire d'un drame dont la simple commémoration reste, comme le souligne justement Jérémie Sariel, taboue même en 2009.

Saluons donc ce premier roman comme un pas vers la vulgarisation sensible de l'intolérance extrême et de ceux qui, comme Michel et Jacques, furent les victimes si peu reconnues d'une barbarie que tant d'autres victimes s'irritent de voir reconnue.

C'est à ce genre de « détail », un roman « rose », triste et gay, à cinq euros sur un thème aussi grave que l'on peut penser que nos ancêtres déportés vont peut-être cesser d'être « Les Oubliés de la méméoire » (6).

 

(1) Pierre Seel, Moi, Pierre Seel, déporté homosexuel, avec la collaboration de Jean Le Bitoux, Calmann-Lévy, 1994, 198 p.

(2) Bent : http://www.lestoilesroses.net/article-5480308.html

(3) Un Amour à taire : http://www.lestoilesroses.net/article-4115163.html

(4) Patrick Buisson, 1940-1945 Années érotiques : tome 2 : De la Grande Prostituée à la revanche des mâles, Albin Michel, 2009, 521 p., photos, notes & index. http://www.lestoilesroses.net/categorie-10839716.html

(5) Emma Psyché, Folle alliée, L'équarisseur d'enfants Éditions, 2003, 244 p.

(6) Jean Le Bitoux, Les Oubliés de la mémoire, Hachette Littératures, 2002, 294 p.

POUR EN SAVOIR PLUS :

Le site le plus complet sur le sujet de la déportation homosexuelle. "Triangles Roses" propose une base documentaire exceptionnelle pour ceux qui souhaitent se renseigner sur le sujet : textes, photos, archives, actualités... Des centaines de documents, des témoignages, des analyses et un historique complet et illustré. Le site propose également un forum. À découvrir absolument.

http://www.hexagonegay.com/TrianglesRoses.html

Le site de l'éditeur :

http://www.livresgaisetlesbiens.fr/

 

INTERVIEW DE JÉRÉMIE SARIEL

 

Bonjour Jérémie, je vais te laisser le soin de te présenter toi-même !

Dans un premier temps, je voulais te remercier de me consacrer cette interview et de l'intérêt que tu as porté à mon roman. Parler de soi... Rien de simple !

Jérémie Sariel, 22 ans, auteur de J'ai eu quinze ans, qui est mon premier roman. Je suis quelqu'un de sensible et passionné.

C'est peut-être un peu court comme présentation mais je ne peux pas tout vous dire... Il faut nous laisser le temps de nous connaître.

 

Je vois à ton sourire que tu n'as pas froid aux yeux !

Revenons à un sujet plus grave : le contexte historique de ton roman. Il est assez évident que tu n'as pas cherché à situer l'action dans des cadres historiques très précis. Quelles ont été tes sources d'inspiration ?

J'avais envie de montrer aux gens qu'une histoire d'amour c'est quelque chose de beau, un sentiment universel qui ne devrait pas avoir besoin que l'on parle ni d'homosexualité, ni d'hétérosexualité...

Les filles qui ont jusqu'à maintenant porté un bel intérêt au roman, ainsi que les autres lecteurs ont fait au fil des pages une totale abstraction du sexe de nos deux personnages principaux et se sont laissé porter par l'amour qui découlait de leur rencontre. Le grand sentimental que je suis a vraiment voulu faire passer l'amour sentiment numéro un de ce livre. C'est une source d'inspiration tellement forte et importante.

La guerre et les camps de concentration sont des décors monstrueusement intéressants, abominables

et réalistes, ce qui donne au lecteur la sensation de vivre l'histoire avec les personnages. Ainsi nous n'oublions pas, car encore aujourd'hui en 2009 la déportation des gays reste taboue, trop de gens ont tendance à oublier et cela n'est pas acceptable.

 

Tu as parfaitement raison et le site que j'ai cité pour compléter la critique de ton roman est très intéressant à ce sujet : déposer une gerbe en l'honneur des homosexuels déportés à l'occasion d'une cérémonie officielle reste un défi, une provocation. Avec un sujet aussi « différent », il n'a pas dû être facile de trouver un éditeur ?

Au départ je n'avais pas l'objectif de faire de mes mots un livre, je me suis servi d'internet pour publier quelques lignes et tout est allé très vite. Que des lecteurs soient assidus et soient demandeurs de suite, cela donne envie de continuer. Alors une page, puis deux, puis dix... De fil en aiguille tu crées l'histoire, les événements... Jusqu'au jour où le manuscrit terminé, j'ai fait les premiers envois auprès d'éditeurs. Je n'ai envoyé que très peu d'exemplaires et j'ai eu l'agréable surprise d'être contacté par Sébastien des EGL quatre jours après réception du texte.

Et voilà le résultat, J'ai eu quinze ans est en vente dans quelques librairies et sur le net !

 

Cette « nouveauté » a dû donner lieu à quelques séances de dédicaces : as-tu un programme de promotion pour cet été ?

Nous sommes justement en train d'y travailler.

J'ai été à la rencontre des lecteurs sur plusieurs Gay Pride et ce furent des moments très agréables que de pouvoir discuter avec des gens qui ont lu ou ont eu envie de lire ce roman. Nous ciblons pour le moment les bars et associations gays.

Invité au Festi'gays de Gourin (56) le 1er août, je suis également en contact avec certaines presses spécialisées.

Une fois terminé, le programme sera publié sur ma page Facebook : http://www.facebook.com/jeremie.sariel?ref=ts.

 

As-tu d'autres projets littéraires ?

Le deuxième roman est en cours d'écriture, sur une période beaucoup plus actuelle, il traitera de sujets tels que l'homoparentalité et parlera bien sûr d'amour qui pour moi est un sentiment inépuisable.

Nous laissons aussi le temps à J'ai eu quinze ans de se faire une place dans vos bibliothèques...

 

C'est tout le mal que nous te souhaitons ! Et en attendant, je vais essayer de faire figurer ton roman dans la section littérature du site http://www.hexagonegay.com/TrianglesRoses.html. En attendant, bel été à toi, Jérémie !

 

LETTRE DE L’AUTEUR AUX FUTUR(E)S LECTEURS(TRICES)

 

À toi,

À toi qui lit cette lettre, le soir où j'ai commencé par taper quelques phrases sur le clavier de mon ordinateur, je n'avais pas prévu de faire le livre dont je vais te parler. L'enchaînement des mots a fait qu'aujourd'hui au travers ce texte, j'ai envie de te faire découvrir l'émotion que j'ai vécue en écrivant J'ai eu quinze ans.

Ce n'est pas une autobiographie et encore moins un document, c'est l’histoire d'un amour qui a dû survivre dans une période si noire...

Et au fond, c'est pendant cette période que Jacques et Michel ont pu ne faire qu'un. Sans la force de leur amour, tout aurait certainement été différent.

Trop de gens sacrifiés pour qu'aujourd'hui nous puissions oublier… Malheureusement ces défunts, qui sont les nôtres, sont trop souvent exclus de toutes les célébrations commémoratives.

À l'heure où Michel rencontre Jacques, ce dernier vient d'avoir ses quinze ans et déjà est enfermé parce qu’il aime autrement, qu’il pense différemment de la majorité.

L'amour qu'ils se portent va tenter de les emmener loin, de les faire avancer, vivre, survivre.

Tu l'auras compris, le thème principal de mon livre est l'amour, vécu avec passion et écrite de manière similaire. Dans un contexte historique si cruel qui sera le théâtre de cette relation, un décor malheureusement réel.

Des mots et maux que j'ai eu envie de partager avec toi, souhait désormais possible puisque les Éditions Gaies et lesbiennes publient ce titre.

Dans l'attente de tes commentaires, cher lecteur je t'embrasse...

Jérémie

Par Gérard Coudougnan - Publié dans : LA BIBLIOTHEQUE ROSE
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Jeudi 16 juillet 4 16 /07 /Juil 11:38
Dans l'ombre de
JANN HALEXANDER


Jann Halexander est un chanteur franco-gabonais. Il est également pianiste, acteur et producteur. Le chanteur Jann Halexander naît le 13 septembre 1982 à Libreville (Gabon, Afrique centrale). Ancien étudiant en géographie à Angers, dans le Maine-et-Loire, il prend un pseudonyme que lui inspire la personnalité de l'artiste sud-africaine Jane Alexander, dont les sculptures représentent des êtres hybrides. Il est issu d'un couple mixte — père gabonais, mère française — ce qui se fait ressentir au travers de ses créations. Pour découvrir son univers, Jann a accepté de rejoindre l'équipe du blog Les Toiles Roses avec cette chronique qui vous transportera loin dans l'imaginaire fécond et délicieux de ce grand artiste.


06. À table, avec Jean-Pierre Réginal

 

Jann Halexander

 

À TABLE, ou l’Amère Vérité

(où comment manger du linge sale en famille entre saumon, vin rouge, crumble en miettes, anguilles sous cloche et gueule de chiens...*)

 

[Refrain]

Il va falloir se dire tout ça

À Table, à table

On va bouffer la vérité

À Table, à table

Les dîners en famille, c'est beau comme un dimanche,

Si ce n'est que personne n'apprécie les dimanches

Affronter des regards, les on dit, les reproches,

Le grand-père qui nous dit « y' a quelque chose qui cloche »

Je cherche, et trouve l'anguille sous roche,

De la raison, moi je décroche

Je n'en peux plus de la famille

Je sens que tout ça part en vrille

 

[Refrain]

 

Le saumon est dégueu, le vin est bouchonné,

La télé est éteinte au lieu d'être allumée,

Moi qui rêvais de drames, ceux des autres, pas les miens,

C'est foutu pour ce soir, j'en ai la gueule de chien,

Les yeux perdus dans mon assiette,

Et mon bonheur n'est qu'amas de miettes

Un crumble froid, je voudrais être sourd,

Pour me sauver, je songe à l'amour

 

[Refrain]

 

Les couverts étaient en croix quand on est arrivé

J'en déduis que grand-mère ne doit pas nous aimer,

À sa place, je comprends, elle est à la retraite

« Dégagez les enfants, mon devoir de mère s'arrête ! »

Grand-mère, Grand-mère, ne désespère pas !

On est deux à haïr ces repas,

On n'en peut plus de la famille,

On voit que tout ça part en vrille

 

[Refrain] x2

 

(texte et musique : Jann Halexander - 2006)


 

Au sujet de cette chanson, mon ami trouvait qu´il y avait un souci au niveau de l´alliance paroles/musique et maman n´aimait pas trop... En fait, au début, pas du tout. Mais le public accrochait. C´est sans aucun doute la chanson de mon répertoire que les gens retiennent le mieux et souvent préfèrent. Je le chante toujours, en concert. On a pensé que c´était une chanson sur le coming-out, je ne l´ai pas écrite dans ce sens, mais on peut aussi envisager cette interprétation.

 


 

Pour celles et ceux qui se demanderaient ce qui signifie « les couverts étaient en croix » : il s´agit d´une vieille superstition, croiser le couteau et la fourchette sur une assiette serait inviter le diable dans la maison et apporter le malheur.



Enfin, quelques personnes l´ont remarqué : oui cette chanson est une sorte d´écho à la chanson Ces Gens-là de Jacques Brel. Jacques Brel, Anne Sylvestre, William Sheller, Gilbert Bécaud, Jean-Pierre Réginal sont mes chanteurs francophones préférés. Certaines personnes pensent que je suis influencé par Jean Guidoni, Juliette, Boris Vian ou encore Barbara… Ce sont de grands artistes mais je n´ai pas leurs disques, question de sensibilité personnelle. Si on ne m´avait pas si souvent comparé à Guidoni, j´aurais été bien en peine de vous dire qui il est. Aussi je fus touché quand il vint me voir en banlieue parisienne début 2008 quand je jouais au Musée des vampires le monologue Confessions d´un Vampire sud-africain. Après nous sommes allés boire un pot à République (où je dormais). Une discussion intéressante, nous avons parlé de la dignité de l´artiste (et aussi des dégâts de la tempête de 1999 sur sa maison)...



En tant qu´artiste, on est toujours l´inconnu(e) de quelqu’un. Cela nous oblige à l´humilité. En tant que spectateur/auditeur, on est parfois énervé de découvrir un artiste qu´on apprécie beaucoup trop tardivement. D´où mes mots envoyés au blogueur Luc Melmont sur le chanteur Jean-Pierre Réginal, que je reprends ici...

« Au sujet du chanteur Jean-Pierre REGINAL

Qui va à la chasse perd sa place, n'est-ce pas Luc ? »

Ainsi Luc avait reçu des invitations pour aller voir le chanteur Jean-Pierre Réginalau théâtre de la Reine Blanche le 23 mars. Ne pouvant y aller, il a gentiment pensé à moi qui, entretemps, étais plongé dans l'écoute de son magnifique disque arrangé par François Rauber. Je connais le théâtre de la Reine Blanche pour y avoir chanté en 2008, un beau théâtre, élégant, classe. J'étais avec un ami, plus loin, sur notre gauche, Norbert Gabriel, journaliste très sympathique de la revue Le Doigt dans l'œil nous salue.



Il y a du monde, et c'est très bien. C'est Réginal qui a ouvert la danse (il s'agissait d'une soirée privée avec Jean-Pierre Réginal, la désopilante Annick Roux et Henri Courseaux). C'est un virtuose du piano, j'adore sa voix. Je n'arrive pas toujours à comprendre le sens des textes, mais c'est parce que je ne suis pas très intelligent (entre nous) et surtout que je suis sensible à la musicalité globale. Mes deux moments préférés : son interprétation de Madame Alice, Chez Georges) et l'interprétation avec sa fille, Romane, de la chanson Les Mots s'en vont (introduite par quelques mots sur son passé au Cabaret Chez Georges).

Un moment délicieux. En dehors du show-biz, en dehors des médias 'dinosaures'. De la chanson proche de chacun d'entre nous, quelque chose de quotidien, beau et simple à la fois. Pour les artistes « nouvelle génération » comme mes pairs et moi, le parcours de Réginal me fait rêver, penser et surtout aimer la Chanson pour ce qu'elle est, un révélateur de nous-mêmes. C'est un peu démodé ? Désuet ? Je m'en fous (on m'a sorti la même chose sur Ô Bel Anjou). L'intensité est là, l'émotion est là, même si je sais bien que l'émotion n'est pas raison, mais ce que je retiens de ce concert c'est la possession d'un beau souvenir. J'étais heureux, quelques minutes, et cette fois-ci, je le savais.

Monsieur Réginal, je vous dis merci.

 

Jann Halexander, auteur-compositeur-interprète.

 

* Mots de Luc Melmont au sujet de « À TABLE », source : http://lucmelmont.canalblog.com


TO BE CONTINUED...

 

Lire le précédent billet

Pour en savoir plus sur Jann :

Son site officiel

Son blog officiel

 

Les photographies sont © D. R. Le texte est © Jann Halexander. Ils sont reproduits avec l'autorisation de Jann Halexander. Tous droits réservés.

Par Jann Halexander - Publié dans : DANS L'OMBRE DE JANN HALEXANDER
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Mercredi 15 juillet 3 15 /07 /Juil 00:17



Fiche technique :

Avec Andrew Paterson, Harriet Beattie, Jay Collins, Michael Dorman, Georgia Mc Neil, Rima Te Wiato, Michelle O Brien, Ross Mc Kellar et Stephanie Mc Kellar. Réalisation : Stewart Main. Scénario : Stewart Main, d’après le roman de Graeme Aitken (publié en France aux éditions 10/18, n° 3548). Images : Simon Raby. Montage : Peter Robert. Costumes : Kristy Cameron.

Durée : 90 mn. Disponible en VO et VOSTfr.

 

 

Résumé :

Billy Boy (Andrew Paterson), douze ans, ne s’intéresse ni aux matches de rugby ni aux travaux de la ferme dévolus aux garçons de son âge. Il échappe à sa solitude de fils unique d’une famille de fermiers de Nouvelle-Zélande, grâce à son jeu favori, se transformer en Judy Robinson, la jeune héroïne de Perdu dans l’espace, sa série télévisée préférée. Une queue de vache pour les nattes et des vêtements de sa mère en guise de combinaison spatiale et la métamorphose à ses yeux est parfaite. Il n’est plus un petit garçon enveloppé mais la belle Julie.

Un jour, il apprend que les tantouzes sont des « hommes qui portent des perruques, qui se déguisent avec des robes et… qui ont cinquante façons de dire fabuleux », fasciné qu’il est par le théâtre et les déguisements, il pense avec candeur avoir enfin trouvé son salut. Son avenir est tout tracé, quand il sera grand, il deviendra une tantouze !



Pour l’accompagner dans ses jeux il y a son inséparable “copain”, sa cousine Lou (Harriet Beattie). Mais leur indéfectible amitié va être mise en péril par l’arrivée d’un beau et jeune commis de ferme et l’apparition d’un nouveau camarade de classe de Billy qui ne laisse pas ce dernier indifférent…

Billy Boy va bientôt découvrir que le monde réel est plus violent que le monde imaginaire dans lequel il se réfugie. Tiraillé par des sentiments contradictoires et ambivalents, il va découvrir, souvent à ses dépens, la difficulté d’assumer ses différences…



L’avis de Bernard Alapetite :

Si votre temps est compté, préférez à ce bon film la lecture de l’excellent livre dont il est tiré. Ce conseil est presque toujours valable en ce qui concerne les œuvres cinématographiques adaptées d’un roman. Il y a bien sûr quelques exceptions, comme par exemple Le Pont de la rivière Kwaï ou Maurice, films à mon sens supérieurs aux textes qui les ont inspiré et pourtant les ouvrages à l’origine de ces longs-métrages ne déméritent pas. Non qu’il y aurait une supériorité naturelle de la littérature sur le cinéma, vieille lune stérile, mais la principale faiblesse des films adaptés de romans vient qu’il faut environ trois heures pour faire vivre à l’écran une histoire de 200 pages, soit un tiers en plus de la durée d’un film standard qui est habituellement d’une heure trente à deux heures. Il faut donc pour l’adaptation réaliser des coupes sombres d’où les trop fameuses ellipses, figure de style qui a souvent bon dos, et le sacrifice systématique des personnages secondaires qui pourtant font souvent le sel de bien des romans et de bien des films. C’est cette dernière solution qu’a choisi le réalisateur de 5O façons de dire fabuleux, faisant perdre de la profondeur à sa narration et reléguant à l’arrière-plan le contexte social de cette Nouvelle-Zélande rurale, contexte bien développé dans le roman et si exotique pour un lecteur français.



Je ne résiste pas au plaisir de vous donner un court extrait de cet unique roman de Graeme Aitken que vous ne retrouverez pas complètement dans le film, ce qui n’est pas surprenant :

« Je n’avais pas la moindre idée de ce que j’avais fait. En tout cas cette sensation me déplaisait. Roy ne s’était quand même pas soulagé sur moi ? Je me frottai les mains avec précaution. Non, c’était trop épais et poisseux. Du sang ? J’avais peut-être trop tiré fort et fait éclater une veine dans son pénis ? Était-ce la raison pour laquelle il avait hurlé ? Pourtant il ne semblait ni souffrir ni être pressé de vérifier les dégâts. À peine s’était-il remis debout qu’il avait remballé la marchandise et remonté son jean. La seconde d’après, il avait passé la porte, sans un mot ni un regard en arrière... » Deux camarades blogueurs parlent très bien de ce livre: ici et .



Le sujet est passionnant : comment naît la conscience d’être homosexuel chez un jeune garçon, avant même souvent qu’il ait connaissance du mot et surtout de ce qu’il implique. Sujet peu traité au cinéma. Il y a bien Ma vie en rose, mais c’est vu du côté des parents et assez superficiellement ; Trevor, chef d’œuvre méconnu du court-métrage, et plus souterrainement Jacquot de Nantes qui raconte l’enfance de Jacques Demy dont la bisexualité n’est pas un mystère, bien que celle-ci ne soit jamais évoquée, mais qui éclaire tout le film. C’est Agnes Varda, son épouse, qui signe cet émouvant film, sorti peu de temps après le décès du cinéaste.



Les premières images sont furieusement “camp” et le paysage somptueux, filmé d’une façon à le rendre presque idyllique ; les enfants qui l’habitent agissent de façon cruelle et parfois perverse même si le scénario édulcore beaucoup les péripéties, en particulier sexuelles, du roman.

Je m’étonne toujours qu’un cinéaste consacre autant d’énergie pour nous présenter un film dont le personnage est parfaitement antipathique. Dans ce domaine, le record est sans doute détenu à ce jour par François Ozon avec Angel, mais Billy Boy n’est pas mal non plus dans le genre « fat » aussi bien dans son sens en anglais (gras) qu’en français (suffisant), bref une parfaite tête à claques. Mais n’avons-nous pas tous été ainsi ? La suffisance enfantine n’est supportable que par les géniteurs aveuglés et les commerçants intéressés. Dans le film, Billy est encore beaucoup plus agaçant encore que dans le roman qui lui donne la chance de dépasser son âge ingrat.



5O façons de dire fabuleux est le deuxième film de Stewart Main. Le premier, Desperate Remedies a été sélectionné à « Un certain regard » au Festival de Cannes de 1993.

Pour l’anecdote, Stewart Main a écrit son scénario en Indes face à l’Himalaya, qui lui rappelait les paysages de sa Nouvelle-Zélande natale. Le film a été tourné dans le sud de l’ile à Central Otago, région où la couleur ocre domine.



Pour sa figuration, le cinéaste a utilisé les habitants de la région, ce qui confère une indéniable authenticité au film. Pour trouver les jeunes acteurs, il a été d’école en école à travers le pays durant plusieurs mois. On peut constater que son choix s’est révélé excellent. Andrew Paterson et Harriet Beattie dans les deux rôles principaux sont époustouflants de vérité. On ne peut pas dire la même chose du garçon au jeu outré qui interprète Roy.



Le DVD, sans aucun bonus malheureusement, bénéficie néanmoins de menus et d’un habillage aussi beaux qu’inventifs.

5O façons de dire fabuleux est l’habile adaptation d’un chef d’œuvre qui nous emporte loin géographiquement, tout en ravivant sans doute chez beaucoup de spectateurs des sensations de leur enfance qu’ils avaient profondément enfouies en eux.

Pour plus d’informations :

Le site du film

Par Bernard Alapetite - Publié dans : FILMS : Les Toiles Roses
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Mardi 14 juillet 2 14 /07 /Juil 10:04
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Fiche technique :
Avec Jean-Claude Brialy, Dominique Blanc, Guillaume Gallienne, Féodor Atkine, Nazim Boudjenah, Jean-Claude Dreyfus, Eric Nagar, Llona Bachelier, Alexis Machalik, Jean-Chrétien Sibertin-Blanc, Emmanuel Leconte et Ilona Bachelier. Réalisation : Gabriel Aghion. Scénario : Dan Franck. Images : Patrick Ghiringhelli. Son : Didier Saïn. Décors : Bertrand L'Herminier. Montage : Luc Barnier. Musique : Antoine Duhamel.
Durée : 90mn. Diffusé sur France 2 en VF. Bientôt disponible en DVD.

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Résumé :

Le 24 février 1944 à 11 heures, la Gestapo pénètre dans l’abbaye de Saint-Benoît-sur-Loire et arrête le poète Max Jacob (Jean-Claude Brialy & Guillaume Gallienne). Il vient de servir la messe. Homosexuel, juif converti au catholicisme, il a fréquenté 40 ans plus tôt la bohème du Bateau-Lavoir. Ami intime de Picasso, dont il est le compagnon des débuts, le frère des années de misère. Plus tard, il est aussi très proche de Cocteau, Guitry et Jean Marais. Il partage avec eux confidences, enchantements et frasques du Paris des années 20. Pendant la guerre, Max Jacob se réfugie à Saint-Benoît. Après son arrestation il est conduit à Drancy, là où des milliers d’hommes et de femmes attendent la déportation vers l’Allemagne. Quand le monde l’abandonne, Alice (Dominique Blanc), une jeune femme orpheline à qui Max avait donné son amour quand elle était enfant, va tenter l’impossible pour le sauver...

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Follain, Shéhadé, Max Jacob


L’avis de Bernard Alapetite :
L’esprit du scénario (dû au romancier Dan Franck) de ce film, par ailleurs plein de qualités, est détestable. Il trompe le téléspectateur en faisant passer Jean Cocteau et Sacha Guitry pour des presque salauds, alors qu’ils ont fait tout leur possible pour sauver leur ami. Ils y étaient parvenus, mais la mort d’une pneumonie de Max Jacob les a pris de vitesse... En ce qui concerne Picasso, en revanche, Dan Frank est sans doute plus près de la vérité et de la réponse du peintre à celui qui le sollicitait pour intervenir en faveur de son ancien mentor durant ses difficiles premières années parisiennes : « Ce n’est pas la peine de faire quoi que ce soit. Max est un ange : il n’a pas besoin de nous pour s’envoler de sa prison. » C’est assez conforme au personnage qui n’a jamais été un modèle d’altruisme durant toute sa vie. Son attitude est d’autant plus choquante que l’on peut dire que Max Jacob fut l’un des principaux accoucheurs du talent de Picasso. Lorsque le peintre arrive à Paris en 1901, c’est Max Jacob, qui amoureux de lui, l’héberge, lui apprend le français, l’aide à vendre ses toiles... Il ne faut cependant pas oublier non plus qu’en tant (entre autres) qu’apatride, le peintre était constamment surveillé par la Gestapo...
Dan Franck s’inscrit dans la trop longue liste des donneurs de leçons sans risque, avec cette circonstance aggravante que cette bonne conscience est surtout nourrie par l’ignorance, alors que tous les documents facilement accessibles, comme je le montre ci-dessous, contredisent sa thèse d’un Max Jacob abandonné de tous.

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On peut aussi trouver discutable, pour une « biopic », la quasi invention d’un personnage capital de l’intrigue, comme celui d’Alice, certes magnifiquement interprétée comme à son habitude par Dominique Blanc. Même si cette création est d’une incontestable habileté scénaristique. Dan Franck s’explique à ce sujet : « Pour lier les deux périodes (le Paris de la Belle époque, dont il est spécialiste, et celui de l’Occupation), j’ai inventé le personnage d’Alice, qui s’inspire de Raymonde, cette petite fille que Picasso a adoptée, puis renvoyée à l’orphelinat. On croit savoir qu’elle était très attachée à Max. Je l’ai imaginée en 1944 tentant de sauver l’homme qui avait essayé de la protéger lorsqu’elle était enfant. » Le personnage d’Alice a l’avantage, outre celui de relier les deux époques capitales de la vie de l’écrivain, de permettre d’équilibrer le scénario par les portraits en miroir (ceux de Max Jacob et d’Alice) de deux solitudes, de deux abandonnés. Cette séduisante idée (bien dans la ligne feuilletonesque et mélodramatique révérée par Dan Franck) n’a pas conquis Lina Lachgar, auteur d’Arrestation et mort de Max Jacob (aux éditions La Différence) : « Je ne suis pas contre ce type de fiction, encore faut-il qu’elles soient bien étayées or ce film est un tissu d’inepties à commencer par l’importance accordée au personnage Alice-Raymonde, un épiphénomène dans la vie de Max. » Pas plus qu’elle n’a séduit la présidente de l’association des amis de Max Jacob, Patricia Sustrac. Je ne sais pas à quels documents s’est référé Dan Franck en ce qui concerne l’attachement du poète à la petite fille. Tout ce qui est avéré est que l’on ne sait rien de ce qu’est devenue Raymonde après son retour à l’orphelinat. Peut-être que la diffusion de ce téléfilm aidera-t-il à éclaircir ce mystère ?
Le scénariste n’hésite pas non plus à user de grosses ficelles peu crédibles comme cet échange de papiers d’identité entre Alice et une femme juive lors d’une rafle.
Dan Franck fait dire à Max Jacob : « Il parait que je suis dans le Larousse. » Un joli blog reproduit l’article, que je lui ai emprunté, consacré au poète dans le Grand Larousse de 1931, et qui nous confirme le bien-fondé de cette réplique.

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Si le scénario est discutable, la réalisation l’est beaucoup moins. C’est une bonne surprise de retrouver Gabriel Aghion aussi professionnel, tout en empathie avec son sujet. Pourtant il faut bien avouer que l’on n’attendait plus grand chose du cinéaste après le triste Pédale dure... Les points forts du film sont la direction d’acteurs et le casting. Même si comme toujours il se pose le problème, pour l’interprétation d’un personnage ayant existé, de la ressemblance physique de l’acteur avec son modèle. Sous cet angle, le choix de Jean-Chrétien Sibertin-Blanc et de Alexis Michalik pour jouer Cocteau et Jean Marais ne me parait pas complètement judicieux, non seulement leur ressemblance avec les deux célébrités n’est pas évidente, mais surtout ils n’en possèdent pas le charisme. Alors que le choix de Féodor Atkine pour figurer Picasso est particulièrement pertinent, comme celui de Nazim Boudjenah pour jouer le peintre dans sa jeunesse.
Mais le film tombe dans le ridicule gênant avec Jean-Claude Dreyfus imitant lourdement le phrasé de Sacha Guitry transformant le « Maître » en une grosse cocotte précieuse. Dreyfus, pour cette interprétation, s’est malheureusement souvenu qu’il a débuté dans les cabarets de travestis. Alors qu’il a montré dans L’Anglaise et le duc de Rohmer qu’il était capable d’incarner une figure historique avec profondeur et retenue, ici on est loin de la subtile évocation de Guitry par Jean-François Balmer dans L’affaire Sacha Guitry de Fabrice Cazeneuve ou même l’apparition convaincante de Jean-Marie Winling dans Monsieur Batignole.

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A propos de L’affaire Sacha Guitry, ce dernier film donne un aperçu beaucoup plus juste de l’attitude de Guitry pendant l’occupation. Si le grand homme de théâtre fut léger avec les allemands et leurs affidés, il ne montra guère d’aménité envers les nazis. L’affaire Sacha Guitry montre, comble d’ironie, que la Résistance reprocha à Sacha Guitry sa rencontre avec la Gestapo, rencontre dont l’unique but était de sauver Max Jacob !

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A noter en admirateur de Max Jacob, Emmanuel Lecomte qui en plus de sa brune et mâle beauté incontestable fait preuve d’une intense présence.
Guillaume Gallienne, sociétaire de la Comédie-Française, qui incarne le jeune Max Jacob est la véritable révélation de Monsieur Max. Il est émouvant de candeur avec ses rondeurs matoises qui rappellent celles d’Henri Tisot. Jean-Claude Brialy interprète le même homme quarante ans plus tard.
Jean-Claude Brialy est parti au lendemain de ce qui est peut-être son plus beau rôle, celui de Max Jacob avec qui il n’était pas sans ressemblances morales. Comme le poète sous des aspects légers, l’acteur cachait, sous ce masque, un être multiple non exempt de gravité. Comme lui, Jean-Claude Brialy avait fait de sa gentillesse un oriflamme et vivait son homosexualité, paradoxalement pour un homme si souvent sous les sunlights, avec discrétion.
Bâti sur des retours en arrière, Monsieur Max brosse le portrait de Max Jacob, en homme tendre et attachant, personnages central, puis marginal, de la bohème artistico-littéraire de la première moitié du XXe siècle. Malgré les libertés prisent avec la réalité, le film donne un portrait en accord avec l’image que l’on a après avoir lu la précieuse biographie du poète due à Pierre Andreu (Vie et mort de Max Jacob, éditions de La Table ronde). Jean-Claude Brialy a personnellement bien connu quelques-unes des brillantes figures évoquées dans ce téléfilm, comme Jean Cocteau et Sacha Guitry. Jean Cocteau confia à l’acteur qu’il gardait beaucoup de culpabilité de n'avoir pas fait assez pour Max Jacob. Dans le journal de Cocteau 1942-1945 (éditions Gallimard) au 25 février 1944, jour où il apprend l’arrestation de son ami, on peut lire : « Max Jacob arrêté à Saint-Benoît, sans doute conduit à Orléans. Chose atroce. » Dans les pages suivantes, on voit qu’il se dépense sans compter. Il contacte Sacha Guitry qui a déjà par son intervention sauvé Tristan Bernard : « J’ai vu Sacha Guitry qui m’a donné la marche à suivre... » Il écrit au responsable allemand des prisons juives une lettre dans laquelle il fait le panégyrique de Max Jacob. Cette lettre est accompagnée d’une pétition qui demande la libération de l’écrivain. Elle n’est signée, par souci d’efficacité, que par des personnalités ayant de bons rapports avec les autorités d’occupation : Sacha Guitry, André Salmon, Henry Sauguier, Pierre Colle, Utrillo, Braque, Mac Orlan... Dans L’Irrégulière ou mon itinéraire (éditions Grasset), Edmonde Charles-Roux raconte comment Paul Morihien sillonne Paris pour recueillir les signatures. Cocteau appelle également José Maria Sert qui peut agir par l’intermédiaire de l’ambassade d’Espagne, ce qui a été précédemment efficace pour Maurice Goudeker (le mari de Colette). Selon Claude Arnaud dans son énorme biographie de Jean Cocteau (édition Gallimard), il intervint simultanément avec Jouhandeau, qui en cette occasion fit taire son antisémitisme, auprès de Gerhard Heller qui ne resta pas à son tour inactif. Cocteau sollicite aussi son ami Georges Prade, patron de presse et conseiller municipal de Paris, qui est très engagé dans la collaboration active et qui néanmoins agit pour faire libérer le prisonnier. Prade parvient, conjointement avec José-Maria Sert, a obtenir un ordre de libération signé mais quand celui-ci parvient au camp de Drancy où le détenu a été transféré, Max Jacob est mort au soir du 4 mars d’une congestion pulmonaire à l’infirmerie du camp...
C’est ce qu’apprend Gerhard Heller rendant visite à Max Jacob à Drancy, comme il le raconte dans son livre de souvenir Un Allemand à Paris (éditions de Seuil) : « L’affaire Max Jacob me fut encore bien plus pénible et douloureuse. Je garde la brûlure cuisante de ce cuisant échec... Me retrouvant les mains vides à la porte de ce camp abominable, je voulus cependant accomplir un dernier geste ; j’allai chez une fleuriste acheter une rose et revint la jeter par-dessus le mur du camp. » Il est bon de rappeler que Gerhard Heller était l’officier allemand affecté à la Propaganda-Staffel qui décidait, entre autres, si on attribuait du papier pour qu’un livre soit imprimé, donc paraisse, ce qui en faisait, de fait, l’ultime censeur. Mais dans l’exercice de cette fonction, il avait emprunté la devise à son ami Junger : « La vraie force est celle qui protège. »

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C’est probablement Gerhard Heller que Dan Franck, sans le nommer, veut représenter, assez maladroitement, dans cet officier allemand qui assiste aux derniers instants du poète.
Pierre Bergé, dans son Album Cocteau de la Pléiade, résume bien les sentiments de Cocteau envers Max Jacob : « En 1917, il détestait le miroir que lui renvoyait Max Jacob “ce  touche à tout tendre et sale”. Deux ans plus tard, il applaudissait les numéros périlleux d’un “danseur de corde”. Il n’aura désormais cesse de célébrer le poète cubiste qui avait déclaré “Jean est la perfection absolue de ce que je ne suis que l’ébauche” . »
Max Jacob a vécu son homosexualité sur le mode de la culpabilité : « J'ai été sodomite sans joie mais avec ardeur. » D’ailleurs l'homosexualité de Max Jacob reste littérairement discrète, ou plus précisément plus latente que manifeste. Elle affleure donc en des fulgurances qui sont trahisons au double sens de révélations et de falsifications. Rares sont les claires allusions comme au début du roman Filibuth ou la montre en or dans lequel le personnage au nom cocassement claudélien, Monsieur Odon-Cygne-Dur, double avoué de l'auteur, écrit à ce même auteur « qu'il l'invite à venir voir l'armoire à glace qu'il s'est procurée. Il s'agit bien sûr d'un meuble non d'un individu à forte carrure. » Le film n’occulte pas le penchant du jeune poète pour les sergents de ville bien bâtis...
Président d'Arte France, Jérôme Clément, membre de l'Association des amis de Max Jacob, a soutenu le projet de cette fiction produite par Daniel Leconte. « Le destin de Max Jacob est extrêmement émouvant. Moqué pour son homosexualité et sa conversion au catholicisme, il a été un sacrifié de l'Histoire » expliquait, lors du tournage, le patron de la chaîne franco-allemande.
Max Jacob est évoqué dans les deux très beaux coffrets de DVD, Les heures chaudes de Montparnasse édités par Doriane Films.

Monsieur Max est sauvé par l’excellence de ses trois interprètes principaux, Jean-Claude Brialy, Dominique Blanc et Guillaume Gallienne mais il démontre qu’il n’est pas bon de laisser l’histoire aux mains des feuilletonistes.
Pour plus d’informations :

Par Bernard Alapetite - Publié dans : FILMS : Les Toiles Roses
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Lundi 13 juillet 1 13 /07 /Juil 11:07

© D. R.




Charlotte Julian est née à Coudougnan (Pyrénées Orientales) le 31 février 1945, et passa 935 concours de chant avant d’être engagée comme tuba dans le Grand Orchestre National de Région de Jouy-en-Gonades, avec lequel elle anima pendant 3 ans 1095 bals populaires, dont le dernier lui valut d’être remarquée par Mireille-du-Petit-Conservatoire, qui l’invita derechef à son émission de télévision, ce qui lui amena un contrat au « Lièvre Bancal » où elle chanta jusqu’à la sortie de son premier album, « Beur de Provence », dont le succès déboucha sur une tournée en première partie de Thierry le Juron, Georgette Lapaire et Yves Lapoule, qui lui conseillèrent de s’inscrire au « Top Club » de Guy Dèche, où un réalisateur la re-remarqua et lui offrit un rôle dans une série télévisée qui fut le prélude à une brillante carrière dont la poursuite se perpétue durablement à l’heure actuelle, principalement au théâtre de Fouillicourt-sur-Pleuve (Creuse).

 

(Vous l’aurez compris, je n’aime pas trop David Bowie…)

Pour en savoir plus :

Site Officiel de Charlotte Julian : http://www.charlottejulian.fr/

Par BBJane Hudson - Publié dans : TOP OF THE QUEERS
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