Recherche

Podcasts

 

logonewRCN.jpg


MusicPlaylistView Profile
Create a MySpace Music Playlist at MixPod.com

Accueil

Ensembles-copie-1.jpg
pedeblog_kek_logo2.png
Blog LGBT du rédac' chef :
Daniel Conrad

twitter_logo_header.png

Daniel Hall


secondé par :

Gérard Coudougnan


L'équipe des "piliers" en exclusivité
ou en reprise autorisée :

Jean Yves
, Bernard Alapetite, Zanzi, Neil, Kim,
Matoo, Mérovingien02, Juju, Chori,
Shangols, Boris Bastide, Stéphane Riethauser,
 
Niklas,
Robert Wagner,
 Jag1366, Hari3669, Maykel Stone,
Marc-Jean Filaire,
Isabelle B. Price, Psykokwak,
Rémi Lange
, Henry Victoire, Didier Roth-Bettoni
et
BBJane Hudson...

Mais aussi, depuis, Cyril Legann,
Gérard Coudougnan (Livres), Voisin Blogueur,
Nicolas Maille, Sullivan Le Postec, Vincy Thomas,
Jann Halexander, Tom Peeping
, Lucian Durden,
Papy Potter, Nico Bally, Marie Fritsch,
Sir Francisco, Laurent Fialaix
et Hugo Rozenberg.

Special Guest Star : Philippe Arino.

Un grand merci à Francis Moury,
Olivier Nicklaus et à
Yann Gonzalez.
Et en special guest star gay-friendly... Dr Orlof !


et bien d'autres depuis le début et d'autres à venir...

Ce blog est partenaire de

Dreampress.com

Avec l'aide graphique de

Catégories

Fil infos VeryFriendly

W3C

  • Flux RSS des articles

POUR SURFER SUR CE BLOG...

Les Toiles Roses  est un blog collaboratif, indépendant et bénévole optimisé pour Mozilla Firefox (cliquer ici pour le télécharger)

TOUTES LES CRITIQUES DE FILMS : ICI
LES CRITIQUES DE LIVRES (Gérard Coudougnan) : ICI
Nos chroniques vedettes : Zanzi and the City (Zanzi), Et les filles alors ? (Isabelle B. Price),
Derrière les masques : Homollywood (Marc-Jean Filaire),
Merci Bernard (Bernard Alapetite),
Le Bazar de l'Homo Vincy (Vincy Thomas),
L'Histoire de l'homosexualité,
Dans l'ombre de Jann Halexander (Jann Halexander), Spécial Abdellah Taïa (Daniel C. Hall),
La Crypte aux gays (BBJane Hudson), Certains l'aiment camp (Tom Peeping),
 
Le Chaudron rose (Papy Potter), Petits Contes Dark-en-ciel (Nico Bally),
Marie de traverse (Marie Fritsch), Spécial Salim Kechiouche, Si j'étais homo ou hétéro...,
Spécial Stonewall, 40 ans, La gâterie du chef (Daniel Conrad Hall), La Garac'Ademy (Jean-Louis Garac)
A tort ou à travers (Laurent Fialaix), Rencontres de tous les types (Hugo Rozenberg),
 
Le Phil de l'araignée (Special Guest Star : Philippe Ariño),
Dossier et chronique-soutien
à l'association "Le Refuge" (Daniel C. Hall).

Venez rejoindre la rédaction, les lectrices et lecteurs sur le groupe Facebook :
http://www.facebook.com/group.php?gid=61890249500#/group.php?gid=61890249500


Samedi 5 décembre 6 05 /12 /Déc 10:05
http://www.neomanox.com/manoxfilms/images/1hombrespaco.jpg

Les vidéos sont (c)
Univers-L.com
Les vidéos présentes et futures sont diffusées avec l'autorisation de
Isabelle B. Price et son équipe.
Par Isabelle B. Price - Publié dans : SERIE : LOS HOMBRES DE PACO
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires

Mardi 1 décembre 2 01 /12 /Déc 11:51
Dans l'ombre de
JANN HALEXANDER


Jann Halexander est un chanteur franco-gabonais. Il est également pianiste, acteur et producteur. Le chanteur Jann Halexander naît le 13 septembre 1982 à Libreville (Gabon, Afrique centrale). Ancien étudiant en géographie à Angers, dans le Maine-et-Loire, il prend un pseudonyme que lui inspire la personnalité de l'artiste sud-africaine Jane Alexander, dont les sculptures représentent des êtres hybrides. Il est issu d'un couple mixte — père gabonais, mère française — ce qui se fait ressentir au travers de ses créations. Pour découvrir son univers, Jann a accepté de rejoindre l'équipe du blog Les Toiles Roses avec cette chronique qui vous transportera loin dans l'imaginaire fécond et délicieux de ce grand artiste.


10. La chanson, le public, la crise, Vincent Baguian,
Mylène Farmer et moi... Jann Halexander

Étrange « chose » que « le public ». Ce sont des amis... des amis des amis... des amis des amis des amis... des inconnus… des fans... des gens de passage... un ensemble parfois volatile. Étrange alchimie. Mais surtout le public... c'est vous !

Je suis toujours charmé quand je reçois des messages de soutien des gens ; régulièrement des internautes m'écrivent pour dire qu'ils aiment mes chansons, me couvrent de mots doux et encourageants quand je donne des récitals. Merci. Mais à celles et ceux qui le font et qui vivent dans la ville où je me produis, je dis : « Venez ! Venez, le public c'est vous... Les mots doux, c'est vous, le public c'est aussi vous. »

Je déplore l'étrange attitude des parisiens qui adorent crier sur les toits que Paris est une ville incontournable à cause des lieux culturels et pas chers. Ce sont les mêmes qui ne se déplacent jamais ou si peu. Si cela continue ainsi, des lieux mythiques comme « Le Magique », un exemple parmi d'autres, n'existeront plus... et Paris deviendra ville morte.

C'est l'une des raisons qui m'avait rendu hésitant. Depuis mars, j'avais donné des représentations à Bruxelles, Cologne, et ce fut toujours fantastique. Le public parisien, lui, me... rebute un peu... et pourtant quand tout se passe bien, je vous assure, c'est extraordinaire...

Pour un chanteur indépendant, évidemment, attirer et garder un public relève du chemin de croix. Bon, c'est possible sinon j'aurais arrêter de donner des concerts depuis longtemps. Depuis le 19 novembre, au « Magique », une des plus vieilles salles consacrées à la Chanson Française et tenue par le chanteur talentueux Marc Havet, à chaque fois il y a un peu de public. Jeff, mon attaché de presse et avant tout un ami, se démène pour la promotion. Il envoie l'information au maximum de personnes car il faut aller vers le public. Quelques fois, il reçoit des emails d'insultes. Des emails orduriers. Mais ni Jeff ni moi n'avons de temps à perdre avec la médiocrité. Nous avançons.



Je tenais à dire que depuis le 19 novembre, les gens qui viennent sont extraordinaires. C'est beau la Chanson, il faut le dire. la Grande Chanson. Car c'est ce que je pense faire. La Chanson c'est un beau partage. Quand je vous dis : « Venez ! », ce n'est point de la mendicité, non. C'est un appel à la beauté. La beauté d'un moment qui fait qu'on oublie nos tracas quotidiens, nos angoisses... Pendant une heure, nous nous évadons, nous allons vers l'ailleurs. Nous avons le droit de vivre ce genre de moment.

Et la Chanson ce ne sont pas uniquement les grands-messes sponsorisées par TF1, avec un prix d'entrée à 75 euros. C'est aussi les petites messes données par les artistes comme moi, pèlerins de la Musique : nous allons chanter un peu partout tant bien que mal, nous chantons nos propres chansons et chantons aussi celles des autres. C'est sûr, il nous faut du courage et rien n'est acquis. J'ai beau avoir sept ans de parcours et des milliers de cd et dvd vendus, je dois également avaler des couleuvres chaque jour. Heureusement j'ai l'esprit suffisamment libre pour me dire que je peux faire un autre métier pour respirer. Vivre normalement. Tiens, j'aimerais travailler dans une agence de voyages.

Le chanteur Vincent Baguian, que j'aime bien, a d'ailleurs lui-même dit : « Ne vous découragez pas, vous les jeunes artistes, qui éprouvez vos chansons ambitieuses dans les bars difficiles, sans artifices, condamnés à tout donner chaque soir pour convaincre un parterre clairsemé. » Phrase ô combien déprimante. Personnellement, je ne me sens pas concerné car je refuse tout simplement de végéter ou devenir aigri. Alors je prends du recul. Cela va sans dire que mon attitude suscite la mesquinerie, les questions odieuses. Peu importe, je vis, je mange bien, j'ai une vie sociale et je voyage.



Je rebondis sur Vincent Baguian et son propos sur Mylène Farmer. En fait, je suis assez admiratif de son courage. Je lui ai dit que je ne m'inquiétais pas pour son compte en banque, que cette forme de « désillusion » à l'égard du Star-system était hâtif et sans doute pas vraiment sincère. Peu importe. Mais ce qu'on a reproché à Vincent Baguian en fait, ce que les fans de Mylène Farmer et plus globalement de radios merdiques comme NRJ, Fun Radio, Skyrock, d'émissions merdiques comme La Nouvelle Star, la Star Academy, c'est de briser le consensus autour du Star-system, de la Star. En fait, on lui a reproché, soyons francs, de s'attaquer, lui artiste peu connu (enfin plus que moi, quand même, hein... quoique...) à un Panthéon, à Mylène Farmer. Pour celles et ceux qui n'ont pas suivi cette polémique, vous pouvez aller sur la page myspace de Vincent Baguian, son blog, l'article est toujours là et vraiment digne d'intérêt. Je le dis moi-même : rien de pire, de plus abject que le « consensus ». On ne peut pas forcer tout le monde à être d'accord sur le talent ou l’absence de talent d'un artiste.



Pourtant, j'ai passionnément aimé Mylène Farmer. Puis un jour, j'ai décroché. Je n'ai jamais su pourquoi. C'était bien avant que je couvre le mur de mon bureau d'affiches d'Anne Sylvestre en concert (j'adore ses chansons pour adultes). Il n'empêche, j'ai consacré une chanson... hommage, on dira... à Mylène Farmer. J'ai reçu des emails d'insultes également. Le comportement humain est fantastique. La chanson s'appelait « La Dame Rousse » et figurait sur l'album Le Marginal.

Voici le texte :

 

La Dame Rousse

Texte et musique : Jann Halexander, 2007.

 

(Hommage à Mylene Farmer)

 

Blottie dans son fauteuil

Madame tient une feuille,

Lèvres douces, l'air songeur,

La plume tremble, l'encre pleure,

 

Et parsème des milliers d'ombres,

Nous ramène dans un autre monde,

De noirceur, la froideur est reine,

Ainsi vous êtes, Dame Mylène…

 

De mon enfance, vous faisiez,

Un sanctuaire de douces peines,

De mes tourments, vous dansiez,

La gestuelle était belle,

 

Vous étiez le miroir,

Déformant des cauchemars,

Et l'acier d'un regard,

Nous plongeait dans l'émoi.

 

Obsédé amoureux,

Je fixais vos cheveux,

Et le roux si luxueux,

Rougissait mes temps, nerveux,

 

Nulle logique, je tournoyais,

Jusqu'au vide, l'être s'envolait,

Privé de l'autre, seul dans ma peine,

J'pensais à vous, Dame Mylène.

 

La Dame Rousse, était un songe doux.

L'ombre au loin, était amour lointain,

Le cœur vibrait… la pluie tombait,

Mon cœur vibrait, Dame Mylène…

 

C'est ce qu'on appelle une chanson de circonstances.



         Encore une fois, je le redis : la Chanson c'est aussi bien Johnny Hallyday, Polnareff que des artistes comme Vincent Baguian, Nicolas Bacchus ou moi... Vouloir créer des hiérarchies en musique, et en Art, c'est marcher sur des œufs en permanence, tellement la notion de subjectivité intervient.

Pour ma part, je ne donnerai pas de concert en 2010, me consacrant aux DVD et à un disque. Enfin si, je donnerai peut-être une date. Mais aux parisiens et aux parisiennes qui m'envoient de gentils messages, je dis : « Venez le 4 ou/et le 5 décembre. Le public c'est vous, venez me voir sur scène.... et sans orgueil, je le dis, vous ne regretterez pas. »

 

 

Récital

4 et 5 décembre au Magique.

42 rue de Gergovie.

Métro Pernety ligne 13.

20h30.

Entrée : 12 euros.

Réservation avec Billetreduc.com : 8 euros

http://www.myspace.com/lechanteurjannhalexander

 

 

Déclaration d'amour à un vampire II

Texte et musique : Jann Halexander, 2008.

(Après avoir connu la passion avec un vampire, un homme vit une vie de couple routinière avec Dracula)

 

J'ai fait l'amour à un vampire

Ma foi c'est pas ce qu'il y a de pire

À part deux p'tits trous dans le cou

J’étais normal rassurez-vous

Encore faut-il voir c´qu'est normal

 

De cafés en pause-déjeuners

Des siècles se sont écoulés

Et la passion a laissé place à une saine indifférence

 

Dracula m'a dit : que tu m'ennuies

On reste là et va la vie

Sors le cadavre du frigo et fais-moi un rôti

 

Nous menons une vie bourgeoise

Allons chaque été à Salzbourg

Passons l'hiver à Pretoria

Il veut un chien, je veux un chat, résultat nous n'avons rien

 

Pas même cette chose nommée enfant

Nous refusons une mère porteuse

On fait confiance à la science pour que les hommes deviennent enceintes

Faut qu'on rigole un peu

 

Dracula m'a dit : pas pour cette nuit

J'ai mal aux dents, j'ai des caries

Va donc voler un tour dehors

Voir si j y suis...

 

Maman prend le train pour nous voir

Papa emmène du vin de palme

La vie est douce et ennuyeuse

C'est ce qu’on appelle un couple heureux

Dans le monde occidental

 

Mais méfiez-vous de mon cynisme

Il est l’arme d une âme impudique

En tête-à-tête, seul dans une pièce, l'amour vibrant refait surface

 

Mon amour m'a dit : viens mon chéri

Nous nous aimons et va la Vie

Un jour nous ne serons plus mais peu importe

Ce que rien veut dire pour l’amour qu’on se porte

Ce que rien veut dire pour l’amour qu’on se porte...


 

TO BE CONTINUED...


Lire le précédent billet

Pour en savoir plus sur Jann :

Son site officiel

Son blog officiel


Les photographies sont © Jeff Bonnenfant. Le texte est © Jann Halexander. Tous droits réservés.

Par Jann Halexander - Publié dans : DANS L'OMBRE DE JANN HALEXANDER
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires

Lundi 30 novembre 1 30 /11 /Nov 11:25

par  BBJane Hudson

 

 

Ce post est dédié à Yvonne Monlaur, interprète des "Maîtresses de Dracula", dont il sera question ici, et dont vous pouvez visiter le blog passionnant (et bilingue !) en cliquant sur cette bannière.


Cet article est extrait d'une étude consacrée au cinéma Camp anglo-saxon (à paraître prochainement), dont votre servante est l'auteure. Il s'intéresse prioritairement aux films fantastiques gothiques de la Hammer, ce qui explique l'absence de certains titres Camp produits par la firme, mais ne relevant pas du genre.

Dans la première partie de cet article, j'ai évoqué les aspects Camp de deux films de Terence Fisher. Durant les années fastes de la Hammer, aucun des autres cinéastes considérés comme "majeurs" ne s’adonna au Camp ; certainement pas Val Guest, au style dépouillé et réaliste, ni John Gilling, qui, bien que plus porté sur le queer que Fisher (inceste dans La Femme reptile [The Reptile, 1966], homosexualité masculine latente dans L’Invasion des morts-vivants [The Plague of the Zombies, 1966]) se tient éloigné du lyrisme comme de la distanciation. Freddie Francis se vit confier au sein de la firme d’assez ternes scénarios relevant du thriller psychologique post-Psychose, et « passa à la concurrence » en travaillant pour le compte de l’Amicus, après un Frankenstein renouant avec l’esthétique Universal des années 30 -- le Camp en moins (L’Empreinte de Frankenstein, The Evil of Frankenstein, 1964), et un Dracula visuellement superbe, mais assez languissant (Dracula et les femmes, Dracula has risen from the grave, 1968).
Don Sharp signa un Baiser du vampire (Kiss of the Vampire, 1964) sentencieux et gourmé, plein de creuse suffisance, et effroyablement réactionnaire sous de faux airs iconoclastes. Un jeune couple en voyage de noces y suscite la convoitise du chef d’une secte de vampires. Le grand mérite du scénario de John Elder/Anthony Hinds est d’avoir – peut-être – inspiré son postulat au film culte le plus Camp des années 70, The Rocky Horror Picture Show queer, autant le film de Don Sharp est un prétentieux apologue du puritanisme et de l’esprit petit-bourgeois. Les auteurs ont beau se targuer d’innover (les vampires sortent le jour ; leur destruction est assurée par le recours à l’occultisme plutôt qu’au pieu, à l’ail et au crucifix), leur propos est encore plus conservateur que celui de Fisher, ce qui n’est pas rien (voir le discours du Van Helsing de service sur le thème de la perdition.)
(1975) où des jeunes mariés sont également accueillis, puis pervertis, par un émule extra-terrestre et travesti du baron Frankenstein. Autant la comédie musicale de Jim Sherman est un hymne facétieux à la licence sexuelle et à la pensée


Réalisateur moins coté par les fantasticophiles, Robert Day s’adonna à un Camp tout de façade avec La Déesse de feu (She, 1965), troisième adaptation cinématographique d’un célèbre roman d’aventures exotiques de H. Ridder Haggard (1887). Ursula Andress, régnant sur un peuple oublié d’Afrique, y apparaît superbement conservée malgré ses deux milles ans, et arbore une garde-robe aussi fantasque que somptueuse, pour mieux éblouir un explorateur qu’elle souhaite entraîner avec elle dans les Flammes de l’Immortalité. Face à cette splendide créature, Christopher Lee oublie d’être sobre en grand prêtre félon dont la barbiche trahit la cruauté.
Loin du gothique et du fantastique proprement dits, les mondes préhistoriques de Un Million d’années avant Jésus-Christ (One Million Years B.C., Don Chaffey, 1966) et de Quand les dinosaures dominaient le monde (When Dinosaurs Rules the Earth, Val Guest, 1970) étaient d’autant plus Camp qu’ils offraient à Raquel Welsh et Victoria Vetri l’occasion de porter le dernier cri de la haute-couture en peau de bête, et permettaient à de jeunes mâles plus ou moins athlétiques d’exhiber leurs pectoraux – sans parler des corps à corps d’amazones et des danses érotiques de Martine Beswick dans Les Femmes préhistoriques (Slave Girls/Prehistoric Women, Michael Carreras, 1968). Encore une fois, le Camp est ici extérieur et davantage redevable au talent des costumiers et à la plastique des comédiens qu’à l’imagination des scénaristes.


Plus riche en implications queer, le cycle des « vampires lesbiennes » connut une certaine vogue à compter de The Vampire lovers (Roy Ward Baker, 1970), adaptation du « Carmilla » de Joseph Sheridan Le Fanu (1871). Suivirent, l’année suivante, Lust for a vampire (Jimmy Sangster), Countess Dracula (Peter Sasdy) et Les Sévices de Dracula (Twins of Evil, John Hough). Ces films visaient davantage à séduire un public masculin toujours friand d’ébats saphiques qu’à offrir une approche originale et sensible de l’homosexualité dans un contexte fantastique ; la Hammer ne se frotta d’ailleurs jamais directement au vampirisme gay, et seul Les Cicatrices de Dracula (Scars of Dracula, Roy Ward Baker, 1970), tout entier traversé par un courant d’homophilie sous-jacente et de sadomasochisme, répond aux très allusives Maîtresses fisheriennes sur ce point.
Décontenancés par l’évolution des mœurs et l’appétit du public pour un fantastique moins allégorique, les exécutifs de la Hammer pensèrent résoudre le problème en injectant plus de sexe et de violence dans leur vieille formule gothique. Cette reconnaissance de la modernité, pour le moins indécise, était bien différente de celle qui se faisait jour dans des films comme Rosemary’s baby (Roman Polanski, 1968), ou L’Exorciste (The Exorcist, William Friedkin, 1973), et qu’avait préparée Hitchcock dix ans plus tôt avec Psychose. Bien que bâtarde, cette mixture donna lieu à plusieurs films passionnants (La Fille de Jack l’Eventreur, Peter Sasdy, 1971 ; Les Sévices de Dracula, John Hough 1971 ; Le Cirque des vampires, Robert Young, 1972 ; Demons of the mind, Peter Sykes, 1972 ; Captain Kronos, Vampire Hunter, Brian Clemens, 1973), et déboucha occasionnellement sur le Camp authentique, tout d’abord avec les thrillers gériatriques que j’ai déjà évoqués (Die ! Die ! My Darling, ou Conversation avec un cadavre, auxquels on peut rattacher Les Sorcières de Cyril Frankel, 1966), puis avec deux chefs-d’œuvre injustement méprisés lors de leur sortie : Les Horreurs de Frankenstein (Horror of Frankenstein, Jimmy Sangster, 1970) et Dr Jekyll et Sister Hyde (Dr Jekyll & Sister Hyde, Roy Ward Baker, 1971).


Le scénario du premier, dû à Jeremy Burnham (auparavant auteur de plusieurs épisodes de la série Chapeau melon et bottes de cuir), reprend l’essentiel de celui que Jimmy Sangster signa en 1957 pour le premier opus frankensteinien de la Hammer : Frankenstein s’est échappé. Sangster, contacté par la production pour remanier le script, n’accepta la tâche que contre la promesse qu’il dirigerait le film. Son premier soin fut de lacérer l’épaisse tenture drapant généralement le sous-texte queer des films Hammer, et de l’exposer par le biais d’un humour très noir et très Camp. Il alla même plus loin en prenant le contre-pied presque systématique des codes habituels de la firme (qu’il avait aidé à définir en tant que scénariste de ses premiers succès), faisant des Horreurs de Frankenstein une sorte de pamphlet antivictorien – et anti-Hammer sur bien des points. Comme il s’agissait de revenir sur la jeunesse du baron, le presque sexagénaire Peter Cushing fut remplacé par un comédien plus jeune, Ralph Bates – changement qui n’est sans doute pas étranger à l’insuccès du film auprès des fans.
Les expérimentations de Frankenstein ne visent plus cette fois au bien de l’humanité, mais sont l’un des moyens qu’il emploie pour manifester son indépendance d’esprit, et heurter les valeurs d’une société qu’il méprise. Le scénario s’intéresse autant à ses frasques sexuelles et à ses actes d’insubordination qu’à la fabrication de sa créature. Ses recherches ne sont ici qu’un prétexte permettant de brosser le portrait d’un libertin égotiste et sarcastique, convaincu de sa supériorité et ne vivant que pour l’affirmer aux yeux de son entourage.
Les intentions des auteurs sont exprimées dès le générique, ou nous voyons la main du baron tracer des « lignes d’amputation » sur une gravure érotique représentant un nu féminin : libido, science, et misogynie (la femme n’est que chair à plaisir et à charcutage) se conjuguent dans ce plan d’ouverture plein d’ironie Camp. L’amoralisme de Frankenstein, sa muflerie et son dédain des convenances, éclatent dans chacune de ses reparties : à un professeur qui prétend lui donner des coups de règle, il objecte qu’il ne saurait en recevoir d’un être intellectuellement inférieur ; au doyen de l’université qui l’accuse d’avoir engrossé sa fille, il rétorque calmement qu’il a suffisamment de compétences pour pratiquer un avortement ; quand son père lui déclare : « Moi vivant, tu n’iras plus parader à l’université », il sourit et se met en quête d’une carabine.

Le Baron trace des lignes d'amputation sur une gravure érotique

Il ne tolère le sexe opposé qu’en tant qu’objet de plaisir ou d’étude : « J’espère que rien n’a été changé. Mêmes meubles, même chauffe-lit », dit-il à Alys, la domestique qui remplissait ce dernier office auprès de son père. Lorsque Elizabeth (Veronica Carlson), espérant devenir son épouse, lui demande l’hospitalité après un revers de fortune, il lui assure que « rien ne [le] réjouit davantage que [sa] présence permanente dans ce château… en tant que gouvernante. » Du reste, son seul effort pour éduquer sa créature se bornera à lui faire supprimer deux femmes : Alys, la bonne devenue encombrante, puis l’épouse de son fournisseur de cadavres.
Dans aucune autre adaptation du roman de Mary Shelley, le baron ne fut aussi insouciant de l’être qu’il a engendré. Que celui-ci soit une brute épaisse ne le contrarie pas outre mesure, et l’on peut même se demander s’il prend ce détail en considération. Sa réaction lorsque le monstre vient à la vie est pour le moins inconséquente : il s’avance vers lui, main tendue, pour le saluer d’un pimpant : « Enchanté de vous connaître. Je suis Victor Frankenstein. » Sa créature ne lui inspire aucune compassion, et pas davantage d’aversion. Seule compte la fierté qu’il éprouve d’avoir « réussi son coup », comme le suggère une scène précédente où il anime électriquement un bras coupé, qui brandit aussitôt l’index et le majeur pour former le V de la Victoire.

Conviction de la Bête face à la Belle
(Kate O'Mara -- avec les seins --, David Prowse -- avec les muscles)

S’il bat en brèche la plupart des codes de la Hammer, Sangster respecte néanmoins celui ayant trait à l’hétérosexualité des protagonistes masculins. Lorsqu’il s’autorisa, en tant que scénariste, quelques privautés en ce domaine (The Anniversary, Roy Ward Baker, 1968), ce fut hors du genre fantastique, au sein duquel il respecta toujours soigneusement le cryptage – par crainte, sans doute, de s’aliéner le public des fans, toujours chatouilleux sur ce point. Mais il le fait ici avec tant d’insistance que le caractère Camp du film en est finalement renforcé. Son Frankenstein est un champion du donjuanisme, une bête de sexe qui ne se résout à tempérer ses ardeurs que lorsque ses maîtresses font obstacle à sa liberté. Quand l’un de ses camarades d’étude, Stefan (qui semble secrètement épris de lui), lui reproche d’avoir séduit la fille du doyen, il répond : « Si c’était son fils, crois-moi, je m’y intéresserais pas ! », réaffirmant par là l’orthodoxie de ses penchants. Pourtant, lorsque le résurrectionniste qui l’achalande en cadavres lui demande s’il préfère un spécimen mâle ou femelle, il lui déclare sans hésiter : « Le mâle, bien entendu ! » On en vient à soupçonner que ses recherches sont pour lui un moyen détourné d’assouvir une homosexualité farouchement démentie, et l’on ne s’étonnera pas que sa créature soit un parangon de masculinité, interprété (si l’on peut dire…) par le culturiste David Prowse, qui ne dénoterait pas dans un péplum italien ou un porno gay des eighties.

Un Monstre bodybuildé (David Prowse)

Mieux vaut posséder une grosse seringue face à un tel bétail !

L’homosexualité du personnage de Stefan est moins lourdement cryptée que celle du baron. Quand Frankenstein demande à une jeune fille de l’aider à « étudier l’anatomie », Stefan soupire qu’il aimerait en faire autant ; il s’attire alors cette remarque d’un tiers : « Je ne crois pas qu’il [Frankenstein] apprécierait cette offre. » Ayant abandonné ses études, Stefan entrera au service de Frankenstein en qualité de cuisinier ; mais le baron, peut-être indisposé par tant de dévouement, le laissera accuser des meurtres commis par la créature.
Plus que ses implications queer, ce sont le cynisme de ses situations et son sexisme outrancier qui donnent son caractère Camp aux Horreurs de Frankenstein. Tel n’est pas le cas de Docteur Jekyll et Sister Hyde, qui revient sur le thème du transsexualisme, cinq ans après Frankenstein créa la femme.


Le sublime générique de Dr Jekyll et Sister Hyde, une valse Camp signée David Whitaker :



Jekyll (Ralph Bates) tente cette fois de fabriquer l’élixir de la vie éternelle au moyen d’hormones féminines, car il s’est avisé que les femmes « possèdent une peau plus soyeuse que les hommes, et perdent moins rapidement leurs cheveux. » (sic !) Comme de juste, il expérimente sa formule sur lui-même, et découvre aussitôt son terrible effet secondaire : elle le transforme en une superbe jeune femme assoiffée de sexe et de sang (Martine Beswick).
Nul besoin d’être gay pour goûter l’équivoque de la situation, d’autant que Jekyll commence par s’en accommoder : il fait passer son double pour sa sœur (baptisée Mrs Hyde), fait l’emplette de quelques robes, et profite de ses métamorphoses pour trucider en toute impunité des prostituées de Whitechapel, à qui il prélève les organes nécessaires à l’élaboration de sa potion.

Jekyll découvre son nouveau minois (Martine Beswick)

Les premières scènes du film mettent l’accent sur l’indifférence de Jekyll à l’égard des femmes : il ignore les avances de sa voisine, dont le frère suggère qu’il est peut-être « insensible au charme féminin » ; son ami, le docteur Robertson, lui reproche de ne pas partager sa passion pour le beau sexe : « Mettez une femme convenable dans votre lit, et un beau matin, vous découvrirez un autre homme dans votre miroir ! » Mais lorsque Jekyll se regarde dans son miroir, il y découvre mieux qu’un autre homme : la femme qu’il n’osait rêver d’être.
Contrairement au roman de Stevenson (1886) et à ses multiples adaptations, le film tarde à poser le rapport Jekyll/Hyde en terme de conflit. A aucun moment le docteur ne s’offusque des crimes commis par Sister Hyde, puisqu’ils servent ses travaux scientifiques – du reste, il les commettait lui-même auparavant, ce qui fait de ce film, à ma connaissance, le seul présentant Jekyll comme un meurtrier (ici assimilé à Jack l’Eventreur) dont Hyde devient le « suppléant ».
C’est son transsexualisme qui finit par répugner Jekyll, alors qu’il l’envisageait sereinement au départ. Il ne souhaite se débarrasser de sa « sœur » qu’après qu’elle (il) ait tenté de coucher avec leur voisin du dessus. Cette décision peut aisément être interprétée comme un repli vers l’hétérosexualité, de la part d’un homme effrayé par l’affirmation trop radicale de sa véritable nature.

Docteur Jekyll et la main de Sister Hyde (Ralph Bates, et un bout de Martine Beswick)

Les moments les plus Camp correspondent bien sûr aux fluctuations du personnage d’un sexe à l’autre. Les mains de Jekyll, premières touchées par la métamorphose, créent un effet de contraste queer lorsque, soudain féminines, elles effleurent son visage, ou soudain masculines, elles caressent le sein de Sister Hyde. La chevelure, autre signe annonciateur de la transformation, génère également quelques plans étonnants lorsqu’elle se déroule subitement pour masquer le visage du docteur, puis révéler celui de son « autre ».
Plus humoristiques – et donc plus Camp – sont les scènes où Jekyll adopte machinalement le comportement de Sister Hyde : s’habillant pour une soirée, il sort spontanément une robe de sa penderie, puis fond en larmes, horrifié par son geste. Un peu plus tôt, quittant un magasin de corsets (!), il rencontre le voisin que Sister Hyde convoite, et veut lui effleurer amoureusement la joue, à la grande stupéfaction du jeune homme ! Nous sommes ici très loin de Frankenstein créa la femme, où Fisher, dans son traitement de la transsexualité, ne s’autorisait ni de telles audaces visuelles, ni de telles équivoques.

Le Docteur Jekyll (Ralh Bates) est amoureux...

... d'un étonnant sosie de Nicolas Sarkozy (Lewis Fiander)

... qui veut pas qu'on le touche !

De plus – et contrairement à la très provinciale Christina du film de Fisher –, Sister Hyde est d’une féminité ravageuse, très vamp et très Camp (il faut la voir se confectionner en un tournemain une robe splendide avec un double rideau). Sa volonté est à ce point supérieure à celle de Jekyll (ou le désir d’être femme est si fort chez ce dernier) qu’elle suscitera sa chute – au sens propre – dans un finale éblouissant. Jekyll, cherchant à échapper à la police, se sauve par les toits, perd pied, et se retrouve accroché à une gouttière, à plusieurs mètres d’altitude. Il voit alors ses mains devenir celles de Sister Hyde qui, trop faibles, l’obligent à lâcher prise. Mort involontaire due à la métamorphose ? ou suicide engendré par la mauvaise conscience d’un homme qui préfère se supprimer plutôt que d’assumer sa « déviance » ?...
Lorsque les policiers se penchent sur sa dépouille, elle présente un visage androgyne à l’expression torturée, masque d’une cruelle indécision.

Le double visage du Docteur Jekyll

Au cours des cinq années suivantes, la Hammer poursuivra ses tentatives d’accommodation du gothique aux goûts du jour, et fera quelques rares incursions dans une épouvante plus contemporaine (la plus réussie étant sa dernière production, Une Fille pour le Diable, To the Devil, a Daughter, Peter Sykes, 1976), sans retrouver les faveurs du public. Une nouvelle vague de productions horrifiques indépendantes commençait de s’imposer, où de jeunes cinéastes émancipés de la tradition se signalaient par un style et des thématiques plus contestataires. Norman J. Warren, Peter Collinson, Michael Reeves, Robert Fuest, et surtout Pete Walker, en furent les plus populaires représentants. Mais ceci est une autre histoire...

Docteur Jekyll en trans (Lewis Fiander et Martine Beswick)

BONUS :

La bande annonce des HORREURS DE FRANKENSTEIN sur YouTube
La bande annonce de DOCTEUR JEKYLL ET SISTER HYDE sur YouTube
Par BBJane Hudson - Publié dans : LA CRYPTE AUX GAYS
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires

Dimanche 29 novembre 7 29 /11 /Nov 11:09
   Visuel : (c) GayClic

Un résumé en vidéo (blogué par nos amis de GayClic) de l'histoire de Fred (le personnage gay de la série) dans les 10 premiers épisodes de la saison 1 de la série espagnole « Physique ou Chimie » (Física o Química) diffusée en France sur la chaîne NRJ 12.
[© D. R.]



Par GayClic.com - Publié dans : WEBSERIE : PHYSIQUE OU CHIMIE
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires

Dimanche 29 novembre 7 29 /11 /Nov 10:50
  
Visuel : (c) GayClic

Eh oui, pendant quelques épisodes, Luke et Noah vont jouer les seconds rôles dans les intrigues des autres couples de ATWT, notamment les très populaires (et très détestés) Paul et Meg. Préparez vos mouchoirs...
Petit concours : qui saura reconnaître l'actrice qui clôt l'épisode, et qui eut son heure de gloire dans les années 80, aux côtés d'un duo resté célèbre ?
[ATWT appartient à TeleNext Media et CBS]




Vous retrouverez Luke et Noah dès janvier sur le blog Les Toiles Roses...
Par Jag1366 - Publié dans : SERIE : AS THE WORLD TURNS (AINSI VA LE MONDE)
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires

Samedi 28 novembre 6 28 /11 /Nov 10:47
http://www.neomanox.com/manoxfilms/images/1hombrespaco.jpg

Les vidéos sont (c)
Univers-L.com
Les vidéos présentes et futures sont diffusées avec l'autorisation de
Isabelle B. Price et son équipe.
Par Isabelle B. Price - Publié dans : SERIE : LOS HOMBRES DE PACO
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires

Samedi 28 novembre 6 28 /11 /Nov 10:46
http://www.neomanox.com/manoxfilms/images/1hombrespaco.jpg

Les vidéos sont (c)
Univers-L.com
Les vidéos présentes et futures sont diffusées avec l'autorisation de
Isabelle B. Price et son équipe.
Par Isabelle B. Price - Publié dans : SERIE : LOS HOMBRES DE PACO
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires

Vendredi 27 novembre 5 27 /11 /Nov 18:01
Par Daniel C. Hall - Publié dans : LES NEWS ROSES
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires

Vendredi 27 novembre 5 27 /11 /Nov 11:21

« Pierre Bergé est un homme d’affaires très importantes, socialiste à ses heures de bureau, homosexuel le reste du temps. Ou le contraire. Mais ce n’est guère un gentil homme, c’est le moins qu’on puisse juger après ses déclarations pour le moins vomitives sur le Téléthon qui, d’après-lui « parasite(rait) la générosité des Français ». Rien de moins. » (…) « Le sida frappe tout aussi bien hétérosexuels qu’homosexuels, mais ce n’est pas la première évidence qui vient à l’esprit des gens.

La faute à qui ?

Depuis l’annonce des ravages de cette maladie voici une trentaine d’années déjà, certains représentants autoproclamés de la communauté homosexuelle n’ont eu de cesse de monopoliser toutes les attentions médiatiques autour de celle-ci. Ils n’ont eu de cesse de persuader l’Opinion publique que le sida était « la » maladie des homosexuels. Et quasi-exclusivement la leur, malgré toutes les évidences contraires.

Pour quelles raisons ? N’étant plus victimes des lois homophobes abolies à juste titre par François Mitterrand, beaucoup tenaient à rester coûte que coûte des victimes. Statut privilégié s’il en est au sein d’une société dégoulinante de repentance institutionnalisée comme la société française de ce début de XXIe siècle.

Mais avec pour conséquences plus de dix fois moins de dons pour le Sidaction que pour le Téléthon.

Monsieur Bergé, grand donneur de leçon, en est sans doute un des premiers responsables. En a-t-il seulement conscience ? »

Philippe Randa sur son site.

 

Lire aussi l'article "Les talibans de la galipette à l'envers" : lien ici.

Lire aussi l'article "La Cour européenne des droits inutiles" : lien ici.


© Les chroniques de Philippe Randa sont libres de reproduction à la seule condition que soient indiquées leurs origines, c’est-à-dire le site http://www.philipperanda.com.

Par Daniel C. Hall - Publié dans : MOTS : Citations philes et phobes
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires

Vendredi 27 novembre 5 27 /11 /Nov 11:13

« Eh bien, j'ai regardé la fin (du serment) qui dit : "avec liberté et justice pour tous". Et il n'y a vraiment pas de liberté et de justice pour tous. Il y a les gays et les lesbiennes qui ne peuvent pas se marier. (...) J'ai grandi avec beaucoup de gens et de bons amis (...) qui sont homosexuels, et vraiment, je pense qu'ils doivent avoir les droits que tout le monde doit avoir. » (Sur la réaction de ses camarades de classe :) « Ils ont supposé que j'étais gay et j'ai été plusieurs fois traité de pédé dans les couloirs et à la cafétéria. » Will Philips, jeune écolier américain de 10 ans, originaire de l'État de l'Arkansas, a décidé de ne plus se lever en classe ni prêter allégeance au drapeau américain tant que les homosexuels n'auront pas les mêmes droits que les autres, novembre 2009.

 

« C'est peut-être une évolution de la société. La société évolue, le monde change. La population a énormément changé de comportement en 40 ans. C'est peut-être une évolution normale dans la société pour certains couples. » Bernadette Chirac, à propos de l’homoparentalité, émission Passion Classique de Radio Classique, 20 novembre 2009.

 

« Nous voulons qu'on puisse aimer qui on veut... Nous sommes pour le mariage [homosexuel] et l'adoption [par des couples homosexuels]. (…) L'État ne doit pas nous dire avec qui nous marier [et…] qui on doit aimer. » Martine Aubry, Grenoble, 22 novembre 2009.

 

« Moi, comme je pense qu'un enfant a besoin d'un papa et d'une maman, eh bien je dis qu'il faut interdire l'adoption par les célibataires. » Christine Boutin, émission C Politique, France 5, 16 novembre 2009.

 

« Je pense que j'ai dû blesser des gens sans le vouloir car je suis une femme passionnée. En particulier, certains homosexuels au moment du débat sur le Pacs. Un homosexuel mérite autant le respect et l'amour que n'importe qui d'autre. je veux bien prononcer un pardon là-dessus » Christine Boutin, l'ex-ministre de la Ville, L’Optimum, décembre 2009.

 

« Il faut arrêter l'hypocrisie sur l'adoption. Un célibataire peut adopter un enfant. Au risque de vous choquer, je ne serais pas totalement hostile à l'adoption par des couples homosexuels. Ce qui compte, c'est l'équilibre du couple » Chantal Jouanno, secrétaire d'État à l'Écologie, interview accordée à l'émission Face aux chrétiens de Radio Notre-Dame, Radios Chrétiennes Francophones et La Croix, 28 novembre 2009.

 

« Par exemple, l'homosexualité. C'est une sexualité de plus en plus facile à accepter. Mais c'est le regard des autres qui pose problème, même dans l'entourage proche. Et encore, on ne portera pas le même regard sur l'homosexualité dans le quartier du Marais à Paris, que dans un village au fond des Ardennes. » Jean-Marie Ressuche, sexologue ardennais, La Semaine des Ardennes, 26 novembre 2009.

Par Daniel C. Hall - Publié dans : MOTS : Citations philes et phobes
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires

Vendredi 27 novembre 5 27 /11 /Nov 08:37


Par Daniel C. Hall - Publié dans : LES NEWS ROSES
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires

Jeudi 26 novembre 4 26 /11 /Nov 12:44

Depuis le jeudi 19 novembre, soir de la "première" du récital du chanteur et de notre chroniqueur Jann Halexander, à Paris, les gens viennent régulièrement, grâce au bouche à oreille...
C'est de la Chanson, de la belle Chanson...
Les dates à venir : 26 ,27 ,28 novembre & 4 et 5 décembre, 20h30... dans la petite salle intimiste du Magique (Paris 14).
Jann Halexander parcourt son répertoire sur 7 années de chanson, déjà : il interprète ses classiques : "A TABLE", "Déclaration d'amour à un Vampire", "Le Mulâtre", etc.
Mais également des chansons de Francis Lemarque, Anne Sylvestre, Mercedes Sosa, Chico Buarque, et entre chaque chanson, raconte des anecdotes, alors que dire de plus aux curieux et curieuses :

Par Daniel C. Hall - Publié dans : DANS L'OMBRE DE JANN HALEXANDER
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires

Jeudi 26 novembre 4 26 /11 /Nov 09:09

 


(6.02)




PREVIOUSLY ON ZANZI AND THE CITY : cliquer ici.

 

Un visage me fait face. Grand sourire. Ses bras m’agrippent et m’entraînent, pauvre chiffe molle, vers ses lèvres. Je me laisse faire, m’abandonne sans résistance. Je suis trop faible pour lui rendre son baiser. Les yeux clos, je tente encore de me remémorer la veille. Une langue gourmande fourrage ma bouche engourdie. Ma réputation de meilleur embrasseur du monde va en prendre un coup. J’ouvre les yeux. Interloqué, je me souviens enfin de la veille. La chapelle aux mariages, le gospel, les alliances… des fous rires. Ce n’est qu’un jeu. Du tapis vert à la blanche chapelle, tout n’est que jeux à Las Vegas.

— Je vous déclare punis par les liens du mariage ! Ah ah ah !!!

Le baiser cesse. Son sourire ultra-bright de star m’éblouit. Ses mains caressent mes cheveux, à présent je me souviens de tout. Devant moi se tient le sosie d’Elvis Presley, pas celui de la déchéance des dernières années, pas l’épave boursouflée, mais l’Elvis de la fin des années 60, encore beau et fringant, qui venait d’épouser Priscilla Beaulieu. Je n’ai pas épousé Scarlett, mais Elvis, le serial marieur de la wedding chapel ! Comment en suis-je arrivé là ?

La veille, enfin remémorée. Nuit du 16 au 17 juillet. Scarlett et moi quittons le Rouge Bar un peu éméchés. J’ai quatre mojitos dans le buffet, tandis que mon amie s’est envoyé une demi-bouteille de Cardhu comme on boit de l’eau minérale. Elle appelle un taxi. Le trip commence dans un bar à putes dont je n’ai pas retenu le nom. L’ambiance est glauque à souhait. Je proteste, n’ai pas envie de me faire tripoter.

— C’est pas pour toi, c’est pour moi ! gronde l’Irlandaise.

Et elle y va franco, renversante sur le comptoir, la pute frémit et son râle de plaisir étouffe le bruit d’un verre qui se brise. Deux cowboys, l’air goguenard, matent la scène avec une concupiscence non dissimulée. Une bosse se forme au niveau de leur entrejambes, bientôt leurs membres sont à l’air libre, gonflés d’excitation devant ces deux femmes qui font trembler les murs et les bouteilles. C’est obscène et fascinant. Les deux hommes s’approchent des deux femmes et le duo vire à l’orgie à quatre. Je demande au barman s’il fait les orgasmes. Il n’a pas l’air de savoir que je parle d’un cocktail au Bailey’s. Hypnotisé par la bacchanale qui se déroule sous ses yeux, il ne remarque même pas que je le contourne pour me servir moi-même un gin tonic. Alors que j’avale la dernière gorgée de mon verre, des cris saillants et caractéristiques m’annoncent au son du clairon que le dévergondage exhibitionniste du joyeux quatuor vient d’atteindre son point paroxystique.

 

Le taxi nous a attendus patiemment. Cette nuit, il va se faire des couilles en or. Cinq rues plus loin, nous assistons à ce qui ressemble à un meurtre, ou tout au moins à un vol à l’arrachée qui tourne mal. Nous ne sommes plus dans les bons quartiers, ceux qui protègent les touristes sous une bulle dorée. Notre cocher n’est pas téméraire, il bifurque rapidement. Passent de nombreuses minutes, qui ressemblent à un grand moment de solitude. Les cowboys sont restés au bar mais Scarlett a emmené sa nouvelle meilleure amie pour continuer la partie dans la voiture. La chapelle apparaît soudain.

— Arrêtez-vous là !

C’est blanc, c’est kitsch, c’est plutôt petit. « Elvis » est en train de marier un couple surexcité, tandis que deux autres attendent déjà leur tour. Ma contemplation du sacrement du mariage à la sauce yankee est troublée par les cris d’une chamaillerie. Scarlett vient de larguer sa pute. Une demi-heure plus tard, nous voici seuls avec Elvis. La nuit touche à sa fin, pour son business ce sont les heures creuses. Nous rions, délirons. Scarlett prend la place de l’officiant, plus évangélique qu’angélique, s’empare d’une Bible rose et entame le rituel. Il ne dure que trois minutes. Elvis roucoule des vœux et Scarlett prononce notre mariage. Nous échangeons des alliances, il y en a toujours en stock.

 

Vendredi 17 juillet, 15h15. J’affronte ma bataille de Marignan, j’ai enfin les idées claires. Que vaut le mariage de deux hommes, prononcé une femme qui n’a pas la compétence légale pour le faire ? Rien.

— À Las Vegas, la vie est un jeu.

Scarlett vient d’entrer dans la chambre, radieuse. Elle rit de bon cœur à la blague qu’elle vient de me faire. Elvis rit de concert, il échange avec elle un regard complice. Mes nerfs se détendent et je ris aussi.

— Zanzi chéri, me lance-telle, habille-toi vite. Tu es invité à un mariage et c’est pour dans quarante-cinq minutes.

— Encore un mariage ?

— Le mien, avec Aidan ! Tu es mon témoin.

— Aidan ?

— C’est moi, dit Elvis.

 

À 16 heures, deux Irlandais fous d’amour et espiègles se disent « oui » pour la vie. Mon trip n’est plus si bad. Royale, Scarlett m’a payé d’avance les deux prochaines nuitées au Bellagio. Six heures plus tard, à l’entrée d’une suite somptueuse, les jeunes mariés me souhaitent une bonne nuit. La leur ne fait que commencer, et je ne doute pas un instant que les murs de l’hôtel s’en souviendront de nombreuses années.

 

Par Zanzi - Publié dans : HUMEUR : Zanzi and the City
Ecrire un commentaire - Voir les 2 commentaires

Jeudi 26 novembre 4 26 /11 /Nov 09:01

 


(6.01)




PREVIOUSLY ON ZANZI AND THE CITY : cliquer ici.

 

Brume de cerveau. Nauséeux au réveil, la tête chancelante, les paupières lourdes, j’ouvre difficilement un œil alors que le soleil trône déjà haut dans le ciel. Quelle heure peut-il être ? L’horloge digitale posée sur la table de chevet indique 14:53. Encore… Fréquemment, quand je consulte le cadran durant l’après-midi, il affiche cette heure qui me rappelle invariablement une date. Avais-je vécu en direct la chute de Constantinople au cours d’une vie antérieure ? Je le crois. 14h53, déjà ? J’ai un arrière-goût pâteux dans la bouche, mes yeux se sont refermés et j’essaie de rassembler mes esprits. Où suis-je ? À Las Vegas. Qu’y fais-je ? Ou plutôt… Oh mon Dieu ! Mais qu’y ai-je fait ?

Je suis dans un lit qui me semble trop vaste pour moi. Un lit king size, extra-large, capable de supporter le poids d’un américain moyen en surcharge pondérale, ou d’héberger quatre personnes de mon gabarit pour une partie carrée. Les draps sont luxueux, froissés. Il y a bien six ou sept oreillers, tous éparpillés. La chambre est spacieuse, elle me semble immense, me donne le vertige. Je dois me souvenir… de ce que j’ai fait la veille. Je fouille ma mémoire à tâtons, je suis sonné, mal réveillé, pas réveillé du tout.

— Qu’est-ce que je fous ici ?

Je suis assommé comme quelqu’un qui n’a pas dormi la nuit précédente, s’est couché dans la matinée et n’a sombré que deux ou trois heures dans les bras de Morphée. À l’évidence, je n’étais pas seul. Soudain, cela me revient. Scarlett !

— Scarlett ?

Je revois Elvis Presley nous chanter « Love me tender » dans une wedding chapel. Ce n’est pas possible, c’est un mauvais rêve. Je regarde ma main : il y a bien un anneau d’or à mon annulaire. Merde ! Je la cherche du regard, l’appelle. Personne. Pas de réponse. La salle de bains ! Je vais ouvrir cette porte et trouver un tigre derrière, non ? Au point où j’en suis. Non. La pièce est vide. J’ai besoin d’une douche. La pluie artificielle s’abat sur mon corps fatigué et m’extirpe peu à peu de la torpeur dans laquelle je suis plongé. Alors, je me suis marié ? Avec une femme !?

15h12. J’ai envie de m’effondrer. La terrasse est comme un halo de lumière, il fait très chaud dehors, le soleil brûle. M’exposer, me laisser consumer. À quel étage suis-je ? Assez haut, suffisamment pour faire le saut de l’ange. Si je suis dans un rêve, je n’ai plus qu’à sauter pour provoquer mon réveil. À condition que je tombe à la renverse. Si je plonge en avant, je vais m’envoler. Il en va toujours ainsi.

— Mon chéri, tu es réveillé !

Tout au bord du précipice, je sursaute. Qui a parlé ?

La veille. Je dois me remémorer la veille. Les images se télescopent dans ma tête, se mêlent ; je m’embrouille. Ma vie, un film récemment sorti sur les écrans, une série des années 80 avec Robert Urich, un épisode de La Croisière s’amuse, le générique de Croque-Vacances, le visage de Casimir… Mais que se passe-t-il ? Je n’ose pas me retourner. Je dois me remémorer la veille. Le balcon se dérobe sous mes pieds et m’entraîne dans une chute vertigineuse. Qui a parlé ? La veille… aujourd’hui… Je n’y arrive pas. La tête me tourne, je tourne la tête. Un visage me fait face. Grand sourire. Ses bras m’agrippent et m’entraînent, pauvre chiffe molle, vers ses lèvres. Je me laisse faire, m’abandonne sans résistance. Je suis trop faible pour lui rendre son baiser. Les yeux clos, je tente encore de me remémorer la veille. Une langue gourmande fourrage ma bouche engourdie.

Ma réputation de meilleur embrasseur du monde va en prendre un coup.

J’ouvre les yeux. Interloqué, je me souviens enfin de la veille. Very bad trip

Par Zanzi - Publié dans : HUMEUR : Zanzi and the City
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires

Mercredi 25 novembre 3 25 /11 /Nov 18:30
Par Daniel C. Hall - Publié dans : HUMEUR : Zanzi and the City
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires

Mercredi 25 novembre 3 25 /11 /Nov 17:24


Fiche technique :
Avec Bernard Campan, Charles Berling, Léa Drucker, Jacqueline Jehanneuf, Eric Prat, Niels Lexcellent, Anna Chalon, Antonin Chalon, Léocadia Rodriguez-Henocq, Caroline Gonce, Aurélie Guichard et Philippe Lefebvre. Réalisation : Zabou Breitman. Scénario : Zabou Breitman et Agnes de Sacy. Image : Michel Amathieu. Son : Lucien Balibar. Montage : Richard Marizy. Décor : Pierre Quefféléan. Musique : Laurent Korcia.
Durée : 114 mn. Disponible en VF.



Résumé :

Frédéric, avec famille et amis, passe ses vacances dans une belle maison près d’un non moins beau village drômois. La tribu décide, le premier soir de leur installation, d’organiser un barbecue pour fêter leurs retrouvailles. Au débotté Frédéric propose d’inviter leur nouveau et énigmatique voisin que la smala a déjà aperçu se baigner nu dans sa piscine. Après un repas bien arrosé pendant lequel Hugo n’a pas fait mystère de son homosexualité, Hugo et Frédéric prolongent leurs agapes, seuls sur la terrasse de la propriété qui domine la campagne, sirotant du vin, confortablement installés dans leurs fauteuils. Durant cette longue conversation, qui ne se terminera qu’au petit matin, les deux hommes se dévoilent en se livrant à une sorte de jeu de la vérité sous les étoiles de cette nuit estivale. Leurs échanges nous seront distillés petits morceaux par petits morceaux tout au long du film. Au fur et à mesure que cette longue conversation infusera lentement dans le cerveau de Frédéric, attiré par Hugo, par sa culture, par sa liberté d’esprit, par son charme et son élégance, il va remettre en question sa vie de couple bourgeois avec enfant et... son hétérosexualité.

http://storage.canalblog.com/24/62/326328/23467619.jpg
L’avis de Bernard Alapetite :
Il est incontestable que cela fait plaisir de voir un film français aussi bien filmé de la première à la dernière image. Mais parfois une trop belle photo peut aller à l’encontre d’un film, étouffant l’émotion sous la virtuosité technique. C’est le cas ici. La réalisatrice n’a semble-t-il pas pu empêcher son chef opérateur de prendre le pouvoir d’où un grand nombre d’images gratuites. Les acteurs, tous parfaits, sont contraints de défendre leur personnage dans les interstices de tableaux au cadrage extrêmement étudié dans lesquels on sent que le plus petit détail, le moindre rayon de lumière ont été pensés et repensés. Ce volontarisme exacerbé bride la création artistique.

http://storage.canalblog.com/50/65/326328/23467629.jpg
Pour certains cinéastes, le montage est une deuxième écriture. À voir L'Homme de sa vie, Zabou Breitman est de ceux-là. Si souvent ce montage et ce filmage sophistiqués servent et sont même la matrice du film, comme le procédé consistant à découper la conversation, génératrice de l’intrigue, et à en disséminer des fragments tout au long du film comme autant de petits cailloux blancs balisant le chemin qui mènera Frédéric à se découvrir, parfois ils laissent perplexe quant à leur bien fondé narratif. Telle cette propension à ne filmer que les pieds des acteurs lors d’une scène ; même si, comme c’est le cas assez souvent, le film joue alors à merveille sur le hors champ, laissant la bande-son nous informer sur l’action. Plutôt que L’Homme de sa vie, jeu de mots un peu plat, le film aurait du s’appeler « la signifiance des pieds », ce qui aurait été plus en accord avec son très appuyé freudisme, surtout dans sa dernière partie. On a alors l’impression que la cinéaste, ayant peur que le spectateur ne comprenne pas ses intentions qui sont pourtant assez limpides dès le début, se croit obligée d’ajouter des scènes, toujours belles formellement mais lourdement explicatives. Une frôle le ridicule : Hugo adulte devant la porte rouge de la maison de son enfance dont l’adolescent a été chassé lorsque son père découvrit son homosexualité, à une échelle si grande qu’elle semble écraser Hugo qui tente, trop petit, d’en atteindre la poignée. Porte qui lui donnerait accès à l’hôpital où il finit par rendre visite à son père qu’il n’a pas vu depuis vingt-cinq ans et qui meurt d’un sida contracté lors d’une transfusion. On le voit, tout cela n’est pas particulièrement léger. Ce qui sauve ces séquences du pathos c’est que l’on ne sait jamais si ce que l’on voit est du domaine du songe ou du réel.

http://storage.canalblog.com/41/84/326328/23467646.jpg
Pourtant, la réalisatrice sait aussi être légère quand, mine de rien, par petites notations, elle nous parle d’un homosexuel répudié adolescent par son père, d’un gay cherchant sa propre place de père d’une adolescente, d’un révolté contre la norme, d’un homme heureux dans sa sexualité compulsive, d’un hédoniste que la mort angoisse, d’un solitaire défendant pied à pied une liberté que l’on suppute acquise de haute lutte, d’un créateur entre rêve et devoir...

Dans L'Homme de sa vie, Zabou Breitman ne donne que de rares éléments sur ses personnages. Elle s’en explique : « On sait vaguement que l'un est chimiste et l'autre est graphiste, mais on pourrait les intervertir. Au casting, je me suis attachée à ce que les personnages de Frédéric et Hugo soient absolument interchangeables. Frédéric et Frédérique (Léa Drucker) portent d'ailleurs le même nom. En parlant des trois, je parle de la même personne. Chacun porte en lui un tiers de l'autre. Lorsque Frédéric est à côté d'un homme, il a l'air plus féminin et lorsqu'il est à côté d'une femme, plus masculin... Frédéric n’a jamais vu quelqu’un comme Hugo et Hugo n’a jamais vu quelqu’un comme Frédéric. » Cette dernière allégation n’est pas évidente. On peut même en douter au vu de leur statut social. Comme souvent dans le cinéma français, on ne peut s’empêcher de penser que le scénario aurait eu plus de pertinence si les personnages avaient appartenu à une classe sociale moins privilégiée.
Un des grands atouts du film est l’excellence des comédiens. Charles Berling retrouve un rôle d’une subtilité équivalente à celui de Petits arrangements avec les morts qui nous l’a fait découvrir au cinéma en 1993. Il commente la relation entre Hugo et Frédéric de la façon suivante : « J’ai le sentiment que ces deux hommes s’aiment parce qu’ils sont parvenus à un point de vérité, que leur rencontre se fait sur la révélation et l’acceptation de leurs faiblesses. » La grande confirmation reste Bernard Campan que l’on ne verra plus jamais comme un « Inconnu ». Il y a quelques années, le magazine Première contenait une rubrique intitulée, « On ne sait jamais comment ils s’appellent ». Pour qu’il n’en soit jamais plus ainsi, je signale que l’acteur remarquable dans le rôle du beauf et qui était déjà parfait en flic pourri dans 93 rue Lauriston a pour nom, Éric Prat.

http://storage.canalblog.com/48/04/326328/23467661.jpg
Si belles soient-elles dans leur photographie, plusieurs scènes paraissent aussi inutiles qu’absconses en particulier celle d’un quatuor de musiciens jouant dans une masure avec fougue et sérieux comme s’ils étaient à Pleyel ! Il reste à espérer que la réalisatrice éclairera nos lanternes dans un commentaire sur le futur dvd.
Rien ne doit être gratuit dans un film, tout doit être au service des émotions, des sensations, des idées... que le cinéaste veut faire passer par l’image. Mais que nous apporte le décor raffiné à l’extrême de l’intérieur de la maison d’Hugo (en complet divorce avec son extérieur) avec le sol transparent de la mezzanine ? Sinon le plaisir d’admirer l’ange blond d’une nuit qu’Hugo a levé dans la boîte locale, un beau garçon nu en « vue de dessous », ce qui n’est pas banal mais très cucul.

http://storage.canalblog.com/79/98/326328/23467689.jpg
Paradoxalement pour un film qui se veut aussi « cinématographique », on a le sentiment que cette histoire, si bien dialoguée, même si l’on pense un peu à Un petit jeu sans conséquences de Bernard Rapp, aurait plus sa place sur les planches que sur un écran de cinéma. C’est plus le théâtre de Bernstein qu’elle nous rappelle que tout autre souvenir cinématographique et comme spectacle récent la pièce de Besset Les Grecs qui, elle aussi, mettait en scène l’homosexualité, dans un milieu similaire à celui de L’Homme de sa vie.
Le premier film de Zabou Breitman avait pour titre Se souvenir des belles choses, ne nous souvenons que de celles-ci dans ce deuxième film où il y en a beaucoup.

http://storage.canalblog.com/14/83/326328/23467937.jpg
L’avis de Niklas :
Frédéric et Frédérique passent leurs vacances en famille dans un petit hameau. Un soir, ils invitent leur nouveau voisin, Hugo, à dîner en compagnie de toute la petite tribu. Hugo leur apprend avec amusement qu'il est homosexuel. Et après que les deux hommes aient passé la soirée à discuter tardivement (ou plutôt matinalement), le trouble va naître dans le cœur et dans la tête de Frédéric...


L'homme d'à côté par Zabou Breitman.
Le film à caractère homosexuel français est assez rare pour qu'on le note, surtout quand il n'est pas réalisé par Ozon ou Chéreau et qui plus est, quand il l'est par une femme qui a tout de même décroché un petit César de réalisatrice pour Se souvenir des belles choses. Je précise au passage que je ne l'ai pas vu.
Ici, elle nous propose donc de suivre le bouleversement qui intervient dans la vie d'un homme après sa rencontre avec un autre qui mène une vie à l'opposée de la sienne. Ce face à face hétéro en couple/homo célibataire est interprété par un Bernard Campan assez touchant et un Charles Berling parfait dans son rôle (comme toujours, serais-je tenté de dire). À plusieurs moments, la réalisatrice fait preuve de subtilité là où je craignais qu'elle se vautre platement. Elle filme ce rapport ambigu avec beaucoup d'émotion, mais développe trop en effets de style et pousse très loin ses personnages jusqu'à nous faire attendre et nous essouffler comme après un footing.


J'ai attendu, à tort peut-être, le moment où tout prendrait feu et exploserait alors que Zabou se contente de peindre des personnages (certes elle le fait très bien) se perdant dans la confusion des sentiments. Elle, se reposant probablement sur le talent des comédiens (surtout Berling), n'offre rien d'autre qu'une histoire dont je ne retiens au final que la beauté de quelques plans et la longueur d'un scénario qu'elle brode à force de répétitions sans grand intérêt. Dommage, mais pour moi si elle voulait raconter une histoire d'amour, elle est passée à côté de son film.
Les seuls moments palpitants sont les discours de Berling sur le couple, mais probablement parce que je suis PD et que je pense globalement comme lui.
Pour plus d’informations :

 

Par Bernard Alapetite et Niklas - Publié dans : FILMS : Les Toiles Roses
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires

Mercredi 25 novembre 3 25 /11 /Nov 10:58

BELLEVILLE

Une nouvelle signée Abdellah Taïa

 

 

La nuit est redevenue mon ennemie.

Je ferme les yeux. Le sommeil ne vient pas, ne vient plus. Je suis seul à Paris, et j’ai peur.

Le Maroc, mon pays.

Je ne connais pas le Maroc. Je connais Rabat. Je connais Salé surtout : j’y suis né.

Tout est loin. J’ai quitté il n’y a pas si longtemps ce premier monde. Mon origine.

Je vais devenir fou. Je le sens. Je le sais, chaque jour un peu plus.

En attendant le sommeil je rêve déjà, je rêve encore. Je pense et c’est lourd. Ma conscience des choses devient extrême. Je tremble, tout me fait mal. L’abîme est là, devant moi. Le monde se dérobe, se renverse. Où est la terre ? Où est le ciel ? Encore une crise de panique ? Comment la fuir, l’amadouer, la prier, la séduire ? Je récite machinalement des versets du Coran. Je dis et redis le prénom de ma mère, M’Barka, M’Barka, M’Barka… Rien à faire ? La crise monte. La panique vient. Mon cœur bat plus fort, il va s’arrêter.

Je meurs.

Je ne me souviens plus tout d’un coup du Maroc. Je ne suis plus moi-même. Je suis qui ?

Je vis à Paris. Depuis sept ans dans et avec moi-même. Nous sommes seuls. Dans le silence agité de ma tête.

Je marche dans mon rêve, dans mon cauchemar parfois bleu. Je vais.

Avant, j’étais optimiste. Vraiment ? Je pleurais, je riais, je pleurais et riais en même temps. Mais je ne le disais à personne. Ma mère s’en doutait. Elle sait tout ma mère, le bien, le mal, la bénédiction, la perversité, le salut, elle sait tout du monde et de moi loin.

Aujourd’hui, de l’autre côté, je vois le noir qui est en moi depuis le début. Le désespoir inné. La folie initiale. La maladie de toujours. Le péché originel. Le suicide. La mort. La trahison. Le silence éternel.

Tout, tout se révèle enfin à moi. Mais je suis encore jeune. Trente-deux ans. Je ne veux pas tout voir, tout savoir. S’il vous plaît, s’il vous plaît, laissez-moi quelques années ou juste quelques mois encore dans l’ignorance. Non, non, je vous assure, vous vous trompez, je ne suis pas fort, je ne suis pas devenu fort, je mens, je fais semblant, je joue, je bluffe. Croyez-moi, s’il vous plaît, ayez pitié de moi. Prenez autre chose de moi, mais laissez-moi dans la naïveté, l’illusion de la naïveté. Je ne sais pas me battre. Je ne sais pas vaincre. Je veux être encore idiot, ridicule, faible, efféminé, entre-deux. Laissez les autres rire de moi, je m’en fous. Laissez-les s’éloigner, me fuir. Condamnez-moi à ce que vous voulez, j’accepterai votre jugement, mais pas cette perte, pas cette solitude devant le Grand, devant la Fin. Écoutez, écoutez, c’est moi, moi, c’est ma voix intérieure, elle dit un pays chimérique, colérique, entouré d’eau, qui bouge, disent-ils. Le Maroc.

Jadis. J’ai grandi à côté d’une prison. La prison Zaki, entre le terrain de football, l’aéroport, la base militaire, dans ce qui allait devenir une forêt, sur la route de Fès. Un jour je suis allé voir des hommes brisés en sortir. Ils étaient déjà partis quand je suis arrivé. Dans un café, juste en face de la gigantesque et effrayante porte d’entrée, je me suis assis, et j’ai écouté. Un homme grand, un peu campagnard, au milieu de son histoire, disait à un ami :

« Je suis devenu homme, je suis devenu plus fort dans la prison… Plus personne n’osait me toucher… Et c’était plutôt moi qui baisais qui je voulais… Chaque fois que j’avais envie ou que j’avais froid, j’allais baiser quelqu’un… En prison, j’ai appris le sexe. Je couchais avec mes amis, avec mes ennemis, et même avec mes frères. La loi… la loi du monde ne m’intéressait plus. La loi, je l’ai réinventée. J’ai baisé. Je me suis baisé. J’ai baisé l’autre qui est en moi. Je n’ai rien fait d’autre. Maintenant je retourne à ma femme. Je sais qu’elle a pris un amant. Je le connais. Je vais la reprendre. Je vais la baiser elle aussi pour rattraper le fil de notre histoire. Plus rien n’a d’importance. La morale ? Je m’en tape. Mes parents ? Ils m’ont renié, je les respecte quand même, mais de loin. La religion ? C’est quoi la religion ?! Une fiction, voilà, c’est tout. Je suis devenu plus fort, oui, suffisamment fort pour fuir tout en revenant à cette putain de vie. Mais je ne vivrai plus comme un chien. Je suis un loup maintenant. »

En retrouvant ma mère, j’ai voulu lui dire ces mots vrais que je venais d’entendre, d’apprendre par cœur. Elle n’était pas libre. Elle préparait avec la voyante lalla Chafya, une amie de longue date, un sort pour désenvoûter mon grand-frère. Mon grand-frère ! Quelle déception ! Petit, j’espérais devenir un homme comme lui. Un homme pour lui. Il s’est marié. Sa vie s’est alors arrêtée. Il n’était plus mon frère, mon prince. J’étais orphelin. Les rêves autour de lui se sont cassés. Ils sont tombés par terre. Il fallait continuer seul. Ne pas rapporter à ma mère les paroles libres du prisonnier. Ne pas dire mes projets, ma mégalomanie d’adolescent enfant, moi tout simplement. Ne rien avouer. Ne rien partager. Garder la légèreté première quand même. Cette brise de bonheur qui nous rendait visite parfois. Continuer à aimer. Ne pas juger. Ne pas se juger ? Difficile. Et un jour, je ne me souviens plus exactement du chemin que j’ai emprunté, atterrir à Belleville. 72, rue de Belleville. L’immeuble d’Edith Piaf. « Ici naquit en… Edith Piaf dont la voix allait plus tard bouleverser le monde… »

 

Je suis arrivé. Je vis dans la ville de mon rêve premier. Tout a commencé à prendre forme, doucement, lentement. Je connais mon sang, mon sexe et parfois mon avenir. J’avance, je recule. L’été d’une grande canicule, je venais d’avoir trente ans, il y a eu une grande déflagration. En moi. La nuit. Métro Pyrénées. Dans le silence indifférent du monde. Le mal s’est réveillé dans mes entrailles. Et la peur interminable, celle de l’homme enfant face aux heures terribles de son existence, de son exil, a pris le dessus. Je vis depuis dans cette peur et je sais que je suis maudit. Vraiment maudit. Ma mère ne le sait pas. Pas encore.

 

© Abdellah Taïa

Tous droits réservés.

Publiée avec l’autorisation d’Abdellah Taïa.

 

Vient de paraître aux éditions du Seuil :

Par Daniel C. Hall - Publié dans : SPÉCIAL ABDELLAH TAÏA
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires

Mercredi 25 novembre 3 25 /11 /Nov 09:39


Le Père Docu s'appelle Gérard Coudougnan, il est né en 1962 et a pour qualification « enseignant-documentaliste », vous savez la dame qui râle au C.D.I. (centre de documentation et d'information) : c'est lui. Pour des raisons indépendantes de sa volonté, il est en ce moment éloigné de son lieu de travail habituel mais a toujours un C.D.I. (contrat à durée indéterminée) avec les bouquins pour qui il a une vraie A.L.D. (affection de longue durée).

Au hasard de ses lectures, il a croisé Marc-Jean Filaire puis Môssieur Daniel C. Hall (« The Boss ») qui lui a proposé de regrouper ici quelques « recensions » d'ouvrages à thématique LGBT.

Toute remarque, toute suggestion sera la bienvenue. Les avis, sous forme de commentaires, pour échanger des points de vue encore plus !

La bibliothèque rose est ouverte… vous avez lu Le Club des Cinq d'Enid Blyton ? Claude, le « garçon manqué » est peut-être alors votre première rencontre avec une petite lesbienne ou une future transgenre ? Ah bon, vous n'avez pas connu les Bibliothèques Rose et Verte ? Qu'importe, entrez (couverts !) ici et faites ce que vous voulez entre les rayons, ne soyez pas sages ...

 


Jean-Luc ROMERO, Les Voleurs de liberté : Une loi de liberté sur la fin de vie pour tous les Français !, Florent Massot, 2009, 234 p., 18,50 €.

 

Voici un coup de gueule du président de l'ADMD (1). Un plaidoyer vibrant et solidement argumenté pour le droit de mourir dans la dignité, un droit auquel chacun d'entre nous est sensible. Les exemples choisis sont percutants : Vincent Humbert bien sûr, mais aussi et surtout Chantal Sébire dont il a accompagné la lutte pour une fin de vie douce et digne.

L'homme a fait preuve de son courage, tant sur le plan personnel que politique. Premier homme politique français à avoir révélé sa séropositivité, c'est un homme de conviction plus que de clan. Il tire plusieurs fois à bout portant sur Christine Boutin dans ce livre et, s'il reconnaît des qualités humaines à celui dont il fait la tête de file des Voleurs de liberté, il a peu d'indulgence pour Jean Léonetti, député UMP et grand ordonnateur de l'actuelle loi sur la fin de vie ici analysée. Depuis son départ de l'UMP en 2006, Jean Luc Romero siège au Conseil régional d'Ile-de-France dans le groupe des Radicaux de Gauche, comme apparenté.

S'appuyant sur un vécu personnel d'accompagnant de malades, sur ses propres volontés de personne touchée par le HIV, il fait un large tour d'horizon militant des moyens de quitter dignement ce monde. Les expériences belge et suisse sont étudiées, mettant en avant leurs aspects les plus positifs, sans oublier une vraie enquête critique dans le cas de l'association Dignitas (2).

Ceux d'entre nous qui ont vidé leurs carnets d'adresses dans les années 80 et 90, ceux qui ont dans la poche et en tête leurs polythérapies savent plus que les autres de quoi il est question.

Il s'accompagne d'une importante documentation utile à ceux qui veulent prendre des précautions élémentaires contre l'acharnement thérapeutique (p. 185 à 235). En plus de l'actuelle loi Léonetti, on a le texte de celle proposée par l'ADMD, des fiches pratiques à laisser aux siens et des instructions claires à donner à son médecin traitant. Parmi les témoignages et testaments reproduits, celui de Ramon Sanpedro aura une résonance particulière pour ceux qui ont vu le film Mar Adentro (3).

On pourra seulement regretter que cette plaidoirie à laquelle on souscrit assez facilement tant elle est construite et argumentée ne tienne pas mieux compte des objections des « voleurs de liberté » que cette appellation discrédite d'emblée. La loi Léonetti qui condamne à mourir de faim et de soif les personnes dont la fin de vie a été décidée a fait preuve de son insuffisance. Il existe pourtant de sérieux arguments que l'on aurait aimé voir abordés par l'auteur. Ils concernent tout d'abord les patients atteints de maladies dégénératives au pronostic de mort clairement annoncé : dans un contexte de grave déficit de l'Assurance Maladie, comment ne pas craindre qu'à l'acharnement thérapeutique justement dénoncé par Jean-Luc Romero ne fasse place un souci d'économies, sachant le prix des derniers jours d'une vie à l'hôpital ? On peut donc compléter ailleurs son information et équilibrer ce cri par celui de ceux qui veulent « Plus digne la vie » (4) et même si dans ce groupe on trouve le nom du député Léonetti, nous sommes également sensibles à la présence d'Alexandre Jollien, brillant philosophe dont Le Métier d'Homme est un texte inoubliable, même lorsque l'on ignore que son auteur est infirme moteur cérébral, Elie Wiesel, Augustin Legrand (Les Enfants de Don Quichotte) ou Jean-Louis Fournier, auteur de Où on va, Papa ? (5) font également partie de ce collectif auquel on pourra tenter de confronter les arguments de l'auteur.

Le livre de Jean-Luc Romero est un élément important du débat sur la fin de vie. Avec une sincérité et l'engagement d'un homme qui n'hésite pas à bousculer les limites politiques et humaines, il apporte un point de vue passionné et passionnant sur le seul avenir que nous ayons tous en commun.

 

(1) http://www.admd.net/

(2) http://www.dignitas.ch/index.php?option=com_content&task=view&id=136&Itemid=173

(3) http://fr.wikipedia.org/wiki/Mar_adentro

(4) http://www.plusdignelavie.com/accueil.php

(5) http://www.handilove.com/?page=culture&idContentTxt=118&styleoff=&deficient=(ue=fr

POUR EN SAVOIR PLUS :

Biographie wikipédia de J.-L. Romero :

http://fr.wikipedia.org/wiki/Jean-Luc_Romero#Carri.C3.A8re_politique

Son site officiel : http://www.jeanluc-romero.com/

Et son blog : http://www.romero-blog.fr/

Audition de J.-L. Romero à l'Assemblée Nationale devant la mission Léonetti, le 4 juin 2008 :

http://www.assemblee-nationale.fr/13/commissions/droits-malades-20080604-1.asp

INTERVIEW DE JEAN-LUC ROMERO

 

Les Toiles Roses : Monsieur Romero, nous vous accueillons avec respect sur Les Toiles Roses à l'occasion de la publication de votre dernier livre Les Voleurs de liberté. La plupart de nos lecteurs connaissent la force de vos engagements et apprécient souvent votre visibilité dans un monde politique où l'homosexualité n'est pas un thème fédérateur. C'est sur le sujet de la fin de vie que porte ce livre, dont l'auteur est également président de l'ADMD, Association pour le Droit de Mourir dans la Dignité.

Comment faire la différence entre une mort digne et un suicide assisté ? Quels sont les enjeux qui séparent ces deux concepts ?

Jean-Luc Romero : La dignité dans la mort est un concept qui appartient à chacun d’entre nous. Pour certains, la dignité peut être synonyme d’acharnement. Chaque respiration est une victoire sur le mal et chaque victoire est une dignité. Pour d’autres, la dignité peut être synonyme d’autonomie. La mort devant intervenir au moment où la vie n’est plus celle de liberté et de voyages que l’on s’est imaginée. Le suicide assisté, c’est un suicide commis avec l’aide d’une personne, parfois issue du corps médical. Évidemment, dans notre esprit, le suicide assisté se fait grâce à des produits médicamenteux qui entraînent une mort douce, sans souffrance. Le suicide assisté nécessite, dans tous les cas, que le patient puisse accomplir un geste, aussi minime soit-il, permettant d’être l’acteur de son suicide.

 

Vous faites un récit passionnant et très touchant de votre relation avec Chantal Sebire. J'ai regardé le numéro de Zone interdite qui lui a été consacré sur M6 le 30 mars 2008. Quand une personne décrète qu'elle refuse la morphine parce que « cela va la mettre dans un état comateux », je pense qu'il y a d'abord un vrai problème d'information médicale. Pour avoir été sous doses massives de morphine, j'ai pu faire l'expérience de la « juste dose » qui soulage sans faire perdre contact avec la réalité. Le refus par Chantal de la souffrance est naturel, mais refuser catégoriquement l'antalgique est comparable au paraplégique qui refuse le fauteuil roulant. Pourquoi, sans briser le secret de votre relation, un tel blocage ?

Depuis les années sida, il est reconnu aux patients le droit de prendre en charge leur thérapie. Le refus de Chantal Sébire lui appartient. Le fait qu’elle était allergique à la morphine est évidemment un élément de compréhension. Mais ce n’est pas le seul. Je crois que, comme beaucoup, Chantal souhaitait entrer dans la mort les yeux ouverts, et pas sous l’effet plus ou moins involontaire d’une surdose de morphine à laquelle, je me répète, elle disait d'ailleurs être allergique. Cette liberté et cette conscience faisait partie de sa notion de dignité dans la mort. Nous n’avons pas à la juger.

 

L'une de mes pensées, lors de mes nuits en soins intensifs, était : « Combien ça coûte ? Est-ce qu'on ne ferait pas mieux de me débrancher pour ce qu'il va rester du bonhomme ? » Si l'on parvient à obtenir une mort dignement assistée, quelles barrières pourra-t-on avoir contre un argument économique à l'abrègement rapide des souffrances ?

Cette pensée, vous l’avez eue alors que la loi n’existe pas – pas encore, aimerais-je dire ! C’est aujourd’hui que des lits d’hôpitaux sont vidés à la veille de week-end particulièrement accidentogènes. Les cas de personnes âgées dont on abrège la vie pour libérer des lits sont légions. L’argument économique est inacceptable pour moi. Et il pourrait exister dès aujourd’hui. En effet, les maisons de retraite, par exemple, pourraient être tentées de maintenir en état de survie des pensionnaires moribonds pour générer du chiffre d’affaires. Mais je ne crois pas à cet argument. Pour autant, la loi que nous demandons, la loi républicaine, protège des dérives, règle les situations et les actes. Elle protège celui qui veut vivre sa vie le plus longtemps possible, comme celui qui ne veut pas entrer dans l’enfer de la souffrance. Je fais souvent le parallèle avec le code de la route. Certes, certains chauffards ne le respectent pas. Mais il est pourtant la garantie de la cohabitation de tous sur la voie publique. En résumé, je dirais qu’il s’agit-là souvent d’un fantasme agité par les opposants à la liberté.

 

J'ai côtoyé des familles touchées par la maladie de Charcot (SLA) dont l'issue fatale est actuellement sans remèdes (1). La force et l'amour de ces familles qui cherchent à jouir de chaque instant d'une vie qui part en lambeaux me touchent autant que la volonté de celui qui refuse l'acharnement thérapeutique : ne croyez-vous pas qu'il y a là aussi une dignité à respecter ?

Au risque de me répéter, je réponds que la loi que nous demandons est une loi de liberté. Chacun, en conscience, soit parce qu’il l’exprime soit parce qu’il l’a écrit, a le droit de choisir les conditions de sa propre fin de vie. Et nul autre que lui n’en a le droit : ni les militants de l’ADMD, ni les médecins, ni le Pape. C’est pour cela que je ne suis pas le défenseur de ceux qui, croyant pratiquer une euthanasie, indiquent qu’ils ont lu la demande de mort dans les yeux du patient. C’est pourtant ce qui se passe encore trop souvent en France, que ce soit le fait de la famille, d’amis ou de médecins plus ou moins compatissants. Nous sommes résolument pour le respect de la volonté. Comme vous, je connais la maladie. Comme vous, je ne sais pas de quoi demain sera fait. Je ne sais pas plus ce que je souhaiterai au moment où… C’est pourquoi, je souhaite que le champ des possibles me soit ouvert.

 


Mettre dans un même sac tous Les Voleurs de liberté est une formule rapide et incisive. Pourtant, c'est aussi le risque de perdre de la crédibilité : entre le médecin qui dit « depuis la loi Léonetti, je peux proposer aux familles ce que je faisais en cachette, à savoir, augmenter la dose de morphine pour offrir un départ en douceur » et les marathoniens en blouse blanche qui foncent la tête entre les scalpels et le visage derrière le masque, sourds aux appels au dialogue, il y a une infinité de possibilités que votre raccourci élude !

C’est un point de vue. Les Voleurs de Liberté sont ceux qui font primer leur avis – voire leur idéologie – sur la volonté de celui qui est dans le lit. Qu’il agisse par compassion ou qu’il le fasse par intérêt, il reste celui qui se substitue de manière autoritaire, sans avoir été désigné par le principal intéressé.

 

Vous n’êtes pas tendre avec Christine Boutin et pour atteindre votre niveau en politique, il faut parfois avaler des couleuvres : avez-vous la possibilité de vous exprimer sur le cas Vanneste ?

Je ne souhaite plus parler de ce monsieur car à chaque fois, cela lui fait de la publicité. Le mieux est aujourd'hui de l'oublier car il n'existe que dans ses attaques contre les homosexuels. Il ne marquera ni l'histoire politique, ni la vie parlementaire et c'est très bien ainsi.

 

Dont acte : reléguons-le à la place qui est la sienne !

Durant ma maladie, j'ai reçu les anticorps de plus de 10 000 donneurs de sang. Beaucoup d'amis gays se sont sentis une vocation de donneurs, totalement vaine. Concernant ce refus du sang donné par les homosexuels, rien ne semble bouger, malgré le mouvement mené cet été par Fred Pecharman (Homodonneur, groupe FaceBook :http://www.facebook.com/group.php?gid=113488218027&ref=ts) : avez-vous les moyens d'informer vos collègues députés de cette situation scandaleuse ?

Cela fait plusieurs années que je lutte pour que la notion de populations à risques soit remplacée par celle – moins discriminatoire – de conduites à risques. En 2006 – il y a trois ans – le ministre de la santé d’alors, Xavier Bertrand, à ma demande, avait requis de l’Agence Française du Sang de modifier ses procédures pour intégrer cette nuance. Malheureusement, l’administration a joué la montre et la nouvelle ministre de la santé, Roselyne Bachelot, est revenue sur cette décision ministérielle. Aujourd’hui, rien ne justifie cette discrimination, condamnée par la Halde. Naturellement, j’ai saisi largement nos élus… mais sans succès à ce jour !

 

Dans vos combats, votre engagement d'homme dépasse les clivages politiques : est-ce la même chose dans les assemblées et les groupes de travail que vous fréquentez ?

Je ne peux pas faire de généralités. Certaines femmes et certains hommes sont ouverts, d’autres sont sectaires. Mais j’imagine que vous connaissez cela très bien. L’humanisme et la tolérance ne sont pas uniformément répartis sur cette terre. Et même si j’ai évolué dans mes croyances politiques, je ne dirai jamais que la lumière est ici lorsque l’ombre est là-bas.

 

C'est effectivement une très belle conclusion tout à fait en phase avec le mot d'ordre des Toiles Roses : « Infinie Diversité en Infinie Combinaison ». Merci de nous avoir accordé tout ce temps. Je vous souhaite le meilleur dans tous les domaines : la formule est banale mais aussi sincère que nos engagements communs.

 

(1) http://www.ars-asso.com/

 

Un immense merci à Isabelle Simon, attachée de presse chez Florent Massot, pour son professionnalisme si courtois et sa disponibilité !


Toutes les photographies sont © D. R. Elles sont reproduites avec l'autorisation de Jean-Luc Romero.


Note de Daniel C. Hall : Si les éditeurs ou les auteurs (auto-édités ou non) souhaitent envoyer un service de presse à Gérard en vue d’une critique sur ce blog, merci de prendre contact avec le chef Daniel C. Hall qui vous communiquera ses coordonnées : lestoilesroses@hotmail.fr.


TO BE CONTINUED…

Par Gérard Coudougnan - Publié dans : LA BIBLIOTHEQUE ROSE
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires

Mardi 24 novembre 2 24 /11 /Nov 11:19

http://storage.canalblog.com/31/51/326328/45670147.jpghttp://storage.canalblog.com/31/21/326328/45670116.jpg


Fiche technique :

Avec Wayne Virgo (Cal), Tom Bott (Jonno), Alice Payne (Nessa), Marc Laurent (Olivier), Garry Summers (Scott), Bernie Hodges (Will), Christian Martin (David), Louise Fearnside (Dayna), Oliver Park. Réalisateur : Simon Pearce. Scénario : Simon Pearce, Darren Flaxtone & Christian Martin. Image : Simon Pearce. Musique : Barnaby Taylor. Montage : Darren Flaxtone.

Durée : 89 mn. Disponible en VOSTfr.

 


Résumé :

Bristol, 2009, sa drogue, ses gangs et ses ados mignons et à l’ouest (pas seulement géographiquement) bien connus des fervents de la série anglaise Skins. Cal (Wayne Virgo), 18 ans, mignon genre lascar mélangé, est membre d’un gang qui à l’occasion casse du pédé. Mais Cal a un gros secret, non seulement il se mitonne des plans cul avec des amants de passage via le net, mais surtout il est secrètement amoureux du joli dur du gang, Jonno (Tom Bott que l’on pourrait croire sorti d’un film de Bruno Dumont). Ce dernier est totalement sous la coupe de Nessa, une virago qui hait les “sissies”. Un jour, alors que la petite bande tuait le temps en taguant une palissade (tout du long du film les amateurs de street art sont gâtés) passe une jeune et gracile follasse revenant de son shopping. Le gang se rue sur cette offense à la virilité. Jonno roue de coups le mignon.


http://storage.canalblog.com/96/53/326328/45670249.jpg


Mais bientôt Cal s’interpose pour protéger le garçon à la stupeur de ses potes. Le voilà désormais tricard pour le gang, poursuivi par la haine de Nessa... Le dit mignon s’appelle Olivier, jeune français, il est venu à Bristol parfaire sa connaissance de la civilisation britannique. On a vite compris que Cal ne va pas rester longtemps insensible au charme d’Olivier. Pour corser l’affaire, Olivier a un prof gay, Scott (Garry Summers), qui n’est peut-être pas non plus sans vouloir du bien au jeune français. Ce prof a été tabassé par Cal à la fin d’un plan cul qui a mal tourné...


http://storage.canalblog.com/33/28/326328/45670283.jpg


L’avis de Bernard Alapetite :

Shank est d’abord le portrait d’un adolescent, Cal, et montre à quel point il est difficile pour un jeune de se réconcilier avec sa sexualité, quand tout autour de lui l’oblige à croire que ses sentiments naturels ne sont pas naturels.

L'histoire d'amour atypique qui se tisse entre Cal et Olivier est tendre et étonnamment douce, au milieu des dangers et de la violence qui entourent les deux garçons...


http://storage.canalblog.com/32/37/326328/45670409.jpg


Souvenez-vous, Bristol est aussi la ville où se déroule la série Skins. En y allant, je ne m’étais pas aperçu que cette jolie ville, dont le décor est bien utilisé par le réalisateur, était la patrie d’aussi jolis garçons se livrant à autant de turpitudes... Je ne serais pas surpris que Simon Pearce soit un grand fan de la série Skins mais aussi des films de Gregg Araki. Il est certain également que Pearce a eu l’ambition, pas complètement réussie, en raison des lourdeurs de son scénario, de faire le Beautiful Thing des années 2000.

Mais il n’en est pas si loin. Shank ouvre la voie à un nouveau cinéma gay hyper réaliste et contemporain, qui n’hésite pas à passer du romantisme à une violence à fleur de peau. Le film prend une résonance tout à fait différente quant à sa crédibilité lorsqu’on apprend que la majorité du récit a été nourri par des événements réels qui ont eu lieu au Royaume Uni.


http://storage.canalblog.com/59/30/326328/45670465.jpg


Pearce, tout en renouvelant le cinéma gay, réussit à se mettre dans la droite ligne de toute une tradition, excellente, du cinéma britannique. Comme dans Beautiful Thing, il explore des milieux qui sont rarement visités par le cinéma gay mais dont le cinéma anglais avec Mike Leigh et Stephen Frears avec son My Beautiful Laundrette s’est fait depuis longtemps le meilleur anthropologue.

Sociologiquement, le film est très novateur. D’abord il dépeint un milieu très peu visité dans le cinéma gay, et même dans le cinéma « main street », les gangs, mais surtout il illustre très justement l’intrusion et la conséquence de média récents, comme le net et le téléphone portable dans le quotidien.


http://storage.canalblog.com/20/34/326328/45671203.jpg


Moralement, il me parait dans sa fin, qui malgré sa virtuosité n’est pas complètement convaincante, la dernière demi heure est plus faible, très discutable. Shank suggère quelque chose qui m’a un peu déconcerté car le film nous fait croire que même les pires d'entre nous méritent une deuxième chance...

La construction du scénario de Shank est complexe avec sa mise en abîme des écrans des téléphones portables, des ordinateurs dans le grand écran. Elle joue également sur le temps, le dilatant parfois ou du moins utilisant le temps réel, qui n’est presque jamais le temps du cinéma, par exemple dans la scène de sexe entre Cal et Olivier. À ce propos le cinéaste réussit, au milieu des chauds ébats amoureux entre Cal et Olivier, à placer très discrètement et habilement la mise du préservatif (ce qui est aussi louable que rare ; ce que pour ma part je n’avais pas réussi à faire dans mon film Comme un frère, ce qui me fut reproché.). A contrario, le scénario contient également de nombreuses ellipses.


http://storage.canalblog.com/16/13/326328/45668716.jpg

Dans plusieurs courtes séquences, Pearce utilise une figure de style habile (elle me semble assez nouvelle, ne me venant pas à l’esprit un autre exemple dans le cinéma, sinon un peu dans Parle avec elle d’Almodovar, mais est proche de l’aparté du théâtre), Scott s’adresse à un personnage muet que l’on ne voit pas. Le cinéaste se sert du champ mais occulte le contre champ qu’il ne montre jamais. Nous découvrirons ce dernier qu’à la toute fin du film, ce qui construira énormément le personnage de Scott.

C’est justement dans la construction des personnages que le scénario est léger, ce qui est partiellement masqué par l’excellence et l’engagement des comédiens. Mais par exemple nous ne savons pas ce qui a amené Olivier en Angleterre, ni quel est l’origine des membres du gang qui semblent être nés de lui. On peut s’étonner aussi de l’aisance financière d’Olivier et encore plus de celle de Cal. Mis à part Scott, les autres personnages ne sont pas situés socialement.


http://storage.canalblog.com/13/16/326328/45670824.jpg


La musique, du compositeur britannique Barnaby Taylor, qui emprunte aussi bien au hip-hop qu’au rap est conforme sociologiquement au groupe que l’on voit se mouvoir sur l’écran. Mais plus original, elle utilise aussi des solos de piano et de guitare qui sont autant de ponctuations à des moments clés et les soulignent magnifiquement. Ils aident à amener l’histoire du personnage principal à son plus haut niveau émotionnel.

Ce qu’il y a de bien dans le cinéma anglais c’est que les acteurs sont toujours parfaits, et cela dès leur premier film. Shank ne déroge pas à la règle, même le jeune français, qui en fait est belge, se tire très bien de son personnage un tantinet caricatural ; il doit y avoir un phénomène d’osmose ! En outre, dans Shank, les trois principaux protagonistes sont, chacun dans leur genre, très appétissants...

Qui sont-il ? Tom Bott (Jonno) est né dans le Surrey et vit à Londres. Il est apparu dans plusieurs productions de théâtre et de télévision au cours de sa carrière d'acteur. Shank est son premier rôle dans un long métrage.


http://storage.canalblog.com/16/04/326328/45670896.jpg


Wayne Virgo est un récent diplômé de l'Académie Western South of Dramatic Arts (SWADA). C'est un natif de la banlieue de Bristol. Il a joué à domicile, comme Alice Payne (Nessa). Shank est son premier rôle professionnel. Depuis Shank, Wayne Vigo a tourné un autre film, cette fois par les scénaristes de Shank, Christian Marin et Darren Flaxtone, dans lequel l’on retrouve Simon Pearce faisant l’acteur. On peut ajouter que Darren Flaxtone est le monteur des deux films et que Pearce ne laisse à personne d’autre le soin de signer l’image de son film. L’étonnante polyvalence de ce groupe n’est sans doute pas pour rien dans la qualité de Shank.

On peut noter aussi que Marc Laurent, qui est né en Belgique et qui a étudié le théâtre avant de venir au Royaume Uni pour apprendre l'anglais et étudier l'art dramatique à la South West Academy of Dramatic Arts (SWADA), vient donc de la même école que Wayne Virgo. Shank est sa première expérience dans un long métrage.


http://storage.canalblog.com/72/16/326328/45670952.jpg

Pour insister sur l’homogénéité dans la différence de l’équipe du film, Bernie Hodges, qui joue le rôle de Will, est professeur dans cette même SWADA et a aidé Pearce dans sa direction des acteurs.

Le filmage fait preuve d’une étonnante maturité quand on connaît l’âge du réalisateur. Beaux plans, caméra bien posée qui parfois fait place à une judicieuse utilisation de la caméra portée. Le montage très nerveux dynamise le film.

La grande scène de sexe du film entre Cal et Olivier est certainement ce que l’on peut voir de mieux dans le domaine dans le cinéma gay non pornographique. Je me suis amusé à faire une sorte de roman photo de la scène qui en dit, je crois beaucoup plus qu'un long discours.

C’est paradoxalement son excellence qui m’amène à plusieurs réflexions et qui met en exergue la difficulté de filmer une scène de sexe vraiment réaliste. Le fait de simuler l’acte de pénétration (sinon on tombe dans le pornographique selon les critères de l’exploitation des films) oblige à des positions des partenaires souvent à la limite du crédible, même si, cela semble être le cas ici, les acteurs ne font preuve d’aucune inhibition. Pour des problèmes de censure, il est quasiment impossible de montrer un sexe en érection (les exemples dans le cinéma non pornographique sont extrêmement rares ; les seuls exemples qui me viennent à l’esprit sont une vision fugitive dans Le Temps qui reste de François Ozon et beaucoup plus évidente dans Le Pornographe de Bertrand Bonello. Il doit en avoir d’autres mais je laisse le soin de nous les indiquer aux sagaces lecteurs qui j’espère ne manqueront pas de le faire). Avec de telles contraintes, le cinéaste se pose toujours la question de la nécessité de montrer des scènes de sexe à l’écran. Il devrait se poser la question suivante : « Ne vaudrait-il pas mieux les remplacer par des scènes de tendresse ? » Ce que fait aussi très bien Pearce qui réussit à mêler le hard avec le romantisme. Ce qui est rarissime au cinéma et particulièrement dans le cinéma gay dans lequel les gestes de tendresse semblent bannis.


http://storage.canalblog.com/90/57/326328/45671281.jpg

Le film n’a pas été sans déranger dans son pays alors qu’il a été sélectionné dans une trentaine de festivals gay et lesbien de par le monde ; la BFI, organisateur d’un des plus grands festivals gays, celui de Londres, a refusé de le sélectionner, ce qui a provoqué un tollé.

Pour son premier film, Simon Pearce (mais on peut penser que plus que jamais, même si c’est toujours plus ou moins le cas au cinéma, ce film est autant celui d’une équipe que d’un seul homme), qui lorsqu’il a tourné Shank n’était âgé que de 21 ans, soit à peu près l’âge de ses héros, a frappé très fort même s’il n’a pas évité tous les écueils du premier film comme de surcharger son scénario et le doter d’une fin peu crédible mais réconfortante. Il réussit néanmoins à renouveler le film gay, se défiant de l’obligé coming-out et autres conventions du genre, en ancrant son intrigue dans l’univers des gangs. Le sexe y est explicite, la violence est déchirante, et la qualité d’interprétation des jeunes acteurs est tout à fait impressionnante.


http://storage.canalblog.com/64/48/326328/45671069.jpg


Le DVD :

Shank est édité en France par Optimale qui, comme à son habitude, en fait le minimum question bonus. Il y a bien un macking of très bien fait où l’on découvre que le réalisateur est un gamin, qui en outre a les plus belles oreilles du Royaume Uni, réussit à être très informatif tout en étant léger grâce notamment à un remarquable montage. Le seul problème, c’est qu’Optimale n’a pas jugé bon de le sous-titrer ! Et comme toujours chez cet éditeur, on est obligé de passer par les bandes annonces d’autres films du catalogue pour parvenir au menu principal à l’habillage indigent. La qualité de l’image est correcte.

Par Bernard Alapetite - Publié dans : FILMS : Les Toiles Roses
Ecrire un commentaire - Voir les 2 commentaires

Mardi 24 novembre 2 24 /11 /Nov 07:05
http://storage.canalblog.com/92/18/326328/23254429.jpg


Fiche technique :
Avec Clive Owen, Lothaire Bluteau, Ian McKellen ,Nikolaj Coster-Waldau, Mick Jagger, Brian Webber, Jude Law, Gresby Nash et Suzanne Bertish. Réalisation : Sean Mathias. Scénario : Martin Sherman, d’après sa pièce Bent. Images : Yorgos Arvanitis. Montage : Isabelle Lorente. Directeur artistique : Andrew Golding. Costumes : Stewart Meachem. Musique : Philip Glass.
Durée : 118 mn. Disponible en VO et VOST.



Résumé :
Berlin, 1935. Max (Clive Owen), un dandy volage, fils de bonne famille en rupture de ban, hante tous les soirs le grand cabaret gay de la capitale du Reich. Il vit avec Rudy (Brian Webber), un des danseurs de la troupe du lieu. Ce qui ne l’empêche pas de faire de nombreuses conquêtes. Le soir du 29 juin 1934, il ramène au domicile conjugal un beau membre des S.A. Le matin suivant, les S.S. viennent égorger cet amant de passage. Max et Rudy prennent la fuite. Une errance de plusieurs mois dans l’Allemagne nazie commence pour les deux hommes. Ils sont finalement arrêtés et déportés à Dachau.


http://storage.canalblog.com/67/81/326328/46194283.jpg


Rudy est abattu durant le voyage. Max troque traîtreusement son triangle rose des déportés homosexuels contre l’étoile jaune des juifs, espérant ainsi être mieux traité par ses geôliers. Sa véritable identité est vite perçue par Horst (Lothaire Bluteau), un jeune homosexuel. Ce dernier lui reproche de ne pas assumer la fierté de ce stigmate de paria. Une histoire d’amour naît entre eux. Horst est assassiné par les S.S. Max, dans un geste d’ultime révolte d’homme libre, qui équivaut à un suicide, endosse la veste de son ami sur laquelle est cousue le triangle rose…


L’avis de Bernard Alapetite :
Avant toute chose, saluons l’ambition de l’entreprise et n’oublions pas l’importance de ce film. Il fut le premier, en 1997, à mettre en scène au cinéma une fiction sur la déportation des homosexuels. L’indispensable Paragraphe 175 (DVD Eklipse) date de 2000 et le très beau et – enfin – grand public Un Amour à taire (DVD Optimale) de 2004.

http://storage.canalblog.com/77/86/326328/46194469.jpg
Bent est l’adaptation de la pièce éponyme de Martin Sherman. Elle fut créée à Broadway en 1979 où elle connut immédiatement le succès. C’est Richard Gere, révélé l’année précédente au cinéma par American Gigolo, qui interprétait le rôle de Max. À Paris, en 1981, alors qu’il n’avait pas joué au théâtre depuis 10 ans, Bruno Cremer reprit le rôle. Il déclara alors : « La raison pour laquelle je joue la pièce, c’est de faire découvrir au public une chose qui est restée cachée, comme une tache. Un peu comme si les triangles roses ternissaient l’image qu’on se fait des victimes des camps. D’une certaine manière la persécution continue, elle arrange tout le monde et c’est là que c’est pernicieux. Ce que je trouve formidable aussi dans cette pièce, c’est son absence de didactisme, on imagine ce qu’aurait fait Sartre ou Camus. Cette pièce est très vivante et on y trouve de nombreux thèmes. »


http://storage.canalblog.com/30/36/326328/23252319.jpg
Le rappel de quelques dates me parait nécessaire pour situer le film dans l’Histoire. La fuite de Max et de Rudy commence au matin de la nuit des longs couteaux, soit le 30 juin 1934 (magistralement filmée par Visconti dans Les Damnés, DVD Warner). La prise de pouvoir d’Hitler date du 30 janvier 1933. Le 24 février 1933, un décret signé Goering ordonnait la fermeture des bars fréquentés par des homosexuels. Le texte interdisait aussi la publication de revues homosexuelles, ce qui fit réagir positivement le Pape : « Le Vatican accueille avec plaisir la lutte de l’Allemagne nationale contre le matériel obscène ! » Le 6 mai 1933, l’institut de Magnus Hirschfeld est pillé.


http://storage.canalblog.com/52/00/326328/46194879.jpg
Le choix d’une mise en scène baroque, plus proche de celle de l’opéra que du cinéma, si elle est plaisante à l’œil, bien servie par le grand chef opérateur, qu’est Yorgos Arvanitis, s’avère contre-productive tant pour la vérité historique que pour la charge émotionnelle qui devrait nous submerger devant une telle histoire. C’est sans doute par peur d’être accusé de faire trop théâtral que Sean Mathias n’a ni joué le jeu du naturalisme ni celui d’un symbolisme dépouillé, partis pris plus sages lorsque l’on traite de faits historiques. Alors que souvent dans les adaptations de pièces au cinéma, ce sont les « aérations » qui paraissent gratuites et trahissent l’origine du film, ici ce sont les décors qui semblent souvent sortis d’une trop riche production théâtrale. Les deux flagrants exemples sont le cabaret et le loft habité par Max et Rudy.


http://storage.canalblog.com/19/65/326328/23251431.jpg


Si c’est très probablement l’Eldorado, la boite de nuit, qui était le point de convergence des nuits homosexuelles de Berlin, qui a inspiré le cabaret au début du film, il ne faut pas y chercher une quelconque reconstitution historique car ce que l’on voit ressemble plus à un caravansérail gay en ruines qu’à un établissement de plaisir des années 30. Les chorégraphies que l’on aperçoit sont totalement anachroniques, même si elles sont fort agréables à regarder. Bent contredit l’adage qu’un film réussi est une suite de scènes réussies. Bent n’est pas une complète réussite alors que presque toutes les scènes qui le composent sont remarquables. En particulier celles de la fuite de Max et Rudy dans la ville, puis dans la campagne, qui m’ont évoqué Tarkovsky. Mais l’on perçoit trop l’hétérogénéité du film et la certitude que le cinéaste n’a jamais eu une vision globale de son sujet.


http://storage.canalblog.com/25/89/326328/46194949.jpg
Il est probable que Yorgos Arvanitis, lorsqu’il a tourné le dernier plan du film – le beau mouvement de grue qui, lentement, fait s’élever et s’éloigner la caméra du corps du déporté crucifié sur les fils de fer barbelés, pendant que l’image se solarise passant par le sépia pour arriver au blanc absolu – avait en mémoire la trop célèbre diatribe de Jacques Rivette sur la morale du travelling dans le Kapo de Pontecorvo (dvd ed. Carlotta). Cela nous ramène à la question tant de fois débattue : « A-t-on le droit de faire du beau, ce final est magnifique cinématographiquement parlant, avec l’horreur et en particulier avec celle des camps d’extermination ? » Pour ma part, je répondrais qu’il est moral que le metteur en scène et son chef opérateur mettent tout leur savoir-faire pour faire communier le spectateur dans la colère et la répulsion qui les animent. Cet engagement de leurs talents respectifs sera toujours préférable au silence et à l’évitement qui ne sont que démission.


 


Pour sa première mise en scène, et unique jusqu’à ce jour, Sean Mathias a bénéficié de collaborateurs d’une exceptionnelle qualité. Les images lumineuses de Yorgos Arvanitis, un chef opérateur de grande notoriété, qui a travaillé avec des réalisateurs aussi différents que Catherine Breillat (Anatomie de l’enfer), Podalydès (Liberté-Oléron), Agnieszka Holland (Total eclipse) et bien d’autres, avec leurs travellings fluides et leurs cadrages inventifs, forment un bel écrin, surtout à la fin du film, pour le texte. Le célèbre compositeur Philip Glass, a écrit une musique élégiaque qui souvent transcende les images. Ils sont tous au service de la grande pièce de Martin Sherman, qui est jouée dans le monde entier jusqu’au Japon, depuis plus de 25 ans. Cet auteur a aussi signé les scénarios du dernier film de Stephen Frears, de Callas forever (Franco Zefirelli) et du très beau film gay Indian Summer (DVD Eklipse), mais surtout dotés d’une distribution éblouissante. Clive Owen porte tout le film sur les épaules, passant du veule dandy au héros. Mike Jagger, en avatar de Marlène Dietrich, est époustouflant. Ian McKellen, qui créa le rôle de Max à Londres en 1979 au Royal Court Theater, croque avec le talent qu’on lui connaît une caricature de honteuse précieuse. Lothaire Blutheau (Le Confessionnal) est très émouvant. Dommage que l’on ait pas revu sur les écrans le charmant petit nez retroussé de Brian Webber, qui est remarquable en Rudy.


http://storage.canalblog.com/17/41/326328/46195194.jpg
Le film contient de nombreuses scènes poignantes, dont une d’anthologie : Max et Horst font l’amour côte à côte, sans se toucher ni même se regarder. Cette scène était encore plus forte au théâtre, pourtant dans le film les deux acteurs sont parfaits.


http://storage.canalblog.com/13/41/326328/46195243.jpg
Curiosité cinéphilique, le scénariste Martin Sherman a emprunté la situation du déplacement inutile de blocs de pierre par les déportés à un autre grand homme de théâtre, Armand Gatti. Ce dernier en avait fait une des séquences mémorables de son premier film de fiction, le beau et peu connu, L’Enclos (DVD Doriane films).
Si les erreurs historiques ne manquent pas, le film montre bien la collaboration active ou – comme en France, et majoritairement – passive du peuple allemand à ces déportations, ainsi que l'absurdité d'un tel régime.
Le film a obtenu en 1995 « le prix de la jeunesse » au Festival de Cannes.
Un livre indispensable sur cette période : Histoire de l’homosexualité en Europe : Berlin, Londres, Paris 1919-1939 (Seuil) et un site qui ne l’est pas moins : http://www.triangles-roses.org.


http://storage.canalblog.com/62/58/326328/46195469.jpg
Le film est édité, en France, chez KVP. Une édition scandaleuse de médiocrité. Non seulement l’image 1/85 d’origine est recadrée en 4/3, mais le DVD ne comporte absolument aucun bonus ! Il me semble qu’y joindre des extraits, ou mieux la captation, d’une mise en scène de la pièce aurait été passionnant, par la comparaison que ce bonus aurait permis et la réflexion sur l’adaptation d’une œuvre théâtrale au cinéma qu’il n’aurait pas manqué de susciter… Un éclairage historique aurait été aussi bien venu, de même que les commentaires de Martin Sherman, qui est aussi coproducteur…


http://storage.canalblog.com/74/94/326328/46195767.jpg

Si l’on ne retrouve pas l’émotion qui nous étreignait à la découverte de la pièce, la vision d’un film aussi ambitieux, servi par de si grands talents, ne peut pas laisser de glace.
Pour plus d’informations :

Par Bernard Alapetite - Publié dans : FILMS : Les Toiles Roses
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires

Texte Libre

Commentaires

Contact - C.G.U. - Signaler un abus - Articles les plus commentés