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Mardi 2 juin 2 02 /06 /Juin 11:16




TRU LOVED (USA - 2008) :
S'ACCEPTER TEL QUE L'ON EST

Une chronique d'Isabelle B. Price, d'Univers-L
 


 

Fiche technique:

Avec Najarra Townsend (Tru), Alexandra Paul (Leslie), Cynda Williams (Lisa), Matthew Thompson (Lodell), Jake Abel (Trevor), Joseph Julian Soria (Manuel), Tye Olson (Walter), Jasmine Guy (Cynthia), Nichelle Nichols (Grand-mère). Réalisation : Stewart Wade. Scénario : Stewart Wade.

Durée : 99 mn. Actuellement en salles.

 


Résumé :

Tru est une adolescente de 16 ans contrainte de déménager avec ses deux mères quand Lisa, l’une des deux, obtient une promotion. Elle quitte donc San Francisco, ville gay-friendy par excellence où sa famille n’avait rien d’exceptionnel pour une banlieue dans le sud de la Californie.

L’adaptation est difficile mais Tru rencontre rapidement Lodell, un jeune joueur de football américain. Alors qu’elle tombe sous son charme, elle réalise bientôt qu’il ne se passera rien avec ce dernier étant donné qu’il est gay. Craignant pour sa carrière et son avenir dans le sport, Lodell n’est pas prêt à faire son coming-out et se sert de Tru pour affirmer son hétérosexualité.



Un jour, Manuel, le meilleur ami de Lodell, agresse un jeune gay sans raison. Tru prend la défense de celui-ci alors que Lodell reste passif. Devant cet acte, elle prend conscience que si elle veut faire changer les mentalités elle doit aller plus loin. Elle crée donc avec le jeune gay en question, Walter, une alliance gay et hétéro au sein de son lycée. Là, elle rencontre un garçon qui ne la laisse pas indifférente. Mais comment sortir avec lui tout en protégeant son meilleur ami qui la fait passer pour sa petite amie ?



Avis personnel :

Tru Loved est un long-métrage difficile à résumer en quelques lignes sans tout dévoiler de l’intrigue et en même temps, il est très dur de dire le principal en taisant les informations. Sachez donc par avance que la critique qui suit va casser l’effet de surprise du film. Mais ce film est tellement bon, tellement positif, tellement bien construit qu’il nécessite une critique réelle et pas simplement une juxtaposition d’adjectifs pour vanter ses mérites.



Ce film fait penser à un chocolat délicieux que j’aurais pris au hasard dans la boîte de Forrest Gump. Mais si, vous savez, le proverbe : « La vie, c’est comme une boîte de chocolats… » Les films lesbiens, c’est comme des chocolats dans une boîte. Des fois ils sont jolis en apparence mais on est très déçu par le contenu et parfois, ils sont tout ce qu’il y a de plus banals mais quand on croque dedans, quand on les regarde, on tombe littéralement sous le charme. Tru Loved, c’est un délicieux chocolat.



J’attendais une histoire adolescente bourrée de bons sentiments et réalisée avec un petit budget, à la va-vite avec des défauts énormes. J’ai trouvé une histoire complexe qui ose aborder de plein front la question de l’homophobie intériorisée avec une image magnifique, des acteurs excellents et surprenants de justesse et une réalisation nerveuse et moderne.



J’ai immédiatement été séduite par les rêves de Tru qui s’imposent au début du film et permettent en quelques secondes de cerner le personnage. C’est très bien fait et on se prend immédiatement de sympathie pour cette adolescente qui a des rêves très ordinaires et qui n’a pas choisi sa famille. Elle a deux mamans et deux papas. Bien sûr un père et une mère biologiques mais tous les deux sont gays.

Tru est le genre de personne qui a été élevée dans une famille ouverte et riche avec de vraies valeurs de respect et de tolérance. Elle s’indigne quand les gens sont victimes de discriminations mais, portée par un fort caractère en plus de son éducation, elle relève ses manches et décide de s’impliquer pour changer les choses. Elle n’est pas homosexuelle mais elle comprend ce dont les gays sont victimes et c’est pour cette raison que naît l’idée de créer une alliance gay-hétéro dans son lycée.



Lodell, dit « Lo » est tout son opposé. Il essaie par tous les moyens d’être celui qu’il n’est pas. Il le dit très bien à Tru quand celle-ci lui demande s’il est gay. Oui, il est homo mais il ne veut pas l’être. Elle a beau le rassurer, il préférerait être « normal ». Ne pouvant l’être, il va s’employer à inventer différents stratagèmes pour cacher ce qu’il est vraiment. Il l’explique d’ailleurs très bien, sa famille ignore qui il est en réalité et il est deux personnes. Une pour le public et une autre pour lui et en l’occurrence Tru qui connaît maintenant son secret. Il se bat contre lui-même et se fait même du mal en suivant son meilleur ami et son coach dans des actes homophobes. Mais la peur le retient, la peur le bloque, l’oppresse. Rarement un ado aura été montré à ce point en proie à l’homophobie intériorisée.



Ce film est bourré de bons sentiments, certes, mais alors que cela a déjà nuit à de nombreuses œuvres, là cela ne sert qu’à la porter pour atteindre son objectif. On sort de ce film avec l’envie de dire n : « Oui, voilà, je suis comme ça. Et alors ! »

À ce titre, il y a des passages réellement hilarants. Je pense notamment au fait que tout le monde ne cesse de penser, du début à la fin, que quand Tru va dire quelque chose de grave, elle va forcément annoncer qu’elle est enceinte. Alors qu’elle n’a couché avec aucun garçon ! Pareil pour les deux mères de la jeune fille. La première qui est noire, se fait du souci quand Tru sort avec Lodell parce qu’elle connaît ce genre de garçon (il est noir également). Sa compagne la rassure et la traite de raciste. Mais quelques jours après cette dernière tient les mêmes propos quand Tru sort avec Trevor, qui est blanc…

Une ode à la différence et à la tolérance. Un très beau film à voir quand on est ado ou quand on veut voir quelque chose de positif pour nous rendre plus fort un jour de déprime.

Mention spéciale au casting qui est absolument irréprochable.



CRITIQUES PRESSE & RECOMPENSES :

Prix du Public au Festival du Film de Santa Cruz.

Meilleur Film au Festival du Film de Breckenridge.

Meilleur Film au Festival Rainbow du Film de Honolulu.



EXTRAITS :

LESLIE : Tru ! Coucou ! Tru ! Coucou ! Je t’ai demandé comment s’est passée ta journée.

TRU : L’enfer sur terre, comme d’habitude.

 

LESLIE (à Lodell) : Je pense que tu n’as pas de problèmes pour savoir laquelle des deux est la mère biologique, hein ? (Lodell s’étouffe alors avec les biscuits apéritifs)

 

LISA : Et rappelez-vous, vous êtes à la maison à minuit.

LODELL : Oh oui madame. Heu… mesdames.

 

LISA : Pourquoi est-ce que Tru ne nous a rien dit ?

LESLIE : Aucune idée. Peut-être qu’elle ne le sait pas. Ce n’est pas si évident.

LISA : Arrête ! De quoi tu parles ?

LESLIE : De quoi toi tu parles ?

LISA : Il est noir !

LESLIE : Bien sûr qu’il est noir. Et il est gay !

LISA : Quoi ?

 

TRU : Lo, c’est bon. Ca va aller.

LISA : Je dois partir.

LESLIE : Lo, ne t’enfuis pas. Je ne voulais pas t’insulter.

LISA : Tu ne sais rien de moi putain !

LESLIE : Qu’est-ce qui ne va pas avec toi ? Je voulais juste que tu admettes ce que nous savons tous les deux. Tu es gay.

 

Isabelle B. Price (mai 2009)

Par Isabelle B. Price - Publié dans : ET LES FILLES, ALORS ?
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Mardi 2 juin 2 02 /06 /Juin 01:43
Par Daniel C. Hall - Publié dans : LES NEWS ROSES
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Lundi 1 juin 1 01 /06 /Juin 10:05

par  BBJane Hudson

 




Fiche technique :

Avec Vincent Price, Joseph Cotten, Virginia North, Peter Jeffrey, Terry-Thomas, Hugh Griffith, John Cater. Réalisation : Robert Fuest. Scénario : James Whiton, William Goldstein, Robert Fuest. Musique : Basil Kirchin. Directeur de la photographie : Norman Warwick. Décors : Bernard Reeves.
Durée : 94 mn. Disponible en VO, VOST et VF.


Résumé :

1929. Une série de crimes, inspirés par les dix plaies d'Egypte, ensanglante le milieu médical londonien. Au cours d'une enquête piétinante, la police découvre que leur auteur est le Dr. Anton PHIBES, un ancien organiste défiguré lors d'un accident de voiture. Il commet ces meurtres afin de se venger des neufs chirurgiens ayant échoué à sauver la vie de sa femme.
L'avis de BBJane :
Pourquoi L'Abominable Dr. Phibes est-il l'un des films préférés des cinéphiles homosexuels ? Deux réponses sont généralement avancées : pour son caractère hautement camp ; pour la présence de Vincent rice, icône gaie (on peut d'ailleurs estimer que ces deux raisons n'en font qu'une, Price étant l'un des comédiens les plus camps de tous les temps.)
C'est vrai, mais il y a autre chose.

Dans son incontournable essai Monster in the closet, homosexuality and the horror film, Harry M. Benshoff nous éclaire sur le véritable secret du Dr. Phibes : il est l'un des premiers héros d'un genre cinématographique nouveau dans les années 70 : "l'homosexploitation". L'article qui suit s'appuie en partie, dans son approche théorique, sur les écrits de Benshoff, et dresse un rapide historique du film et de sa postérit
é.

Le terme "homosexploitation" apparaît comme une variante des mots "sexploitation" (ensemble de films de séries B à Z, dont l'argument commercial et le principal ressort scénaristique sont le sexe) et "blaxploitation" (films dont les castings sont majoritairement composés d'afro-américains, et qui décrivent leur revanche contre un pouvoir blanc oppressif et raciste.)

L'homosexploitation (ou gayxploitation) reprendrait, selon Harry M. Benshoff, l'idée de vengeance/revanche, cette fois accomplie par un héros homosexuel (ou une héroïne lesbienne), et dirigée contre les agents de l'hétérocentrisme. À l'aube des années 70, les minorités sexuelles et raciales prirent conscience de certaines similitudes dans les discrimations dont elles étaient l'objet, et, partant, dans les combats qu'elles avaient à mener. La naissance parallèle de la blaxploitation et de la gayxploitation témoigne de cet esprit de coalition.
Mais contrairement à la première, où la minorité à laquelle le "vengeur" appartient est immédiatement identifiable (du fait de sa couleur de peau), la seconde restera longtemps voilée – et ne trouvera d'ailleurs son nom qu'une trentaine d'années plus tard. Mettre en scène un vengeur explicitement gay était encore trop risqué dans les années 70, et l'on ne pouvait guère douter de l'insuccès commercial d'un film qui s'y serait essayé – il semble que les Noirs étaient alors plus bankables que les homos, et que leur effet repoussoir était moindre sur les spectateurs et les producteurs.
La gayxploitation fait appel à l'identification du public queer de manière dissimulée, en recourant à des codes vieux comme les frères Lumière, mais en lui offrant cependant un plaisir cathartique autant qu'esthétique (les films en ressortant jouent énormément sur un décorum typiquement gay, "follement extravagant" et camp.)
Pourtant, elle apparut à visage découvert dans ses tout premiers spécimens : les films de vampires lesbiens (The Vampire lovers de Roy Ward Baker - 1970 -, Les Sévices de Dracula / Twins of evil de John Hough - 1972 -, et autres libres adaptations du roman "Carmilla" de Sheridan Le Fanu.) C'est que le lesbianisme a toujours été source de fantasmes et d'excitation pour le public hétéro mâle ; la vision d'étreintes féminines n'avait donc rien de bien perturbant. L'homosexualité masculine était autrement problématique.
Elle trouva son héros/héraut en la personne du comédien Vincent Price, dans 3 films fondateurs : L'Abominable Dr. Phibes, sa suite (Le Retour de l'abominable Dr. Phibes / Dr. Phibes rises again de Robert Fuest - 1971) et Théâtre de sang (Theatre of blood de Douglas Hickox- 1972). Autant d'œuvres queers demandant un déchiffrement de leurs codes pour être reconnues comme telles.


Le Justicier queer et sa victime : Vincent PRICE et Terry-THOMAS

Dans le film qui nous intéresse, le héros queer entreprend sa geste meurtrière afin de venger la mort de son épouse, "tuée", selon lui, par des chirurgiens qui échouèrent à lui sauver la vie après un accident de voiture. Ce mobile constitue une sorte de garantie de l'hétérosexualité du personnage. Le scénario ne nous en fournira pas d'autre, et l'on peut noter qu'elle a pour effet immédiat d'évacuer d'office l'élément féminin, en tant que partenaire sexuel éventuel du héros.
Le culte exclusif et démesuré de la défunte épouse interdit au veuf de nouer une liaison amoureuse avec une autre femme. Cette parade fut régulièrement employée dans la littérature et le cinéma gothiques queers (le comédien Vincent Price n'a guère eu que des épouses mortes dans ses films d'épouvante), et offre au personnage l'opportunité de « s'engager dans des exploits homoérotiques sado-masochistes » (dixit Benshoff) (On pourrait appliquer cette réflexion au corpus de films gothiques-urbains que constituent, par exemple, la série des "Justiciers" bronsoniens, et autres "vigilante movies".)
Le Dr. Phibes sublime une impossible hétérosexualité lors de longues discussions d'un romantisme exacerbé avec le portrait de sa chère disparue. Ceci fait, il peut se livrer en toute quiétude – et avec une délectation non dissimulée – à la chasse au mâle.
Une jeune et séduisante assistante, Vulnavia (Virginia North), l'épaule dans son action. Inutile de préciser que leurs rapports sont strictement platoniques, et régis par une mise en scène interdisant entre eux tout élan de spontanéité – leurs déplacements et leur gestuelle sont réglés comme des sortes de tableaux vivants, dans lesquels aucun d'eux n'esquisse un mouvement de travers. (Ils ne s'embrassent que sur l'affiche du film, dont le slogan parodie outrageusement celui du grand succès lacrymo-hétéro de l'époque : Love Story (Arthur Hiller - 1970) – ce qui désamorce quelque peu l'effet du baiser... Le film se revendique queer jusque dans son affiche.)
À l'occasion, Vulnavia fait office de rabatteuse, attirant par sa beauté les victimes masculines qu'elle abandonne ensuite aux bons soins de son maître (voir la scène de séduction de l'érotomane Dr. Longstreet.) Il est intéressant de noter que, dans la première version du scénario, Vulnavia était censée être une automate, comme les membres de "L'Orchestre Mécanique" de Phibes. Ce rare élément féminin du film n'était donc pas de chair, et Phibes la détruisait d'ailleurs après usage, dans les dernières séquences !...

La Rabatteuse (Virginia NORTH)

Queer, le Dr. Phibes l'est dans tous les sens du terme (dont la définition originelle est "bizarre", "hors du commun") : à la fois mort et vivant (il est censé avoir péri dans un accident de voiture, et il déclare à son adversaire, le Dr Vesalius : « Vous ne pouvez pas me tuer ; je suis déjà mort ! »), humain et androïde (son visage est fait de chair synthétique ; sa voix est émise artificiellement à travers un phonographe).
Sa garde-robe est composée de tenues défiant les critères vestimentaires de "genre" – à l'exception du costume qu'il porte lors de la scène de danse avec Vulnavia, il n'arbore que de larges tuniques convenant aussi bien aux deux sexes.
Ses neufs victimes sont autant de figures représentatives de la société patriarcale et sexiste. La respectabilité de leur statut social est clairement établie : toutes appartiennent au corps médical. En s'en prenant à elles, c'est à un système normatif garant d'une idéologie répressive que s'attaque le monstre queer Phibes. (Notons qu'il n'est pas docteur en médecine, mais en théologie, en droit, et en musicologie.)
Sous couvert de venger sa femme, il règle son lot de contentieux avec les suppôts de l'ordre établi, vieux adversaires de la queeritude. Ainsi, la psychiatrie, qui causa tant de tort aux homosexuels, se voit châtiée en la personne du Dr. Hargreaves (Alex Scott), "réducteur de têtes" dont la tête sera textuellement réduite par un masque broyeur. Il en va de même du sexisme libidinal (le Dr. Lonstreet (Terry-Thomas,) grand amateur de films érotiques qu'il visionne en cachette après le départ de sa gouvernante), et de l'arrogance de classe (toutes les victimes sont imbues de leur rang).


La Transparence des Sexes

En calquant l'élaboration de ses meurtres sur les 10 plaies d'Egypte – fléaux lancés par Dieu à Pharaon pour le punir de maintenir le peuple Hébreu en esclavage – Phibes s'identifie au Créateur ; un Créateur queer punissant les esclavagistes de la pensée, les garants de la morale straight.
Seul le Dr Vesalius (Joseph Cotten) apparaît sous un jour sympathique, et il est à noter que Phibes n'attentera pas à sa vie mais à celle de son jeune fils. Le rapport de Phibes à Vesalius est d'ordre conflictuel-affectif, et reste emprunt d'une sorte de respect (il est la seule victime à qui il daignera parler). Il en fait sa dernière proie, comme s'il tenait à le garder pour "la bonne bouche", et s'il expose son fils à la mort, il se désintéresse totalement du résultat de son plan : il gagne le cercueil de son épouse avant la fin de l'opération pratiquée par Vesalius sur son enfant et destinée à sauver ce dernier, comme si son but était désormais atteint.
Ce rituel macabre autour d'un "premier né" qu'il s'agit de rendre à la vie (ou de faire naître une seconde fois) éclaire d'un jour nouveau la relation Phibes/Vesalius, et les aspirations secrètes du premier. Alors qu'il aurait pu tuer l'enfant, il le met en "situation de mort", et laisse le père procéder à la résurrection : il crée ainsi un lien particulier avec son adversaire, marquant symboliquement la formation d'un couple queer, et sa non moins métaphorique procréation.
La série de crimes commis par Phibes, au-delà du motif de la vengeance, semble n'avoir eu pour ultime finalité que de susciter sa rencontre avec le chef de l'équipe chirurgicale qu'il tient pour responsable de la mort de sa femme – et qui, par-là même, fut le principal artisan de son identité queer.
Ajoutons qu'aucune des victimes n'a de vie de couple apparente (même Vesalius qui, bien que père, est dépourvu d'épouse. L'a-t-elle quitté ? Est-elle morte ? – ce qui achèverait d'en faire le pendant straight de Phibes – La question n'est jamais soulevée...) Résolument, le film se veut une histoire d'hommes, et cette absence totale de la femme en tant que conjointe ou amante contribue beaucoup à sa coloration homophile.


Vesalius (Joseph COTTEN) et Phibes (Vincent PRICE) : Docteurs en Queeritude

L'esthétique camp de L'Abominable Dr. Phibes est bien entendu le signe le plus apparent de son orientation queer. Dans ses célèbres Notes on Camp (1964), Susan SONTAG observait que si le camp n'est pas une sensibilité et un goût exclusivement homosexuels, les gays en constituent l'audience la plus large et la mieux articulée. (Le camp, en schématisant, traduit un amour immodéré pour l'artifice, l'exagération, la "performance", et aspire à l'effacement de la notion de "genre" ; d'ordre esthétique et comportemental, il peut aussi bien s'appliquer à un objet qu'à une personne.) En réalisant son film, dont aucune image, aucun plan n'échappe au camp, Robert Fuest ne pouvait ignorer quel public y réagirait avec le plus d'enthousiasme.

Le Triomphe du Camp

La maison de Phibes, temple dédié au culte de l'Art Nouveau et du rococo, est le domaine rêvé par tout camper (amateur de camp), une demeure dont chaque pièce est une scène sur laquelle l'habitant peut s'abandonner à la griserie d'une représentation perpétuelle.
L'imposant orgue rose, l'orchestre d'automates aux masques figés, la vaste salle de bal, les majestueux escaliers semblant n'avoir été élevés que pour qu'une reine les descende : chacun de ces éléments répond à un besoin de spectacularisation, et invite à prendre la pose – ce dont Phibes et Vulnavia ne se privent pas. (Un personnage secondaire qualifie cette dernière de "fashionable" – terme familier du vocabulaire camp, que l'on pourrait traduire par "ultra-sophistiquée" ou "à la pointe de la mode".)
Le générique d'ouverture nous montre Phibes jouant de l'orgue avec force gestes emphatiques, à la manière du pianiste Liberace (le pape du camp, s'il en fut), et constitue la meilleure introduction possible au personnage – et au film – dont elle annonce et résume la tonalité en quelques plans. Grandiloquence, affectation, et autodérision, sont les maîtres-mots de cette œuvre où le fantastique se veut une expression du fantasque.
Quant au générique de fin, nul ne s'étonnera qu'il se déroule sur l'un des plus célèbres hymnes gays : la chanson "Over the rainbow".
Mais c'est peut-être dans cette anecdote de tournage que l'on trouvera le trait le plus camp du personnage de Phibes : lorsque celui-ci révèle son visage défiguré, le maquillage porté par Vincent Price consistait en un masque enfilable en quelques secondes ; mais lorsque le comédien apparaît à visage découvert, des heures de grimage étaient nécessaires pour donner à sa peau l'aspect "non naturel" d'une face "recomposée" suite à un accident !
Dans ce savoureux détail, c'est l'esprit même du camp qui s'exprime : le naturel nécessite beaucoup d'artifice – ou, pour citer Oscar WILDE : « Être naturel est une pose tellement difficile à tenir ».



Photo de tournage : Robert FUEST (g.) et Vincent PRICE (d.)

La petite histoire :
Dans une interview qu'il accorda au magazine Rolling Stone, Anton LaVey (1930-1997), le fondateur de l'Église de Satan, déclara avoir participé à l'élaboration du film en tant que "consultant". On ne sait quel crédit il convient d'accorder à ces propos, mais il semble acquis que Phibes doit son prénom à LaVEey lequel était, selon certaines sources, en relation amicale avec Robert Fuest.
Ce dernier avait auparavant réalisé une adaptation assez académique des Hauts de Hurlevent (Wuthering Heights
- 1970), et surtout plusieurs épisodes de la série Chapeau melon et bottes de cuir (The Avengers - 1962/1969) dont le climat d'autodérision et les nombreux éléments queers imprègnent indéniablement le film (certains critiques ont d'ailleurs vu en Phibes une sorte de "super-vilain" échappé de la série.)

Anton LaVey

Le script originel fut écrit par deux joueurs de tennis professionnels (??), James Whiton et William Godstein puis remanié de façon conséquente par Fuest, à qui l'on doit le contexte des années 20 (au départ, l'action était censée être contemporaine) et les éléments humoristiques.
Le succès du film généra une séquelle de qualité (Le Retour de l'abominable Dr. Phibes - Dr. Phibes rises again
de Robert Fuest - 1972), toujours aussi camp, mais marquée par un humour cartoonesque d'esprit plus américain que britannique. L'univers du Dr. Phibes y perd une bonne partie de son cachet, et l'esprit queer s'en trouve légèrement amoindri.
Jusqu'au milieu des années 80, un troisième opus fut régulièrement annoncé dans la presse spécialisée, tour à tour intitulé The Brides of Dr. Phibes, The Seven fates of Dr. Phibes ou Dr. Phibes in the Holly Land. Aucun de ces projets n'aboutit jamais.
Mais la structure scénaristique du film (une série de crimes "thématiques" et excentriques perpétrés par un paria) a largement été réutilisée depuis – à l'identique et toujours avec Price dans Théâtre de sang (Theatre of blood de Douglas Hickox - 1973), puis dans certains slashers des années 80, jusqu'à retrouver une seconde jeunesse plus récemment dans des films comme Se7en (David Fincher - 1995) ou Saw (James Wan - 2004).
Il est vrai que Phibes devait beaucoup lui-même à un illustre prédécesseur : le classique Noblesse oblige (Kind hearts and coronets de Robert Hamer - 1949), dans lequel Dennis... Price trucidait avec beaucoup d'inventivité les membres de sa famille à héritage.

Références :
La plupart des informations de cet article relatives au tournage du film, proviennent de deux ouvrages indispensables pour tout fan de Vincent PRICE : le très documenté et richement illustré : The Complete films of Vincent PRICE de Lucy CHASE WILLIAMS (Citadel Press - 1995), et Vincent PRICE, the Art of Fear de Denis MEIKLE (Reynolds & Hearn - 2003), qui s'intéresse exclusivement, mais exhaustivement, à la filmographie "fantastique" du comédien.

Par BBJane Hudson - Publié dans : LA CRYPTE AUX GAYS
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Dimanche 31 mai 7 31 /05 /Mai 11:24

 


(5.12)




Retour aux basiques. Avant de devenir la série cultissime des Toiles Roses, « Zanzi and the City » était, au départ, la chronique d’un billet d’humeur. Bon, eh bien, je vais laisser éclater mon humeur.

Tout est parti du billet de mon vrai-faux fiancé franco-espagnol Philippe Ariño (que je n’épouserai jamais, tant pis pour les rêves de midinette de Daniel qui nous voyait déjà convoler dans les jardins de l’Alhambra de Grenade, car Philippe est promis à Quelqu’un d’Autre de beaucoup plus Grand que moi avec Qui je ne peux rivaliser) consacré à la passion qu’éprouvent les personnes homosexuelles pour LA chanteuse kitsch du paysage musicologique français : Mylène Farmer, et de la réaction rapide de Lucian Durden sur le sujet. Comme cela ne me surprendrait pas que mon ex-amant wanna-be boyfriend Vincy Thomas ponde un bazar sur ce sujet explosif, j’ai décidé de franchir ce rubis con avant lui pour vous dire que, franchement, moi, Zanzi, je me fous de Mylène Farmer !

Je me moque de ces pétasses hystériques qui se déhanchent dans les soirées parisiennes sur les rythmes de Laurent le boutonneux et les paroles fredonnées par la diva aux cheveux de feu. Je me contrefiche qu’un garçon qui me fait du gringue depuis plus d’un an et n’assume pas ses préférences me montre sur Facebook une photo où on le voit, dans l’une de ces soirées-là, embrasser à pleine bouche un illustre inconnu alors qu’il sort avec quelqu’un d’autre tout en espérant me voir le mois prochain et connaître l’extase qu’offrent mes lèvres expertes dans l’art du baiser (cette phrase personnelle n’est ni hors sujet ni hors contexte ni hors milieu, il s’agissait bien d’une soirée « spéciale Mylène Farmer » !).

Adolescent, je n’ai pas été marqué plus que cela par les chansons de MF. Certes, mon œil d’artiste a apprécié à sa juste valeur le célèbre clip de « Sans contrefaçon » et sa référence explicite au libertinage du XVIIIe siècle et à l’histoire du Chevalier d’Eon, l’androgynie et l’ambiguïté sexuelle du personnage n’ont pas contribué à façonner ce que je suis et surtout qui je suis. Aucun processus d’identification et d’affirmation, donc. Et quant au viol, je découvre à peine ce dont il s’agit en lisant les billets de notre Araignée du désert.

Mylène Farmer me laisse à peu près indifférent. Je ne dirai pas qu’elle m’agace, non, ce qui m’agace, c’est la vénération et l’idolâtrie dont elle fait l’objet. Le fait que je lui reconnaisse malgré tout certaines qualités artistiques, ainsi qu’un don évident (avec l’aide précieuse de son boutonneux) pour se mettre en scène et se vendre au moyen d’une stratégie marketing éprouvée, ne m’empêche nullement de considérer ce phénomène de masse avec un regard critique et distancié.

Lorsque j’ai commencé à sortir dans le milieu homosexuel, la flamboyante rouquine lançait sur le marché du disque sa fille pas du tout naturelle, Alizé. Tout à ma joie des premières fois et des premiers émois, je reconnais m’être trémoussé, effet d’entraînement oblige, sur l’insipide « Moi Lolita », gazouillé par l’adolescente post-pubère et pré-nubile que certains surnommaient, à juste titre, « Mi-coton Mylène ». L’expérience a fait long feu, et la princesse héritière n’a pas détrôné la reine mère. Aux dernières nouvelles, elle serait la compagne discrète d’un ancien élève de la Star Ac qui lui aurait fait un bébé. Mylène Farmer est grand-mère par procuration !

Pour conclure, si je vous révèle (mais vous le savez déjà) que je suis désenchanté par l’innamoramento, parce que l’amour n’est rien, mais que malgré cela j’attends, peut-être toi, et qu’en t’attendant, je m’ennuie et aimerait que tu appelles mon numéro, vous allez penser que je subis peut-être, comme tant d’autres, l’influence de cette fée-sorcière ! Eh bien pensez ce que vous voulez ; moi, je m’entête à me foutre de tout… et je me fous de Mylène Farmer !

 

Zanzi, le 29 mai 2009


Lire le précédent épisode,
cliquez ici.
Par Zanzi - Publié dans : HUMEUR : Zanzi and the City
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Dimanche 31 mai 7 31 /05 /Mai 11:14
  
Visuel : (c) GayClic

Victoire, l'enquête est finie !!
J'ai ajouté une note d'humour, fallait bien...
[ATWT appartient à PGP ; Daily recaps à CBS]


Par Jag1366 - Publié dans : SERIE : AS THE WORLD TURNS (AINSI VA LE MONDE)
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Dimanche 31 mai 7 31 /05 /Mai 11:12
  
Visuel : (c) GayClic

Est-ce que par le plus grand des hasards, le fameux "M" pourrait ne pas être Matt ?
Mais alors c'est qui ?
Mily ? Molden ? Mucinda ? Masey ? Malison ? Made ? Muke ? Moah ? (Non, je vous jure, c'est pas moah...)
[ATWT appartient à PGP ; Daily recaps à CBS]


Par Jag1366 - Publié dans : SERIE : AS THE WORLD TURNS (AINSI VA LE MONDE)
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Samedi 30 mai 6 30 /05 /Mai 10:48


Veni Vidi Vincy - Photo © D. R.

 

 

CANNES OU L'ANNÉE
DU RUBAN ROSE

 

 

Chers amis du blog Les Toiles Roses, après plus de 32 toiles cannoises, je peux vous le dire : les cinéastes font de la sexualité leur principal sujet de perplexité. Certains préfèrent exciser la femme ou juste lui balancer qu’elle a l’haleine fétide et les seins qui tombent. D’autres sont davantage intrigués par l’homosexualité. Évidemment, c’est ce sujet qui nous concerne ici.

 

 

D’Asie en Amérique, les gays ont été l’objet de tous les désirs sur le grand écran blanc de nos chambres noires. La compétition s’est symboliquement ouverte sur un film traitant de l’homosexualité. Nuits d’ivresse printanière (par ailleurs prix du scénario), de Lou Ye, évoque les conditions de vie d’un homosexuel dans une grande ville chinoise. Conditions inhumaines évidemment, puisque les amants se cachent pour jouir. Souvent contraints à une bisexualité de façade ou à vivre en marge. Le film n’offre que peu d’espoir alors qu’il ne parle que d’amour… Les scènes où les corps nus se mélangent, sur un lit ou dans une douche, sont crues et sensuelles. On n’avait pas vu ça dans le cinéma chinois depuis East Palace, West Palace, en 1997.

 

Un autre cinéaste asiatique, Tsai Ming-liang, ouvertement gay, n’a pas hésité dans son film commandé par le Musée du Louvre, Visage, à insérer une séquence homo. En l’occurrence, il a pris le soin de mettre en lumière les buissons du parc des Tuileries, où son acteur fétiche (et « mari »), l’éternellement jeune Lee Kang-sheng s’offre manuellement et oralement à Mathieu Amalric. On ne voit rien, on devine tout. Le moment est sensuellement exquis.

 

 

À Tokyo, l’Argentin Gaspar Noé continue de considérer les homos comme lâches et soumis. Rappelez-vous Irréversible : l’homo était un dégénéré uniquement bon à se faire fister ou tabasser. Ici le pédé est dealer (donc cause tous les malheurs du monde), ou balance (donc conduit le héros à son destin, fatal). Cette homophobie permanente chez Noé, digne de son esprit réac, se traduit par cette fiotte de délateur qui se retrouve, vers la fin de ce film interminable, dans une chambre du Love Hotel, à pomper une grosse queue de cadre sup’ japonais, un second attendant son tour.

 

Heureusement, le sensible Ang Lee, à qui l’on doit Garçon d’honneur et Brokeback Mountain, est revenu avec une chronique douce, drôle et un zest amère, dont le personnage principal est un jeune juif, gay, n’arrivant pas à couper le cordon ombilical avec sa dragonne de mère (radine) et aspirant à migrer à San Francisco. Dans Taking Woodstock, il va d’abord assumer son homosexualité. Sur la piste de danse, sous les hourras des filles, en embrassant langoureusement un maçon beau comme un camion. Et puis dans un van Wolkswagen, hallucinés par quelques pilules, en se tapant un couple hippie « peace and love ». N’oublions pas le personnage de Liev Schreiber, travesti incroyable et blonde, sachant concilier force et humanisme.

 

 

Si l’esprit Woodstock a disparu, les progressistes américains ont survécu notamment du côté de Seattle. Dans Humpday, les deux meilleurs potes du monde, encouragés par un groupe de lesbiennes, font le pari de faire l’ultime film porno amateur : deux hétéros en train de niquer dans une chambre d’hôtel. Deux gars lambda prêts à virer leur cuti pour une nuit. L’un d’entre eux est marié, et, bizarrement, c’est le soutien de son épouse que l’on retient. Très joli message d’amour, très belle philosophie de couple. On signale juste aux lecteurs hétéros égarés ici que si l’idée vous prend, n’omettez pas quelques règles : les préliminaires c’est important, les caresses et les baisers c’est essentiel, et un peu d’alcool pour se « lancer » n’a jamais fait de mal à personne. Sinon c’est la débandade assurée.

 

Du côté du Texas, c’est difficile d’être homo aussi. Jim Carrey aime le charmant Ewan McGregor (I Love you, Phillip Morris) mais aussi le très très beau Rodrigo Santoro. Production plus aseptisée, nous n’aurons le droit qu’à quelques étreintes et baisers. Almodovar a aussi effleuré le sujet. Seul le personnage de l’héritier voyeur, Ray X, pervers mal dans sa peau devenu homo cynique et sexy, renoue avec la  « mâlitude » du cinéaste.  Mais rien de bien bandant sous le soleil madrilène.

 

 

Sous le ciel pluvieux de Jérusalem, il y a eut la plus belle histoire d’amour du Festival. La plus tragique aussi. Deux hommes pieux, l’un boucher et père de famille, endeuillé par la mort de son père, l’autre, étudiant errant, perdu, bousculé par ses désirs, vont s’apprivoiser, s’attirer, s’embrasser. Tout est pudique, suggéré, compris. Tu ne m’aimeras point, de Haim Tabakman, n’est pas très gai. Mais il prouve, plus que tous les autres, que l’Amour n’a pas de frontières, n’a besoin d’aucun mur, ne souffre d’aucun diktat, n’a pas besoin de dogmes pour exister, de règles pour s’épanouir.

Que le seul mot qui lui convient, de la Chine communiste à la communauté ultra-orthodoxe israélienne, c’est la liberté. C’est aussi pour ça qu’on aime tant le cinéma : il nous évade de nos prisons dorées.

 

 

Lire la précédente chronique


 

TO BE CONTINUED...

 

Vincy (26 mai 2009)
Par Vincy Thomas - Publié dans : LE BAZAR DE L'HOMO VINCY
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Samedi 30 mai 6 30 /05 /Mai 10:40
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Vendredi 29 mai 5 29 /05 /Mai 10:30

by  Lucian Durden

 

 


Lucian Durden a 34 ans. Il est membre fondateur des Écrivains mendiants de Paris. Ancien chef de la succursale des Flandres de l'École des tripes et amis du foie de veau. Publications dans le Bulletin de la société Jules Verge N° 45, 2ème trimestre. Il occupe les fonctions de directeur de la WithoutBooks Publishing en Pennsylvanie. Ah oui, il est aussi hétérosexuel. C’est notre quota légal dans l’équipe du blog Les Toiles Roses.

 

 

Cet article n'est en rien une critique, mais se veut être une réflexion sur un point qui, je dois l'avouer, m'agace...

C'est la publication de l'article intitulé « Pourquoi Mylène Farmer plaît-elle autant aux gays ? » qui donna instantanément naissance à un embryon de pensée qui ne cessa de se développer jusqu'à aujourd'hui.

J'ai lu cet article, l'ai trouvé intéressant, pourtant une chose heurta mon esprit sans que je ne parvienne à l'identifier. C'est le premier commentaire d'un "facebookien" (sur le mur de Daniel C. Hall) qui me donna la clef. Ce premier message disait en substance : « En tout cas, moi je n'aime pas Mylène Farmer ».

Je pense que tout l'enjeu se trouve là.

Me sont aussitôt revenus en mémoire les avertissements des penseurs de l'école de Francfort au nombre desquels Bertold Brecht ou encore Walter Benjamin. Leurs trois principaux avertissements , les voici :

– Ne pas réduire les êtres à l'état de "masse"

– Faire attention à toujours préserver l'autonomie

– Se méfier de ce qui accrédite l'idée que les Hommes souhaitent être fascinés, égarés et trompés dans l'espoir confus qu'une sorte de satisfaction hypnotique leur fera oublier le monde absurde, cruel et tragique dans lequel ils vivent.

Et c'est bien là tout ce qui me gêne, ce titre « Pourquoi Mylène... aux gays » fait de la communauté homosexuelle non pas une somme d'individualités libres de ne pas se sentir concernées, mais une espèce de masse compacte dont on ne peut sortir tant elle englue.

C'est comme si on posait la question « Pourquoi Sweet Home Alabama est une chanson qui plaît aux racistes ? », j'aime cette chanson, je ne suis pas pour autant raciste. Je me suis donc mis à la place d'un ou d'une "homo", qui se serait écrié, sans qu'on l'entende : « Je suis homo et je n'aime pas ! (et d'ailleurs je ne suis pas « les gays », je suis Moi !) »

Rappelons-nous ce mot de Barthes qui voyait dans les stéréotypes « des figures majeures de l'idéologie », je crois qu'il n'est pas souhaitable, pour la communauté homosexuelle, déjà réduite dans nos sociétés à l'état de « masse stéréotypée », il n'est pas souhaitable disais-je, d'en rajouter en ne faisant qu'accroître le fossé.

A-t-on déjà lu des articles du genre « Pourquoi Noir Désir plaît aux hétéros ? » ? Non, car ça serait sans fondement, absurde même.

Je pense, et ce n'est que mon humble avis, que cette manière itérative de tout ramener au cœur d'une question "gay", de tirer sans cesse sur un fil d'Ariane qui en définitive ne permet que de revenir au point de départ, n'est pas la bonne méthode.

Parce qu'en l'occurrence, je pourrai écrire un article complet, avec moult arguments et qui s'intitulerait « Pourquoi Mylène Farmer plaît-elle autant aux hétéros ? », sorte de démonstration par l'absurde que l'on peut trouver partout ce que l'on cherche dès lors que notre pensée est orientée. Inutile de trouver du "gay" pour trouver du "gay", il est des choses qui se suffisent à elles-mêmes et qui perdent toute force dès lors que l'on tente de les justifier.

D'où ce titre un peu provocateur qui résume ma pensée et j'en suis sûr celle de bon nombre, j'aime les Hommes (les individus), pas les gays (en tant que masse).

Encore une fois, ce n'est en rien une critique, simplement l'apport d'un angle différent qui se veut constructif.

 

TO BE CONTINUED…

Par Lucian Durden
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Jeudi 28 mai 4 28 /05 /Mai 10:32
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Fiche technique :

Avec Tony Ward, Bruce LaBruce, Alex Austin, Kevin Kramer, Ron Athey, Glen Meadmore, Ivar Johnson, Kevin P. Scott, Graham David Smith, Miles H. Wildecock II, Bud Cockerham, Michael Glass, Vaginal Davis, Joaquim Martinez et Darryl Carlton. Réalisation : Rick Castro & Bruce LaBruce. Scénario : Rick Castro & BruceLaBruce.
Durée : 80 mn. Disponible en VO et VOST.



Résumé :
L'écrivain Jurgen Anger arpente les milieux gay de Los Angeles, rencontre Monti, un prostitué sur Santa Monica Boulevard, et en tombe amoureux.... Entre documentaire et parodie, Hustler White transforme les trottoirs de Los Angeles en Sunset Boulevard..

L’avis de Neil :

La face cachée d’Hollywood…

Réalisateur underground d’origine canadienne, Bruce LaBruce lance un petit pavé dans la mare en 1996 avec ce Hustler White. Bénéficiant très vite d’un bouche à oreille favorable, le film échappera notamment à une classification X en France grâce au soutien de Jack Lang. C’est justifié me semble-t-il, le film n’étant absolument pas pornographique pour un sou. Irrévérencieux c’est sûr, certaines scènes sont difficilement soutenables, et à ne pas mettre entre toutes les mains, mais la dose d’humour et le décalage donnent une toute autre dimension au film. Celui-ci narre les péripéties d’un journaliste interprété par Bruce LaBruce himself qui tombe raide dingue d’un prostitué de Santa Monica (Tony Ward, ex de Madonna tout en muscles apparents) et va le suivre dans ses diverses virées.

Le début donne d’ailleurs le ton avec cette référence burlesque à Sunset Boulevard. Comme dans le film de Billy Wilder, c’est un type qu’on trouve inconscient dans une piscine (enfin ici un jacuzzi) qui va nous raconter son histoire. Et c’est aussi la part d’ombre de l’usine à rêve qu’on va découvrir… et on y rencontre plus particulièrement une certaine frange de cet univers. Toute une flopée de plus ou moins jeunes hommes plus ou moins paumés qui errent d’aventure en aventure sans autre but que de survivre dans cette jungle préfabriquée qu’on nomme Hollywood. C’est souvent franchement glauque, pitoyable et sordide. Seulement voilà, Bruce LaBruce a décidé de traiter son quasi documentaire de façon clairement ironique. Le résultat est très drôle, les situations sont tellement burlesques et parfois même absurdes que ça fait passer la pilule en douceur.

On trouve même un moment de tendresse en voyant le personnage que joue Tony Ward s’occuper de son petit bébé de fiston. Sans avoir de quelconque ambition artistique (on y trouve tout de même des références à Paul Morrissey et à Andy Warhol, le film se voulant sans nul doute dans la ligne droite de ces prédécesseurs, voire même d’un John Waters version Pink Flamingo, le talent en moins…) Hustler White reste un témoignage de plus sur la déjantée Hollywood.

L’avis de Jérôme :

Dans ce remake de troisième type de Sunset boulevard, le réalisateur Bruce LaBruce visite le mythe gay de la prostitution masculine dans le long boulevard sexué d'Hollywood : Santa Monica bld. Déroulant les clichés à escient et insistant sur le corps érogène de son égérie trash du moment (Tony Ward, ex-boy friend de Madonna et latino sanguin au corps trop huilé), Bruce LaBruce (réalisateur de porno gay à la petite semaine) dynamite le récit en se projetant dans la peau de Jürgen Anger, romancier au rabais follement amoureux de Montgomery Ward (Tony Ward).

Entre un Ed Wood extra-lucide et un Pascal Sevran sous ecsta (normal, quoi), Jurgen Anger poursuit dans cette non-intrigue l'amour fugitif de Ward, prostitué en cavale. Chaotique, la réalisation dénote également par quelques trouvailles lumineuses (la narration troisième personne de Ward, l'esthétique des corps suppliciés, etc.) et son amateurisme maîtrisé.

Avec une règle pour tout le film : une prise par scène, pas plus.Désixé à sa sortie par Jack Lang vs Famille de France, l'édition DVD de ce film culte de l'underground américain trouve toute sa justification dans cette distribution plus large d'un ovni du cinéma gay.

Un seul bonus, indispensable, et largement le meilleur dans l'histoire des bonus DVD : le visionnage en temps réel (1h environ) du film par le réalisateur quatre années plus tard en compagnie de deux jeunes prostitués.Soit l'explication distanciée et humoristique du film plan par plan par Bruce LaBruce, interrompu par ses deux compagnons d'infortune, défoncés jusqu'aux yeux et bad boys par intermittence. Le visionnage n'est plus qu'un prétexte à une ecsta-party ponctuée de fellations approximatives, name-dropping trashy (« Sandra Bullock prend trop de coke », « Madonna est la mère-salope parfaite », etc.).

Immanquable.

Pour plus d’informations :

Par Neil & Jérôme - Publié dans : FILMS : Les Toiles Roses
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Mercredi 27 mai 3 27 /05 /Mai 00:50



Fiche technique :

Avec Paul McGann, James Corden, Mathew Horne, MyAnna Buring, Silvia Colloca, Vera Filatova, Ashley Mulheron, Louise Dylan, Lucy Gaskell, John Pierce Jones, Emer Keny, Emma Clifford, Susie Amy, Travis Oliver et Margarita Hall. Réalisation : Phil Claydon. Scénario : Paul Hupfield et Stewart Williams.

Durée : 88 mn. Sortie en salles : 22 juillet 2009.


Résumé :

Jimmy Maclaren et son ami Fletch profitent de leurs vacances dans la campagne anglaise, quand ils se retrouvent coincés dans un petit village reculé, où règne une terrible malédiction qui touche les femmes. Celles-ci se transforment toutes en vampires et rejoignent une secte de Vampires Lesbiennes. Jimmy et Fletch sont appelés à la rescousse par les hommes du village...



L’avis de Frédéric Mignard :

SHAUN OF THE BITCHES

Une série B britannique au titre accrocheur qui ne tient pas toutes ses promesses. Sympathique, certes, mais pas suffisamment déglingué pour s’élever instantanément au rang de film culte.



La bonne santé du cinéma de genre britannique permet aux jeunes cinéastes de faire tout et n’importe quoi, surtout n’importe quoi d’ailleurs, à en croire le titre aguicheur Lesbian Vampire Killers qui nous promet des tueurs, des vampires et des lesbiennes. Ça tombe bien car finalement on a bel et bien un film sur des tueurs de vampires lesbiennes.



Tous ceux qui suivent l’actualité vampirique depuis maintenant quelques décennies savent que les louves de Dracula aiment à se caresser entre elles, voire à se dévorer l’entrejambes. Même en France, que dis-je, surtout en France, on a pu voir ces suceuses de nectar précieux s’adonner aux plaisirs saphiques : Brigitte Lahaie chez Jean Rollin pourra vous en raconter un bout, et même Catherine Deneuve saura se répandre sur le phénomène après s’être exportée aux USA comme mère goudou dans le sensuel Les Prédateurs de Tony Scott en 1983. Pauvre Susan Sarandon, elle ne s’en est jamais remise.



Pastiche évident de ce culte régressif, Lesbian Vampire Killers s’inscrit par conséquent dans ce genre chargé de références. Le cinéaste Phil Claydon n’a d’ailleurs qu’une idée en tête, reconstituer avec trois bouts de ficelle l’univers préfabriqué des productions gothiques des années 60-70 avec des demeures tarabiscotées, des cimetières perdus dans la brume et une forêt profonde, voire caverneuse où la caméra s’enfonce avec délectation !



Joyeux luron de la pellicule, Phil Claydon a gavé son métrage d’un humour « bitch » très contemporain pour les filles (la petite amie du héros et toutes les servantes de Camilla, la reine des vampires, sont, il faut le dire, de vraies sal...), tandis que les garçons se retrouveront sans grand mal dans le ton geek servi par le meilleur pote du héros (et malheureusement personnage central), un gras du bide, buveur de pintes et obsédé de la moule qui ne rêve que de « hot dykes » (traduire par « gouines bandantes »). À fond dans son trip, Claydon en fait des tonnes, au détriment du sérieux, de la peur et de l’horreur, ces trois éléments étant totalement absents de ses intentions.



On mentirait en disant qu’on n’adhère pas à cette balade loufoque dans le terroir ancestral britannique – elle est plutôt exaltante et même revigorante –, au final, on ne peut s’empêcher de regretter le manque d’audace de ce délire de goujaterie et de grossièreté, beaucoup plus proche de Shaun of the Dead que des classiques du genre comme Vampyros Lesbos ou Le Frisson des vampires.



La rigolade inhérente au titre déconneur séduira sûrement plus les ados sans référence que les vrais fans de g(h)oul(u)es des seventies, tant ces derniers auront l’impression d’assister à une version légèrement plus osée de Scooby-doo.



Car entre nous ces vampires lesbiennes sont plutôt asexuées et niveau « killers », la grande tuerie attendue n’a pas vraiment lieu non plus. Bref, pour la déconne et le carnage, il vaut peut-être mieux revoir le britannique Boy Eats Girl, sorte de film de zombies adolescent qui finit pas un bain de gore corsé autrement plus efficace.

Pour plus d’informations :

 

Par Frédéric Mignard - Publié dans : FILMS : Les Toiles Roses
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Lundi 25 mai 1 25 /05 /Mai 11:09

par  BBJane Hudson

 




Fiche technique :

Avec Roddy McDowall, Chris Sarandon, William Ragsdale, Amanda Bearse, Stephen Geoffreys, Jonathan Stark, Dorothy Fielding, Art Evans, Stewart Stern, Nick Savage, Ernie Holmes, Heidi Sorenson, Irina Irvine, Bob Corff et Pamela Brown. Réalisation : Tom Holland. Scénario : Tom Holland. Directeur de la photographie : Jan Kiesser. Musique : Brad Fiedel.

Durée : 106 mn. Disponible en VO, VOST et VF.

 


Résumé :

Fanatique de films d'horreur, le jeune Charlie Brewster (William Ragsdale) soupçonne ses nouveaux voisins – le séduisant antiquaire Jerry Dandridge (Chris Sarandon) et son assistant Billy Cole (Jonathan Stark) – d'être des vampires. Après avoir assidûment surveillé leurs agissements, il parvient à les démasquer et décide de les anéantir. Pour l'épauler dans cette mission, il fait appel à un présentateur de films d'épouvante de la télé locale : Peter Vincent (Roddy McDowall), qui s'avère aussi froussard que peu compétent en matière de surnaturel. Informé des intentions de Charlie, Jerry Dandridge riposte en séduisant la fiancée du jeune garçon, et en transformant l'un de ses amis, "Evil" Ed (Stephen Geoffreys), en « créature de l'ombre ». Charlie et Peter Vincent investissent la demeure de Dandridge et se préparent à l'affrontement.



L’avis de BBJane Hudson :

L'un des films d'épouvante les plus ouvertement gay des années 80, Vampire, vous avez dit vampire ? continue d'être ignoré comme tel par l'ensemble de la critique et des fantasticophiles. L'analyse queer très complète et étayée offerte par Harry M. Benshoff dans son indispensable ouvrage Monsters in the closet – Homosexuality and the horror film, n'a pas changé grand-chose à cet état de fait. L'aveuglement des aficionados du cinéma fantastique, relativement au contenu homosexuel de certains de leurs films-cultes, n'a jamais cessé de m'étonner, et le cas de Vampire, vous avez dit vampire ? en constitue un exemple assez hallucinant. Je me propose, dans cet article, de recenser divers éléments scénaristiques et esthétiques qui font du film de Tom Holland l'une des œuvres gay les plus caractérisées du "genre". Suite à cela, j'aimerais soulever une question qui, en tant que fantasticophile homosexuel, me turlupine depuis nombre d'années : pourquoi les fans d'horreur, dans leur grande majorité, manifestent-ils un tel rejet de tout discours queer appliqué à leurs œuvres fétiches ? Pourquoi cet entêtement à ignorer – ou nier avec véhémence – ce qui, dans le cas de Vampire, vous avez dit vampire ? ou de classiques encore plus respectés du genre (La Fiancée de Frankenstein, Les Maîtresses de Dracula, Théâtre de sang...) relève de l'évidence ? D'ores et déjà, je convie chaudement mes lecteurs, si l'envie leur en prend, à m'apporter leur point de vue sur cette question troublante...

Plutôt qu'une critique proprement dite (on ne les compte plus sur le Net, et je ne vois pas l'intérêt d'ajouter mon caillou à l'édifice), je soumets à votre appréciation la liste des éléments queers du film.

J'ai presque honte de les répertorier, tant ils tombent sous le sens – mais il est parfois nécessaire d'enfoncer le clou (à défaut du pieu...)

Jerry Dandridge et son assisant Billy Cole sont présentés comme un couple gay (les fans du film ignorent généralement ce fait, lorsqu'ils ne le nient pas purement et simplement.) La mère de Charlie Brewster, affriolée par le voisinage du playboy Dandridge, en conçoit d'ailleurs une certaine amertume, dont elle fait part à son fils.

 

Ceci N'EST PAS un couple gay.

 

Charlie Brewster éprouve une fascination immédiate et obsessionnelle pour Dandridge. Dès le début du film, son intérêt pour ce nouveau voisin le détourne des étreintes de sa fiancée, Amy Peterson, qui le lui reproche vertement et l'accuse de chercher un fallacieux prétexte pour ne pas coucher avec elle.

La première attaque de Dandridge contre Charlie fait écho aux innombrables scènes de séduction vampirique que l'on trouve dans les grands classiques du genre : intrusion du monstre dans la chambre de sa victime, frayeur de cette dernière, mélange de rébellion et de fascination. À ceci près que, dans les œuvres classiques (disons, celles de la Hammer, auxquelles Vampire, vous avez dit vampire ? se réfère le plus explicitement), le vampire s'introduit chez des proies féminines. Le potentiel érotique et la charge de sensualité sont préservés par Tom Holland, mais prennent ici une coloration nettement homophile. Bien que les adversaires soient tous deux masculins, le jeu de la séduction est respecté.

 

Charlie et Jerry : « Tu veux un baiser ? »


Autre objet de fascination pour Charlie Brewster (décidément porté sur les figures masculines) : Peter Vincent, comédien raté mais idole du jeune garçon, qui lui prête une autorité et des compétences (en matière de vampirisme) dont il est totalement dépourvu. Substitut du père absent (celui de Charlie n'apparaît pas dans le film, et n'est guère évoqué), Peter Vincent est aussi objet d'adulation (Charlie passe ses soirées à l'admirer à la télévision), et l'“éducateur” rêvé par Charlie – le protecteur chargé de le guider dans le monde terrifiant des différences (monstrueuses/sexuelles) qu'il veut affronter.


PERSONNE ne brandit quelque chose dans ce film.

 

"Evil" Ed, le souffre-douleur du lycée, mais ami de Charlie, est le prototype de l'adolescent homosexuel tel qu'Hollywood, réactionnaire et puritain, s'applique généralement à en atténuer la représentation. Jeune garçon "bizarre", instable, excentrique, potentiellement révolté et de mauvaise compagnie, "Evil" Ed apparaît comme le descendant d'une longue lignée de « rebelles sans cause », sexuellement ambigus, dont le modèle peut-être vu dans le Sal Mineo de La Fureur de vivre. S'il n'est jamais nommément fait allusion à son homosexualité, sa différence est en revanche copieusement illustrée.


Ceci N'EST PAS une proposition malhonnête.

 

La scène de la mort d'"Evil" Ed (transpercé, sous la forme d'un loup, par le pieu de Peter Vincent, le jeune garçon recouvre son apparence humaine dans d'horribles douleurs et d'interminables contorsions) a traumatisé toute une génération de fantasticophiles, comme en attestent d'innombrables témoignages de fans, qui y voient généralement le sommet émotionnel du film. Elle est aussi placée sous le signe d'une compassion rare dans le cinéma d'épouvante, manifestée pour le monstre par son exterminateur. Peter Vincent, atterré par les souffrances de l'adolescent, observe son agonie avec les larmes aux yeux, et demeure prostré devant son corps nu. Pour les spectateurs gays, cette séquence prend une dimension symbolique, et apparaît comme emblématique des souffrances morales et/ou physiques auxquelles les expose leur différence.

 

"Evil" Ed et Peter Vincent. Le monstre mourant et son exécuteur. L'homme est un loup pour l'homo.


La vampirisation de "Evil" Ed par Jerry Dandridge dans une impasse obscure, a toutes les apparences d'une scène de séduction homosexuelle. « Tu n'as pas à avoir peur de moi, déclare Dandridge à sa victime. Je sais ce qu'être différent signifie. Désormais, plus personne ne se moquera de toi ou ne te fera de mal. J'y veillerai. Tu n'as juste qu'à me tendre la main. Allons, Edward, tends-moi la main. » Et Dandridge d'envelopper lentement le jeune garçon dans les pans de son trench-coat...

Comme le souligne de façon amusante Harry M. Benshoff dans son ouvrage Monster in the closet, la plupart des scènes d'agressions vampiriques nous montrent le vampire attaquant sa victime par derrière, (je cite : « comme s'il allait la sodomiser plutôt que la mordre. »)


PERSONNE ne tire dans cette scène.

 

De nombreux plans jouent sur une symbolique d'actes homoérotiques. Le plus fameux d'entre eux (évoqué par le comédien Jonathan Stark lors d'une table ronde réunissant plusieurs artisans du film) nous montre Billy Cole agenouillé devant Jerry Dandridge afin de soigner sa main blessée, le cadrage suggérant une fellation. Stark, qui assure n'avoir d'abord pas compris l'insistance du réalisateur à le faire s'agenouiller devant son partenaire, eut les yeux dessillés en découvrant le film sur l'écran.

 

Ceci N'EST PAS une pipe.

 

Pour conclure, impossible de ne pas noter la présence essentielle dans le casting d'au moins trois personnalités ouvertement homosexuelles (et pour deux d'entre elles, plutôt militantes) : les comédiens Roddy McDowall, Stephen Geoffreys (qui mena une carrière parallèle d'acteur dans le porno gay), et Amanda Bearse (qui déclara, lors d'une Gay Pride à l'Université de Californie du Sud, que l'intention de Tom Holland, en réalisant Vampire, vous avez dit vampire ?, était de dépeindre un vampire queer, et que chaque allusion homosexuelle était intentionnelle – voir Monsters in the closet, page 250.) Du reste, un simple survol de la filmographie de Holland, en tant que scénariste ou réalisateur, dénote un intérêt prononcé pour les thématiques queers, avec des œuvres aussi fortement connotées que Psychose II, Class 1984, Child's play ou le très "horrific-homo" The Beast within. Notons également que le comédien Chris Sarandon débuta sa carrière cinématographique en incarnant l'aspirant-transexuel amant d'Al Pacino dans Un Après-midi de chien de Sidney LUMET – ce qui lui valut une étiquette gay-friendly dont il ne put jamais se débarrasser (si tant est qu'il le souhaita...)

 

Du Cauchemar de Dracula (Terence Fisher - 1958)...

...au supplice d'"Evil" Ed (1985)... 27 années d'identiques souffrances pour le monstre queer, lesbien ou gay.

 

Lorsque Vampire, vous avez dit vampire ? sortit en salles, la presse évita soigneusement toute allusion aux connotations homosexuelles du scénario et de la mise en scène – difficile de croire qu'elle ne les perçut pas, à moins d'une faiblesse analytique fort dommageable à la profession de critique.

Ce silence est encore plus "criant" relativement aux commentaires émanant de la presse dite "spécialisée" (dans le cinéma de genre), qui se targue pourtant assez facilement d'une liberté de vue et de ton bannie des revues mainstream.

En France, les deux magazines les plus populaires en ce domaine, L'Écran fantastique et Mad Movies, louèrent les qualités du film (sur l'air du : « Bien joué, bien filmé, de chouettes effets spéciaux, et on a peur et on rigole... ») sans esquisser la moindre réflexion sur son contenu – mais il est vrai que la réflexion n'était guère, à l'époque (et à peine davantage aujourd'hui), un point fort de la presse dite "spécialisée"...

D'autres films contemporains de Vampire, vous avez dit vampire ?, et faisant appel, eux aussi, à une thématique clairement gay (La Revanche de Freddy, Génération perdue) subirent le même (manque de) traitement.

En mars 2008, plusieurs membres de l'équipe du film furent réunis pour une interview commune, dans le cadre de la Fear fest ayant lieu à Dallas. Le caractère queer du film n'y fut évoqué qu'une seule fois, brièvement, et pour faire l'objet d'une dénégation de la part du comédien William Ragsdale – lequel estime, en substance, que certains critiques racontent trop facilement n'importe quoi, et que Vampire, vous avez dit vampire ? n'est rien d'autre qu'un « film de vampires tout simple ». Propos mitigés par Jonathan Stark, qui rappelle avec humour l'anecdote de "l'agenouillement", évoquée plus haut.

Tom Holland, pour sa part, demeura silencieux.


No comment...

 

Pour plus d’informations :

Une partie de l'équipe du film fut réunie pour une interview, en mars 2008, à l'occasion de la deuxième édition de la Fear fest, à Dallas, Texas. La transcription intégrale de la rencontre, et quelques extraits vidéos, sont consultables ici – par la grâce de l'indispensable site Icons of fright.

Conflit de générations : rencontre entre deux gays issus d'époques différentes. Difficile de ne pas discerner, dans la confrontation Peter Vincent/"Evil" Ed, l'incommunicabilité entre deux représentants d'une manière différente de vivre son homosexualité : l'un peinant à sortir du placard (McDowall), l'autre fraîchement et fièrement affirmé (Geoffreys). Deux scènes aussi sombres que lumineuses, visibles sur YouTube.

• Une excellente approche queer du film (et quelques liens utiles), à découvrir sur Outcyclopedia, l'encyclopédie gay et lesbienne du web.

Par BBJane Hudson - Publié dans : LA CRYPTE AUX GAYS
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Dimanche 24 mai 7 24 /05 /Mai 11:46
  
Visuel : (c) GayClic

Suite de la ô combien palpitante enquête de Luke & Noah... Prochain épisode : non, vous ne rêvez pas, c'est le retour du pont diabolique.
[ATWT appartient à PGP ; Daily recaps à CBS]


Par Jag1366 - Publié dans : SERIE : AS THE WORLD TURNS (AINSI VA LE MONDE)
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Dimanche 24 mai 7 24 /05 /Mai 11:42
  
Visuel : (c) GayClic

Géant-vert et Tête-à-claques mènent l'enquête. Binoclard va-t-il accuser Mou-du-Genou ou bien Mickey-Mouse ? Et dans quel camp sont Blond-du-bulbe, Mouineuse-maladive et Garce-invétérée ? A la fin de la 1re partie, le suspense est à son comble. Luke va-t-il faire du bouche-à-bouche à Elwood ? Et surtout, mettra-t-il la langue ? Ne manquez pas la part 2.
[ATWT appartient à PGP ; Daily recaps à CBS]


Par Jag1366 - Publié dans : SERIE : AS THE WORLD TURNS (AINSI VA LE MONDE)
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Samedi 23 mai 6 23 /05 /Mai 00:56
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Par Gaypodcast - Publié dans : WEBSERIE : GAYPODCAST.FR
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Jeudi 21 mai 4 21 /05 /Mai 09:16
Dans l'ombre de
JANN HALEXANDER


Jann Halexander est un chanteur franco-gabonais. Il est également pianiste, acteur et producteur. Le chanteur Jann Halexander naît le 13 septembre 1982 à Libreville (Gabon, Afrique centrale). Ancien étudiant en géographie à Angers, dans le Maine-et-Loire, il prend un pseudonyme que lui inspire la personnalité de l'artiste sud-africaine Jane Alexander, dont les sculptures représentent des êtres hybrides. Il est issu d'un couple mixte — père gabonais, mère française — ce qui se fait ressentir au travers de ses créations. Pour découvrir son univers, Jann a accepté de rejoindre l'équipe du blog Les Toiles Roses avec cette chronique qui vous transportera loin dans l'imaginaire fécond et délicieux de ce grand artiste.


04. Pour Maïk Darah, une grande chanteuse...

 

Maïk Darah et Jann Halexander

 

Je me souviens quand je vous ai vue et entendue pour la première fois dans cette émission. Vous parliez de votre enfance, petit rat d’opéra, de votre amour pour les États-Unis et surtout de votre carrière de doubleuse française officielle de Whoopi Goldberg et de nombreuses actrices, de Madonna à Courtney Cox.


 

Vous parliez aussi de la chanson, votre amour pour la chanson. Vous chantiez en public « J’ai besoin d’un inconnu ». C’était un cri du cœur. Je ne me lasse pas d’écouter cette chanson. Le choc, agréable, fut de voir que vous aussi, métissée, faisiez de la Chanson à textes, versant même dans la gouaille parisienne. D’ailleurs, les gens ne nous ont pas loupés, y compris les journalistes. Vous aviez besoin d’un inconnu, mais aussi d’un producteur, mais si le moindre producteur ayant connaissance de votre talent vous disait d’un air entendu que c’était formidable, le téléphone ne sonnait pas. Quand explication il y avait, c’était un sous-entendu terrible : les gens n’ont pas l’habitude de…



Oui les gens, paraît-il, n’ont pas l’habitude de voir une femme métisse afro-européenne faire de la Chanson. C’est terrible l’habitude, hein ? Et puis c’est terrible les gens aussi. Parce que nous sommes d’accord, les hommes et les femmes qui vous applaudissaient, ce n’était pas des gens, mais des figurants.

Cet inconnu n’est pas venu mais je suis Jann et je t’attends.



J’ai senti que je devais vous voir, vous connaître, pour faire quelque chose ensemble, cela me semblait évident, nous étions faits pour nous connaître. Vous avez été surprise par mon culot et mes chansons. Moi aussi, dans le petit monde de la chanson, mais le milieu culturel en général sensé être ouvert, j’ai été confronté à certaines… indélicatesses. Ça continue. Ainsi va la Vie, allons au-delà, c’est l’Œuvre qui compte. Car nous aimons ce que nous faisons et c’est l’essentiel, je le crois. Avec cette soif de toujours découvrir, apprendre de nouvelles choses. Et puis cette passion-tourbillon qui nous dévore, cette passion du partage, d’emporter les gens vers l’Ailleurs.



Nous, deux artistes métissés isolés dans le petit monde constellé de chapelles de la Chanson Française. Et si nous construisions notre propre chapelle ? Alors soit. Une chapelle qui brille, où des forêts s’ouvrent sur des familles endimanchées qui pique-niquent et restent dans le non-dit (« À Table », « Tous les Dimanches », « La Matriarche »), des histoires d’amour irrationnelles (des inconnus, des vampires), une chapelle secrète trônant au détour d’un étrange chemin sur lequel marchent un homme et une femme main dans la main. Une chapelle qui brille quelques heures, s’éteint puis renaît des mois plus tard…

 


Nous avons eu nos rendez-vous secrets… Avec le public surpris, qui riait aux éclats ou pleurait. C’était au théâtre de la Reine Blanche, c’était au théâtre Darius Milhaud, c’était au Centre LGBT de Paris, ou dans une villa de Nanterre. D’autres moments nous attendent, je le sens, je l’attends. Aimant votre répertoire, voulant le faire partager, j’ai essayé de concrétiser, avec mes humbles moyens, ce disque-amour et je murmure : vivement le prochain….

Je vous aime…

 

[Note de Daniel C. Hall : l'album de Maïk Darah sortira en juin 2009, sous la direction artistique de Jann.]

 

TO BE CONTINUED...

 

Lire le précédent billet

Pour en savoir plus sur Jann :

Son site officiel

Son blog officiel

 

Les photographies sont © D. R. Le texte est © Jann Halexander. Ils sont reproduits avec l'autorisation de Jann Halexander. Tous droits réservés.

Par Jann Halexander - Publié dans : DANS L'OMBRE DE JANN HALEXANDER
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Mercredi 20 mai 3 20 /05 /Mai 08:35


Le Père Docu s'appelle Gérard Coudougnan, il est né en 1962 et a pour qualification « enseignant-documentaliste », vous savez la dame qui râle au C.D.I. (centre de documentation et d'information) : c'est lui. Pour des raisons indépendantes de sa volonté, il est en ce moment éloigné de son lieu de travail habituel mais a toujours un C.D.I. (contrat à durée indéterminée) avec les bouquins pour qui il a une vraie A.L.D. (affection de longue durée).

Au hasard de ses lectures, il a croisé Marc-Jean Filaire puis Môssieur Daniel C. Hall (« The Boss ») qui lui a proposé de regrouper ici quelques « recensions » d'ouvrages à thématique LGBT.

Toute remarque, toute suggestion sera la bienvenue. Les avis, sous forme de commentaires, pour échanger des points de vue encore plus !

La bibliothèque rose est ouverte… vous avez lu Le Club des Cinq d'Enid Blyton ? Claude, le « garçon manqué » est peut-être alors votre première rencontre avec une petite lesbienne ou une future transgenre ? Ah bon, vous n'avez pas connu les Bibliothèques Rose et Verte ? Qu'importe, entrez (couverts !) ici et faites ce que vous voulez entre les rayons, ne soyez pas sages ...




Quand L'Harmattan m'a proposé de recevoir ce livre, je dois avouer que j'ai un peu hésité. À la lecture du dossier, il s'agissait d'un roman à forte part autobiographique écrit par un moine ou un prêtre défroqué qui avait choisi de vivre son homosexualité...

Peu indulgent envers les intrusions des divers monothéismes dans nos vies privées, je suis rentré dans cette histoire avec toutes mes griffes hérissées. Quelques heures plus tard, j'ai quitté les héros avec un certain regret, avant d'écrire le commentaire suivant sur le site où je sévis le plus régulièrement :

 

Est-il encore possible de placer l'engagement religieux et la vie monacale au cœur d'un récit où la foi et ses règles vont être confrontées à l'homosexualité des personnages principaux ?

Au moment où un Pape joue à l'Ayatollah, est-il intéressant de revenir sur le thème de la vocation religieuse face à l'orientation sexuelle ?

Dans un tel contexte, il est difficile de ne pas se hérisser face aux éternels discours religieux sur une sexualité que le narrateur et ses héros, Adrien et Malcolm, ont bien du mal à ne pas assimiler à une malédiction, même lorsqu'il en font un « cadeau de Jésus ».

La biographie de l'auteur montre qu'il a lui-même vécu ces doutes. Pourtant on entre dans ce récit par d'autres chemins, distincts des sentiers battus que pourrait laisser craindre la quatrième de couverture.

Une tension narrative s'installe tranquillement : Adrien n'est pas un bigot-gay refoulé, il a un vrai rapport avec une foi, une idée de l'organisation du monde et des rapports entre les hommes.

Ce personnage, en qui on ne voulait surtout pas s'identifier, prend corps et âme. Que l'on partage ou non ses questionnements religieux, sa quête d'une identité contre ou à travers ses attirances sexuelles vers le beau et mystérieux Malcolm, on suit leur histoire avec intérêt. Le style est fluide dans sa variété : récit, journal intime, échanges de lettres. La rivalité entre une idée (Dieu) et un être humain est un combat que mènent les deux protagonistes avec une intelligence et une sensibilité que certains lecteurs ne pourront s'empêcher d'assimiler à un curieux masochisme aux racines psychologiques complexes : le mystère de la foi ?

« Je sais désormais que Dieu aime ce que nous sommes. N'en déplaise à tous ces frustrés de l'Église qui ont érigé la chasteté en valeur suprême ! « L'acte homosexuel est un acte gravement désordonné mais les personnes qui le commettent sont dignes de respect et d'amour » : quelle foutaise ! Quelle anthropologie à deux balles ! D'aimables malades, voilà ce que nous sommes pour l'Église ! Heureusement que notre conscience nous fait hurler au crime ! » (p. 105)

Le premier roman d'un auteur en qui l'on a envie d'avoir foi sans autre doctrine que l'amour des livres.

Hugues POUYE, Par d'autres chemins, L'Harmattan, 2009, 138 p., 13,50 €


 * * * * *


Ayant établi un contact avec l'auteur, j'ai proposé à notre vénéré rédacteur en chef, une interview d'Hugues Pouyé que celui-ci a acceptée : merci Messieurs !

Voici donc le script d'un dialogue finalisé le dimanche 17 mai, Journée mondiale de lutte contre l'homophobie.

 


Bonjour Hugues, peux-tu te présenter ?

D’abord merci à toi, Gérard, de me donner cette belle opportunité de parler ici de mon roman. Ce que j’aime le plus dans cette période qui suit la sortie de Par d’autres chemins, ce sont les rencontres auxquelles elle donne lieu. Et tu es la première personne à avoir médiatiquement donné un écho à ce roman, ce dont je te suis reconnaissant. Et qui plus est sur un site d’handicapés homosexuels. Ce qui est pour moi un beau clin d’œil. En fait, j’ai l’impression que ce roman dit déjà plein de choses sur qui je suis. J’ai été religieux effectivement, pas cloîtré, mais « dans le monde » comme on dit, pendant 13 ans. J’ai grandi à la campagne, en Bourgogne, avec cinq frères et sœurs, dans un univers rassurant : une grande maison, que j’ai adorée, un petit frère – les autres quittaient la maison quand les deux derniers, dont je suis, grandissaient – , de grands espaces où courir, des rivières où pécher, des bois où se cacher… une enfance assez facile, même si comme je l’ai écrit il y a longtemps, « ma maison avait deux tours : l’une plongée dans la lumière et l’autre obscure ». J’étais plutôt bon élève, pensionnaire au Collège des Frères, à Nevers. À 17 ans, je suis monté à Paris, en classe prépa, à Janson et puis j’ai fait droit à Assas – à tout péché miséricorde ! – et c’est dans ces années-là, que ma vie a pris le tournant dont je parle au début de mon livre, avec cette mystérieuse « rencontre » du Christ. J’ai voulu être moine, j’étais en effet très attiré par cette vie de solitaire, j’ai passé ma licence et puis je suis parti en Égypte en coopération, avec l’idée qu’au retour je rentrerais au Monastère de la Pierre-Qui-Vire dans les ombrageuses forêts du Morvan. En fait, je suis entré dans une Congrégation, dont la mission était de former les futurs prêtres. J’ai fait toutes mes études de philosophie et de théologie à l’Institut catholique de Paris, huit années intellectuellement passionnantes mais humainement, éprouvantes déjà, interrompues aussi par un temps en Côte d’Ivoire. Ordonné prêtre en 1993, je quittais trois ans après. Trop de tension, trop de souffrance, trop de désirs contrariés. Mais ça, je le raconte dans le roman. Et maintenant, ça fait 13 ans que je suis enseignant et formateur, prof en école de commerce – la théologie, ça mène à tout ! – et responsable de formations pour adultes à la Ville de Paris, dans le domaine des langues, français et langues étrangères.

 

Ton roman, c’est donc ton histoire ?

En fait, j’aimerais bien ! Quand j’aurai écrit beaucoup de romans, je ferai comme Duras, je mêlerai le réel et la fiction, sans plus pouvoir démêler la réalité de l’écriture ! J’aime bien d’ailleurs cette idée du lien entre la vie et le récit. Après tout, on écrit nos vies aussi, enfin pour une part. Oui, en effet, il y a beaucoup d’éléments autobiographiques dans ce livre. Adrien me ressemble, même parcours, même caractère peut-être. Malcolm a existé. Il a effectivement été un passeur pour moi, un être insaisissable, mais qui a tellement bien compris ce que je traversais quand on s’est rencontrés ! Et il a disparu, pas comme dans le roman mais aussi brutalement. Je me suis même demandé si je n’avais pas écrit ce roman pour le retrouver, lui redonner une vie. Je crois qu’on écrit parce qu’on cherche quelqu’un, on attend une rencontre. C’est encore Duras qui disait ça, je ne sais plus où et plus exactement comment, mais quelque chose comme, « j’ai écrit pour ouvrir une porte qui est toujours demeurée close » et cette porte c’était sa mère, l’accès à l’amour de sa mère, cet amour « toujours-déjà-perdu », comme je l’écris dans ce roman. Dans L’amant, elle dit de sa mère : « Elle est devenue écriture courante », phrase magnifique ! Del Castillo, lui, un autre auteur que j’aime énormément, je crois qu’il a écrit pour retrouver le père, celui qu’il aurait aimé avoir et pas le salopard qu’il décrit dans De père français. D’ailleurs, tous ses personnages ont une personnalité complexe, ambiguë, perverse parfois, comme s’ils étaient tous des « pères à sauver ».

 

Et toi, alors, tu écrirais pour retrouver qui ?

Malcolm évidemment, ou plutôt sa figure, ce qu’il a représenté ! Mon prochain roman, qui n’est que dans ma tête pour le moment, je voudrais qu’il se passe en terre de négritude, une nouvelle histoire d’amour métissée avec pour fond une réflexion sur ce que fut la colonisation. J’ai l’intuition qu’on n’est pas allés jusqu’au bout, sur le plan anthropologique, de ce que fut la rencontre du Blanc et du Noir. Il s’est joué dans la colonisation autre chose qu’un rapport de domination-soumission. Une fascination réciproque que je voudrais tenter de mettre à jour à travers la destinée de deux êtres que tout, de prime abord, séparerait. J’ai découvert récemment que la famille de ma mère avait vécu un siècle et demi aux Antilles, à St Pierre et à Ste Lucie aux XVIIIe et XIXe siècles. Ça m’a intrigué. Je crois que je vais retourner sur les pas de Malcolm !

 

Tu t’expliques cette fascination, comme tu dis, du Blanc pour le Noir ?

C’est chez moi de l’ordre du désir, comme l’écriture, profond, mystérieux, fascinant. Souvent, je m’interroge sur cette attirance pour l’homme noir. Et mes amis blacks ne m’ont jamais vraiment éclairé là-dessus, pas plus que les blancs d’ailleurs ! Je me dis – romanesque ! – que je dois être un peu métis. Mes ancêtres auraient-ils jeté quelque semence de blanc dans le ventre d’une femme noire, ou l’inverse peut-être ! Bien sûr qu’il y a dans ce désir, des raisons esthétiques, des préférences physiques et sexuelles, mais ça va bien au-delà, et c’est ça que j’aimerais tirer au clair, si je puis dire. En tout cas, je ressens que mon désir d’écriture trouve là une terre d’expression, qui sera féconde j’espère.

 

Entre les bigots laïcs à la sauce freudienne mal assimilée et les cathos « ouverts » à la sauce Marc Oraison, comment ne pas avoir envie de hurler « foutez-nous la paix avec notre sexualité » ?

Spontanément, j’aurais envie de répondre « en effet,  foutez-nous la paix ! », foutez-nous la paix, car ça relève trop de l’intime, de notre histoire, de nos pulsions, de nos désirs, mais en même temps, comme tu le suggères dans le préalable de ta question, ce « foutez-nous la paix », il faudrait l’adresser à bien des institutions, pas seulement à l’Église. L’État et le corps médical, comme l’a bien décrit Louis-Georges Tin dans son bouquin sur la naissance de la culture hétérosexuelle, ou Foucault avant lui, ont voulu contrôler la sexualité, peut-être d’ailleurs que la psychanalyse a pris, d’une certaine manière, le relais. Car, c’est vrai aussi que la sexualité peut-être « socialement dangereuse » et qu’elle touche inévitablement à d’autres dimensions que la dimension intime. Regarde, le combat de certains homos pour le PACS, n’était-ce pas aussi une manière de vouloir faire aborder l’intime aux rives du public, à la reconnaissance sociale ? En tout cas, la sexualité, c’est une force mystérieuse, vitale, anarchique, débordante, riche sûrement mais comme tous les domaines de nos vies, capables de débordements, capable du meilleur et du moins bon.

 

Qu’est-ce que tu veux dire ?

Quand je dis le meilleur, je pense à une sexualité, source de plaisir, de jeux, d’abandon, de tendresse, de réassurance, d’ouverture à l’autre et quand je dis le moins bon, je pense à une sexualité au service du seul soi, «solipsiste », qui peut prendre des formes extrêmes où l’autre est absent, nié voire détruit. Et là, je ne vise pas tel ou tel comportement ou pratique sexuels, tous, du « soft au hard », sont exposés et aucun ne parvient à un idéal, qui n’existe sûrement pas d’ailleurs, autrement que comme un élan, une visée, un désir de paix avec soi et avec l’autre. J’aurais envie de dire que notre sexualité n’est pas étrangère au reste de nos comportements, et qu’elle est même peut-être symptomatique, paradigmatique, du reste. « Dis-moi comment tu te comportes sexuellement et je devinerai comment tu es dans la vie ! » C’est un peu brutal, dit comme ça mais je crois que ce n’est pas complètement faux. Pour revenir au « foutez-nous la paix », je dirais, « oui, foutez-nous la paix, si votre discours est normatif, exclusif, violent » mais « oui, prenez la parole, si votre discours est dialogue, échange, visée… ». Et quelle institution peut faire ça ? Mais, là, on passe à un autre sujet…

 

Justement, parlons-en ! Tu n'es certes en aucune manière un porte-parole de l'Eglise mais en quoi, selon toi, cette institution peut-elle encore être digne de foi pour ceux qui ont choisi d'autres chemins ?

Ce n’est pas l’Église que j’aime, même s'il y en a qui disent l’aimer, peut-être sincèrement d’ailleurs, mais moi, ce discours, ça ne me parle pas, et je pense que ça ne m’a jamais vraiment parlé. Dans l’Église, j’ai aimé et je continue à aimer des hommes et des femmes dignes de l’être, j’ai même rencontré des êtres marquants, à qui je dois, pour certains, beaucoup. Ce que j’aime, encore aujourd’hui, c’est l’Évangile et ceux et celles qui en ont compris la dimension délibérément humaine, ceux et celles qui « incarnent » la tendresse et la proximité de Jésus, l’homme au paroxysme de l’humanité, Celui qui s’approche, qui touche, qui inclut, qui guérit, qui fait confiance, qui marche avec, et qui marche d’abord avec ceux qui ont choisi d’autres chemins ou qui ont été mis sur le bord du chemin. S’il y a un universel de l’Évangile, c’est la figure du « pauvre », non pas parce qu’il est pauvre mais parce qu’il représente ce qu’on n’aime pas, ce qu’on ne veut pas être, et ce dont il faut pourtant s’approcher si l’on veut se reconnaître comme homme soi-même.

 

Ce n’est pas un peu misérabiliste, ça ?

Non, vraiment pas ! Le misérabilisme, c’est une dérive. Le « pauvre », c’est le mendiant si je suis riche, le handicapé si je suis bien portant, l’homosexuel si je suis hétérosexuel… et la liste peut s’allonger, mais attention pas comme des figures hypostasiées, excuse-moi, j’ai utilisé un gros mot de théologien !, pas comme des figures poussées dans l'absolu, entièrement investies de la pauvreté, de la mendicité, du handicap ou de l’homosexualité, pas comme des personnes à aimer parce que ça me donne bonne conscience de les aimer avec l’étiquette à laquelle je les aurais réduites, et qu’en plus si je suis homosexuel et de gauche, c’est top, mais parce qu’ils me rappellent à moi, moi, ni mendiant, ni handicapé, ni homosexuel – enfin, oui ça arrive ! – que je suis aussi mendiant, handicapé, homosexuel, parce que d’autres le sont et que je ne suis vraiment homme qu’à partager leur humanité. Et cet universel-là, c’est dans l’Évangile que je l’ai trouvé. Je l’appellerais l’universel de la tendresse, l’universel d’une altérité que j’ose toucher. La personne du pauvre, du handicapé, de l’homosexuel, que je peux aimer de toute évidence, comme personne, parce qu’elle peut être aussi aimable, belle, excitante, devient dans l’Évangile, une figure, parce que m’approchant d’elle, je m’approche aussi de moi, de ma pauvreté, de mon handicap, de mon homosexualité, QUI QUE JE SOIS je m’approche de ma pauvreté, moi qui roule en Porsche, de mon handicap, moi qui bat des records sportifs, de mon homosexualité, moi que seules les femmes font entrer en érection ! Mais attention, j’insiste, aucune de ces figures n’est à « absolutiser », sans quoi, il suffirait de recréer des communautés de proximité, d’identité, « des pauvres qui s’aiment et qui aiment ceux qui aiment les pauvres » ; « des handicapés qui s’aiment et qui aiment ceux qui aiment les handicapés », « des homosexuels qui… ». Non, c’est plus compliqué, il faut s’approcher ou du moins se disposer à approcher le plus grand nombre des figures du pauvre, se disposer à toucher du doigt le plus grand nombre des figures de la différence, de l’altérité. Et ça, c’est une sacrée tâche ! Un programme pour toute la vie !

 

Mais tu as l’air de dire que l’homosexuel est un pauvre, un mendiant, un handicapé, de traiter l’homosexuel comme un malade…  

Alors, je n’ai pas été très clair et je sais que ce que je dis est risqué, source de malentendus possibles ! Enfin, c’est vrai d’ailleurs, on peut être un mendiant handicapé et homosexuel, noir qui plus est, mais ça tout de même ce n’est pas si commun, ce serait la figure sublime… enfin je plaisante, quoique… Plus sérieusement, l’homosexuel n’est pas un malade, même s’il peut l’être aussi ! C’est quelqu’un qui m’invite, mutatis mutandis, comme le pauvre ou le handicapé, ou, et cet ajout est de taille, comme toute personne qui me renvoie à l’idée d’inaccomplissement, d’incomplétude, de différence – car la différence, c’est ce dans quoi je ne veux ni m’accomplir, ni me compléter – comme toute personne, qui peut donc me faire peur – d’ailleurs, de triste mémoire, on a traité dans l’histoire les handicapés et les homosexuels de la même manière la plus inhumaine –, qui peut me donner envie de ne pas la prendre pour modèle d’humanité, eh bien l’homosexuel, c’est donc quelqu’un qui m’invite à penser, moi l’hétéro, que je ne suis homme ou femme hétéro que dans le dialogue maintenu avec l’homme ou la femme homo. Et je pourrais poursuivre, que je ne suis homme ou femme riche que dans le dialogue poursuivi avec l’homme ou la femme pauvre, que je ne suis homme ou femme bien portant que dans le dialogue avec l’homme ou la femme handicapé… Alors, enfin !, pour répondre à ta question, je dirais que si l’Eglise veut être « digne de foi », elle a intérêt à se rapprocher des pauvres, des handicapés et des homosexuels. Pour les pauvres et les handicapés, elle trouvera dans son histoire passée et présente, dans sa tradition, dans ses écrits, des hommes et des femmes, qui lui rappelleront sa vocation , pour les homosexuels, elle a beaucoup, beaucoup à faire, beaucoup d’audace à avoir… car il n’y a pas grand-chose, à moins que le silence de Jésus ne soit sur ce point particulièrement éloquent ! Mais, ça ne sert à rien de crier haro sur l’Église, en revanche, ça peut servir de tenir en son sein un discours discordant.

 

Un premier roman chez L'Harmattan, c'est un peu du « compte d'auteur déguisé (sic) », ainsi que l'expliquait le mensuel Lire de mars 2009. C'est donc un investissement complet que tu as fait : es-tu satisfait du fruit du travail fourni ?

Investissement, oui, on peut le dire. Complet ? J’ai été aidé, soutenu aussi. C’est pourquoi, j’ai tenu à remercier au début de mon roman ces personnes à qui ce texte doit beaucoup. Et la première d’entre elles, Auguste M’Bondé – un Camerounais, y a pas de hasard dans la vie ! – qui dirige une collection sur l’oralité africaine à l’Harmattan et qui vient d’ailleurs de publier un roman, mais pas chez l’Harmattan ! Chez « Vents d’ailleurs », Sikè, roman où il raconte son enfance à sa fille (1). C’est à lui que j’ai présenté la première mouture de mon roman et, tout de suite, il y a cru, il m’a fait retravailler certains passages, il m’a encouragé et introduit à l’Harmattan. À partir de là, c’est vrai, j’ai fait beaucoup, lecture, relecture, correction, aidé aussi mais pas vraiment par mon éditeur ! Ils ont fait un « test orthographique » sur dix pages, un test complet, c’est payant ! Il a été tiré à 300 exemplaires, ce qui n’est pas beaucoup, et j’ai dû acheter 50 exemplaires. Mais, tout ça n’est pas si grave, après tout, ils m’ont publié, ce livre existe, il est en cours de réédition, et ça se fait vite – flux tendus ! – bien répertorié sur les sites de vente en ligne, et s’il est peu visible, très peu visible aujourd’hui en librairie, peut-être le sera-t-il davantage demain. Et puis, comme je ne crois pas au hasard, L’Harmattan, c’est aussi la littérature des autres rives et ça, ça me plaît bien ! Et ils ont édité de très belles choses, lancé des auteurs aussi, africains notamment.

 

As-tu eu des « retours » de lecteurs intéressants ?

Oui, de toi ! Et d’autres aussi. Beaucoup d’amis, de collègues enseignants, m’ont écrit, ils avaient aimé, certains m’ont dit des choses émouvantes sur ce livre qui les avait touchés, bouleversés, m’a écrit une enseignante. Évidemment, ça fait plaisir, ça donne très envie de poursuivre l’écriture. J’ai aimé écrire ce livre, j’y ai mis je crois, de la tendresse, de la vérité, sans fard. Mais je m’interrogeais sur la manière dont un sujet, finalement délicat, une histoire d’amour homosexuelle sur fond d’aspirations spirituelles, un « ménage à croix », comme tu l’as si bien résumé, serait reçu. Je m’exposais aussi dans ce livre, un « coming out » social en quelque sorte, mais je crois que j’ai la chance d’évoluer dans un milieu professionnel ouvert, intelligent, sensible aussi – les profs sont aussi cela ! D’autres ont moins de chance. C’est un hasard, heureux d’ailleurs, que nous fassions cet entretien le jour de la Journée mondiale contre l’homophobie. Ce soir, j’ai mon premier événement, une lecture à l’Harmattan, et ça me plaît bien que ça tombe ce jour-là. Ce livre n’est pas un livre de « militance gay » ni de « revanche ecclésiale » mais s’il peut contribuer, si je peux contribuer à la reconnaissance de la « différence homosexuelle » et à faire avancer un peu les choses dans l’Église, je le ferai de tout cœur. Sinon, je commence à avoir des recensions, sur des blogs (2), et il y a quelques articles à venir pour des revues. Enfin, on verra, ce roman fera le chemin qu’il doit faire. Mais ce que j’ai reçu déjà me donne beaucoup de joie et surtout conforte mon envie de continuer d’écrire.

 

Tu as évoqué tout à l’heure, un futur projet d’écriture, c’est pour bientôt ?

Bientôt, je ne crois pas. Ça va me demander beaucoup de recherches, de travail, d’immersion peut-être. Si j’avais plus de temps, ou si je l’utilisais mieux, ça irait plus vite mais je ne vis pas de l’écriture, en tout cas pas financièrement ! Je sais simplement que cette perspective est pour moi très motivante et qu’elle donne du sens dans ma vie.

 

Merci Hugues pour ta disponibilité et ta sincérité : accepterais-tu, en plus, de répondre aux éventuelles remarques ou questions des lecteurs des Toiles Roses ?

Bien sûr. On écrit pour échanger, partager, s’ouvrir à d’autres mondes, d’autres vies, et je me prêterai avec plaisir à cet échange via les Toiles roses. Et si certains veulent aborder la thématique Noir-Blanc, je suis preneur !

 

(1) http://www.ventsdailleurs.com/index.php?page=shop.product_details&flypage=flypage.tpl∏uct_id=159&category_id=1&option=com_virtuemart&Itemid=73

(2) http://lecumedeslivres.blogspot.com/2009/05/le-cur-empli-dinterrogations-restees.html

Par Gérard Coudougnan - Publié dans : LA BIBLIOTHEQUE ROSE
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Mercredi 20 mai 3 20 /05 /Mai 00:07
Le défi :



La réponse des internautes gays du monde entier :


Par Daniel C. Hall - Publié dans : VIDEOS : Lutte contre l'homophobie
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Mardi 19 mai 2 19 /05 /Mai 09:47

(Some like it Camp)


par  Tom Peeping


 

Tom Peeping (T.P. pour les intimes, comme Tippi Hedren) aime se promener sur les chemins de traverse du 7ème art et de la télé et s’arrêter pour soulever des pierres. Les films qu’il y déniche, la plupart méconnus ou oubliés, méritent pourtant leur place près de l’arc-en-ciel. Camp, kitsch, queer ou trash, ils racontent une histoire du cinéma des marges. Gays sans l’être tout en l’étant, ils espèrent retrouver dans cette rubrique leur fierté d’être différents.

Tom Peeping, quand il ne visionne pas quelque rareté de derrière les fagots, est conférencier en histoire de l’art et fréquente assidûment les musées parisiens pour y gagner sa vie de vive voix. Il est né dans les Sixties, la décennie du Pop Art, des Yéyés et des Go-Go Girls. Et il rejoint, pour notre (et votre) plus grand plaisir, l'équipe du blog Les Toiles Roses.

 

 

Fiche technique :

Avec Dirk Bogarde, John Mills, Mylène Demongeot, Laurence Naismith, John Bentley, Eric Pohlmann et Lee Montague. Réalisation : Roy Ward Baker. Scénario : Nigel Balchin, d’après l’œuvre de Audrey Erskine-Lindop. Directeur de la photographie : Otto Heller. Compositeur : Philip Green.

Durée : 132 mn. Disponible en VO.


L’accroche de Tom Peeping :

Il y a des films comme ça qui résistent à toute analyse et auxquels seule la bouche bée peut rendre justice. En voilà un qui fait de temps en temps surface dans les listes de films tordus, dans les blogs de cinéma-bis, sur les sites de culture queer. Bref, ici. Il était jusqu’à présent très difficile à voir, tombé aux oubliettes du bizarre, jusqu’à sa ressortie récente (mais confidentielle) en DVD Z2 UK. Un film qui fit la honte et le silence des principaux protagonistes impliqués : réalisateur, acteurs et producteur. Je l’ai découvert il y a quelques jours et évidemment, j’en suis baba : il s’agit de l’invraisemblable The Singer not the Song (Le Cavalier Noir) de Roy Ward Baker, réalisé en 1961 et en Technicolor.



Résumé :

Un prêtre irlandais en soutane, Father Keogh, arrive dans un petit village perdu du Mexique pour en remplacer un autre qui a demandé sa mutation précipitée. Car le job n’est pas de tout repos : le village est en effet sous la coupe d’Anacleto, un bandido très élégant, et de sa tribu de malfrats qui s’occupent à tuer les habitants... dans l’ordre alphabétique. Pourfendeur du sacré, Anacleto a dissuadé les villageois d’aller à l’église, qui est tombée en ruines. Le nouveau prêtre est bien décidé à ramener les ouailles à la messe et entre donc en conflit avec les crapules. Locha, la jeune fille un peu rebelle de la famille fortunée du village n’est pas insensible aux charmes du prêtre mais se plaît aussi en compagnie du bandido. Et les passions s’exacerbent dans la chaleur de la pampa quand un jeu de chats et de souris s’installe entre le prêtre, le bandit et la bourgeoise…



L’avis de Tom Peeping :

Voilà en quelques lignes le sujet du film. Tiré d’un roman d’Audrey Erskine-Lindop, le scénario traîne la patte pendant ses 128 minutes malgré ses nombreuses idées saugrenues, dont celle, inédite à ma connaissance, d’un tueur lettré qui cible ses victimes par ordre alphabétique. Ce n’est pas dans le sujet ou dans son traitement que The Singer not the Song trouve son intérêt : c’est bien dans les voies de traverse que lui ont fait subir, malicieusement ou non, son équipe dépitée. Équipe qui d’ailleurs vaut son pesant d'or : écrit à l’origine avec Charlton Heston et Richard Burton en ligne de mire pour les rôles du prêtre et du bandit, le casting finit par réunir John Mills et Dirk Bogarde, deux noms hautement improbables pour ces rôles. L’anglais et le look oxfordiens de Bogarde réfutent à chacune de ses apparitions l’origine mexicaine de son personnage et John Mills, à plus de cinquante ans lors du tournage, est peu crédible en prêtre bourreau des cœurs. Ajoutez à cela notre Mylène Demongeot (dotée d’un inénarrable accent français) dans le rôle de la petite mexicaine damnée de tentation et quelques autres personnages qui surjouent leurs scènes de rage, d’ivresse ou de désespoir et vous aurez une idée du casting dément du film.



Mylène raconte dans ses mémoires Tiroirs secrets qu’ayant signé pour un film avec Charlton Heston, elle fut bien déçue quand elle vit débarquer John Mills, excellent acteur mais pas vraiment un sex-symbol. Le réalisateur Roy Ward Baker dit dans la courte interview qui accompagne le film sur le DVD anglais que lui non plus n’avait pas envie de faire le film mais que son contrat avec la Rank l’obligeait. Récemment sorti du triomphe public et critique de A Night to Remember (sans doute son chef-d’œuvre et toujours le meilleur film jamais réalisé sur le naufrage du Titanic), Baker avait senti le navet à la lecture du scénario et s’était engagé dans le projet à reculons. Il avait donc laissé carte blanche à ses acteurs en attendant le clap final libérateur. Le film fut tourné dans le sud de l’Espagne en guise du Mexique avec les populations locales en figurants coiffés de sombreros.



Mais c’est Dirk Bogarde qui orienta The Singer not the Song vers les sommets que ses fans d’hier et d’aujourd’hui vénèrent : pour donner une personnalité plus prononcée à son Anacleto et s'amuser un peu pendant le tournage, il insista pour qu'on le vit régulièrement lire des bouquins de poésie, caresser un chat blanc ou noir selon son humeur (parfois aussi un chihuahua) et surtout il demanda au costumier de lui créer un pantalon de cuir, une ceinture, une chemise et un chapeau noirs. Habillé comme par Jean-Claude Jitrois, le bandido à la coiffure bouffante qu’incarne Dirk Bogarde est un assassin intello doublé d’une fashion-victim, au total-look comprenant aussi cravache à bec de canard et étourdissants foulards de soie colorés. Bogarde qui n’avait pas, et de loin, la carrure d’un Brando, ressemble dans cet attirail à une crevette en cuir et pousse même dans certaines scènes du film la ressemblance avec le personnage de Vienna tel qu'incarné par Joan Crawford dans Johnny Guitar : un régal, cela va sans dire !



Pour aller plus loin dans l’outrance, Bogarde ajusta aussi son jeu pour insinuer qu’Anacleto n’est pas insensible aux charmes (surannés) du prêtre : ses regards de braise, ses silences évocateurs et son jeu suggestif avec sa cravache ne sont en aucun cas des effets innocents. L’homosexualité de l’acteur, qui n’était pas de notoriété publique lors du tournage, donne à ses choix d’interprétation une résonnance qui fait tout le sel du film. En réponse à cette interprétation plus qu’ambigüe, le très hétéro John Mills fait ce qu’il peut mais entre malgré lui, poussé par Bogarde, dans le même jeu. On comprend alors d’autant mieux la moue boudeuse que Mylène Demongeot affiche tout au long du film : non seulement, elle n’avait plus envie de faire le film, mais son personnage se doute bien que ce qui se passe entre le prêtre et le bandit l’exclut de la ronde de séduction. Si sur le papier, The Singer not the Song est un peu l’histoire d’une petite bourgeoise qui tombe amoureuse d’un prêtre qui affronte un bandit, le film terminé nous montre plutôt, par le culot de Dirk Bogarde et le laisser-faire de Roy Ward Baker, une histoire de désir entre deux hommes en noir : l’un en cuir, l’autre en soutane. Parmi les nombreux dialogues à double-sens qui parsèment le film, j’ai noté celui-ci, qui résume assez bien son esprit :

Bogarde : « La chair ne vous tente pas, mon Père ? Vous n’avez donc jamais pensé à vous marier ? »

Mills : « Ma vocation m’oblige à rester célibataire pour mieux me consacrer à ceux qui ont besoin de moi. Et vous ? Vous non plus vous ne vous êtes pas marié ? »

Bogarde : « Non. (Silence éloquent et fixant Mills dans les yeux). Moi aussi j’ai une vocation ! »

The Singer not the Song bénéficie aussi de ruptures de ton qui ne peuvent qu’étonner : les premières scènes donnent l’impression qu’il s’agit d’un western (tous les codes y sont : le village perdu dans le paysage torride, les cavaliers, les pistolets…) mais très vite, des voitures et des camions font leur apparition et on se rend alors compte que le film doit se dérouler dans les années 50 (une excellente scène est d’ailleurs celle d’une descente sans frein d’un camion sur une route perchée). Puis, vers les ¾ du film, une scène de mariage tournée comme un mélodrame à la Douglas Sirk pousse le film vers une toute autre direction, celui du Women’s Picture (avec une actrice blonde qui s'est prise, de toute évidence, le temps de ses quelques instants à l'écran, pour Lana Turner) : hallucinant !

La fin, mélodramatique à souhait, éclaire le titre du film. Anacleto est abattu par la police lors d’une confrontation finale sur la place du village. Father Keogh se précipite vers lui et est à son tour abattu par le plus sexy des sbires du bandido (dont il était d’ailleurs, sans aucun doute, amoureux). Avant de mourir collés l’un contre l’autre et les mains jointes, Father Keogh demande à Anacleto de se repentir de ses fautes, parce que « si la Foi (the Song) est préservée, l’Homme (the Singer) sera pardonné ». Anacleto se repent dans un dernier souffle en disant bien qu’il le fait « for the Singer not the Song » (« pour l’Homme, pas pour la Foi »). Splendide déclaration d’amour au prêtre qui expire à ses côtés, aux anges. Mylène Demongeot, qui assisté à toute la scène, met sa mantille rouge et tourne les talons, en boudant de plus belle. THE END.



The Singer not the Song n’a évidemment pas trouvé son public à sa sortie en 1962 et fit un flop (le western italien, avec lequel il a bien des points communs, n’était pas encore né et il n’est d'ailleurs pas du tout impossible que Sergio Leone l’ait vu, mais c'est une autre histoire) : les fans de western furent décontenancés par ses ambiguïtés formelles et thématiques ; la critique se moqua de la légèreté de la réalisation et de l’overdose de kitsch ; Baker, Mills, Demongeot et Bogarde firent le minimum syndical pour sa promotion. Plus tard, quand Dirk Bogarde fut interrogé sur le film, il eut cette réponse sans appel : « Beyond camp ! » (« Au-delà du camp ! ») et Baker cacha sa honte dans le silence. C’est pourtant, dans un amusant retour de balancier, le camp absolu du film qui lui donne aujourd’hui une seconde jeunesse. Comment ne pas au moins être intrigué par un mélo-western britannique à connotation gay, où le cuir et la soutane se déclarent leur flamme mutuelle et où Mylène Demongeot, la moins mexicaine de nos starlettes nationales, roule une pelle à un prêtre qui a l’âge de son père et un faible pour les bandidos flamboyants ?

« Beyond camp ! » disait Dirk Bogarde (qui savait de quoi il parlait, ayant lui-même, au cours de sa carrière, tourné dans une série gratinée de films du genre) : c’est exactement pour cela que The Singer not the Song mérite notre plus grande admiration. Un film à redécouvrir, à nul autre pareil. Je suis certain que vous en resterez bouche bée. Sacré Dirk !



Pour plus d’informations :

The Singer not the Song est disponible en DVD Z2 UK. Il peut être trouvé sur des sites d’occasions du genre Amazon Marketplace UK. Pour l’instant, seule l’édition DDHE est correcte et peut être recommandée (même si le film en Cinémascope d’origine est en pan&scan, ça c’est vraiment dommage). A part le format trafiqué, le son et l’image sont bons.

En revanche, évitez à tout prix le DVD Z2 allemand du film, édité par AmCo sous le titre Sommer des Verfluchten : le prix est un peu plus attractif mais l’image (pan&scan aussi) provient d’une autre source, a des couleurs baveuses et le son est désynchronisé. Cette édition-là est effroyable.

Par Tom Peeping - Publié dans : CERTAINS L'AIMENT CAMP
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Mardi 19 mai 2 19 /05 /Mai 08:51

par  BBJane Hudson

 




Fiche technique :

Avec : Gina Philips, Justin Long, Jonathan Breck, Patricia Belcher, Eileen Brennan, Brandon Smith, Peggy Sheffield. Réalisation : Victor Salva. Scénario : Victor Salva. Directeur de la photographie : Don E. FauntLeRoy (ben tiens ! le petit Lord...). Musique : Bennett Salvay. Montage : Ed Marx. Producteur exécutif : Francis Ford Coppola.

Durée : 91 mn. Disponible en VO, VOST et VF.

 


Résumé :

Trish (Gina Philips) et Darry Denner (Justin Long), en route vers le domicile parental, sont pris en chasse par une camionnette vétuste, dont le conducteur leur apparaît quelques kilomètres plus loin, à proximité d'une église abandonnée. L'étrange personnage (Jonathan Breck), tout de noir vêtu, jette d'encombrants paquets de forme humaine dans une sorte de goulot de tôle. Résolu à percer ce mystère, Darry entraîne sa sœur vers l'église, dans le sous-sol de laquelle il découvre un amoncellement de cadavres. Son incursion dans l'antre du meurtrier n'a pas échappé à ce dernier, qui se lance à nouveau à ses trousses...


Pause pipi...

 

L'avis de BBJane :

Jeepers Creepers présente la particularité d'être le premier film fantastique « à succès » dont le caractère homosexuel fut unanimement reconnu, dès sa sortie en salles, par les fans du genre. La raison de cette clairvoyance inaccoutumée peut être trouvée dans le « scandale Salva », présent dans toutes les mémoires, bien que vieux d'une bonne dizaine d'années quand le film parut sur les écrans. En 1989, le cinéaste purgea quinze mois de prison pour abus sexuels sur la personne de l'un des jeunes comédiens de son premier film : Clownhouse. Gageons que si le public n'avait eu connaissance de ce fait-divers copieusement répercuté par la presse, Jeepers Creepers serait simplement considéré comme un excellent film de trouille, point barre. Un peu plus malsain que les autres, peut-être ? Quant à savoir pourquoi, on s'en branle, les mecs !... L'important, c'est qu'ça foute les j'tons !..

Comme dans la majorité des films fantastiques à caractère queer, l'homosexualité est ici assimilée à l'élément monstrueux, générateur de peur. Si Jeepers Creepers est aussi efficace sur le plan de l'angoisse qu'il génère (il fut d'emblée salué par le public et la critique comme l'une des œuvres les plus flippantes du début de la décennie), c'est que son auteur met ouvertement en scène ses propres démons, qui se trouvent relever de l'un des tabous les plus redoutés de notre époque : la tentation pédophile – ou plus exactement, la pédérastie, dans le cas qui nous occupe.

N'envisageant évidemment pas d'en faire l'apologie, Salva ne peut néanmoins renoncer à en tenter la justification – non sans mauvaise conscience, d'où une certaine ambiguïté dans le propos du film, et le déséquilibre qui l'affecte.

La réussite exemplaire des quarante premières minutes tient, d'une part, au fait que Salva s'abstient de tout effet de terreur surnaturelle, et d'autre part à ce qu'il épouse exclusivement le point de vue des proies du Creeper – particulièrement de Darry, le seul qui soit véritablement concerné par les visées du monstre. Or, il se trouve que l'adolescent, malgré la terreur que lui inspire son poursuivant, éprouve à son égard une irrésistible attraction, qui le conduit, tout au long du film, à aller à sa rencontre.

Si l'on prend Jeepers Creepers pour ce qu'il est (une allégorie pédérastique), on ne peut qu'être frappé par l'attitude qu'adopte la victime envers son agresseur, et qui témoigne d'autant d'attirance que de répulsion.

Il y a fort à parier qu'un tel propos, énoncé dans un contexte réaliste, et non sous le couvert du "fantastique", aurait de quoi susciter une rude polémique, propre à fermer à son auteur les portes des producteurs (et le soutien des spectateurs) pour nombre d'années, comme le fit son incartade passée.

Dès la première scène, la suspicion d'homosexualité pèse sur Darry. Ses efforts pour affirmer sa virilité (vitesse inconsidérée au volant, propos machistes envers sa sœur) sont ruinés par une malencontreuse série d'« actes manqués » (dans le « 6A4EVR » d'une plaque minéralogique, il lit « Gay forever », au lieu du plus judicieux « Sexy forever » indiqué par sa sœur ; plus tard, il constate que le linge lavé par sa mère a fâcheusement déteint : « J'ai douze paires de caleçons roses ! », lance-t-il à Trish, qui lui réplique ironiquement que « c'est peut-être un signe ».)

Après avoir tenté d'effrayer les occupants d'un camping-car en se ruant sur leur véhicule, il est à son tour harcelé de la même manière par la camionnette du Creeper – qui n'hésite pas, pour sa part, à lui rentrer dans le train (oserais-je parler d'« enculeur enculé » ?.. Oui, j'ai osé...) Une conjonction pulsionnelle est ainsi signalée entre le poursuivi et son poursuivant.


Suck my truck !!!

 

Première indication d'une menace pédérastique : la camionnette de l'agresseur accuse plusieurs kilomètres au compteur (« Une vieille caisse toute pourrie », commente Darry, avant de s'insurger, non sans une pointe d'admiration : « Il a gonflé son moteur, ou quoi ?.. »)

Ancêtre boosté au Viagra, franc du pare-choc et avide de collision : le truck vétuste du Creeper est une image transparente du « monstre pédéraste ». (L'influence du Duel de SPIELBERG, évidente durant le premier tiers du film, et revendiquée par Salva, me confirme qu'il ne serait pas malvenu d'apporter une lecture queer au chef-d'œuvre du papa d'E.T.)

Quelques kilomètres plus loin, Darry et Trish découvrent la camionnette à l'arrêt près d'une église abandonnée, et son conducteur occupé à jeter de sinistres paquets dans une sorte de boyau de tôle. Darry ne sera pas long (Long, vous avez dit Justin ?..) à vouloir retourner sur les lieux, contre l'avis de sa sœur. Il inaugure ainsi la série des "rétrogradations" que j'ai signalées plus haut, témoignant de son empressement à se jeter « dans la gueule du loup ». Si la peur lui interdit de répondre spontanément aux avances du monstre, il ne peut néanmoins s'en détourner.

Trish lui reproche sa coupable envie « d'aller voir s'il n'y a pas un truc sordide ».

« Dans les films d'horreur, y a toujours un con qui déconne. T'es ce con-là ? » ajoute-t-elle, comme pour anticiper la réaction des spectateurs. Ce réflexe récurrent chez les protagonistes de films fantastiques, qui consiste à se diriger résolument au devant du danger, suscite invariablement les sarcasmes des adversaires du genre. Pour sa défense, les fans ont coutume d'objecter que, sans ce comportement des victimes, il n'y aurait jamais d'affrontement – et, partant, pas de film... Justification un peu courte, et argument fort pratique pour éluder la question sensible : l'attirance de la future victime pour son futur bourreau (et, dans le cas de films au sous-texte queer, l'irrésolution des héros dans leurs choix sexuels.)

Attiré par « les trucs sordides », Darry ira donc se pencher sur le curieux orifice dans lequel le Creeper balance ses cadavres. Ce conduit menant aux entrailles de l'Enfer, et qui exhale une forte puanteur, n'est autre que l'anus du Mal (qui a dit du Mâle ?.. Désolé, on l'a déjà faite, celle-là...), objet de curiosité autant que d'appréhension pour notre hétéro vacillant, et source de révélations prodigieuses.

La scène de la chute de Darry dans Le Trou multiplie les allusions olfacto-scatologiques à tendance homoérotique – depuis l'insistance de Trish à évoquer l'odeur de chaussettes et de baskets crades de son frère (on sait le fétichisme homo relatif aux « skets et panards » – et cette référence abonde dans le film...), jusqu'à la dégringolade dans « toute cette merde », en passant par les multiples cadrages accusant l'aspect organique du conduit.


Le trou du cul du Mal


Forcément, cet œillet ne sent pas la rose...


Ce que découvrira Darry dans le sous-sol, sera – selon ses propres termes – « la Chapelle Sixtine d'un fou » (l'allusion à Michel-Ange, de qui l'on connaît les inclinations sexuelles, n'est certainement pas innocente, dans le contexte.) Les parois de l'antre et sa voûte sont tapissées d'un enchevêtrement de cadavres pourrissants, vision dantesque empruntée au Frayeurs de Lucio FULCI (l'exploration souterraine du cimetière de Dunwich), mais également évocatrice des charniers de la Seconde Guerre Mondiale. Salva – comme la plupart des auteurs spécialisés dans le fantastique – semble suggérer que le retour du refoulé, et son déchaînement, ne peuvent qu'aboutir sur l'horreur du serial killer ou sur celle du nazisme – encore ne faut-il pas oublier que le refoulé n'existerait pas, et, de fait, n'aurait aucune raison de se déchaîner, sans les contraintes entretenues par la Raison Sociale. Ce sont les garde-fous qui engendrent les fous, ce que le "fantastique", essentiellement réactionnaire et puritain, répugne à considérer.

Darry regagnera l'air libre et la surface terrestre dans un état de stupeur identique à celui d'une victime d'un viol. Sa sœur, assez peu soucieuse de sa traumatisante expérience, ne cessera de lui marteler qu'il « sent la merde » – inévitable conséquence de l'exploration des fondements...

Comme s'il prenait soudain conscience de s'être aventuré (et d'avoir entraîné son public) dans des régions décidément trop obscures et trop intimes, Salva fait dès lors basculer son film dans le fantastique pur.

Plus question de laisser planer le doute sur l'origine surnaturelle du Creeper ; tout est mis en œuvre pour que le spectateur renonce à s'interroger plus longuement sur les motivations profondes (trop humaines ?) du monstre. Textuellement, il devient un épouvantail de plus dans la galerie des famous monsters.

L'accumulation frénétique de détails abracadabrants et d'invraisemblances scénaristiques témoigne de la panique de Salva, atterré par les implications profondes de son œuvre, et par le ton de confession qu'il avait jusqu'alors adopté.

Décidé à se ressaisir, le cinéaste fait sombrer son film dans le n'importe quoi : intervention soudaine d'une voyante noire qui connaît tout sur tout et nous assène l'historique complet du monstre en deux coups de boule de cristal ; scène parfaitement superfétatoire de la « Vieille aux Chats », victime du Creeper ; introduction de gimmicks ineptes et jamais justifiés (pourquoi la chanson "Jeepers Creepers" annonce-t-elle inévitablement le surgissement du monstre ?.. pourquoi se manifeste-t-il uniquement « tous les 23 printemps pendant 23 jours » ?..)


"La Vieille aux Chats". On déplorera que Victor Salva n'ait rien trouvé de mieux à offrir que ce rôle ridicule à la sublime Eileen Brennan.

Jezelle, la voyante black, dans tous ses états...
(Divine avec du cirage ?..
Non : Patricia Belcher)


Pour excuser ces lacunes, Salva fait remarquer par sa providentielle voyante black que ses révélations ne sont pas « comme un film... il y manque des bouts, parfois... »

De-ci de-là, cahin-caha, le sous-texte rejaillit pourtant à la faveur d'un plan ou d'une réplique. Ainsi, le Creeper est décrit comme « une créature avide, échappée de la face cachée du Temps » (ou du "placard" de l'Histoire ?...) ; on nous apprend également qu'il est « habillé en homme pour cacher qu'il n'en est pas un », et qu'il « mange des organes qui le renouvellent » (retour au croquemitaine pédéraste, trouvant dans la jeunesse de ses proies matière à tromper son vieillissement).

De même, au plus fort du danger, Darry continue de renâcler lorsqu'il s'agit d'échapper au monstre : « Ralentis ! Tu vas nous tuer ! », lance-t-il à sa sœur, qui les exposerait pourtant à une mort plus sûre en roulant plus lentement...

Dans la plus totale confusion scénaristique (ou en raison de cette confusion), Salva laisse néanmoins certains indices lui échapper. Ainsi, à l'issue de la première confrontation entre le Creeper et « la Vieille aux Chats » : « Qu'est-ce que TU m'as ramené ? », lance cette dernière à Darry, en lui balançant la crosse de son fusil dans les parties. Elle suggère par-là que l'adolescent (non sa sœur) est la proie d'élection du monstre. Ce que nous confirme le finale : ayant reniflé tour à tour Darry et Trish, le Creeper envoie dédaigneusement valdinguer le jeune fille, et prend la poudre d'escampette avec son frère.

Trish a beau prétendre désespérément, pour inciter la créature à la choisir, qu'elle a « la même chose que Darry en elle » ("chose" qui, là encore, n'est jamais explicitée, mais est très clairement un parfum d'homosexualité), rien n'y fera : le croquemitaine n'en pince résolument que pour les garçons...


Encore un bel exemple d'« acte manqué »...
Comment réparer les outrages homosexuels ? En nouant un slip rose à son pare-choc arrière, bien sûr !..


Le dernier plan du film nous montre le Creeper regardant la caméra à travers les orbites vides d'un Darry fraîchement dépecé. Ces yeux qui nous fixent, brillant de haine – ou de convoitise – sont ceux du jeune garçon, que le monstre vient de se greffer. Par cet acte, il consacre l'union avec sa victime – et par ce regard, il nous rappelle qu'au fond, tous deux ont toujours partagé le même point de vue.


Par le petit bout de la lorgnette : « l'enculeur enculé ».


Parce qu'il amena les fantasticophiles à s'interroger (enfin !) sur le sous-texte homosexuel de leur genre favori, Jeepers Creepers peut être regardé, en dépit de ses faiblesses et de ses regrettables ruptures de ton, comme un film-charnière. En ce sens, on peut considérer qu'il y a désormais un avant et un après J.C.


J.C.

 

N.B. : Sauf erreur de ma part, aucun commentateur n'a signalé l'évidente parenté entre le Creeper et les « Maigres Bêtes de la Nuit » lovecraftiennes – créatures ailées arrachant leurs proies à la Terre pour les emmener vers un ailleurs de cauchemar, qui hantèrent les nuits du « reclus de Providence », sa vie durant. Hommage conscient, ou similaire sublimation onirique/artistique d'obsessions pédérastiques ?.. Je vous laisse en juger...

Liens et pour plus d’informations :

Aucun qui mérite d'être signalé.

Par BBJane Hudson - Publié dans : LA CRYPTE AUX GAYS
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